La langue française et la Révolution.--Le jargon du système
métrique.--La langue traditionnelle des poids et mesures.--La langue des
métiers: la maréchalerie, le bâtiment, etc.--Beauté de la langue des
métiers, dont l’étude pourrait remplacer celle du grec.
Victor Hugo se vantait d’avoir libéré tous les mots du dictionnaire. Il
songeait aux mots anciens qui sont beaux comme des plantes sauvages et
de même origine naturelle et spontanée. Mais son génie d’anoblir les
moindres syllabes eût échoué devant les monstres créés par la
Révolution[37]; il eût échoué et il eût reculé devant _millilitre_,
_décistère_ et _kilo_!
[37] Il y a une création contemporaine de la Révolution qui a
généralement échappé à toute critique, c’est, dans le Calendrier
républicain, les noms des mois de l’année. Et en effet la beauté de
ces douze mots est vraiment originale; on ne peut rien reprendre
dans leur sonorité et presque rien dans leur forme. Ce presque rien
concerne _nivôse_, _vendémiaire_, _messidor_ et _thermidor_, mots
qui n’ont aucun sens en français, tandis que _brumaire_, par
exemple, ou _prairial_, ou _ventôse_ sont de tout point parfaits.
Ah! que l’auteur de cette merveille n’a-t-il été chargé de la
nomenclature du système métrique! Peut-être, aussi bien, n’avait-il
que cela à dire dans sa vie, car si c’est le même Fabre d’Églantine
qui imagina les _primidi_, _duodi_, _tridi_, il faut avouer que là
il ne fut pas très heureux. D’ailleurs, malgré leur grâce ou leur
langueur, ni _prairial_, ni _brumaire_ n’auraient pu, de longtemps,
évoquer tout ce qu’il y a pour nous dans le triste octobre ou dans
le clair mai: