fut assurée; l'Angleterre même, alors riche en grains, en couvrit
les ports de Venise, lorsque les récoltes manquèrent sur les côtes
de la Méditerranée[298]; et non-seulement cette capitale se vit
approvisionnée, mais elle devint le grenier de toute l'Italie
septentrionale et la régulatrice du prix des denrées.
[Note 298: Relation dell'illustrissimo signore D. Francesco de Bera,
cavalier di S. Jago, ritornato di ambasciadore dalla serenissima
repubblica di Venezia all'invittissimo e serenissimo cattolico rè di
Spagna.(_Manuscrit de la Bibliot.-du-Roi_, nº 221-92.)
«Conducono tanta quantità di formenti che ben spesso ne sono pieni li
porti di quella città delle loro navi.»]
[Note en marge: XXI. La république établit un droit de navigation
dans l'Adriatique.]
Ainsi donc, si l'administration vénitienne avait commis une faute
d'imprévoyance, elle sut la réparer habilement. Un gouvernement
qui sent sa force, tire quelquefois avantage de l'adversité, qui
donne toujours des ingrats à punir. La république, impatiente de
faire sentir à ses voisins son ressentiment de leurs procédés,
établit un impôt considérable sur tous les vaisseaux, sur toutes les
marchandises, qui navigueraient dans l'Adriatique, au nord du cap de
Ravenne, d'un côté, et du golfe de Fiume de l'autre.
Quand on eut établi cet impôt, il fallut le soutenir, et, comme
tout impôt dérive nécessairement de la souveraineté, la république
se trouva engagée, sans en avoir peut-être conçu le projet, à se
déclarer maîtresse de l'Adriatique, c'est-à-dire d'une mer dont elle
ne possédait pas même tous les rivages. Cette prétention était une
nouveauté dans le droit public. Il est difficile de concevoir un
droit de propriété sur une mer ouverte et commune à des riverains
de diverses nations. Il fallait être bien déterminé à faire usage
de sa puissance, pour tracer d'un bord à l'autre cette ligne que
les étrangers ne pouvaient passer sans devenir tributaires, et bien
fort, pour les assujettir à venir dans Venise même se soumettre à une
vérification et acquitter le tribut.
Les Génois, les Pisans, les Siciliens, les Levantins, étaient fondés
à se plaindre; mais les premiers étaient en état d'hostilité avec la
république; ni les uns ni les autres ne possédaient les rivages de
cette mer dont elle s'arrogeait la propriété. C'était bien pis pour
les peuples qui, à titre de riverains, y avaient absolument les mêmes
droits que Venise, pour Trévise, Padoue, Ferrare, Bologne, Ravenne,
Ancône, qui, si elles ne repoussaient cette usurpation, ne pouvaient
plus mettre un vaisseau à la mer, ni communiquer l'une avec l'autre,
ni recevoir, ni expédier des marchandises, sans payer un tribut aux
Vénitiens.
[Note en marge: Les Bolonais arment pour s'opposer à cette
innovation.]
Les premiers qui appuyèrent par les armes leurs justes réclamations
furent les Bolonais. Ils reçurent des secours de quelques villes de
la Lombardie, et, ce qui était un prodige pour ce temps-là et pour un
état de cette étendue, ils parvinrent à mettre en campagne une armée
de quarante mille hommes, composée sans doute de milices; mais un tel
effort prouve jusqu'à quel point la république avait encouru la haine
de ses voisins.
[Note en marge: Ils sont forcés de s'y soumettre.]
Quelques galères, qu'elle envoya contre les Bolonais, insultèrent
ou ravagèrent vainement les rives du Pô. Les Vénitiens, quoiqu'ils
eussent le doge à leur tête, furent repoussés par-tout pendant la
première campagne. Au commencement de la seconde, Marc Gradenigo
fut envoyé pour commander la petite armée que Venise opposait aux
Bolonais. Il leur livra une bataille générale, dont le succès complet
lui ouvrit tout le territoire ennemi, et força Bologne à demander
la paix. La première condition fut le maintien du droit exigé par
Venise sur tout ce qui traverserait la mer qui l'entoure. Seulement
elle consentit, en faveur des Bolonais, à quelques modifications dans
le tarif. Le sénat jugeait bien qu'un tarif est, de sa nature, une
chose variable; l'essentiel était de donner à une taxe arbitraire le
caractère d'un droit reconnu.
