Davoise, au pays des Grisons, il y a une mine d'argent en laquelle Pierre
Buol, homme notable et consul de ce lieu-là, a faict travailler ès années
passées, et en a tiré de grandes richesses. Il y avoit en icelle un esprit
de montagne lequel principalement le jour de vendredy, et souvent, lorsque
les métaillers versoient ce qu'ils avoient tiré dans les cuves, faisoit
fort de l'empescher, changeant à sa fantaisie les métaux des cuves en
autres. Ce consul ne s'en soucioit autrement, car quand il vouloit
descendre en la mine ou en remonter, se confiant en Jésus-Christ, s'armoit
du signe de la croix, et jamais ne lui advint aucun mal. Or un jour advint
que cest esprit fit plus de bruit que de coutume, tellement qu'un métailler
impatient commença à l'injurier et à luy commander d'aller au gibet avec
imprécation et malédiction. Lors cet esprit print le métailler par la tête,
laquelle il luy tordit en telle sorte que le devant estoit droitement
derrière: dont il ne mourut pas toutefois, mais vesquit depuis longtemps
ayant le col tors et renversé, cognu familièrement de plusieurs qui vivent
encor; quelques années après il mourut.
[Note 1: _Traité sur l'apparition des esprits_, p. 128-130.]
«George Agricola escrit qu'à Annenberg, en une mine qu'on appelle _Couronne
de rose_, un esprit ayant forme de cheval tua douze hommes, ronflant et
soufflant contre eux, tellement qu'il la fallut quitter, encore qu'elle fût
riche d'argent.
«Semblablement, on dit qu'en la mine de Saint-Grégoire en Schueberg, il en
fut veu un, ayant la teste enchaperonnée de noir, lequel print un tireur de
métal et l'esleva fort haut, qui ne fut pas sans l'offenser grandement en
son corps.
«Olaus Magnus, cité par dom Calmet[1], dit qu'on voit dans les mines,
surtout dans celles d'argent où il y a un plus grand profit à espérer, six
sortes de démons qui, sous diverses formes, travaillent à casser les
rochers, à tirer les seaux, à tourner les roues, qui éclatent quelquefois
de rire et font diverses singeries; mais que tout cela n'est que pour
tromper les mineurs qu'ils écrasent sous les rochers ou qu'ils exposent aux
plus éminents dangers pour leur faire proférer des blasphèmes ou des
jurements contre Dieu. Il y a plusieurs mines très riches qu'on a été
obligé d'abandonner par la crainte de ces dangereux esprits.»
[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. I, p. 251.]
«Les nains de la Bretagne, les _bergmânnchen_ de l'Allemagne sont regardés,
dit M. A. de Maury[1], comme d'une extrême habileté dans l'art de
travailler les métaux. Les idées défavorables que l'on a sur eux les font
même passer chez les Bretons, les Gallois, les Irlandais, comme de faux
monnayeurs; c'est au fond des grottes, dans les flancs des montagnes,
qu'ils cachent leurs mystérieux ateliers. C'est là qu'aidés souvent des
Elfes et des autres génies analogues, ils forgent, ils trempent, ils
damasquinent ces armes redoutables dont ils ont doté les dieux et parfois
les mortels. L'un de ces forgerons nommé Wiéland ou Velant, instruit par
les nains de la montagne de Kallowa, s'était acquis une immense renommée.
Son nom de la Scandinavie était passé dans la France, changé en celui de
Galant, Galant qui avait fabriqué Durandal, l'épée de Charlemagne, et
Merveilleuse, l'épée de Doolen de Mayence. La _Vilkina Saga_ nous dit que
la mère de ce célèbre Vieland était un Elfe et son père un géant vade.
Suivant d'autres traditions, il serait lui-même un _licht elf_. Ainsi, les
Elfes, en une foule de circonstances, voient leur histoire se mêler à celle
des nains. L'Edda parle aussi de l'extrême habileté des Elfes dans l'art de
travailler les métaux: ce sont eux qui ont forgé Gungner, l'épée d'Odin,
qui ont fait à Sifa sa chevelure d'or, à Freya sa chaîne d'or. Le
cluricaune irlandais est aussi un forgeron et le paysan assure entendre
souvent la montagne retentir du bruit de son marteau.»
[Note 1: _Les Fées du moyen âge_, p. 81-82.]
