Et quel droit sur ce cœur pouvoit garder Phinée,

Quand Persée a trouvé la place abandonnée, 1500

Et n'a fait autre chose, en prenant son parti,

Que s'emparer d'un lieu dont vous étiez sorti[657]?

Mais sorti, le dirai-je, et pourrez-vous l'entendre?

Oui, sorti lâchement, de peur de le défendre[658].

Ainsi nous n'avons fait que le récompenser 1505

D'un bien où votre bras venoit de renoncer,

Que vous cédiez au monstre, à lui-même, à tout autre[659]:

Si c'est une injustice, examinons la vôtre.

La voyant exposée aux rigueurs de son sort,

Vous vous étiez déjà consolé de sa mort; 1510

Et quand par un héros le ciel l'a garantie,

Vous ne vous pouvez plus consoler de sa vie[660].

PHINÉE.

Ah! Madame....

CASSIOPE.

Eh bien! soit, vous avez soupiré

Autant que l'a pu faire un cœur désespéré.

Jamais aucun tourment n'égala votre peine; 1515

Certes, quelque douleur dont votre âme fût pleine,

Ce désespoir illustre et ces nobles regrets[661]

Lui devoient un peu plus que des soupirs secrets.

A ce défaut, Persée....

PHINÉE.

Ah! c'en est trop, Madame;

Ce nom rend, malgré moi, la fureur à mon âme: 1520

Je me force au respect; mais toujours le vanter,

C'est me forcer moi-même à ne rien respecter.

Qu'a-t-il fait, après tout, si digne de vous plaire,

Qu'avec un tel secours tout autre n'eût pu faire?

Et tout héros qu'il est, qu'eût-il osé pour vous, 1525

S'il n'eût eu que sa flamme et son bras comme nous?

Mille et mille auroient fait des actions plus belles,

Si le ciel comme à lui leur eût prêté des ailes;

Et vous les auriez vus encor plus généreux,

S'ils eussent vu le monstre et le péril sous eux: 1530

On s'expose aisément quand on n'a rien à craindre.

Combattre un ennemi qui ne pouvoit l'atteindre,

Voir sa victoire sûre et daignez l'accepter,

C'est tout le rare exploit dont il se peut vanter;

Et je ne comprends point ni quelle en est la gloire, 1535

Ni quel grand prix mérite une telle victoire.

CASSIOPE.

Et votre aveuglement sera bien moins compris,

Qui d'un sujet d'estime en fait un de mépris.

Le ciel, qui mieux que nous connoît ce que nous sommes,

Mesure ses faveurs au mérite des hommes;

Et d'un pareil secours vous auriez eu l'appui,

S'il eût pu voir en vous mêmes vertus qu'en lui.

Ce sont grâces d'en haut rares et singulières,

Qui n'en descendent point pour des âmes vulgaires;

Ou pour en mieux parler, la justice des cieux 1545

Garde ce privilége au digne sang des Dieux:

C'est par là que leur roi vient d'avouer sa race[662].

ANDROMÈDE.

Je dirai plus, Phinée; et pour vous faire grâce,

Je veux ne rien devoir à cet heureux secours

Dont ce vaillant guerrier a conservé mes jours: 1550

Je veux fermer les yeux sur toute cette gloire,

Oublier mon péril, oublier sa victoire,

Et quel qu'en soit enfin le mérite ou l'éclat,

Ne juger entre vous que depuis le combat.

Voyez ce qu'il a fait, lorsque après ces alarmes, 1555

Me voyant toute acquise au bonheur de ses armes,

Ayant pour lui les Dieux, ayant pour lui le Roi,

Dans sa victoire même il s'est vaincu pour moi.

Il m'a sacrifié tout ce haut avantage;

De toute sa conquête il m'a fait un hommage; 1560

Il m'en a fait un don; et fort de tant de voix,

Au péril de tout perdre, il met tout à mon choix[663]:

Il veut tenir pour grâce un si juste salaire;

Il réduit son bonheur à ne me point déplaire;

Préférant mes refus, préférant son trépas 1565

A l'effet de ses vœux qui ne me plairoit pas.