[Note en marge: Ancône implore la protection du pape. 1275.]
[Note en marge: Les Vénitiens assiégent Ancône, et la forcent à
céder.]
Ancône, voyant le mauvais succès des armes des Bolonais, implora
l'autorité du pape contre les prétentions des Vénitiens, qu'elle
traitait de pirates et de brigands. Le pape, qui n'aurait pas mieux
demandé que d'être choisi pour arbitre de ce différend, en écrivit à
la république. Mais le sénat, sans s'écarter des formes de respect
qu'il garda toujours avec le chef de l'église, montra une telle
fermeté dans sa résolution, que le médiateur n'osa compromettre son
autorité, et les Ancônitains se virent obligés de subir la loi qui
leur était imposée. Ils essayèrent de l'éluder. Le sénat envoya
une flotte pour forcer l'entrée de leur port. Cette flotte fut
repoussée, une tempête la dispersa, les Ancônitains s'emparèrent de
quelques vaisseaux. Le pape, croyant la circonstance favorable pour
parler avec plus de hauteur, reprocha amèrement aux ambassadeurs
de la république les violences que leur gouvernement se permettait
contre une ville que le saint-siége avait prise sous sa protection.
Ce gouvernement fut inébranlable; une seconde armée partit pour
aller mettre le siége devant Ancône; et cette ville fut réduite à
reconnaître que la souveraineté du golfe appartenait exclusivement
aux Vénitiens.
On rapporte à l'époque de cette guerre contre les Ancônitains, la
création d'un petit nombre de conseillers, pour renforcer le conseil
intime du doge, et qui, dans la suite, sous le nom de Sages-grands,
devinrent les directeurs de la politique extérieure et les ministres
d'état de la république[299]. On remarque que le doge, dans les
traités qu'il eut à signer après cette guerre, stipula au nom du
grand conseil et de la commune de Venise. L'autorité du prince
diminuait de jour en jour.
[Note 299: _Memorie storico civili sopra le successive forme del
governo de' Veneziani_, da Sebastiano CROTTA.]
Ainsi fut soutenu, contesté, et enfin établi pour toujours, ce
singulier droit de souveraineté sur une chose qui, de sa nature, ne
paraissait pas pouvoir être une propriété exclusive. Ce droit, que la
république avait fondé par la force, elle a voulu le défendre par le
raisonnement.
[Note en marge: Examen du droit de la république sur cette mer.]
Lorsque les premiers Vénitiens se jetèrent dans des îles à-peu-près
désertes, ce n'était pas un domaine, mais un asyle qu'ils venaient y
chercher. Peu-à-peu ils s'y fixèrent; ils y bâtirent; ils peuplèrent,
enrichirent ces plages incultes, les couvrirent d'édifices, et rien
de plus légitime sans doute que la propriété de cette création. Leur
ville n'avait pour remparts que ses lagunes, pour postes avancés
que ses vaisseaux. La mer assurait leur défense, pourvoyait à leur
nourriture, leur fournissait du sel pour leurs besoins et pour leur
commerce, leur ouvrait une source de richesses; mais de ce qu'ils
tiraient de cette mer plus d'avantages que tous leurs voisins,
il ne s'ensuivait pas qu'ils eussent le droit de se l'approprier
à l'exclusion des autres riverains. Ils avaient pu combattre,
soumettre, détruire ceux qui troublaient leur navigation; il n'y
avait rien à en conclure contre les voisins paisibles, à moins que
ceux-ci ne vinssent d'eux-mêmes se mettre sous la protection de saint
Marc. C'était sous le prétexte de cette protection que la république
avait conquis la Dalmatie, en même temps qu'elle exterminait les
pirates de Narenta. Ses conquêtes, en s'étendant sur la côte
orientale du golfe, diminuaient la sûreté, mais non pas les droits
des peuples établis sur la côte d'Italie.
