Selon Dom Calmet[1], «Spranger _in mallio maleficorum_ raconte qu'en Souabe

un paysan avec sa petite fille âgée d'environ huit ans, étant allé visiter

ses champs, se plaignait de la sécheresse, en disant: Hélas, Dieu nous

donnera-t-il de la pluie! La petite fille lui dit incontinent, qu'elle lui

en feroit venir quand il voudroit. Il répondit: Et qui t'a enseigné ce

secret? C'est ma mère, dit-elle, qui m'a fort défendu de le dire à

personne. Et comment a-t-elle fait pour te donner ce pouvoir? Elle m'a

menée à un maître, qui vient à moi autant de fois que je l'appelle. Et

as-tu vu ce maître? Oui, dit-elle, j'ai souvent vu entrer des hommes chez

ma mère, à l'un desquels elle m'a vouée. Après ce dialogue, le père lui

demanda comment elle feroit pour faire pleuvoir seulement sur son champ.

Elle demanda un peu d'eau; il la mena à un ruisseau voisin, et la fille

ayant nommé l'eau au nom de celui auquel sa mère l'avoit vouée, aussi-tôt

on vit tomber sur le champ une pluie abondante. Le père convaincu que sa

femme était sorcière, l'accusa devant les juges, qui la condamnèrent au

feu. La fille fut baptisée et vouée à Dieu; mais elle perdit alors le

pouvoir de faire pleuvoir à sa volonté.»

[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. I, p. 156.]

Bodin[1] dit que «la coustume de traîner les images et crucifix en la

riviere pour avoir de la pluye se pratique en Gascongne, et l'ay veu

(dit-il) faire à Thoulouse en plein jour par les petits enfans devant tout

le peuple, qui appellent cela la tire-masse. Et se trouva quelqu'un qui

jetta toutes les images dedans les puits du salin l'an 1557. Lors la pluye

tomba en abondance. C'est une signalée meschanceté qu'on passe par

souffrance et une doctrine de quelques sorciers de ce païs là qui ont

enseigné ceste impiété au pauvre peuple.»

[Note 1: _Démonomanie_, liv. II, ch. VIII.]

Jovianus Pontanus[1] parlant des superstitions damnables de quelques

Napolitains qui adjoustoyent foi aux sorciers, dict ces mots: «Aucuns des

habitans et assiegez dans la ville de Suesse, sortirent de nuict et

tromperent les corps de garde, puis traverserent les plus rudes montagnes,

et gaignerent finalement le bord de la mer. Ils portoyent quand et eux un

crucifix, contre lequel ils prononcerent un certain charme execrable, puis

se jetterent dedans la mer, prians que la tempeste troublast ciel et terre.

Au mesme temps, quelques prestres de la mesme ville, désireux de

s'accommoder aux sorcelleries des soldats en inventerent une autre,

esperant attirer la pluye par tel moyen. Ils apporterent un asne aux portes

de leur eglise, et lui chanterent un requiem, comme à quelque personne qui

eust rendu l'âme. Après cela, ils lui fourrerent en la gueule une hostie

consacrée, et après avoir fait maint service autour de cet asne, finalement

l'enterrerent tout vif aux portes de leur dite église. A peine avoyent-ils

achevé leur sorcellerie, que l'air commença à se troubler, la mer à estre

agitée, le plein jour à s'obscurcir, le ciel à s'éclairer, le tonnerre à

esbranler tout: le tourbillon des vents arrachoit les arbres et remplissoit

l'air de cailloux et d'esclats volans des rochers: une telle ravine d'eaux

survint, et de la pluye en si grande abondance que non seulement les

cisternes de Suesse furent remplies, mais aussi les monts et rochers fendus

de chaleur servoyent lors de canal aux torrens. Le roy de Naples qui

n'espéroit prendre la ville que par faute d'eau, se voyant ainsi frustré

leva le siège et s'en revint trouver son armée à Savonne.»

[Note 1: Au Ve livre des _Histoires de son temps_, cité par

Goulart, _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 1031.]

