1201, Pierre Ziani.

1213, Marin Zeno.

1228, Étienne Badouer.

1229, Jean Dandolo.

1230, Étienne Badouer.

1257, Jean Badouer.

1261, Jean Badouer.

1264, Laurent Thiepolo.

1265, Gerardin Longo.

1270, Thomas Justiniani.

1272, Michel Auro.

1277, Mathieu Gritti.

1278, Marin Valaresso.

1281, Henri Auro.

1291, Thomas Querini.

1293, Paul Querini.

1294, Nicolas Morosini.

1303, Marin Badouer.

1318, Jean Camolino.

1319, Marc Gradenigo.

1327, Gerard Morosini.

1337, Marc Cornaro.

1338, Marin Falier.

1339, Jean Contarini,

_Id._ Pierre Badouer.

1340, Jean Ziani.

1341, Pierre Zeno.

1342, Jean Gradenigo.

1343, Pierre Zeno.

1344, Bernard Justiniani.

1346, Jean Dandolo.

1347, Pierre Badouer.

1348, Jean Contarini.

1350, Mathieu Contarini.

_Id._ Marin Falier.

1351, Jean Foscari.

1354, Pierre Badouer.

1355, Mathieu Contarini.

1356, Marc Cornaro.

1357, Marin Morosini.

On voit quelle influence des choix aussi fréquents, faits parmi leurs

concitoyens, devaient donner aux Vénitiens sur Padoue.]

[Note en marge: Les enfants illégitimes exclus du droit de siéger

dans les conseils.]

[Note en marge: Défense aux Vénitiens de posséder des immeubles en

pays étranger.]

À ces innovations dans la législation il faut en ajouter une autre,

qui fut adoptée vers le même temps. Une loi déclara les enfants

non légitimes inhabiles à entrer dans le grand conseil. Cette

exclusion des bâtards prouve qu'ils n'étaient pas soumis à d'autres

incapacités. C'est à la même époque que quelques historiens[312]

rapportent le réglement qui défendait à tous les Vénitiens d'acquérir

des possessions sur la terre-ferme, c'est-à-dire en Italie.

[Note 312: _Storia della città e repubblica di Venezia_, di Paolo

MOROSINI, lib. 8º.]

[Note en marge: XXIII. Jacques Contarini, doge. 1274.]

[Note en marge: Révolte en Istrie.]

Le successeur de Laurent Thiepolo fut Jacques Contarini, vieillard

de quatre-vingts ans, dont la famille, anciennement illustre, avait

été élevée sur le trône deux cents ans auparavant. Le règne de

celui-ci fut rempli par la guerre d'Ancône, que j'ai déjà racontée,

et par une révolte en Istrie. La ville de Capo-d'Istria essaya de

secouer le joug des Vénitiens; Trieste suivit cet exemple. Ces villes

invoquèrent le secours du patriarche d'Aquilée, toujours prêt à

susciter des embarras à la république. Il fit une alliance offensive

avec le comte de Gorice. Venise fut obligée d'envoyer successivement

dans l'Istrie deux armées, qui éprouvèrent même d'assez grands

revers; mais qui finirent par soumettre les révoltés; comme cela

arrive toujours, lorsque des peuples, qui veulent secouer le joug,

n'ont pour alliés que des voisins jaloux, dont l'objet est de nuire à

la métropole plutôt que d'affranchir les colonies. Sanuto dit que le

patriarche fut fait prisonnier, promené dans Venise sur une mule dont

il tenait la queue et avec cet écriteau sur le dos: _Ecce sacerdos

pravus qui in diebus suis displicuit deo et inventus est malus_[313].

[Note 313: Il y a sur cette guerre un passage assez remarquable de

l'autre Marin SANUTO, l'auteur du livre, _Secreta fidelium crucis_,

liv. 2, 2e partie, ch. 8.]

[Note en marge: Acquisition d'Almissa en Dalmatie.]

[Note en marge: De Montone en Istrie.]

[Note en marge: De Cervia dans la Romagne.]