Le pape Alexandre III avait dit au doge: «Que la mer vous soit
soumise comme l'épouse l'est à son époux, puisque vous en avez
acquis l'empire par la victoire.» Ces paroles pouvaient passer pour
un titre, à une époque où les souverains pontifes se donnaient
pour dispensateurs des couronnes. Cependant on voit que les papes
eux-mêmes furent étonnés de la conséquence que les Vénitiens
voulaient en tirer. Deux siècles de possession n'avaient pas
légitimé ce droit aux yeux du pape Jules II, lorsqu'il demandait
à l'ambassadeur de Venise où était le titre qui constatait la
concession du golfe à la république: il est vrai que Jérôme Donato
lui répondit, que ce titre se trouvait écrit au dos de la donation du
domaine de saint Pierre faite au pape Silvestre par Constantin.
Dans la suite la cour de Rome reconnut ce droit plus formellement,
en accordant au gouvernement vénitien la permission de lever un
décime sur les revenus du clergé, pour prix de la défense du golfe.
Cette permission était renouvelée périodiquement par une bulle;
c'était, si l'on veut, un subside que le pape, comme souverain d'une
partie du littoral de l'Adriatique, accordait aux Vénitiens, pour la
protection qu'en recevait le commerce de ses sujets; mais il leur
payait ce tribut avec leur propre bien; d'ailleurs cette concession
d'un prince ne pouvait porter atteinte aux droits de tous les autres;
et, en dernière analyse, lorsque le pape Paul V disait: «Je ne sais
pas pourquoi les Vénitiens se prétendent souverains du golfe; je fais
lire tous les ans une bulle qui excommunie les pirates; en parlant de
cette mer je me sers dans tous mes actes de cette formule _notre mer
Adriatique_;» il argumentait d'après un titre qui avait tout juste la
même valeur que celui des Vénitiens.
Il est évident que, dans les règles de l'équité naturelle, les
prétentions des Vénitiens à la souveraineté du golfe ne pouvaient
être justifiées; il n'en est pas de même si on considère la question
sous un autre rapport, et si on part de cette maxime du droit
politique, qu'une nation a, quand elle le peut, le droit d'exiger des
autres ce qui lui est nécessaire pour sa conservation.
La question posée ainsi se réduit à un point de fait: il s'agit
de savoir si Venise, pour jouir d'une pleine sécurité au fond du
golfe, avait besoin d'en interdire l'entrée aux vaisseaux des
autres nations; mais c'est avec des armes et non pas en alléguant
des droits, qu'on se défend de ses ennemis; ainsi la prétendue
souveraineté des Vénitiens aurait été illusoire, s'ils n'eussent pas
été assez puissants pour la faire respecter.
D'ailleurs, en admettant que, pour leur sûreté, il pussent interdire
la navigation du golfe aux vaisseaux armés des autres nations, cette
sûreté n'exigeait pas qu'ils levassent un tribut sur les bâtiments
du commerce, sur les marchandises. Il faut donc reconnaître que ce
droit n'avait d'autre fondement que la force. Cependant telle est
l'influence des habitudes et l'empire des anciennes institutions, que
toutes les puissances s'étaient accoutumées, même dans un temps où
elles auraient pu le contester avec succès, à reconnaître le droit
de souveraineté de Venise sur l'Adriatique. Peut-être les réflexions
de Vittorio Siri[300]. sur cette prétention sont-elles ce qu'il y a
de plus raisonnable à en dire: Il faut convenir, dit-il, que si les
Vénitiens ne gardaient le golfe il serait bientôt infesté de pirates.
Qui pourrait se charger de cette garde? Serait-ce le gouvernement
de Naples confié à des vice-rois temporaires et ambitieux? Le
gouvernement pontifical, dont les richesses sont presque toujours
détournées par une famille avide? L'Autriche, qui ne possède qu'un
port au fond de cette mer? Quel autre que la république aurait pu
faire consentir les Turcs à ne pas y envoyer des vaisseaux armés?
Sans doute c'est un mal que tous les riverains de l'Adriatique n'y
jouissent pas d'un droit égal. Sans doute il est dur pour eux de
payer un tribut au gouvernement vénitien; mais ôtez-lui ce privilége,
bientôt arriveront les pirates, après eux les flottes turques, toutes
les côtes seront menacées et cette mer cessera d'être paisible,
d'être navigable.
[Note 300: _Mémoire recondite_, tome V, p. II.]
[Note en marge: Les diverses puissances le reconnaissent
successivement.]