«A la ville de Greisswald et dans les environs, ajoute M. Alfred Maury[1],
c'est une tradition répandue chez le peuple, que jadis, à une époque que
l'on ne peut plus déterminer, le pays était habité par un grand nombre de
nains. On ignore le chemin qu'ils ont suivi en s'en allant, mais on croit
qu'ils se sont réfugiés dans les montagnes. Une légende prussienne raconte
comment les nains qui habitaient Dardesheim furent chassés par un forgeron,
et comment depuis on ne les a plus revus. Dans l'Erzgebirge, une tradition
toute semblable dit que les nains ont été chassés par l'établissement des
forges. Dans le Harz, même légende. Le peuple du Nord-Jutland dit que les
trolls ont quitté Vendyssel pour ne plus reparaître.»
[Note 1: _Les Fées du moyen âge_, p. 91-92.]
«Suivant Bodin[1], Oger Ferrier, médecin fort sçavant, estant à Thoulouse,
print à louage une maison près de la Bourse, bien bastie et en beau lieu,
qu'on lui bailla quasi pour neant, pource qu'il y avoit un esprit malin qui
tourmentoit les locataires. Mais lui ne s'en soucioit non plus que le
philosophe Athenodorus, qui osa seul demeurer en une maison d'Athènes,
deserte et inhabitée par le moyen d'un esprit. Oyant ce qu'il n'avoit
jamais pensé, et qu'on ne pouvoit seurement aller en la cave, ni reposer
quelquefois, on l'avertit qu'il y avoit un jeune escholier portugais,
estudiant lors à Thoulouse, lequel faisoit voir sur l'ongle d'un jeune
enfant les choses cachées. L'escholier appelé usa de son mestier, et une
petite fille enquise dit qu'elle voyoit une femme richement parée de
chaînes et dorures, et qui tenoit une torche en la main, près d'un pilier.
Le Portugais conseilla au médecin de faire fouir en terre, dedans la cave,
près du pilier, et lui dit qu'il trouveroit un thrésor. Qui fut bien aise,
ce fut le médecin, lequel fit creuser. Mais lors qu'il esperoit trouver le
thrésor, il se leva un tourbillon de vent, lequel esteignit la lumière,
sortit par un soupirail de la cave et rompit deux toises de creneaux qui
estoyent en la maison voisine, dont il tomba une partie sur l'ostvent et
l'autre partie en la cave, par le soupirail, et sur une femme portant une
cruche d'eau qui fut rompue. Depuis, l'esprit ne fut ouï en sorte
quelconque. Le jour suivant, ce Portugais, averti du fait, dit que l'esprit
avoit emporté le thrésor, et que c'estoit merveille qu'il n'avoit offensé
le médecin, lequel me conta l'histoire deux jours après, qui estoit le 15
de decembre 1558, estant le ciel serein et beau comme il est d'ordinaire
es-jours alcyoniens, et fus voir les creneaux de la maison voisine abatus,
et l'ost de la boutique rompu.»
[Note 1: _Démonomanie_, liv. III, chap. III, cité par Goulart,
_Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 629.]
«Philippe Mélanchthon, ajoute le même auteur[1], récite une histoire quasi
semblable, qu'il y eut dix hommes, à Magdebourg, tuez de la ruine d'une
tour lors qu'ils fossoyoient pour trouver les thrésors que Satan leur avoit
enseignez. J'ay apris aussi d'un Lyonnais, qui depuis fut chapelain à
l'église Notre-Dame de Paris, que lui avec ses compagnons avoyent
descouvert par magie un thrésor à Arcueil près de Paris. Mais voulant avoir
le coffre où il estoit, qu'il fut emporté par un tourbillon et qu'il tomba
sur lui un pan de la muraille, dont il est et sera boiteux toute la vie. Et
n'y a pas longtemps qu'un prestre de Nuremberg ayant trouvé un thrésor à
l'aide de Satan, et sur le point d'ouvrir le coffre, fut accablé des ruines
de la maison. J'ay sceu aussi d'un pratricien de Lyon, qu'ayant esté avec
ses compagnons la nuict, pour conjurer les esprits à trouver un thrésor,
comme ils avoient commencé de fouir en terre, ils ouyrent la voix comme
d'un homme qui estoit sur la roue, près du lieu où ils creusoyent, criant
espouvantablement aux larrons, ce qui les mit en fuite. Au mesme instant
les malins esprits les poursuivirent battans jusques en la maison d'où ils
estoyent sortis, et entrèrent dedans, faisant un bruit si grand, que
l'hoste pensoit qu'il tonnast. Depuis, il fit serment qu'il n'iroit jamais
cercher thrésor.
