il ait voulu un vers de quatorze syllabes? Dans la pièce V du _Fol
Automne_[196], les vers, nominalement de treize syllabes (presque tous)
n’en ont que douze et souvent moins. Cela ne choque pourtant aucune
oreille musicale, puisque nous sommes, depuis plusieurs siècles,
accoutumés à ces brisures du rythme. Mais le vers de M. de Régnier, même
s’il a un air de «vers libre», demeure, avec des innovations purement
musicales, le vers syllabique: après Verlaine, nul liseur de vers ne
peut chez lui se trouver dépaysé. Il en advient tout différemment chez
M. Vielé-Griffin et chez M. Kahn; l’un semble être parti du vers
romantique familier, à rejet et à césure variable pour aboutir à un
système complexe de rythmes entrecroisés; l’autre, M. Kahn, imagina le
système que nous avons indiqué et dont nous avons critiqué le principe.
Admettons-le, cependant, mais pourvu qu’il s’agisse des vers de M. Kahn,
et seuls, car il serait malhonnête de juger une œuvre d’après les règles
qui n’ont pas guidé son élaboration.
[196] _Poèmes anciens et romanesques_.