«Les procès des sorciers et sorcières, dit Goulart[1], faisans esmouvoir

par leurs sorcelleries divers orages et tempestes, proposent infinis

estranges exemples de ceci... J'ai ouï asseurer à personnage digne de foi

que quelques sorciers de Danemarc firent un charme terrible pour empescher

que la princesse de Danemarc ne fust menée par mer au roy d'Escosse, à qui

elle estoit fiancée, tellement que la flotte qui la conduisoit fut

plusieurs fois en danger de naufrage, et poussée loin de sa route, où force

lui fut d'attendre commodité d'une autre navigation. Que ceste conjuration

finalement descouverte l'on fit justice des sorciers, lesquels declarerent

les malins esprits leur avoir confessé que la piété de la princesse et de

quelques bons personnages qui l'accompagnoyent, par l'invocation ardente et

continuelle du nom de Dieu, avoit rendu vains tous leurs efforts.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 1052.]

Jacques d'Autun[1] rapporte un orage extraordinaire accompagné de grêle

excité en Languedoc par des sorciers l'an 1668.

[Note 1: _L'incrédulité sçavante et la crédulité ignorante, etc._,

par Jacques d'Autun, prédicateur capucin. Lyon, Jean Geste, 1674,

in-4°, p. 857]

«Sur les trois heures après midi le onziesme du mois de juin s'esleva,

dit-il, un tourbillon de vent si impétueux qu'il desracinoit les arbres et

faisoit trembler les maisons aux environs de Langon; ce furieux orage

semblait devoir s'appaiser par une pluye assez médiocre, laquelle peu après

fut meslée de grelle grosse comme des oeufs de poule et ce qui fit

l'admiration des curieux, qui en firent ramasser plusieurs pièces, est

qu'elles étaient hérissées et pointues comme si à dessein on les eut

travaillées pour leur donner cette figure; d'autres ressemblaient

parfaitement à de gros limaçons avec leur coquille, la teste, le col et les

cornes dehors; l'on voyoit en d'autres des grenouilles et des crapaux si

bien taillés, que l'on eut dit qu'un sculpteur s'étoit applicqué à les

façonner; mais ce qui surprit davantage en ce spectacle d'horreur, est que

cette gresle changeoit de figure selon la différence des insectes, que le

démon vouloit probablement représenter: car l'on vit gresler des serpens ou

de la gresle en forme de serpens de la longueur d'un demy pied: certes la

gresle qui fit trembler toute l'Egypte laquelle sainct Augustin attribue à

l'opération des démons, n'avoit rien de si effroyable; l'on trouva des

pièces de ce funeste météore qui représentoient la main d'un homme avec

deux ou trois doigts distinctement formez, d'autres estoient taillées en

estoiles à trois et à cinq pointes: enfin en quelque endroit, comme au port

de Saincte-Marie, il tomba de la gresle d'une si prodigieuse grosseur que

les animaux et les hommes qui en estoient frappez expiroient sur le

champ... On trouva un cheveu blanc dans tous les grains de grelle qui

furent ouverts et dans tous le cheveu blanc étoit de la même longueur.»

L'Espagnol Torquémada formule ainsi la biographie d'une fameuse sorcière du

moyen âge:

«Aucuns parlent, dit-il, d'une certaine femme nommée _Agaberte_, fille d'un

géant qui s'appelait _Vagnoste_, demeurant aux pays septentrionaux,

laquelle était grande enchanteresse. Et la force de ses enchantements était

si variée, qu'on ne la voyait presque jamais en sa propre figure: quelque

fois c'était une petite vieille fort ridée, qui semblait ne se pouvoir

remuer, ou bien une pauvre femme malade et sans forces; d'autres fois elle

était si haute qu'elle paraissait toucher les nues avec sa tête. Ainsi elle

prenait telle forme qu'elle voulait aussi aisément que les auteurs

décrivent _Urgande la méconnue_. Et, d'après ce qu'elle faisait, le monde

avait opinion qu'en un instant elle pouvait obscurcir le soleil, la lune et

les étoiles, aplanir les monts, renverser les montagnes, arracher les

arbres, dessécher les rivières, et faire autres choses pareilles si

aisément qu'elle semblait tenir tous les diables attachés et sujets à sa

volonté.»

Les magiciens et les devins emploient une sorte d'anathème pour découvrir

les voleurs et les maléfices: voici cette superstition. Nous prévenons ceux

que les détails pourraient scandaliser, qu'ils sont extraits des grimoires.