La république fit vers ce temps-là quelques acquisitions d'une

médiocre importance: la petite ville d'Almissa dans la Dalmatie

fut conquise, sous prétexte que ses habitants s'étaient emparés

de quelques bâtiments appartenant aux Vénitiens. La ville de

Montone[314] en Istrie, et celle de Cervia dans la Romagne,

renoncèrent, dit-on, à la liberté qu'elles avaient conservée jusque

alors, pour se mettre sous l'empire, ou sous la protection, des

Vénitiens. Cervia fut la première possession de Venise sur la

terre-ferme d'Italie. On sait assez combien on doit se défier de ces

récits où l'on présente un peuple faisant volontairement le sacrifice

de son indépendance; en effet, cette ville de Montone se révolta

bientôt après, et plus d'une fois.

[Note 314: Des historiens disent qu'elle se donna volontairement à la

république, mais Dandolo dit formellement (_Chron._ ch. 9, part. 5)

qu'elle fut assiégée et conquise.]

[Note en marge: XXIV. Jean Dandolo, doge. 1280.]

[Note en marge: Tremblement de terre.]

Jacques Contarini occupa le trône à-peu-près six ans: accablé de

vieillesse, il demanda et obtint la permission d'abdiquer sa dignité,

qui fut conférée à Jean Dandolo. Cette élection fut un triomphe

pour le parti opposé à l'aristocratie. Sous ce nouveau règne, un

tremblement de terre renversa quelques maisons de Venise en 1280.

L'année suivante, les flots de l'Adriatique, refoulés par les vents

du midi, s'élevèrent à une hauteur menaçante, envahirent les parties

inférieures des maisons, détruisirent les approvisionnements,

les marchandises, et firent craindre le renversement de tous les

édifices[315].

[Note 315: Item codem millesimo et anno in festo sancti Thomæ

apostoli in V{â} feriâ, et sequenti nocte in VI{â} feriâ circà horam

matutinalem, factæ sunt coruscationes et audita sunt tonitrua magna,

quod erat insolitum, ut tali tempore tonitrua audirentur. Et tunc in

Venetiis factæ sunt inundationes magnæ maris et fluctuum, quales non

fuerunt, ut dicunt antiqui, ex quo civitas illa fuit fundata super

aquas usque ad dies nostros. Et submersæ sunt naves, et necati sunt

homines; et mercationes, quæ in solariis domorum non erant, penitùs

sunt destructæ. Simile infortunium fuit in civitate Cluginâ, scilicet

Cluzâ quæ est in lacunis marinis, ubi fit sal. Et dicebat cardinalis

romanæ curiæ dominus Bernardus legatus, qui in Bononiâ habitabat,

quod adeò accidit hoc infortunium Venetis quia excommunicati erant ab

eo, quòd contra Petram Aragonum Regi Karulo succursum dare volebant,

cùm de voluntate Martini papæ procederet. (_Memoriale potestatum

regiensium gestorumque iis temporibus ab anno 1154 usque ad annum

1290. Autore anonymo._) Collection de MURATORI, _Rerum italicarum

scriptores_, tom. VIII, page 1166.]

[Note en marge: Interdit jeté sur Venise par le légat du pape.]

Le pape, qui favorisait le roi de Naples, Charles d'Anjou, publia

une croisade contre le compétiteur de ce prince. La république ne

voulut pas armer pour une cause qui lui était étrangère, ni permettre

que ses citoyens y prissent part. Le légat du pape fut tellement

irrité de ce refus qu'il confondit, dans sa colère, les Vénitiens

avec les princes excommuniés, et jeta un interdit sur leur ville.

Mais le gouvernement prouva dans cette affaire tout ce qu'a de force

une résistance accompagnée de modération; il ne souffrit pas que ses

sujets fissent la guerre sans son aveu.

On supporta l'interdit sans récriminer contre le souverain pontife.

On n'essaya point de forcer les ecclésiastiques à violer la défense

du pape, qui suspendait la célébration des saints mystères; on se

soumit, pendant trois ans, à la privation des secours spirituels; on

se borna à adresser au saint-siége des réclamations respectueuses.

Pendant ce temps-là les circonstances changèrent, la tiare passa sur

une autre tête, et le nouveau pontife, qui vit qu'on n'avait rien

gagné à interdire les Vénitiens, les réconcilia avec l'église en

1286. L'un des fruits de cette réconciliation fut l'établissement du

saint-office à Venise.

[Note en marge: XXV. Établissement du saint-office à Venise. 1286.]

Il y avait à-peu-près un siècle que les papes avaient imaginé

d'établir cette espèce de tribunal contre les hérétiques. D'abord on

n'envoyait contre eux que des missionnaires. Quand on eut éprouvé

l'insuffisance du zèle et de l'éloquence pour les convertir, on

voulut les effrayer. Les missionnaires furent autorisés à requérir

l'assistance de la puissance temporelle et à s'assurer de son

obéissance par la menace de l'excommunication.

