Le lendemain le doge, le clergé allèrent au-devant de lui et le

conduisirent jusque sur la place Saint-Marc; là, le pape l'attendait

assis à la porte de la basilique, revêtu de ses habits pontificaux,

entouré des cardinaux et de prélats; tous les députés du congrès

ajoutaient à la pompe de cette cérémonie, et le peuple de Venise

jouissait du spectacle d'une paix qui était son ouvrage.

L'empereur, dès qu'il aperçut le pape, se dépouilla de son manteau

et vint se prosterner pour lui baiser les pieds. Alexandre, voyant à

genoux devant lui le prince qui depuis vingt ans l'avait poursuivi

d'asyle en asyle, ne considéra plus que le triomphe de l'église sur

une puissance rivale, et s'oublia lui-même jusqu'à mettre son pied

sur la tête de l'empereur en prononçant ces paroles d'un psaume: «Je

marcherai sur l'aspic et le basilic, et je foulerai le lion et le

dragon. C'est devant Pierre que je m'humilie, s'écria Frédéric, et

non devant vous. Devant moi comme devant Pierre, s'écria le pontife

en appuyant[183].»

[Note 183: Addunt quidam pontificem quasi ita illum expiraturum collo

ipsius prostrati pedem imposuisse, coepisseque interim Davidicum

illud canere, super _aspidem et basilicum ambulabis_, notum est

carmen: tum Foedericum ingentes adhuc spiritus alentem dixisse, _Non

tibi sed Petro_; cui ille, irato similis, impressâ fortius plantâ,

_Et mihi et Petro_, responderit. (M. A. SABELLICI, _Rerum venetarum_,

lib. 7.)

Essendose messo l'imperator in zenocchion disteso in sù la piera

per bassar il piè al papa, el quale mise el piè destre sù la gola,

in segno che l'imperator era sottomesso alla santa madre chiesa,

disendoghe queste parole _super Aspidem, etc._, e l'imperator le

rispose, _Non tibi sed Petro_, e il papa soggiunse, _Et mihi et

Petro_. (_Sommario delle cose notabili concernenti la republica._

Manuscrit de la Bibliothèque-du-Roi, nº 10124.)

2

E 'l papa assolvendolo dalla scommunicazione gli toccò con un pie in

collo, pronunziando quel verso del Salmista che s'interpretà così:

Sopra l'aspide, sopra il basilischio,

Sopra 'l leon, sopra 'l dragon t'arrischio.

E poi lo admise al basio della pace. (_Annali veneti di_ Julio

FAROLDO.)

Alexander III postquàm apud Claramontem (Foedericum), imperatorem

damnaverat et Venetiis ante fores S. Marci prostratum in collo

calcaverat. (_Le cardinal_ GIACOBATIO, _de Concilio_, lib. 1, art. 18)

Lo imperador se gistò in terra disteso davanti messer lo papa con

grandissima reverentia, e messer lo papa glie messe lo piè sulla

gola, e lo imperador gli besò lo piede; e il papa disse: _Super

aspidem et basilicum ambulabo et conculcabo leonem et draconem_, e

lo imperador disse: _Non tibi sed Petro_; e il papa li rispose: _Et

mihi et Petro_. (_Codex anepigraphus_ in quo continentur Venetæ urbis

ipsiusque præsertim veterum familiarum nemorabilia vernaculâ linguâ

conscripta, nec non brevis historia de Venetæ reipublicæ viribus, ab

anno 450 usque ad 1465; man. de la biblioth. Laurentiane à Florence).

Il faut remarquer que dans la chronique, dont j'extrais ce passage,

la paix entre Alexandre III et Frédéric Ier est rapportée à la date

de 1187, au lieu de 1177, qui est l'époque sur laquelle s'accordent

les autres historiens.

«Imperator coronam deposuit et prosternens se super terram, papa

super guttur imperatoris pedem sinistrum fixit, et elevato altero

pede ad alteram partem prosiliit dicens super aspidem, etc., cui

imperator, Non tibi sed Petro, et papa, Non dignitati sed Federico.

Tune papa coronam imperii eidem restituit cum pede.»

(Maniplus florum, sive historia mediolanensis Gualvanei Flammæ,

cap. 206, _Rerum italicarum scriptores_, tom. XI, p. 651.)

L'imperatore prostrato in terra si lasciò metter il piè su la gola al

papa, che disse quel versetto del salmo, _Super aspidem et basilicum

ambulabo et conculcabo leonem et draconem_, alle quali parole

risposte l'imperatore, che non aveva ancor doma la sua superbia, _Non

tibi sed Petro_; dove il papa, premendo più forte, soggiunse, _Et

mihi et Petro_.

