LE PÉCHÉ

Sur sa butte que le vent gifle,

Il tourne et fauche et ronfle et siffle

Le vieux moulin des péchés vieux

Et des forfaits astucieux.

Il geint des pieds jusqu'à la tète,

Sur fond d'orage et de tempête,

Lorsque l'automne et les nuages

Frôlent son toit de leurs voyages.

L'hiver, quand la campagne est éborgnée,

Il apparaît une araignée

Colossale, tissant ses toiles

Jusqu'aux étoiles.

C'est le moulin des vieux péchés.

Qui l'écoute, parmi les routes,

Entend battre le cœur du diable,

Dans sa carcasse insatiable.

Un travail d'ombre et de ténèbres

S'y fait, pendant les nuits funèbres,

Quand la lune fendue

Gît-là, sur le carreau de l'eau,

Comme une hostie atrocement mordue.

C'est le moulin de la ruine

Qui moud le mal et le répand aux champs,

Infini, comme une bruine.

Ceux qui sournoisement écornent

Le champ voisin en déplaçant les bornes;

Ceux qui, valets d'autrui, sèment l'ivraie

Au lieu de l'orge vraie;

Ceux qui jettent les poisons clairs dans l'eau

Où l'on amène le troupeau:

Ceux qui, par les nuits seules,

En brasiers d'or font éclater les meules,

Tous passèrent par le moulin.

Encore:

Les conjureurs de sorts et les sorcières

Que vont trouver les filles-mères;

Ceux qui cachent dans les fourrés

Leurs ruts et leurs spasmes vociférés;

Ceux qui n'aiment la chair que si le sang

Gicle aux jeux, frais et luisant;

Ceux qui s'entr'égorgent, à couteaux rouges,

Volets fermés, au fond des bouges;

Ceux qui flairent l'espace

Avec, entre leurs poings, là mort pour tel qui passe,

Tous passèrent par le moulin.

Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées · 第 16 / 53 题