Il en résulta que les prêtres, envoyés pour éclairer ceux qui

erraient dans la foi, se trouvèrent armés du glaive, se crurent

chargés de découvrir, de poursuivre, de punir ceux qui étaient dans

l'erreur, au lieu de les convertir, et devinrent une commission de

recherches, un sanglant tribunal.

Les gouvernements espérèrent que ce tribunal les préserverait de

l'hérésie, toujours si funeste à la tranquillité des états.

Celui de Venise était vivement pressé par la cour de Rome de

permettre l'introduction de l'inquisition dans son territoire.

Vers le milieu du XIIIe siècle, il consentit à prendre des mesures

contre les hérétiques; mais sans se dessaisir, en faveur des

ecclésiastiques, de l'autorité inaliénable qui appartient aux princes

temporels.

Il fut réglé qu'il y aurait des juges séculiers chargés de recevoir

les dénonciations contre l'hérésie; que ces magistrats renverraient

à des docteurs ecclésiastiques l'examen de la doctrine soupçonnée

d'erreur; que ceux-ci en feraient leur rapport et qu'ensuite les

magistrats civils prononceraient sur la culpabilité des accusés et

sur l'application des peines.

C'était assurément tout ce qu'on pouvait faire de plus sage au XIIIe

siècle. La cour de Rome était loin de s'en contenter; elle voulait

que les juges ecclésiastiques eussent la plénitude de la juridiction,

et que le magistrat civil n'intervînt nullement dans les choses qui

ne sont point de l'ordre temporel. Cette doctrine aurait pu être

soutenue si les peines n'eussent été que spirituelles comme les

délits; mais ses peines allaient jusqu'à la confiscation des biens, à

la privation de la liberté, même de la vie.

Le gouvernement vénitien négocia long-temps pour obtenir que l'église

se relâchât de ses prétentions, il résista aux bulles de dix

papes[316]; enfin on trouva un tempérament qui laissait aux juges

du saint-office la plénitude de juridiction qu'ils réclamaient, et

qui cependant en empêchait l'abus, parce qu'on ne leur permettait

d'exercer cette autorité que sous la surveillance des magistrats.

[Note 316: Alexandre IV, Urbain IV, Clément IV, Grégoire X, Innocent

V, Adrien V, Jean XIX, Nicolas III, Martin IV, Honoré IV.]

[Note en marge: Concordat de 1289, avec le pape.]

[Note en marge: Limites des pouvoirs de l'inquisition.]

Voici ce qui fut réglé par le concordat du 28 août 1289[317]. Dans

la capitale, le tribunal du saint-office devait se composer du

nonce pontifical, de l'évêque de Venise et d'un religieux; les deux

derniers, malgré leur commission du pape, ne pouvaient exercer

ce ministère qu'après avoir reçu des provisions du doge. Dans les

provinces, le pape nommait également les inquisiteurs; mais, quand

ils n'étaient pas agréés par le gouvernement, ils ne recevaient point

de provisions, et la cour de Rome se voyait obligée de faire un autre

choix.

[Note 317: L'abbé Laugier se trompe quand il fait honneur de ce

concordat à Pierre Gradenigo successeur de Jean Dandolo: celui-ci

régnait encore au mois de septembre; on peut s'en convaincre par une

délibération du 5 des Kal. de septembre rapportée dans une bulle du

pape Nicolas IV, et qu'on trouve dans la continuation des _Annales de

Baronius_, par RAYNALDI, tom. IV.]

Trois sénateurs à Venise, dans les provinces trois magistrats,

assistaient à toutes les assemblées du tribunal; tout ce qui s'y

passait hors de leur présence était nul de plein droit. Ils pouvaient

suspendre les délibérations, empêcher l'exécution des sentences,

lorsqu'ils les jugeaient contraires aux lois ou à l'intérêt de la

république: ils juraient de ne rien celer au sénat de ce qui se

passerait au saint-office: ils devaient s'opposer à la publication,

même à l'insertion sur les registres de l'inquisition, de toute

bulle qui n'aurait pas été approuvée par le grand conseil. Jamais

les magistrats assistants du tribunal de l'inquisition ne pouvaient

être pris parmi ceux qui avaient, soit par eux-mêmes, soit par

leurs proches, quelques intérêts à la cour pontificale; jamais

les procès ne pouvaient être évoqués à Rome, ni ailleurs. À ce

sujet on cite l'exemple d'un hérétique de Padoue, contre lequel le

grand-inquisiteur de Rome avait informé et qu'il réclama pendant

cinq ans. Le gouvernement vénitien ne voulut jamais permettre

l'extradition de l'accusé, qui finit par être mis en liberté sans

jugement, apparemment parce que les erreurs dont on l'accusait

pouvaient ne pas être des hérésies aux yeux de la puissance séculière.