On prend de l'eau limpide; on rassemble autant de petites pierres qu'il y a

de personnes soupçonnées; on les fait bouillir dans cette eau; on les

enterre sous le seuil de la porte par où doit passer le voleur ou la

sorcière, en y joignant une lame d'étain sur laquelle sont écrits ces mots:

_Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat_. On a eu soin de

donner à chaque pierre le nom de l'une des personnes que l'on a lieu de

soupçonner. On ôte le tout de dessus le seuil de la porte au lever du

soleil; si la pierre qui représente le coupable est brûlante, c'est déjà un

indice. Mais, comme le diable est sournois, il ne faut pas s'en contenter;

on récite donc les sept Psaumes de la pénitence, avec les litanies des

saints: on prononce ensuite les prières de l'exorcisme, contre le voleur ou

la sorcière; on écrit son nom dans un cercle; on plante sur ce nom un clou

d'airain, de forme triangulaire, qu'il faut enfoncer avec un marteau dont

le manche soit en bois de cyprès, et on dit quelques paroles prescrites

rigoureusement à cet effet[1]. Alors le voleur se trahit par un grand cri.

[Note 1: _Justus es Domine, et justa sunt judicia tua_.]

S'il s'agit d'une sorcière, et qu'on veuille seulement ôter le maléfice

pour le rejeter sur celle qui l'a jeté, on prend, le samedi, avant le lever

du soleil, une branche de coudrier d'une année, et on dit l'oraison

suivante: «Je te coupe, rameau de cette année, au nom de celui que je veux

blesser comme je te blesse.» On met la branche sur la table, en répétant

trois fois une certaine prière[1] qui se termine par ces mots: Que le

sorcier ou la sorcière soit anathème, et nous saufs[2]!

[Note 1: Comme la première, c'est une inconvenance. On ajoute aux

paroles saintes du signe de la croix: Droch, Mirroch, Esenaroth,

Bétubaroch, Assmaaroth, qu'on entremêle de signes de croix.]

[Note 2: Wierus, _De Praestig. daem._, lib. V, cap. V.]

Bodin et de Lancre content[1] qu'en 1536, à Casal, en Piémont, on remarqua

qu'une sorcière, nommée Androgina, entrait dans les maisons, et que bientôt

après on y mourait. Elle fut prise et livrée aux juges; elle confessa que

quarante sorcières, ses compagnes avaient composé avec elle le maléfice.

C'était un onguent avec lequel elles allaient graisser les loquets des

portes; ceux qui touchaient ces loquets mouraient en peu de jours.

[Note 1: _Démonomanie_, liv. IV, ch. IV. _Tableau de l'inconstance,

etc._, liv. II, disc. IV.]

«La même chose advint à Genève en 1563, ajoute de Lancre, si bien qu'elles

y mirent la peste, qui dura plus de sept ans. Cent soixante-dix sorcières

furent exécutées à Rome pour cas semblable sous le consulat de Claudius

Marcellus et de Valerius Flaccus: mais la sorcellerie n'étant pas encore

bien reconnue, on les prenait simplement alors pour des empoisonneuses...»

On remarquait, dit-on, au dix-septième siècle, dans la forêt de Bondi, deux

vieux chênes que l'on disait enchantés. Dans le creux de l'un de ces chênes

on voyait toujours une petite chienne d'une éblouissante blancheur. Elle

paraissait endormie, et ne s'éveillait que lorsqu'un passant s'approchait;

mais elle était si agile, que personne ne pouvait la saisir. Si on voulait

la surprendre, elle s'éloignait de quelques pas, et, dès qu'on s'éloignait,

reprenait sa place avec opiniâtreté. Les pierres et les balles la

frappaient sans la blesser; enfin on croyait dans le pays que c'était un

démon, ou l'un des chiens du grand veneur, ou du roi Arthus, ou encore la

chienne favorite de saint Hubert, ou enfin le chien de Montargis, qui,

présent à l'assassinat de son maître dans la forêt de Bondi, révéla le

meurtrier, et vengea l'homicide au XIVe siècle. On disait aussi que des

sorciers faisaient assurément le sabbat sous les deux chênes.