(_Note de Louis Domenichi, sur les Vies des princes de Venise_, par

Pierre MARCELLO.)

Il pontefice ritenendo la solita severità, messo sopra il collo di

Frederico l'un piede, intrepidamente proferì le parole del salmo,

_Super aspidem et basilicum ambulabis et conculcabis leonem et

draconem_, a cui dall'imperatore essendo sdegnosamente risposto,

_Non tibi sed Petro_, gli fù dal pontifice con altretanta grandezza

d'animo replicato, _Et mihi et Petro_. (_Historia venetiana_ da Gio.

Nic. DOGLIONI, lib. II.)

Les mêmes expressions sont mot à mot dans le _Livre de Bardi_,

_Vittoria navale_, etc.

Il serait facile de multiplier ces citations.

Les autorités contraires sont principalement le 12e tome des _Annales

ecclésiastiques de_ BARONIUS et Georgii REMI _J. C. dissertatio

quâ commentum esse putidum calcasse collum imperatoris Frederici

Ænobarbæ Cæsaris Alexandrum III pontificem romanum ostenditur, etc._

NORIMBERGE, 1625, in 4º.

La question de savoir s'il est vrai que le pape ait mis le pied sur

la tête de Frédéric a été le sujet d'une thèse soutenue à Nuremberg,

en 1625, par George Remus. Cette thèse a été imprimée, et se trouve à

la Bibliothèque-du-Roi, à la suite d'un exemplaire de l'histoire du

voyage du pape Alexandre III, par Fortunat Olmo.

L'auteur commence par annoncer qu'il veut venger l'honneur de

l'empereur. C'est déjà se rendre suspect de partialité; il ne s'agit

point ici de l'honneur de Frédéric, mais de l'honneur du pape; car

c'est le pape qui a tort, si le fait est vrai.

Remus demande si le prince qui avait soumis toute l'Italie, qui

était triomphant, invincible (triumphator magnificentissimus et

decus Martis invictissimus), aurait pu souffrir qu'on le foulât aux

pieds. D'abord Frédéric n'avait point soumis toute l'Italie; car il

n'y possédait que quelques villes dans le nord, et les principales

étaient liguées contre lui: il n'était point triomphant; car il

avait été obligé de repasser les Alpes, déguisé et accompagné d'une

trentaine de ses gens: il était encore moins invincible; car il

venait d'être battu par les Milanais, et son fils par les Vénitiens.

Remus raconte lui-même cette bataille; et quand Frédéric aurait été

vainqueur, pouvait-il prévoir que le pape lui ferait une pareille

insulte? Pouvait-il la punir?

Toute la dissertation se réduit à cet argument, qu'un tel outrage

n'est point vraisemblable; que l'empereur ne l'aurait pas souffert,

et que les Vénitiens eux-mêmes s'y seraient opposés. Sans doute on ne

devait pas s'attendre qu'un pape s'écartât à ce point de la charité

et de l'humilité; mais un acte d'orgueil, pour être extraordinaire,

n'en est pas moins possible. Frédéric ne devait pas s'y attendre, et

c'est précisément par cette raison qu'il dut lui être impossible de

l'éviter, et aux Vénitiens de s'y opposer, quand ils l'auraient voulu.

Le livre intitulé: _Per la storia di papa Allessandro III, pubblica

nella sala regia di Roma, e del maggior consiglio a Venetia

allegation in jure di Cl. Cornelio Frangipane contra la narration

inserta nel XIIe tomo delli annali ecclesiastici, Venetia_, 1615,

in-4º, contient une dissertation fort étendue sur l'action du

pape, une réfutation des arguments par lesquels on en combat

l'authenticité, et une multitude de témoignages d'auteurs de toutes

les nations.]

[Note en marge: XXI. Examen d'un acte de hauteur, attribué à

Alexandre.]

On a révoqué en doute la vérité de ces circonstances; elles sont

rapportées par une multitude d'historiens, de prélats, de cardinaux.

