«Jean Laugius, très docte médecin, escrit au premier livre de ses

_Espitres_ estre avenu l'an 1539 à Fugenstal, village de l'évesché

d'Eysteten ce qui s'ensuit, vérifié par grand nombre de tesmoins. Ulric

Neusesser, laboureur demeurant en ce village, estoit misérablement

tourmenté d'une douleur de flancs. Un jour le chyrurgien ayant fait quelque

incision en la peau, l'on en tira un clou de fer: pour cela les douleurs ne

s'appaisèrent, au contraire accreurent tellement, que le pauvre homme tombe

en désespoir, d'un couteau tranchant se coupe la gorge. Comme on voulait le

cacher en terre, deux chyrurgiens lui ouvrirent l'estomach en présence de

plusieurs et dans icelui trouvèrent du bois rond et long, quatre cousteaux

d'acier les uns aigus, les autres dentelez comme une scie; ensemble deux

bastons de fer, chacun de neuf poulces de longueur et un gros toupillon de

cheveux: je m'esbahi comment cette ferraille a peu estre amassée dedans la

capacité de l'estomach et par quelle ouverture. C'est sans doute par un

artifice du diable, lequel suppose dextrement toutes choses, pour se

maintenir et faire redouter.

«Antoine Lucquet, chevalier de l'ordre de la Toison, personnage de grande

reputation par toute la Flandre, et conseiller au privé conseil de Brabant,

outre trois enfans légitimes, eut un bastard, qui print femme à Bruges.

Icelle peu après les noces commença d'être misérablement tourmentée par le

malin esprit, tellement qu'en quelque part qu'elle fust, mesme au milieu

des dames et damoiselles, elle estoit soudain emportée et trainée par les

chambres et souventes fois jettée puis en un coin, puis en l'autre, quoi

que ceux qui estoient présens taschassent de la retenir et de l'empescher.

Mais en ses agitations elle n'estoit pas beaucoup intéressée en son corps.

Chascun pensoit que ce mal lui eust esté procuré par une femme autrefois

entretenue par son mari, jeune homme de belle taille, gaillard et dispos.

En ses entrefaites, elle devint enceinte et ne cessa le malin esprit de la

tourmenter. Le terme de l'accouchement venu, il ne se trouve qu'une femme

en sa compagnie, laquelle fut incontinent envoyée vers la sage-femme.

Cependant il lui fut avis que cette femme, dont j'ai parlé, entroit dedans

la chambre et lui servoit de sage-femme, dont la pauvre damoiselle fut si

esperdue que le coeur lui en faillit. Revenue à soi, elle se trouva

deschargée de son fardeau; toutesfois, il n'aparut enfant quelconque dont

chascun demeura esperdu. Le jour suivant, l'accouchée trouva en son resveil

un enfant emmailloté et couché dedans le lict, qu'elle allaita par deux

fois. S'estant peu après endormie, l'enfant en fut pris de ses costez et

oncques depuis ne fut veu. Le bruit courut que l'on avoit trouvé dedans la

porte quelques billets avec des caractères magiques.»