C'était pour faire un acte de souveraineté sur l'Adriatique que tous
les ans, le jour de l'Ascension, le doge sortait du port de Venise,
sur le Bucentaure[301], entouré de toute la noblesse, et s'avançait
jusqu'à la passe du Lido, où il épousait la mer en y jetant un anneau
béni, et en prononçant ces paroles: _Desponsamus te mare in signum
veri perpetuique dominii._ Le nonce du pape et les ambassadeurs de
tous les souverains reconnaissaient tacitement les prétentions de la
république en assistant à cette cérémonie.
[Note 301: Le Bucentaure était un grand vaisseau d'apparat tout
doré. On ignore l'étymologie de ce nom; les uns le font dériver de
la particule augmentative _Bu_ et de _Centaure_, qui était le nom
d'un vaisseau fameux dans l'antiquité; d'autres y reconnaissent le
vaisseau d'Énée, qui portait le nom de _Bis Taurus_; d'autres enfin
ont cru que _Bucentaurum_ n'était que la corruption de _Ducentorum_,
c'est-à-dire bâtiment à 200 rameurs.
Au reste, on a remarqué que cet usage de prendre possession de la
mer, ou de se rendre le dieu de la mer favorable, était pratiqué
chez les anciens. Athénée rapporte, liv. XI, que les Syracusains y
jetaient tous les ans un vase rempli de parfums; et le doge placé sur
la proue du Bucentaure, rappelle Énée qui:
Stans procul in prorâ, pateram tenet, extaque salsos
Porricit in fluctus, ac vina liquentia fundit.]
Les Vénitiens, à mesure qu'ils étendirent leur influence, exigèrent
des faibles un aveu plus formel d'un droit qui n'existait pas[302].
Quand les petites puissances établies sur les rivages de cette mer
eurent des guerres entre elles, elles réclamèrent le secours des
Vénitiens; et, pour être plus sûres de l'obtenir, elles sollicitaient
leur protection comme souverains du golfe[303].
[Note 302: Outre les deux traités dont nous avons parlé avec Bologne
et Ancône,
En 1269, traité avec Ravenne.
En 1321, avec Bologne.
En 1337, avec Ancône.
En 1381, avec le roi de Hongrie.]
[Note 303:
En 1377, les habitants de Firmo et d'Ascoli contre les
Ancônitains.
En 1393, ceux de Spolette contre les mêmes.
En 1458, le prince de Tarente contre les Génois.
En 1464, Ferdinand, roi de Sicile, contre les pirates.
En 1483, le roi de Hongrie contre les pirates.
En 1486, le légat du pape contre les Turcs, qui infestaient
l'Adriatique et menaçaient Ancône.
En 1577, Grégoire XIII contre le marquis de Vico, qui
faisait la course dans cette mer.]
Les exemples sont fréquents de demandes adressées à la république
pour obtenir le libre passage[304] de grains, de marchandises, de
munitions, de vaisseaux. Tantôt on demandait l'exemption du péage,
ou la dispense d'aller subir à Venise une vérification: tantôt
on sollicitait une protection spéciale pour le transport dont il
s'agissait; mais il n'en résulte pas moins que la suprématie de la
république était avouée. On voit Béatrix reine de Hongrie écrivant au
doge pour obtenir le transit de bijoux qu'elle faisait venir d'Italie
pour son usage.
[Note 304:
En 1399, Guillaume, archiduc d'Autriche, pour le
passage de sa femme avec douze navires.
En 1457, le roi de Hongrie pour des bois.
En 1478, l'empereur Frédéric, pour des grains venant
de la Pouille.
En 1481, Béatrix, reine de Hongrie, pour ses bijoux.
En 1482 et en 1502, le roi de Hongrie, pour des grains.
En 1505, le pape Jules II, pour des grains.]
La république était sur-tout jalouse d'interdire la navigation de
l'Adriatique à tous les bâtiments de guerre étrangers. Jamais elle
ne laissa échapper une occasion de constater et de soutenir son
privilége à cet égard. Avec les Turcs elle traita: avec Naples elle
employa la voie des sommations, pour requérir le roi Ferdinand de
faire sortir du golfe quelques galères qu'il avait envoyées sur les
côtes de la Pouille[305]. Elle refusa au pape Pie II[306] la liberté
d'envoyer deux galères à Ancône, alléguant qu'il était reconnu par
tous les princes que la défense du golfe appartenait à Venise. Elle
ne voulut pas permettre que l'empereur et le roi de France[307] y
envoyassent des vaisseaux armés.