S'il est vrai que les auteurs contemporains de l'évènement les

passent sous silence, une omission n'est pas une dénégation

positive, et il faut bien que le fait ait été consacré, au moins

par une tradition générale, puisqu'on a pris soin d'en perpétuer

le souvenir par la peinture, et par une pierre où étaient gravées

les paroles que le pape adressa à l'empereur[184]. La gloire des

Vénitiens n'était nullement intéressée à accréditer cette fable, si

c'en eût été une. Ceux qui la rapportent ne sont pas tous Vénitiens,

il y a parmi eux des Allemands[185], des Français, etc.; et, si

on veut absolument tirer une conclusion négative du silence des

autres historiens, il faut au moins apprécier leur véracité; or

ces auteurs contemporains se réduisent à deux; Romuald, archevêque

de Salerne, qui a écrit le voyage du pape à Venise, et l'auteur

anonyme des actes d'Alexandre III. Ils ont, il est vrai, supprimé

cette circonstance; mais ils en omettent d'autres qu'il est plus

difficile de révoquer en doute. Si on s'en rapportait à leur récit,

cette paix entre l'empereur et le pape aurait été sollicitée par

Frédéric, il n'y aurait point eu de bataille entre sa flotte et celle

des Vénitiens, et la république n'aurait pris d'autre part dans cette

affaire que l'offre de son territoire pour la tenue du congrès. Enfin

il y a des écrivains qui prétendent que Frédéric n'alla jamais à

Venise; mais le séjour de ce prince dans cette capitale est constaté

par des actes, qui en sont datés et que nous possédons encore[186].

[Note 184: MABILLON, _Rer. ital._, antè principem portam templi,

inter angiporti ostia, lapis magnus rubens quadratus est in quo æris

quadrata itidem lamine infixa foliis vestita, in quâ Alexander III,

Frederici imperatoris collo pedem imposuit, ubi propterea litteræ

incisa; leguntur, _Super aspidem_, etc. (_Itinerarium italicum_, p. 1

pag. 34; SANSOVINUS, _descriptio venet._ lib. 1, pag. 36.)]

[Note 185: Usus est Fredericus dejectione et summâ humilitate; nam

Venetias venit ac pro templis foribus humi prostratus ante pontificem

pedibus calcari se permisit, etc. (Joannis CARIONIS, _chronicorum

libellas; Basileæ, de Germanorum primâ origine_, lib. 17; _Chronica,

Noremberg_, Chronique de NAUCLERC, tom. II, etc.)

Alexander jubet imperatori humi se prosternat et petat veniam;

imperator jussa facit, tunc papa prostrati imperatoris summi monarchæ

collum pedibus conculcans ait, etc. (_Fontius Chronologia hoc est

temporum, etc., Basileæ_, 1534.)

Le saint pape craignant sa cruauté (de Frédéric), prins l'acoutrement

de son cuisinier, et estant déguisé, s'enfuit à Venise, léans servit

aucun temps de jardinier et hortolan..... estant l'empereur arrivé

en ce lieu, eut commandement du pape, en vertu de sainte obédience,

qu'il eut à se prosterner en terre, et demander pardon de son péché,

qui voluntairement fut obéissant, et se présenta pour baiser le pied

du pape. Alors voulant Alexandre rabaisser le fast et orgueil de

cest empereur, lui mit le pied sur la teste, disant: Il est écrit,

tu marcheras sur l'aspide, etc. (Guillaume PARADIN, _Chronique de

Savoie_, Lyon, 1552, in-fº, pag. 143.)

Bardi, dans son _Histoire du voyage d'Alexandre III_, à Venise,

intitulé, _Vittoria navale_, etc., cite soixante-deux historiens

de toutes les nations, qui ont raconté ce fait à-peu-près de la

même manière, et il confirme leur témoignage par les peintures qui

existaient à Venise avant l'incendie du palais ducal, par celle qu'on

voyait à Sienne, patrie du pape Alexandre, et à Augsbourg sur la

façade de l'hôtel des comtes de Fugger.

Enfin un écrivain moderne très-instruit, et qui se montre supérieur

à tous les préjugés, M. Léopold Curti, a raconté ce fait de la même

manière. (Voyez les _Mémoires historiques et politiques sur Venise_,

2e part., chap. 9, dans les notes.)

Voici l'indication de quelques ouvrages dont l'objet spécial est de

discuter l'authenticité de ce fait.

«Vittoria navale ottenuta dalla republica Veneziana contra Frederico

1º imperatore, per la restituzione del papa Alessandro III, da

Girolamo Bardii. Venezia, 1584 in-4º.

«Allegazio in jure di Cornelio Frangipane per la vittoria navale

contra Frederico 1º imperatore, e atto del papa Alessandro III,

per il dominio della repubblica Veneta del suo golfo contra alcune

scritture de' Napolitani. Venezia, 1618, in-4º.

«Historia della venuta a Venezia occultamente di papa Alessandro III,

da Giovan fortunato OLMO. Venezia, 1629, in-4º.

Obon de Ravenne raconte aussi toutes les circonstances de cette

entrevue et des évènements qui la précédèrent, avec plus de détail

que tous les autres auteurs.