Goulart[1] fait connaître, d'après Wier «les convulsions monstrueuses et

innombrables advenues aux nonnains du couvent de Kentorp en la cote de la

Marche près Hammone. Un peu devant leurs accès et durant celui, elles

poussoient de leur bouche une puante haleine, qui continuoit parfois

quelques heures. En leur mal aucunes ne laissoient d'avoir l'entendement

sain, d'ouïr et de reconnoistre ceux qui estoyent autour d'elles, encore

qu'à cause des convulsions de la langue et des parties servantes à la

respiration elles ne peussent parler durant l'accès. Or estoyent les unes

plus tourmentées que les autres et quelques-unes moins. Mais ceci leur

estoit commun, qu'aussitost que l'une estoit tourmentée, au seul bruit les

autres séparées en diverses chambres estoyent tourmentées aussi. Ayant

envoyé vers un devin, qui leur dit qu'elles avoient été empoisonnées par

leur cuisinière nommée Else Kamense, le diable empoignant ceste occasion

commença à les tourmenter plus que devant et les induisit à s'entremordre,

entrebattre et se jeter par terre les unes les autres. Après qu'Else et sa

mère eurent esté bruslées, quelques-uns des habitants de Hammone

commencèrent à estre tourmentez du malin esprit. Le pasteur de l'église en

appela cinq en son logis afin de les instruire et fortifier contre les

impostures de l'ennemi. Ils commencèrent à se mocquer du pasteur et à

nommer certaines femmes du lieu, chez lesquelles ils disoyent vouloir

aller, montez sur des boucs, qui les y porteroient. Incontinent l'un d'eux

se met à chevauchon sur une escabelle, s'escriant qu'il alloit et estoit

porté là. Un autre se mettant à croupeton se recourba du tout en devant

puis se roula vers la porte de la chambre, par laquelle soudain ouverte il

se jetta et tomba du haut en bas des degrés sans se faire mal.»

[Note 1: _Thrésor d'histoires admirables_, t. I, p. 143.]

«Les nonnains du couvent de Nazareth, à Cologne, dit le même auteur[1],

furent presque tourmentées comme celles de Kentorp. Ayant esté par long

espace de temps tempestées en diverses sortes par le diable, elles le

furent encore plus horriblement l'an 1564, car elles estoyent couchées par

terre et rebrassées comme pour avoir compagnie d'hommes. Durant laquelle

indignité leurs yeux demeuroyent clos, qu'elles ouvroyent après

honteusement et comme si elles eussent enduré quelque griève peine. Une

fort jeune fille nommée Gertrude, aagée de quatorze ans, laquelle avoit

esté enfermée en ce couvent ouvrit la porte à tout ce malheur. Elle avoit

souvent esté tracassée de ces folles apparitions en son lict, dont ses

risées faisoient la preuve quoiqu'elle essayât parfois d'y remédier mais en

vain. Car ainsi qu'une siene compagne gisoit en une couchette tout expres

pour la deffendre de ceste apparition, la pauvrette eut frayeur, entendant

le bruit qui se faisoit au lict de Gertrude, de laquelle le diable print

finalement possession, et commença de l'affliger par plusieurs sortes de

contorsions... Le commencement de toute cette calamité procédoit de

quelques jeunes gens desbauchez, qui ayant prins accointance par un jeu de

paulme proche de là, avec une ou deux de ces nonnains, estoyent depuis

montez sur les murailles pour jouyr de leurs amours.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. I, p. 153.]

«Les tourmens que les diables firent à quelques nonnains enfermées à Wertet

en la comté de Horne, sont esmerveillables. Le commencement vint (à ce

qu'on dit) d'une pauvre femme, laquelle durant le caresme emprunta des

nonnains une quarte de sel pesant environ trois livres, et en rendit deux

fois autant, un peu devant Pasques. Dès lors elles commencerent à trouver

dedans leur dortoir des petites boules blanches semblables à de la dragée

de sucre, salées au goust, dont toutefois on ne mangea point, et ne

sçavoit-on d'où elles venoient. Peu de temps après elles s'apperceurent de

quelque chose qui sembloit se plaindre comme feroit un homme malade; elles

entendirent aussi une fois admonnestant quelques nonnains de se lever et

venir à l'aide d'une de leurs soeurs malade: mais elles ne trouverent rien,

y estant courues. Si quelques fois elles vouloient uriner en leur pot de

chambre, il leur estoit soudainement osté tellement qu'elles gastoyent leur

lict. Par fois elles en estoyent tirées par les pieds, traînées assez loin

et tellement chatouillées par les plantes, qu'elles en pasmoyent de rire.

On arrachoit une partie de la chair à quelques-unes, aux autres on

retournoit s'en devant derrière les jambes, les bras et la face.