[Note en marge: Sa juridiction.]

La juridiction du saint-office était rigoureusement restreinte au

crime d'hérésie. Les Juifs établis sur les terres de la république

n'étaient point justiciables de ce tribunal, et on en donnait cette

raison, que l'autorité ecclésiastique ne pouvait s'étendre sur ceux

qui n'étaient pas du corps de l'église.

Cette juridiction ne s'étendait pas non plus sur les Grecs; parce

qu'il n'était pas juste que la cour romaine fût juge dans sa propre

cause: ni sur les bigames; parce que, le second mariage étant nul,

il ne pouvait y avoir abus du sacrement, mais seulement violation de

l'ordre civil: ni sur les blasphémateurs, et à plus forte raison sur

les usuriers: ni enfin sur les sorciers ou magiciens, à moins qu'ils

n'eussent fait abus des sacrements.

Les biens des condamnés restaient à leurs héritiers naturels.

Quant aux écrits, on ne pouvait pas, à cette époque, en prévoir le

danger; l'imprimerie n'était pas encore inventée. Dans la suite,

l'inquisition eut le droit d'examiner les livres, mais seulement

ceux qui pouvaient intéresser la foi. La permission et la défense

d'imprimer furent exclusivement réservées aux magistrats. On pouvait

s'en rapporter à leur vigilance: l'aristocratie est à cet égard le

moins tolérant des gouvernements.

Enfin les délits temporels des ecclésiastiques restèrent, sans

exception, dans les attributions de l'autorité séculière.

Les fonds mêmes destinés au service du tribunal étaient confiés à un

trésorier vénitien, et qui était tenu de rendre compte de leur emploi

à l'autorité civile.

[Note en marge: Efforts du clergé pour étendre le pouvoir de

l'inquisition.]

Telles furent les limites que le gouvernement trouva le moyen

d'opposer à une autorité si souvent abusive[318]. Les inquisiteurs

ont constamment essayé de s'affranchir de ces entraves; mais ni les

subtilités, ni les menaces n'ont jamais pu obtenir à cet égard la

moindre concession[319]. L'historien de l'église rapporte[320] que

l'inquisiteur de Venise, s'étant permis de faire emprisonner quelques

Juifs convertis qui étaient suspects d'hérésie, les magistrats firent

arrêter les familiers de l'inquisition. En 1518, l'inquisition

poursuivit à outrance de prétendus sorciers de la province de

Brescia. On fut révolté du nombre des condamnations, et de la

sévérité des peines: le conseil des dix cassa la procédure, manda les

inquisiteurs, et renvoya les accusés devant d'autres juges.

[Note 318: On peut voir les réglements qui furent arrêtés à cette

époque sur l'inquisition, et ceux qui y ont été ajoutés depuis,

dans l'_Histoire des inquisitions_, par l'abbé MARSOLLIER; mais

il faut remarquer, 1º que cet auteur, qui annonce dans son titre

l'_Histoire de l'inquisition d'état de Venise_, l'a confondue avec,

l'_inquisition ecclésiastique_, et ne parle que de celle-ci; 2º qu'il

a abusé de la permission d'emprunter à un étranger, car son troisième

livre est copié de l'ouvrage de Fra Paolo sur l'_inquisition de

Venise_, sans qu'il en fasse la moindre mention: ce qui a donné à cet

emprunt le caractère du plagiat.]

[Note 319: On peut voir dans la _correspondance_ de l'archevêque

d'Embrun la Feuillade, ambassadeur de France à Venise, que

l'inquisition avait imaginé une subtilité, pour se débarrasser de la

surveillance des magistrats laïques, en prétendant que la présence

de ceux-ci n'était indispensable que pour le jugement des affaires,

et non pour les informations préliminaires; cette prétention fut

repoussée. (_Correspondance de l'archevêque d'Embrun_, dépêche du 23

août 1659. _Man. de la Bibl.-du-Roi_, nº 1125-745).]