[Note 1: Au même endroit.]
Le sieur de Villamont[1] raconte ce qui suit:
[Note 1: _Voyages_, liv. I, chap. XXIII.]
«Près de Naples, nous trouvans au bord de la mer, joignant une montagne où
l'on descend en la grotte qu'on appelle du roi Salar, nous entrasmes dedans
icelle grotte avec un flambeau allumé, et cheminasmes jusques à l'entrée de
certaine fosse, où nostre guide s'arresta, ne voulant passer outre. Lui
ayant demandé la cause de cela, respondit que ceste entrée estoit très
périlleuse et que ceux qui s'ingeroyent de passer plus avant n'en
retournoyent jamais dire nouvelles aux autres: ainsi qu'arriva (dit-il) il
y a environ six ans (il racontoit l'histoire au commencement de l'année
1589), au prieur de l'abbaye de Margouline, à un François et à un Aleman,
lesquels arrivez à ceste fosse furent avertis par moi de n'entrer dedans.
Mais se mocquant de mes admonitions prindrent chacun son flambeau pour
descendre. Ce que voyans, je les y laissai entrer, sans vouloir aller en
leur compagnie, les attendant toutefois à l'entrée d'icelle. Mais voyant
qu'ils ne retournoyent point, je me doutai incontinent qu'ils estoyent
morts, de sorte qu'estant retourné à Naples, je le récitay à plusieurs;
tant qu'enfin cela vint à la connaissance des parents du prieur, qui me
firent constituer prisonnier, alléguant contre moi que je l'avois fait
entrer dedans, ou du moins, ne l'avois averti de l'inconvénient. Mais
sur-le-champ, je prouvay le contraire et fus absous à pur et à plein. En
peu de jours après on descouvrit que ces trois estoient magiciens qui
avoyent entrepris de descendre en cette fosse pour y cercher un thrésor.»
«L'an 1530, dit Jean des Caurres[1], le diable monstra à un prestre, au
travers d'un crystal, quelques thrésors en la ville de Noriberg. Mais ainsi
que le prestre le cherchoit dedans un lieu fossoyé devant la ville, ayant
pris un sien amy pour spectateur, et comme déjà il commençoit à voir un
coffre au fond de la caverne, auprès duquel il y avoit un chien noir
couché, il entra dedans et incontinent il fut estouffé et englouti dedans
la terre, laquelle tomba dessus et remplit de rechef la caverne.»
[Note 1: _Oeuvres morales et diversifiées et histoires_, p. 292.]
«Dom Calmet[1], rapporte que deux religieux fort éclairés et fort sages, le
consultèrent sur une chose arrivée à Orbé, village d'Alsace, près l'abbaye
de Pairis.
[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. I, p. 274.]
«Deux hommes de ce lieu leur dirent qu'ils avoient vu dans leur jardin
sortir de la terre une cassette, qu'ils présumoient être remplie d'argent,
et que l'ayant voulu saisir, elle s'étoit retirée et cachée de nouveau sous
la terre. Ce qui leur étoit arrivé plus d'une fois.»
Le même auteur ajoute[1]:
[Note 1: Au même endroit.]
«Théophane, historiographe grec, célèbre et sérieux, sous l'an de J.-C.
408, raconte que Cabades, roi de Perse, étant informé qu'entre le pays de
l'Inde et de la Perse, il y avoit un château nommé Zubdadeyer, qui
renfermoit une grande quantité d'or, d'argent et de pierreries, résolut de
s'en rendre maître; mais ces trésors étoient gardés par des démons, qui ne
souffroient point qu'on en approchât. Il employa, pour les conjurer et les
chasser, les exorcismes des mages et des Juifs qui étoient auprès de lui;
mais leurs efforts furent inutiles. Le roi se souvint du Dieu des
chrétiens, lui adressa ses prières, fit venir l'évêque qui étoit à la tête
de l'Eglise chrétienne de Perse, et le pria de s'employer pour lui faire
avoir ces trésors, et pour chasser les démons qui les gardoient. Le prélat
offrit le saint sacrifice, y participa, et étant allé sur le lieu, en
écarta les démons gardiens de ces richesses, et mit le roi en paisible
possession du château.»