Quelques-unes ainsi tourmentées vomissoyent grande quantité de liqueur

noire, comme ancre, quoi que auparavant elles n'eussent mangé six sepmaines

durant que du jus de raiforts, sans pain. Ceste liqueur estoit si amere et

poignante qu'elle leur eslevoit la première peau de la bouche, et ne

sçavoit-on leur faire sauce quelconque qui peust les mettre en appétit de

prendre autre chose. Aucunes estoient eslevées en l'air à la hauteur d'un

homme, et tout soudain rejettées contre terre. Or comme quelques-uns de

leurs amis jusques au nombre de treize fussent entrez en ce couvent pour

resjouir celles qui sembloyent soulagées et presque gueries, les unes

tomberent incontinent à la renverse hors de la table où elles estoyent,

sans pouvoir parler, ni conoistre personne, les autres demeurerent

estendues comme mortes, bras et jambes renversées. Une d'entre elles fut

soulevée en l'air, et quoi que les assistans s'efforçassent l'empescher et

y missent la main, toutes fois elle leur estoit arrachée maugré eux, puis

tellement rejettée contre terre qu'elle sembloit morte. Mais se relevant

puis après, comme d'un somme profond, elle sortoit du réfectoir n'ayant

aucun mal. Les unes marchoyent sur le devant des jambes, comme si elles

n'eussent point eu de pieds, et sembloit qu'on les trainast par derrière,

comme dedans un sac deslié. Les autres grimpoyent au faiste des arbres

comme des chats, et en descendoyent à l'aise du corps. Il advint aussi

comme leur abbesse parloit à madame Marguerite, comtesse de Bure, qu'on lui

pinça fort rudement la cuisse, comme si la pièce en eust esté emportée,

dont elle s'écria fort. Portée incontinent en son lict, la playe fut veue

livide et noire, dont toutes fois elle guérit. Cette bourrellerie de

nonnains dura trois ans a descouvert, depuis on tint cela caché.

«Ce qui advint jadis aux nonnains de Brigitte en leur couvent près de

Xante, convient à ce que nous venons de réciter. Maintenant elles

tressailloyent ou beeloyent comme brebis, ou faisoyent des cris horribles.

Quelques fois elles estoyent poussées hors de leurs chaires au temple où là

mesmes on leur attachoit la voile dessus la teste: et quelques fois leur

gavion estoit tellement estouppé qu'impossible leur estoit d'avaler aucune

viande. Ceste estrange calamité dura l'espace de dix ans en quelques-unes.

Et disoit-on qu'une jeune nonnain, esprise de l'amour d'un jeune homme en

estoit cause, pour ce que ses parens le lui avoyent refusé en mariage. Et

que le diable prenant la forme de ce jeune homme s'estoit monstré à elle en

ses plus ardentes chaleurs, et lui avoit conseillé de se rendre nonnain,

comme elle fit incontinent. Enfermée au couvent, elle devint comme furieuse

et monstra à chacun des horribles et estranges spectacles. Ce mal se glissa

comme une peste en plusieurs autres nonnains. Cette premiere sequestrée

s'abandonna à celui qui la gardoit et en eust deux enfans. Ainsi Satan

dedans et dehors le couvent fit ses efforts détestables.»

«Cardon rapporte qu'un laboureur... vomissait souventes fois du voirre[1],

des cloux et des cheveux, et (qu'après sa guérison) il sentait dedans son

corps une grande quantité de voirre rompu: lequel faisoit un bruit pareil à

celuy qui se fait par plusieurs pièces de voirre rompu enfermées en un sac.

Il dit encore qu'il se sentoit fort travaillé de ce bruit et que de

dix-huit en dix-huit nuicts sur les sept heures, encore qu'il n'observast

le nombre d'icelles, si est-ce qu'il avoit senti par l'espace de dix-huit

ans qu'il y avoit qu'il estoit guari, autant de coups en son coeur, comme

il y avoit d'heures à sonner: ce qu'il endurait non sans un grand

tourment.»

[Note 1: Verre.]