Un jeune garçon de dix à douze ans, dont les parents habitaient la lisière

de la forêt, faisait ordinairement de petits fagots à quelque distance de

là. Un soir qu'il ne revint pas, son père, ayant pris sa lanterne et son

fusil, s'en alla avec son fils aîné battre le bois. La nuit était sombre.

Malgré la lanterne, les deux bûcherons se heurtaient à chaque instant

contre les arbres, s'embarrassaient dans les ronces, revenaient sur leurs

pas et s'égaraient sans cesse. «Voilà qui est singulier, dit enfin le père;

il ne faut qu'une heure pour traverser le bois, et nous marchons depuis

deux sans avoir trouvé les chênes; il faut que nous les ayons passés.»

En ce moment, un tourbillon ébranlait la forêt. Ils levèrent les yeux, et

virent, à vingt pas, les deux chênes. Ils marchèrent dans cette direction;

mais à mesure qu'ils avancent, il semble que les chênes s'éloignent: la

forêt paraît ne plus finir; on entend de toutes parts des sifflements,

comme si le bois était rempli de serpents; ils sentent rouler à leurs pieds

des corps inconnus; des griffes entourent leurs jambes et les effleurent;

une odeur infecte les environne; ils croient sentir des êtres impalpables

errer autour d'eux...

Le bûcheron, exténué de fatigue, conseille à son fils de s'asseoir un

instant; mais son fils n'y est plus. Il voit à quelques pas, dans les

buissons, la lumière vacillante de la lanterne; il remarque le bas des

jambes de son fils, qui l'appelle; il ne reconnaît pas la voix. Il se lève;

alors la lanterne disparaît; il ne sait plus où il se trouve; une sueur

froide découle de tous ses membres; un air glacé frappe son visage, comme

si deux grandes ailes s'agitaient au-dessus de lui. Il s'appuie contre un

arbre, laisse tomber son fusil, recommande son âme à Dieu, et tire de son

sein un crucifix; il se jette à genoux et perd connaissance.

Le soleil était levé lorsqu'il se réveilla; il vit son fusil brisé et

macéré comme si on l'eût mâché avec les dents; les arbres étaient teints de

sang; les feuilles noircies; l'herbe desséchée; le sol couvert de lambeaux;

le bûcheron reconnut les débris des vêtements de ses deux fils, qui ne

reparurent pas. Il rentra chez lui épouvanté. On visita ces lieux

redoutables. On y vérifia toutes les traces du sabbat; on y revit la

chienne blanche insaisissable. On purifia la place; on abattit les deux

chênes, à la place desquels on planta deux croix, qui se voyaient encore il

y a peu de temps; et, depuis, cette partie de la forêt cessa d'être

infestée par les démons[1].

[Note 1: _Infernaliana_, p. 152.]

Ce que les sorciers appellent _main de gloire_ est la main d'un pendu,

qu'on prépare de la sorte: On la met dans un morceau de drap mortuaire, en

la pressant bien, pour lui faire rendre le peu de sang qui pourrait y être

resté; puis on la met dans un vase de terre, avec du sel, du salpêtre, du

zimax et du poivre long, le tout bien pulvérisé. On la laisse dans ce pot

l'espace de quinze jours; après quoi on l'expose au grand soleil de la

canicule, jusqu'à ce qu'elle soit complètement desséchée; si le soleil ne

suffit pas, on la met dans un four chauffé de fougère et de verveine. On

compose ensuite une espèce de chandelle avec de la graisse de pendu, de la

cire vierge et du sésame de Laponie; et on se sert de la main de gloire

comme d'un chandelier, pour tenir cette merveilleuse chandelle allumée.

Dans tous les lieux où l'on va avec ce funeste instrument, ceux qui y sont

demeurent immobiles, et ne peuvent non plus remuer que s'ils étaient morts.

Il y a diverses manières de se servir de la main de gloire; les scélérats

les connaissent bien; mais, depuis qu'on ne pend plus chez nous, ce doit

être chose rare.