«Racontant cette histoire à un homme de considération[1], il me dit que
dans l'isle de Malthe, deux chevaliers ayant aposté un esclave qui se
vantoit d'avoir le secret d'évoquer les démons, et de les obliger de
découvrir les choses les plus cachées, ils le menèrent dans un vieux
château où l'on croyoit qu'étoient cachés des trésors. L'esclave fit ses
évocations, et enfin le démon ouvrit un rocher d'où sortit un coffre.
L'esclave voulut s'en emparer, mais le coffre rentra dans le rocher. La
chose recommença plus d'une fois; et l'esclave, après de vains efforts,
vint dire aux chevaliers ce qui lui étoit arrivé, mais qu'il étoit
tellement affaibli par les efforts qu'il avoit faits, qu'il avoit besoin
d'un peu de liqueur pour se fortifier; on lui en donna, et quelque temps
après, étant retourné, on ouït du bruit, l'on alla dans la cave avec de la
lumière pour voir ce qui étoit arrivé, et l'on trouva l'esclave étendu mort
et ayant sur toute sa chair comme des coups de canifs représentant une
croix. Il en étoit si chargé qu'il n'y avoit pas de quoi poser le doigt qui
n'en fût marqué. Les chevaliers le portèrent au bord de la mer, et l'y
précipitèrent avec une grosse pierre pendue au col.»
[Note 1: M. le chevalier Guiot de Marre.]
«La même personne nous raconta encore à cette occasion qu'il y a environ
quatre-vingt-dix ans qu'une vieille femme de Malthe fut avertie par un
génie qu'il y avoit dans sa cave un trésor de grand prix, appartenant à un
chevalier de très grande considération, et lui ordonna de lui en donner
avis: elle y alla, mais elle ne put obtenir audience. La nuit suivante, le
même génie revint, lui ordonna la même chose; et comme elle refusoit
d'obéir, il la maltraita et la renvoya de nouveau. Le lendemain elle revint
trouver le seigneur, et dit aux domestiques qu'elle ne sortirait point
qu'elle n'eût parlé au maître. Elle lui raconta ce qui lui étoit arrivé; et
le chevalier résolut d'aller chez elle, accompagné de gens munis de pieux
et d'autres instruments propres à creuser: ils creusèrent, et bientôt il
sortit de l'endroit où ils piochoient une si grande quantité d'eau, qu'ils
furent obligés d'abandonner leur entreprise. Le chevalier se confessa à
l'inquisiteur, de ce qu'il avoit fait et reçut l'absolution, mais il fut
obligé d'écrire dans les registres de l'inquisition le fait que nous venons
de raconter.
«Environ soixante ans après, les chanoines de la cathédrale de Malthe,
voulant donner au devant de leur église une place plus vaste, achetèrent
des maisons qu'il fallut renverser, et entre autres celle qui avoit
appartenu à cette vieille femme; en y creusant, on y trouva le trésor, qui
consistoit en plusieurs pièces d'or de la valeur d'un ducat, avec l'effigie
de l'empereur Justin Ier. Le grand maître de Malthe prétendoit que le
trésor lui appartenoit comme souverain de l'isle; les chanoines le lui
contestoient. L'affaire fut portée à Rome. Le grand maître gagna son
procès; l'or lui fut apporté de la valeur d'environ soixante mille ducats;
mais il les céda à l'église cathédrale. Quelque temps après, le chevalier
dont nous avons parlé, qui étoit alors fort âgé, se souvint de ce qui lui
étoit arrivé, et prétendit que ce trésor lui devoit appartenir: il se fit
mener sur les lieux, reconnut la cave où il avoit d'abord été et montra
dans les registres de l'inquisition ce qu'il y avoit écrit soixante ans
auparavant. Cela ne lui fit point recouvrer le trésor, mais c'était une
preuve que le démon connoissoit et gardoit cet argent.»
«Voici l'extrait d'une lettre écrite de Kirchheim, du 1er janvier 1747, à
M. Schopfflein, professeur en histoire et en éloquence à Strasbourg, et
rapportée par dom Calmet[1]:
[Note 1: Ouvrage cité, p. 282-283.]