«J'ay veu plusieurs fois, dit Goulart[1], une démoniaque, nommée George,

qui par l'espace de trente ans fut par intervalles fréquens tourmentée du

malin esprit, tellement que parfois en ma présence elle s'enfloit, et

demeuroit si pesante que huict hommes robustes ne pouvoyent la souslever de

terre. Puis un peu après, exhortée au nom de Dieu de s'accourager, certain

bon personnage lui tendant la main, elle se relevoit en pieds, et s'en

retournoit courbée et gémissante chez soy. En tels acces oncques elle ne

fit mal à personne quelconque fust de nuict, fust de jour, et si demeuroit

avec un sien parent qui avoit force petits enfans tellement accoustumez à

cette visitation, que soudain qu'ils l'entendoyent se tordre les bras,

fraper des mains, et tout son corps enfler d'estrange sorte, ils se

rangeoyent en certain endroit de la maison pour recommander ceste patiente

à Dieu. Leurs prières n'estoyent jamais vaines. La trouvant un jour en

certaine autre maison du village où elle demeuroit, je l'exhortoy à

patience... Elle commence à rugir de façon estrange, et de promptitude

merveilleuse me lance sa main gauche, dont elle m'empoigne les deux poings,

me serrant aussi ferme que si j'eusse été lié de fortes cordes. J'essaye me

despetrer, mais en vain, quoy que je fusse aussi robuste qu'un autre. Elle

ne me fit aucune nuisance, ni ne me toucha de la main droite. Ayant esté

retenu d'elle autant de temps que j'ai employé à descrire son histoire,

elle me lasche soudain, me demandant pardon. Je la recommande à Dieu, puis

la conduisis paisiblement en son logis... Quelques jours devant son

trespas, ayant esté fort tourmentée elle s'alicta, saisie d'une fièvre

lente. Alors la fureur du malin esprit fut tellement bridée et limitée, que

la patiente fortifiée extraordinairement en son âme par l'espace de dix ou

douze jours ne cessa de louer Dieu, qui l'avoit soutenue si

miséricordieusement en son affliction, consolant toutes personnes qui la

visitoyent... Je puis dire que Satan fut mis sous les pieds de ceste

patiente, laquelle deceda fort paisiblement en l'invocation de son

sauveur.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 791.]

Goulart[1] raconte que «il y avoit à Leuenstcet, village appartenant au duc

de Brunswick, une jeune fille nommée Marguerite Achels, aagée de vingt ans,

laquelle demeuroit avec sa soeur. Un jour de juin, voulant nettoyer

quelques souliers, elle prit l'un de ses cousteaux de demi pied de longueur

et comme elle commençoit, assise en un coin de chambre, et encore toute

faible d'une fièvre qui l'avoit tenue long-temps, entra soudain une

vieille, qui l'interrogua si elle avoit encore la fièvre, et comment elle

se portoit de sa maladie, puis sortit sans dire mot. Après que les souliers

eurent esté nettoyés, cette fille laisse tomber le couteau en son giron

lequel depuis elle ne put retrouver, encore qu'elle le cerchast

diligemment; ce qui l'effroya, mais encores plus quand elle descouvrit un

chien noir couché dessous la table qu'elle chassa, espérant trouver son

cousteau. Le chien tout irrité commence à lui monstrer les dents et

grondant se lance en rue, puis s'enfuit. Il sembla incontinent à cette

fille qu'elle sentit je ne sçay quoi, qui lui descendoit par derrière le

lez du dos comme quelque humeur froide, et soudain elle s'esvanouit

demeurant ainsi jusques au troisiesme jour suivant, qu'elle commença à

respirer un petit et à prendre quelque chose pour se sustanter. Or estant

diligemment interroguée de la cause de sa maladie, elle respondit sçavoir

certainement que le couteau tombé en son giron estoit entré dedans son

costé gauche, et qu'en ceste partie elle sentoit douleur. Et encore que ses

parents lui contredissent, d'autant qu'ils attribuoyent cette indisposition

a un humeur melancholique, et qu'elle resvoit à raison de sa maladie, de

ses longues abstinences et autres accidens, si ne cessa-elle point de

persister en ses plaintes, larmes et veilles continuelles, tellement

qu'elle en avoit le cerveau troublé et estoit quelquefois l'espace de deux

jours sans rien prendre, encore qu'on l'en priast par douceur, et

quelquefois on la contraignoit par force. Or avoit-elle ses accès plus

forts en un temps qu'en l'autre, tellement que son repos duroit peu à

raison des continuelles douleurs qui la tourmentoyent: tellement qu'elle

estoit contrainte de se tenir toute courbée sur un baston. Et ce qui plus

augmentoit son angoisse et diminuoit son allegement, estoit que

véritablement, elle croyoit que le cousteau fut en son corps et qu'en cela

chacun lui contredisoit opiniatrement, et lui proposoit l'impossibilité,

jugeant qu'elle avoit la phantasie troublée, attendu que rien

n'apparaissoit qui peust les induire à tel avis, sans que ses continuelles

larmes et plaintes, esquelles on la vit continuer pendant l'espace de

quelques mois et jusques à ce qu'il apparut au costé gauche un peu

au-dessus de la ratelle, entre les deux dernieres costes que nous nommons

fausses, une tumeur de la grosseur d'un oeuf, en forme de croissant,

laquelle accreut et diminua, selon que l'enfleure apparut et print fin.