Deux magiciens, étant venus loger dans un cabaret pour y voler, demandèrent

à passer la nuit auprès du feu, ce qu'ils obtinrent. Lorsque tout le monde

fut couché, la servante, qui se défiait de la mine des deux voyageurs, alla

regarder par un trou de la porte pour voir ce qu'ils faisaient. Elle vit

qu'ils tiraient d'un sac la main d'un corps mort, qu'ils en oignaient les

doigts de je ne sais quel onguent, et les allumaient, à l'exception d'un

seul qu'ils ne purent allumer, quelques efforts qu'ils fissent, et cela

parce que, comme elle le comprit, il n'y avait qu'elle des gens de la

maison qui ne dormît point; car les autres doigts étaient allumés pour

plonger dans le plus profond sommeil ceux qui étaient déjà endormis. Elle

alla aussitôt à son maître pour l'éveiller, mais elle ne put en venir à

bout, non plus que les autres personnes du logis, qu'après avoir éteint les

doigts allumés, pendant que les deux voleurs commençaient à faire leur coup

dans une chambre voisine. Les deux magiciens, se voyant découverts,

s'enfuirent au plus vite, et on ne les trouva plus[1].

[Note 1: Delrio, _Disquisitions magiques_.]

Il y avait autrefois beaucoup d'anneaux enchantés ou chargés d'amulettes.

Les magiciens faisaient des anneaux constellés avec lesquels on opérait des

merveilles. Cette croyance était si répandue chez les païens, que les

prêtres ne pouvaient porter d'anneaux, à moins qu'il ne fussent si simples

qu'il était évident qu'ils ne contenaient point d'amulettes[1].

[Note 1: Aulu-Gelle, lib. X, cap. XXV.]

Les anneaux magiques devinrent aussi de quelque usage chez les chrétiens et

même beaucoup de superstitions se rattachèrent au simple _anneau

d'alliance_. On croyait qu'il y avait dans le quatrième doigt, qu'on appela

spécialement doigt annulaire ou doigt destiné à l'anneau, une ligne qui

correspondait directement au coeur; on recommanda donc de mettre l'anneau

d'alliance à ce seul doigt. Le moment où le mari donne l'anneau à sa jeune

épouse devant le prêtre, ce moment, dit un vieux livre de secrets, est de

la plus haute importance. Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt et

ne passe pas la seconde jointure, la femme sera maîtresse; mais s'il

enfonce l'anneau jusqu'à l'origine du doigt, il sera chef et souverain.

Cette idée est encore en vigueur, et les jeunes mariées ont généralement

soin de courber le doigt annulaire au moment où elles reçoivent l'anneau de

manière à l'arrêter avant la seconde jointure.

Les Anglaises, qui observent la même superstition, font le plus grand cas

de l'anneau d'alliance à cause de ses propriétés. Elles croient qu'en

mettant un de ces anneaux dans un bonnet de nuit, et plaçant le tout sous

leur chevet, elles verront en songe le mari qui leur est destiné.

Les Orientaux révèrent les anneaux et les bagues, et croient aux anneaux

enchantés. Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. Ils

citent surtout, avec une admiration sans bornes, l'_anneau de Salomon_, par

la force duquel ce prince commandait à toute la nature. Le grand nom de

Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par des dragons, dans le

tombeau inconnu de Salomon. Celui qui s'emparerait de cet anneau serait

maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres.

A défaut de ce talisman prodigieux, ils achètent à des magiciens des

anneaux qui produisent aussi des merveilles.

Henri VIII bénissait des anneaux d'or qui avaient disait-il, la propriété

de guérir de la crampe[1].

[Note 1: Misson, _Voyage d'Italie_, t. III, p. 16, à la marge.]

Les faiseurs de secrets ont inventé des bagues magiques qui ont plusieurs

vertus. Leurs livres parlent de l'_anneau des voyageurs_. Cet anneau, dont

le secret n'est pas bien certain, donnait à celui qui le portait le moyen

d'aller sans fatigue de Paris à Orléans, et de revenir d'Orléans à Paris

dans la même journée.