[Note 305: En 1460.]
[Note 306: En 1463.]
[Note 307: En 1542 et 1543.]
À une époque même où elle était déjà fort déchue de sa puissance et
où d'autres nations avaient une marine bien autrement respectable
que la sienne, en 1630, le sénat ne se relâcha nullement de ses
prétentions, malgré une guerre malheureuse, qu'il avait alors à
soutenir. L'ambassadeur d'Espagne prévint la république que l'infante
Marie devait aller de Naples à Trieste, sur l'armée navale du roi son
frère, pour épouser le roi de Hongrie, fils de l'empereur; et, comme
la cour d'Espagne voulait que cet avis n'eût que l'apparence d'une
communication officieuse et sans conséquence, le ministre ajouta,
que si l'infante était obligée de relâcher dans quelqu'un des ports
de la république, il demandait qu'elle y fût reçue avec toute la
bienveillance qu'avait droit d'attendre la soeur du roi son maître de
la part d'une puissance amie.
Le gouvernement vénitien, qui vit dans cette communication l'essai
d'une prétention contraire à ses droits, s'empressa d'offrir sa
flotte pour le voyage de l'infante, en ajoutant qu'il ne pouvait
permettre l'entrée du golfe à aucun bâtiment de guerre étranger.
La cour de Madrid, alléguant que la flotte vénitienne avait été
infectée de la peste, ce qui était vrai, insista pour que la
princesse fît le trajet sur les vaisseaux du roi son frère. Le sénat
se montra inébranlable dans son refus, et envoya ordre à son amiral
de repousser les navires espagnols s'ils se présentaient[308].
L'infante finit par demander le passage sur la flotte de Venise, où
elle fut traitée avec tous les honneurs dus à son rang, et toute
la magnificence dont la république faisait vanité dans ces sortes
d'occasions[309].
[Note 308: _Histoire de Venise_, par NANI, liv. 8.]
[Note 309: Le gouvernement vénitien a fait faire plusieurs livres
pour établir son droit de souveraineté sur l'Adriatique. Voici le
titre des principaux.
_Angeli Mathiaci de jure Venetorum et jurisdictione maris Adriatici._
Venezia 1617, in-4º.
_Julii Pacii de dominio maris Adriatici disceptatio pro republicâ
venetâ._ LUG. 1619, in-4º.
_Articolo delle ragioni del dominio della repubblica veneta sopra il
suo golfo proposto dal Cirillo Michele,_ Venezia 1618, in-4º.
_De jurisdictione reipublicæ venetæ in mare Adriaticum, epistola Fr.
De ingenuis, vel potius F. Pauli veneti, adversus J. B. Valenzolam et
Laurentium Morinum lat. a_ Nic. CRASSO. Eleuteropolis 1619, in-4º.
_Del Dominio del mare Adriatico, overo golfo de Venezia, discorso di_
Piet. ZAMBONO J. C. Vicenza 1620, in-4º.
_Theodori Graswinckelii maris liberi vindiciciæ adversus Pet. Bap.
Burgum ligustici maritimi dominii assertorem._ Hagæ COMITIS 1652,
in-4º.
_Theodori Graswinckelii maris liberi vindiciæ adversus Guill.
Weiwodum britannici maritimi dominii assertorem._ Hagæ COMITIS 1653,
in-4º.
_De Dominio maris juribusque ad dominium præcipuè spectantibus
assertio brevis Guillelmi Wilwot._ Hagæ COMITIS 1653, in-4º.
_De dominio maris libri duo, autore Joanne Palatio._ Venetiis 1663,
in-12.
Cet ouvrage est un fatras de la plus indigeste érudition. Trois ou
quatre cents pages sont employées à prouver par l'Écriture sainte,
par les pères, par les conciles, par les jurisconsultes et par les
poëtes, que la mer peut être une propriété particulière. Il n'y a pas
l'ombre d'un raisonnement, quoique l'auteur ergotise toujours. La fin
du second livre seulement contient quelques faits.