Alors ceste pauvre malade leur dit: Jusques à présent vous n'avez voulu

croire que le cousteau fut en mon corps, mais vous verrez bientôt comme il

est caché en mon costé. Ainsi le trentième de juin, à sçavoir environ

treize mois accomplis de cette affliction, sortit si grande abondance de

boue hors de l'ulcère, qui s'estoit fait en ce costé, que l'enflure vint à

diminuer, et lors parut la pointe du couteau que la fille désiroit

arracher: toutes fois elle en fut empeschée par ses parens, lesquels

envoyèrent chercher le chirurgien du duc Henri, qui pour lors estoit au

chasteau de Wolfbutel. Ce chirurgien venu le quatriesme jour de juillet,

pria le curé de consoler, instruire et accourager la fille, et de prendre

garde aussi à ses réponses, pour autant que chacun la réputoit démoniaque.

Elle condescendit à estre gouvernée par le chirurgien, non sans opinion que

la mort soudaine s'en ensuivroit. Le chirurgien, voyant la pointe du

cousteau qui se monstroit sous les costes le tint avec ses instruments et

le trouva semblable à l'autre, qui estoit resté dans la gaine, et fort usé

environ le milieu du tranchant. Depuis l'ulcère fut guéri par le

chirurgien.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. I, p. 155.]

Mélanchthon[1] cité par Goulart[2] rapporte «qu'il y avoit une fille au

marquisat de Brandebourg, laquelle en arrachant des poils du vestement de

quelque personnage que ce fust, ces poils estoyent incontinent changez en

pièces de monnoye du pays, lesquelles ceste fille maschoit avec un horrible

craquement de dents. Quelques-uns luy ayant arraché de ces pièces d'entre

les mains trouvèrent que c'estoyent vrayes pièces de monnoye, et les

gardent encore. Au reste cette fille estoit fort tourmentée de fois à

autre: mais au bout de quelques mois elle fut du tout guerie et a vescu

depuis en bonne santé; on fit souvent prières pour elle, et s'abstint-on

expressément de toutes autres cérémonies.»

[Note 1: En ses _Épîtres_.]

[Note 2: _Thrésor des histoires admirables_.]

«J'ay entendu, rapporte le même auteur au même endroit[1], qu'en Italie y

avoit une femme fort idiote, agitée du diable, laquelle enquise par Lazare

Bonami, personnage assisté de ses disciples, quel estoit le meilleur vers

de Virgile, répondit tout soudain:

[Note 1: Cité par Goulart, _Thrésor des histoires admirables_, t.

I, p. 143.]

_Discite justitiam moniti et non temnere divos_.

C'est, adjousta-t-elle le meilleur et le plus digne vers que Virgile fit

oncques: va-t-en et ne retourne plus ici pour me tenter.»

Une nommée Louise Maillat, petite démoniaque qui vivait en 1598, perdit

l'usage de ses membres; on la trouva possédée de cinq démons qui

s'appelaient _loup, chat, chien, joly, griffon_. Deux de ces démons

sortirent d'abord par sa bouche en forme de pelotes de la grosseur du

poing; la première rouge comme du feu, la seconde, qui était le chat,

sortit toute noire; les autres partirent avec moins de violence. Tous ces

démons étant hors du corps de la jeune personne firent plusieurs tours

devant le foyer et disparurent. On a su que c'était Françoise Secrétain qui

avait fait avaler ces diables à cette petite fille dans une croûte de pain

de couleur de fumier[1].

[Note 1: M. Garinet, _Hist. de la Magie en France_, p. 162.]