Mais on n'a pas perdu le secret de l'_anneau d'invisibilité_. Les

cabalistes ont laissé la manière de faire cet anneau, qui plaça Gygès au

trône de Lydie. Il faut entreprendre cette opération un mercredi de

printemps, sous les auspices de Mercure, lorsque cette planète se trouve en

conjonction avec une des autres planètes favorables, comme la Lune,

Jupiter, Vénus et le Soleil. Que l'on ait de bon mercure fixé et purifié:

on en formera une bague où puisse entrer facilement le doigt du milieu; on

enchâssera dans le chaton une petite pierre que l'on trouve dans le nid de

la huppe, et on gravera autour de la bague ces paroles: _Jésus passant + au

milieu d'eux + s'en alla_[1]; puis ayant posé le tout sur une plaque de

mercure fixé, on fera le parfum de Mercure; on enveloppera l'anneau dans un

taffetas de la couleur convenable à la planète, on le portera dans le nid

de la huppe d'où l'on a tiré la pierre, on l'y laissera neuf jours; et

quand on le retirera, on fera encore le parfum comme la première fois; puis

on le gardera dans une petite boîte faite avec du mercure fixé, pour s'en

servir à l'occasion. Alors on mettra la bague à son doigt. En tournant la

pierre au dehors de la main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux

des assistants celui qui la porte; et quand on veut être vu, il suffit de

rentrer la pierre en dedans de la main, que l'on ferme en forme de poing.

[Note 1: Saint Luc, ch. IV, verset 30.]

Porphyre, Jamblique, Pierre d'Apone et Agrippa, ou du moins les livres de

secrets qui leur sont attribués, soutiennent qu'un anneau fait de la

manière suivante a la même propriété. Il faut prendre des poils qui sont au

dessus de la tête de la hyène et en faire de petites tresses avec

lesquelles on fabrique un anneau, qu'on porte aussi dans le nid de la

huppe. On le laisse là neuf jours; on le passe ensuite dans des parfums

préparés sous les auspices de Mercure (planète). On s'en sert comme de

l'autre anneau, excepté qu'on l'ôte absolument du doigt quand on ne veut

plus être invisible.

Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux

cabalistiques, on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé; on

enchâssera dans le chaton l'oeil d'une belette qui n'aura porté des petits

qu'une fois; sur le contour on gravera les paroles suivantes: _Apparuit

Dominus Simoni_. Cette bague se fera un samedi, lorsqu'on connaîtra que

Saturne est en opposition avec Mercure. On l'enveloppera dans un morceau de

linceul mortuaire qui ait enveloppé un mort; on l'y laissera neuf jours;

puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne, et on s'en

servira.

Ceux qui ont imaginé ces anneaux ont raisonné sur l'antipathie qu'ils

supposaient entre les matières qui les composent. Rien n'est plus

antipathique à la hyène que la belette, et Saturne rétrograde presque

toujours à Mercure; ou, lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de

quelques signes du zodiaque, c'est toujours un aspect funeste et de mauvais

augure[1].

[Note 1: _Petit Albert_.]

On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes, et leur

donner des vertus au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. «Mais dans

ces caractères, herbes cueillies, constellations et charmes, le diable se

coule,» comme dit Leloyer, quand ce n'est pas simplement le démon de la

grossière imposture. «Ceux qui observent les heures des astres,

ajoute-t-il, n'observent que les heures des démons qui président aux

pierres, aux herbes et aux astres mêmes.»--Et il est de fait que ce ne sont

ni des saints ni des coeurs honnêtes qui se mêlent de ces superstitions.

On appelle amulettes certains remèdes superstitieux que l'on porte sur soi

ou que l'on s'attache au cou pour se préserver de quelque maladie ou de

quelque danger. Les Grecs les nommaient phylactères, les Orientaux

talismans. C'étaient des images capricieuses (un scarabée chez les

Égyptiens), des morceaux de parchemin, de cuivre, d'étain, d'argent, ou

encore de pierres particulières où l'on avait tracé de certains caractères

ou de certains hiéroglyphes.

Comme cette superstition est née d'un attachement excessif à la vie et

d'une crainte puérile de tout ce qui peut nuire, le christianisme n'est

venu à bout de le détruire que chez les fidèles[1]. Dès les premiers

siècles de l'Église, les Pères et les conciles défendirent ces pratiques du

paganisme. Ils représentèrent les amulettes comme un reste idolâtre de la

confiance qu'on avait aux prétendus génies gouverneurs du monde. Le curé

Thiers[2] a rapporté un grand nombre de passage des Pères à ce sujet, et

les canons de plusieurs conciles.

[Note 1: Bergier, _Dictionnaire théologique_.]

[Note 2: _Traité des superstitions_, liv. V, ch. 1.]

Curiosités Infernales · 第 13 / 22 段