«Il y a plus d'un an que M. Cavallari, premier musicien de mon sérénissime
maître, et Vénitien de nation, avoit envie de faire creuser à
Rothenkirchen, à une lieue d'ici, qui étoit autrefois une abbaye renommée,
et qui fut ruinée du temps de la réformation. L'occasion lui en fut fournie
par une apparition que la femme du censier de Rothenkirchen avoit eue plus
d'une fois en plein midi, et surtout le 7 mai, pendant deux ans
consécutifs. Elle jure et en peut faire serment, qu'elle a vu un prêtre
vénérable en habits pontificaux, brodés en or, qui jetta devant lui un
grand tas de pierres, et quoiqu'elle soit luthérienne, par conséquent
incrédule sur ces sortes de choses-là, elle croit pourtant que si elle
avoit eu la présence d'esprit d'y mettre un mouchoir ou un tablier, toutes
les pierres seraient devenues de l'argent. M. Cavallari demanda donc
permission d'y creuser, ce qui lui fut d'autant plus facilement accordé que
le dixième du trésor est dû au souverain. On le traita de visionnaire, et
on regarda l'affaire des trésors comme une chose inouïe. Cependant il se
moqua du _qu'en dira-t-on_, et me demanda si je voulois être de moitié avec
lui; je n'ai pas hésité un moment d'accepter cette proposition, mais j'ai
été bien surpris d'y trouver de petits pots de terre remplis de pièces
d'or. Toutes ces pièces plus fines que les ducats sont pour la plupart du
quatorzième et quinzième siècle. Il m'en a échu pour ma part 666, trouvées
à trois différentes reprises. Il y en a des archevêques de Mayence, de
Trêves et de Cologne, des villes d'Oppenheim, de Baccarat, de Bingen, de
Coblens; il y en a aussi de Rupert Paladin, de Frédéric, burgrave de
Nuremberg, quelques-unes de Wenceslas, et une de l'empereur Charles IV,
etc.
«L'histoire qu'on vient de rapporter est rappelée, ajoute dom Calmet, avec
quelques circonstances différentes, dans un imprimé qui annonce une
lotterie de pièces trouvées à Rothenkirchen, au pays de Nassau, pas loin de
Donnersberg. On y lit que la valeur de ces pièces est de 12 livres 10 sols,
argent de France. La lotterie devait se tirer publiquement le 1er février
1750. Chaque billet étoit de six livres, argent de France.»
Bartolin, dans son livre de la _Cause du mépris de la mort, que faisoient
les anciens Danois_, liv. II, ch. II, raconte, d'après dom Calmet[1], «que
les richesses cachées dans les tombes aux des grands hommes de ce pays-là,
étoient gardées par les mânes de ceux à qui elles appartenoient, et que ces
mânes ou ces démons répandoient la frayeur dans l'âme de ceux qui vouloient
enlever ces trésors, par un déluge d'eau qu'ils répandoient, ou par des
flammes qu'ils faisoient paroître autour des monuments qui renfermoient ces
corps et ces trésors.»
[Note 1: Ouvrage cité, t. I, p. 284.]
IV.--ESPRITS FAMILIERS.
«Plutarque, au livre qu'il a fait du Daemon de Socrates, tient, dit
Bodin[1] comme chose très certaine l'association des esprits avec les
hommes et dit que Socrates, estimé le plus homme de bien de la Grèce,
disoit souvent à ses amis qu'il sentoit assiduellement la présence d'un
esprit, qui le destournoit toujours de mal faire et de danger. Le discours
de Plutarque est long et chacun en croira ce qu'il voudra, mais je puis
assurer avoir entendu d'un personnage encore en vie l'an 1580 qu'il y avoit
un esprit qui lui assistoit assiduellement, et commença à le connoistre
ayant environ trente-sept ans: combien que ce personnage me disoit qu'il
avoit opinion que toute sa vie l'esprit l'avoit accompagné, par les songes
précédens et visions qu'il avoit eu de se garder des vices et inconvéniens.
Toutesfois il ne l'avoit jamais apperceu sensiblement, comme il fit depuis
l'âge de trente-sept ans: ce qui lui avint, comme il dit, ayant un an
auparavant continué de prier Dieu de tout son coeur soir et matin à ce
qu'il lui pleust envoyer son bon ange, pour le guider en toutes ses
actions. Après et devant la prière il employoit quelque temps à contempler
les oeuvres de Dieu, se tenant quelques fois deux ou trois heures tout seul
assis à méditer et contempler, et cercher en son esprit, et à lire la Bible
pour trouver laquelle de toutes les religions débatues de tout costez
estoit la vraye. Et disoit souvent ces vers du pseaume 143:
[Note 1: _Démonomanie_, liv. 1, ch. II.]
Enseigne-moi comme il faut faire,
Pour bien ta volonté parfaire:
Car tu es mon vrai Dieu entier.
Fay que ton esprit débonnaire
Me guide et meine au droit sentier.