[Note 320: L'abbé FLEURY, liv. 96.]

Il y avait à Brescia un capucin, qui avait le malheur d'errer dans

les opinions que l'on doit avoir de l'ante-christ. L'inquisition

voulut le juger comme hérétique, et, sur ce fondement que le délit

et l'accusé étaient également soumis à la juridiction ecclésiastique,

elle prétendit que les assistants séculiers ne devaient point

intervenir au procès: le gouvernement se maintint dans ses droits

par sa fermeté. Les exemples sont innombrables des tentatives que

les inquisiteurs ont faites, dans tous les temps, pour étendre leur

pouvoir, et pour s'affranchir de la surveillance des magistrats.

[Note en marge: XXV. Premiers sequins frappés à Venise.]

Ce fut, dit-on, sous le règne de Jean Dandolo qu'on frappa, pour la

première fois, à la monnaie de Venise, ces ducats d'or si connus sous

le nom de sequins, nom qui leur vient du mot _Zecca_, qui désigne

l'atelier monétaire. L'empreinte de cette monnaie portait le nom et

la figure du doge: d'abord on l'y voyait assis; dans la suite on

le représenta debout, enfin à genoux, recevant des mains de saint

Marc l'étendard de la république. C'était l'histoire de la puissance

ducale. Mais une chose plus remarquable, c'est que, pour battre ces

sequins, la république eut à solliciter un privilége de l'empereur

et du pape. Il est difficile de comprendre qu'un état, qui existait

depuis huit cents ans, n'eût pas de monnaie; il paraît naturel de

croire que ce privilége ne fut demandé qu'à l'occasion de la monnaie

nouvelle, mais enfin il fut demandé. Le fait est consigné dans la

chronique de Sanuto[321], l'un des historiens les plus exacts de la

république.

[Note 321: Nel 1285 sotto questo doge avendo avuto i privilegi del

papa e dell'imperatore di poter far stampare e coniare monete di

rame, d'argento e d'oro, fino a questo giorno stampatone d'argento,

etc.

(_Vite de' duchi_, G. DANDOLO).]

Jean Dandolo mourut en 1289.

LIVRE VI.

Élection de Pierre Gradenigo. -- Désastres en Orient. -- Guerre

contre les Génois. -- 1289-1299. -- Considérations sur les

gouvernements d'Italie au XIVe siècle. -- Révolutions dans

le gouvernement de Venise. -- Clôture du grand conseil. --

Établissement de l'aristocratie. -- 1289-1319.

[Note en marge: I. Conséquences du nouveau système d'élection.]

On a vu par quels procédés le gouvernement de Venise avait peu-à-peu

diminué l'influence populaire. Ce gouvernement, purement démocratique

dans son origine, était devenu tout-à-coup monarchique, par

l'institution d'un prince à vie, qui disposait de toutes les places,

et qui souvent désignait son successeur. Mais les monarchies sont

de ces grands édifices qui veulent être vus de loin, pour conserver

tous leurs droits au respect des hommes. Quand tous les intérêts

de l'état, et tout l'état même, sont concentrés dans une seule

ville, il est impossible que la population n'ait pas mille occasions

de juger ce qui se passe sous ses yeux, de s'opposer à ce qu'elle

censure, et de se croire capable de faire mieux, parce qu'elle a

assez de discernement pour être mécontente. Il est impossible que le

chef du gouvernement ne soit pas souvent irrité par la résistance,

tenté de la surmonter, et quelque fois victime de ses efforts pour y

parvenir. Vingt doges massacrés, ou précipités du trône, attestent

combien ce trône était un poste périlleux.

Quand les hommes du peuple concouraient à la nomination du prince, il

était naturel qu'ils se crussent en droit de le punir.

Quand le doge ne leur demanda plus que d'applaudir à son élection,

ils se baissèrent pour ramasser l'argent qu'il leur faisait jeter.

Lorsqu'il ne fut plus du tout leur ouvrage, ils courbèrent leur tête

sous ses pieds pour le porter en triomphe.