II.--ENSORCELÉS

«On tient, dit Goulart[1], d'après Vigenère[2], que si les sorciers

guérissent (c'est-à-dire dessorcelent) un homme maleficié, et par eux ou

autres leurs compagnons ensorcellé, il faut qu'ils donnent le sort à un

autre. Cela est vulgaire par leur confession. De fait, j'ay veu un sorcier

d'Auvergne prisonnier à Paris, l'an 1569, qui guerissoit les bestes et les

hommes quelquefois: et fut trouvé saisi d'un grand livre, plein de poils de

chevaux, vaches et autres bestes, de toutes couleurs. Quand il avoit jeté

le sort pour faire mourir quelque cheval, on venoit à lui, et le guerissoit

en apportant du poil; puis il donnoit le sort à un autre, et ne prenoit

point d'argent; car autrement (comme il disoit) il n'eust pas gueri. Aussi

estoit-il habillé d'une vieille saye composée de mille pieces. Un jour

ayant donné le sort au cheval d'un gentilhomme, on vint à lui. Il guerit le

cheval et donna le sort au palefrenier. On retourne afin qu'il guerist

l'homme. Il respond qu'on demandast au gentilhomme lequel il aimoit mieux

perdre, son homme ou son cheval. Tandis que le gentilhomme fait de

l'empesché et qu'il delibère, son homme mourut, et le sorcier fut pris. Il

fait à noter que le diable veut toujours gaigner au change, tellement que

si le sorcier oste le sort à un cheval, il le donnera à un autre cheval qui

vaudra mieux. S'il guérit une femme, la maladie tombera sur un homme. S'il

dessorcelle un vieillard, il ensorcellera un jeune garçon. Et si le sorcier

ne donne le sort à un autre il est en danger de sa vie. Brief si le diable

guérit (en apparence) le corps, il tue l'ame.»

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. II, p. 826.]

[Note 2: Annotation sur la statue d'Esculape, au 2e volume de

_Philostrate_.]

«J'en reciteray quelques exemples, dit Bodin[1]: M. Fournier, conseiller

d'Orléans, m'a raconté d'un nommé Hulin Petit, marchand de bois en ceste

ville-là, qu'estant ensorcellé à la mort, il envoya querir un qui se disoit

guerir de toutes maladies (suspect toutes fois d'estre grand sorcier), pour

le guérir: lequel fit response qu'il ne pouvoit le guerir s'il ne donnoit

la maladie à son fils, qui estoit encores à la mammelle. Le (malheureux)

père consentit au parricide de son fils; qui fait bien à noter pour

conoistre la malice de Satan, et la juste fureur du Souverain sur les

personnes qui recourent à cest esprit homicide et à ses instrumens. La

nourrisse entendant cela s'enfuit avec son fils, pendant que le sorcier

touchoit le père pour le guerir. Après l'avoir touché, le père se trouva

gueri. Mais le sorcier demandant le fils, et ne le trouvant point, commence

à crier: Je suis mort! où est l'enfant? Ne l'ayant point trouvé, il s'en

alla; mais il n'eut pas mis les pieds hors la porte que le diable le tua

soudain. Il devint aussi noir que si on l'eust noirci de propos délibéré.»

[Note 1: Démonomanie, liv. III, ch. II.]

«J'ay sceu aussi qu'au jugement d'une sorciere, accusée d'avoir ensorcellé

sa voisine en la ville de Nantes, les juges lui commanderent de toucher

celle qui estoit ensorcellée; chose ordinaire aux juges d'Alemagne, et

mesmes en la chambre impériale cela se fait souvent. Elle n'en vouloit rien

faire: on la contraignit; elle s'escria: Je suis morte! Ayant touché la

femme ensorcellée, soudain elle guerit; et la sorcière tomba roide morte

par terre. Elle fut condamnée d'estre bruslée toute morte. Je tiens

l'histoire de l'un des juges qui assista au jugement.»

«J'ai aprins à Thoulouse, qu'un escholier du parlement de Bourdeaux voyant

son ami travaillé d'une fièvre quarte à l'extrémité, lui conseilla de

donner sa fièvre à l'un de ses ennemis. Il fit réponse qu'il n'avoit point

d'ennemis. Donnez-la donc, dit-il, à vostre serviteur: de quoy le malade

ayant fait conscience, enfin le sorcier lui dit: Donnez-la-moi. Le malade

respond: Je le veux bien. La fièvre empoigne le sorcier qui en mourut, et

le malade reschappa.»

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