Voyez enfin la dissertation de l'abbé TENTORI, espagnol, dans son

_Essai sur l'histoire civile, politique et ecclésiastique de Venise_,

tom. 1, pag. 86.

Machiavel, dans son _Histoire de Florence_, liv. 1, se borne à dire

que Frédéric se vit forcé d'aller à Venise rendre ses respects au

pape; il ne parle point de la bataille, mais il ne la nie pas; et il

faut remarquer que ce premier livre n'est qu'un sommaire où l'auteur

a rassemblé en une centaine de pages l'histoire de toute l'Italie

pendant dix siècles.]

[Note 186: Friderici imperatoris diploma, quo confirmat omnia jura ac

privilegia monasterio sanctæ Mariæ de Vaugaditiâ.

Datum apud Venetias in palatio ducis XIV kalendas septembris

feliciter amen.

Ce diplôme existe dans les archives de ce monastère. Muratori l'a

publié, (_Antiquitates italicæ medii ævi._ Dissertation 19, pag. 81.)]

La bataille paraît aussi un de ces évènements dont il est impossible

de méconnaître la réalité; on s'accorde à en citer la date, le

lieu, les circonstances; on nomme les principaux officiers qui y

commandaient de chaque côté, ceux qui furent faits prisonniers: et,

quand on voudrait refuser toute croyance aux historiens qui en font

mention, quand on voudrait supposer que les peintures qui décorent

le palais ducal à Venise, et où toute cette partie de l'histoire

de la république est représentée, sont des monuments commandés par

la politique, et exécutés par la flatterie, on ne pourrait refuser

d'admettre le témoignage de la cour de Rome elle-même, témoignage

d'autant plus irrécusable que cette cour a cherché depuis à secouer

le joug de la reconnaissance.

[Note en marge: XXII. Concessions faites par le pape aux Vénitiens.

Origine du droit de souveraineté sur l'Adriatique.]

Ce témoignage est constaté par trois monuments. Le premier consiste

dans les honneurs que le pape accorda au doge de Venise; il lui donna

le privilége de faire porter devant lui un cierge allumé, une épée,

un parasol, un fauteuil, un coussin de drap d'or, des trompettes

et des drapeaux. Ce n'étaient là, si l'on veut, que de vaines

concessions honorifiques; mais voici qui porte plus particulièrement

le caractère de la reconnaissance. Alexandre donna au doge un anneau

en lui disant: «Recevez-le de moi comme une marque de l'empire de

la mer; vous et vos successeurs épousez-la tous les ans, afin que

la postérité sache que la mer vous appartient par le droit de la

victoire et doit être soumise à votre république comme l'épouse l'est

à son époux[187].»

[Note 187: Hunc annulum accipe et, me auctore, ipsum mare obnoxium

tibi redditum; quod tu tuique successores quotannis statuto die

servabitis. Ut omnis posteritas intelligat maris possessionem

victoriæ jure vestram fuisse; atque uti uxorem viro, ita illud

imperio reipublicæ venetæ subjectum.]

Ce n'était point là une libéralité sans conséquence, aussi

le gouvernement de Naples en fut-il choqué, et les auteurs

napolitains[188] ont écrit contre le droit de souveraineté que la

république s'arrogeait sur le golfe Adriatique; il ne faut donc pas

s'étonner que l'historien du voyage du pape à Venise en ait passé

sous silence plusieurs particularités, puisque cet écrivain était

Romuald, archevêque de Salerne, et ambassadeur du roi de Sicile à la

suite du pape.

[Note 188: Voyez le livre _Allegazione in jure di Cornelio

Frangipane, etc._, que j'ai cité ci-dessus.]

Le second monument est une inscription que Pie IV fit placer dans la

salle royale du Vatican; elle était ainsi conçue: «Le pape Alexandre

III, fuyant la colère et les persécutions de l'empereur Frédéric,

alla dans sa fuite se cacher à Venise. Dès qu'il y fut reconnu,

il se vit accueilli par le sénat avec beaucoup d'honneurs. Othon

fils de l'empereur fut vaincu et fait prisonnier par les Vénitiens

dans une bataille navale. Frédéric, après avoir signé la paix, vint

en suppliant adorer le pape et lui jurer foi et obéissance; ainsi

le rétablissement du pape dans sa dignité fut un bienfait de la

république de Venise[189], l'an 1177.»