Après qu'on eut établi que la nomination serait faite par un petit

nombre d'électeurs, on ne crut cependant pas pouvoir se dispenser de

faire agréer leur choix par la multitude assemblée. On proclamait

devant le peuple le résultat de l'élection, et il le confirmait

par ses acclamations. Jamais il ne s'était permis de désapprouver

un choix; mais ces acclamations, si faciles à obtenir, étaient

un exercice de son ancien droit. Sous prétexte que ces assemblées

générales étaient nécessairement tumultueuses, on en était venu à

faire représenter le peuple par un syndic, qui d'abord donnait sa

sanction au choix, qui plus tard était réduit à reconnaître le doge

nommé, qui enfin n'était plus admis que pour prêter, au nom de tous,

le serment d'obéissance.

La nation avait été dépouillée de ses droits, mais ce n'était pas au

profit du prince, dont le pouvoir éprouvait tous les jours quelques

nouvelles restrictions; c'était au profit de cette partie de la

population ancienne, illustre, riche, éclairée, et par conséquent

influente, qui remplissait le grand conseil, le sénat, et toutes les

places de l'administration.

Ces usurpations successives avaient humilié le peuple. Un impôt, qui

pesait principalement sur lui, l'avait irrité, une famine récente

lui avait donné le droit d'accuser son gouvernement. Il voyait des

divisions parmi ceux qui voulaient retenir le pouvoir. Quelques

revers inévitables à la guerre fournissaient un prétexte pour dire

que les affaires étaient mal conduites. Les peuples voisins faisaient

fréquemment l'essai de leurs forces contre leurs magistrats. L'esprit

de révolte qui s'était manifesté dans Venise, à l'occasion de

l'impôt sur les farines, avait été puni, mais non pas éteint. Il n'y

avait pas jusqu'aux calamités naturelles, aux tremblements de terre,

aux inondations, dont on ne pût tirer avantage. Le malheur affaiblit

et déconsidère les particuliers; il n'en est pas de même du peuple

pris collectivement; plus il a de quoi gémir, plus il a de forces. Le

droit de se plaindre lui rend tous ses droits.

[Note en marge: II. Le peuple déclare qu'il veut pour doge Jacques

Thiepolo. 1289.]

[Note en marge: Jacques Thiepolo s'enfuit.]

Le parti qu'on pouvait tirer de toutes ces circonstances n'était

pas analysé, mais senti par la masse de la population mécontente.

Ce mécontentement éclata après la mort de Jean Dandolo: des deux

factions qui s'agitaient dans Venise, l'une avait fait porter au

trône, quelques années auparavant, Laurent Thiepolo, le soutien du

parti aristocratique; l'autre venait d'y appeler Jean Dandolo, que

la faction contraire reconnaissait pour son chef. Il paraît que les

Thiepolo ne tardèrent pas à changer de parti, car pendant la pompe

des funérailles du doge, au moment où les électeurs venaient de se

réunir, pour procéder à un nouveau choix, le peuple répandu plutôt

que rassemblé sur la place publique, annonça par ses cris qu'il

voulait pour doge Jacques Thiepolo, accompagnant cette proclamation

tumultueuse d'injures, d'imprécations contre le gouvernement

actuel[322]. Ce mouvement était si spontané qu'aucune mesure n'avait

été préparée pour en assurer le résultat; s'il y eût eu là un homme

pour le diriger, pour intimider et disperser les conseils, Venise

courait la chance d'avoir un gouvernement populaire, si elle n'avait

pas un tyran. Mais Jacques Thiepolo fut plus effrayé que tout autre

de ces cris qui l'appelaient au trône, qu'avaient occupé son père

et son aïeul. Les qualités populaires qui lui avaient concilié la

bienveillance de la multitude, n'étaient point celles d'un chef

de parti. Loin de se montrer infidèle envers l'ordre de citoyens,

auquel il appartenait par sa naissance, il se jeta dans leurs bras,

épouvanté de l'idée de s'attirer de si puissantes haines, et tâcha

même de négocier, pour apaiser ce tumulte élevé en sa faveur. Ne

pouvant y réussir, il prit le parti le plus propre à jeter le

peuple dans l'irrésolution, et à donner aux conseils le temps de se

reconnaître; il s'évada pour ne point régner, et se réfugia dans le

Trévisan.

[Note 322: Cum trepidatione undique eo concursum, voces amarissimæ et

invidiæ plenæ in patricios jactatæ nominatim, jacobum Tepulum ducem

populus postulabat. (SABELLICUS, _décad._ I, l. 10.)]

Histoire de la République de Venise (Vol. 1) · 第 25 / 35 段