CHAPITRE IV

La langue française et la Révolution.--Le jargon du système

métrique.--La langue traditionnelle des poids et mesures.--La langue des

métiers: la maréchalerie, le bâtiment, etc.--Beauté de la langue des

métiers, dont l’étude pourrait remplacer celle du grec.

Victor Hugo se vantait d’avoir libéré tous les mots du dictionnaire. Il

songeait aux mots anciens qui sont beaux comme des plantes sauvages et

de même origine naturelle et spontanée. Mais son génie d’anoblir les

moindres syllabes eût échoué devant les monstres créés par la

Révolution[37]; il eût échoué et il eût reculé devant _millilitre_,

_décistère_ et _kilo_!

[37] Il y a une création contemporaine de la Révolution qui a

généralement échappé à toute critique, c’est, dans le Calendrier

républicain, les noms des mois de l’année. Et en effet la beauté de

ces douze mots est vraiment originale; on ne peut rien reprendre

dans leur sonorité et presque rien dans leur forme. Ce presque rien

concerne _nivôse_, _vendémiaire_, _messidor_ et _thermidor_, mots

qui n’ont aucun sens en français, tandis que _brumaire_, par

exemple, ou _prairial_, ou _ventôse_ sont de tout point parfaits.

Ah! que l’auteur de cette merveille n’a-t-il été chargé de la

nomenclature du système métrique! Peut-être, aussi bien, n’avait-il

que cela à dire dans sa vie, car si c’est le même Fabre d’Églantine

qui imagina les _primidi_, _duodi_, _tridi_, il faut avouer que là

il ne fut pas très heureux. D’ailleurs, malgré leur grâce ou leur

langueur, ni _prairial_, ni _brumaire_ n’auraient pu, de longtemps,

évoquer tout ce qu’il y a pour nous dans le triste octobre ou dans

le clair mai:

Esthétique de la langue française · 第 18 / 62 题