_Dominio del mare Adriatico della repubblica di Venezia descritto
da Fr. Paolo Sarpi suo consultore d'ordine pubblico._ Venezia 1686,
in-12.
Celui-ci est au contraire l'ouvrage d'un homme supérieur, mais la
cause n'en est pas meilleure.]
[Note en marge: XXII. Nouveaux réglements intérieurs.]
Laurent Thiepolo était mort le 16 août 1274, pendant les guerres que
le droit de navigation avait occasionnées. À cette époque l'ambition
des doges ne pouvait plus avoir pour objet de perpétuer cette dignité
dans leur famille; mais ils profitaient de leur élévation pour
s'assurer, par de grandes alliances, des richesses et des appuis.
Nous en avons déjà vu quelques exemples. Laurent Thiepolo les avait
renouvelés: il avait épousé la fille d'un ban de Servie, avait marié
l'aîné de ses fils à une princesse du sang esclavon et donné au
second une riche héritière de Vicence. On pouvait voir dans tous ces
soins autre chose que la sollicitude paternelle; aussi le sénat en
fut-il alarmé ou au moins mécontent.
[Note en marge: Défense aux doges d'épouser, ou de faire épouser à
leurs enfants, des femmes étrangères.]
Dès que la mort de Thiepolo laissa le trône vacant, on profita de
cette institution des correcteurs, si heureusement imaginée, qui
donnait les moyens de réformer les lois à chaque interrègne, et on en
rendit une, par laquelle il était défendu aux doges d'épouser, ou de
faire épouser à leurs enfants, des femmes étrangères, en ajoutant que
ces sortes de mariages seraient à l'avenir une cause d'exclusion de
la dignité ducale.
[Note en marge: La république adopte une fille de la maison Morosini,
qui devait épouser un prince.]
La république poussa même plus loin ses précautions, pour interdire à
tous ses citoyens le secours d'un protecteur étranger; car, quelques
années après, Étienne, prince de Hongrie, ayant demandé en mariage
une fille de la maison Morosini, le sénat ne voulut pas permettre
que cette famille pût tirer avantage ou vanité de cette illustre
alliance. La république adopta cette demoiselle, et la donna, comme
princesse, au prince qui la demandait. Par une suite de ce système,
qui tendait à empêcher les citoyens considérables d'acquérir au
dehors du crédit ou des richesses, on leur défendait d'accepter
aucune fonction publique chez l'étranger.
[Note en marge: Défense aux Vénitiens d'accepter des fonctions
publiques chez l'étranger.]
Un usage singulier s'était introduit en ce temps-là dans les diverses
républiques de l'Italie. Jalouses de leurs citoyens, livrées à
d'interminables discordes, redoutant sur toutes choses l'ambition
ou l'influence d'un indigène, elles appelaient souvent, sur sa
réputation de bravoure ou de capacité, un étranger, pour exercer,
pendant un temps déterminé, l'autorité du gouvernement[310]. Il
semblait que ces républiques n'eussent rien tant à redouter que le
triomphe de l'un des partis qui les divisaient. On faisait jurer
à ce magistrat emprunté de se démettre de son pouvoir à l'époque
qui devait en être le terme, et on lui assurait des avantages
proportionnés à sa dignité.
[Note 310: MURATORI, _Dissertation_ 45.]
Plusieurs membres des grandes familles vénitiennes avaient été
invités à remplir ces hautes fonctions chez leurs voisins; un
Querini, un Badouer à Padoue[311], un Tiépolo à Milan, un Morosini
à Pise. Mais avant que ces villes eussent senti tout le danger de
confier les rênes de leur gouvernement à des mains étrangères,
Venise s'aperçut qu'il y en avait un pour elle à laisser prendre à
quelques-uns de ses citoyens l'habitude d'une grande autorité.
[Note 311: Padoue avait coutume, dès le XIIe siècle, de se choisir
tous les ans un premier magistrat, qui, sous le titre de Podestat ou
de Consul, présidait à ses conseils et à son gouvernement; elle les
prenait quelquefois parmi ses concitoyens, le plus souvent parmi les
hommes les plus considérables des villes voisines. Voici la liste
des Vénitiens qui furent appelés à cette magistrature; je l'extrais
des listes générales imprimées par MURATORI (_Rerum italicarum
scriptores_, tom. VIII, p. 365 et suiv.)