[Note 189: Alexander papa III, Frederici imperatoris iram et impetum

fugiens, abdidit se Venetiis. Cognitum et à senatu perhonorificè

susceptum, Othone imperatoris filio navali prælio à Venetis

victo captoque, Fredericus, pace factâ, supplex adorat, fidem et

obedientiam pollicitus. Ita pontifici sua dignitas venetæ reipublicæ

beneficio restituta.

Anno MCLXXVII.]

Le pape faisait élever ce monument quatre siècles après l'évènement

dont il voulait perpétuer la mémoire. Cela prouve bien suffisamment

qu'à cette époque on le regardait comme certain, et par conséquent on

ne peut pas récuser les témoignages des historiens du XVe et du XVIe

siècle.

Il y a plus: le pape Urbain VIII, en 1635, fit enlever cette

inscription, qui, suivant l'historien Nani[190], «avait été

choisie au temps de Pie IV par une consultation de cardinaux,

et qui était tirée d'excellents auteurs, d'anciens documents,

d'inscriptions[191], de peintures et de marbres.» La république

rappela sa légation, refusa toute audience au nonce du pape, et

exigea le rétablissement de l'inscription, ce qui fut accordé par

Innocent X.

[Note 190: _Histoire de la république de Venise_, par NANI, liv. 10.]

[Note 191: En voici une trouvée dans l'église de S. Jean de Salbozo,

près de Pirano, rapportée par Sansovino et par Justiniani.

Heus! populi celebrate locum quem tertius olim

Pastor Alexander donis coelestibus auxit.

Hoc etenim pelago venetæ victoria classis

Desuper eluxit, ceciditque superbia magni

Induperatoris Federici et reddita sanctæ

Ecclesiæ pax alma fuit, etc.

Dandolo en rapporte tout au long une, qui était au bas d'un tableau

de l'église de S.-Jean-de-Latran; mais il n'y est fait mention que de

la fuite du pape: Profugus latet in Venetiis.]

Enfin il existe un monument plus ancien de deux siècles que

l'inscription dont il s'agit et encore plus irrécusable: c'est une

déclaration donnée par la cour de Rome, en présence de notaires, des

services rendus par la république au pape Alexandre III. Elle est

rapportée textuellement dans la chronique de Dandolo. On y lit[192]

que le pape Alexandre, forcé, comme David, de fuir la persécution,

avait cherché un asyle à Venise sous l'habit d'un simple prêtre,

qu'il y fut reconnu et reçu avec de grands honneurs, que, pour

toute réponse aux propositions de paix, Frédéric exigea qu'on lui

livrât le souverain pontife, et qu'irrité du refus de la république

il arma une grande flotte qui fut entièrement détruite, moins par

les efforts des Vénitiens, très-inférieurs en nombre, que par la

protection divine; qu'enfin l'empereur, confessant sa faute devant

le vicaire de Jésus-Christ, vint à Venise se prosterner aux pieds

du pape, et implorer son pardon. Il n'y a pas beaucoup de faits de

l'histoire du douzième siècle mieux constatés que celui-ci.

[Note 192: Nos frater Jacobus de urbe, dei gratiâ episcopus

Calaritanus, locum tenens in urbe ejusque suburbiis et districtu,

reverendi in Christo patris et domini D. Pontii eâdem gratiâ episcopi

Urbevetani, domini nostri papæ in ejusdem almâ urbe suisque suburbiis

et districtu in spiritualibus vicarii generalis.

Illustri domino Joanni Delphino, Dei gratiâ duci Venetiarum inclyto

et consiliariis, nec non nobilibus viris et dominis Marco Lauredano

et Nicolao Justiniano procuratoribus ecclesiæ sancti Marci civitatis

prædictæ salutem in eo qui est omnium vera salus.

Quoniam ex verbo evangelico pro talento abscondito servus

reprehenditur, et ex latenti notitiâ, quasi ut admissâ culpâ

formidari debet. In tali uno quoque quia thesaurus absconditus et

scientia invisa quæ utilitas in utroque, hinc est quod ab hoc nos

volentes dubio esse penitus alieni, vestroque pio studio non tantum

placere, sed et proficere posse noscentes. Quædam mandavimus vestræ

magnificentiæ autenticè significari magnæ utrique gloriæ majoris

concordiæ et remissionis plenariæ, quæ nos ex originali de verbo ad

verbum pluries audire voluimus de antiquo volumine utique fide digno

et difficulter reperto, cujus est titulus; De historiis sacræ legis

et antiquitatibus in particulâ de memorabilibus Alexandri papæ III,

cujus præfatæ particulæ initii processus et finis sacramentaliter

tenor est talis.

Histoire de la République de Venise (Vol. 1) · 第 13 / 35 段