En usez-vous de même? et votre violence

Garde-t-elle pour moi la même déférence?

Vous avez contre vous et les Dieux et le Roi,

Et vous voulez encor m'obtenir malgré moi! 1570

Sous ombre d'une foi qui se tient en réserve[664],

Je dois à votre amour ce qu'un autre conserve;

A moins que d'être ingrate à mon libérateur,

A moins que d'adorer un lâche adorateur.

Que d'être à mes parents, aux Dieux mêmes rebelle,

Vous crierez après moi sans cesse: «A l'infidèle!»

C'étoit aux yeux du monstre, au pied de ce rocher,

Que l'effet de ma foi se devoit rechercher[665];

Mon âme, encor pour vous de même ardeur pressée,

Vous eût tendu la main au mépris de Persée, 1580

Et cru plus glorieux qu'on m'eût vue aujourd'hui

Expirer avec vous que régner avec lui[666].

Mais puisque vous m'avez envié cette joie,

Cessez de m'envier ce que le ciel m'envoie;

Et souffrez que je tâche enfin à mériter, 1585

Au refus de Phinée, un fils de Jupiter.

PHINÉE.

Je perds donc temps, Madame, et votre âme obstinée

N'a plus amour, ni foi, ni pitié pour Phinée?

Un peu de vanité qui flatte vos parents,

Et d'un rival adroit les respects apparents, 1590

Font plus en un moment, avec leurs artifices,

Que n'ont fait en six ans ma flamme et mes services?

Je ne vous dirai point que de pareils respects

A tout autre que vous pourroient être suspects,

Que qui peut se priver de la personne aimée 1595

N'a qu'une ardeur civile et fort mal allumée,

Que dans ma violence on doit voir plus d'amour:

C'est un présent des cieux, faites-lui votre cour;

Plus fidèle qu'à moi, tenez-lui mieux parole:

J'en vais rougir pour vous, cependant qu'il me vole;

Mais ce rival peut-être, après m'avoir volé,

Ne sera pas toujours sur ce cheval[667] ailé.

ANDROMÈDE.

Il n'en a pas besoin s'il n'a que vous à craindre.

PHINÉE.

Il peut avec le temps être le plus à plaindre.

ANDROMÈDE.

Il porte à son côté de quoi l'en garantir. 1605

PHINÉE.

Vous l'attendez ici, je vais l'en avertir.

CASSIOPE.

Son amour peut sans vous nous rendre cet office.

PHINÉE.

Le mien s'efforcera pour ce dernier service.

Vous pouvez cependant divertir vos esprits

A rendre compte au Roi de vos justes mépris. 1610

SCÈNE III.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

CÉPHÉE.

Que faisoit là Phinée? est-il si téméraire

Que ce que font les Dieux il pense à le défaire?

CASSIOPE.

Après avoir prié, soupiré, menacé,

Il vous a vu, Seigneur, et l'orage a passé.

CÉPHÉE.

Et vous prêtiez l'oreille à ses discours frivoles? 1615

CASSIOPE.

Un amant qui perd tout peut perdre des paroles;

Et l'écouter sans trouble et sans rien hasarder,

C'est la moindre faveur qu'on lui puisse accorder.

Mais, Seigneur, dites-nous si Jupiter propice

Se déclare en faveur de votre sacrifice, 1620

Si de notre famille il se rend le soutien,

S'il consent l'union de notre sang au sien.

CÉPHÉE.

Jamais les feux sacrés et la mort des victimes

N'ont daigné mieux répondre à des vœux légitimes.

Tous auspices heureux; et le grand Jupiter 1625

Par des signes plus clairs ne pouvoit l'accepter,

A moins qu'y joindre encor l'honneur de sa présence,

Et de sa propre bouche assurer l'alliance.

CASSIOPE.

Les nymphes de la mer nous en ont fait autant;

Toutes ont hors des flots paru presque à l'instant; 1630

Et leurs bénins regards envoyés au rivage

Avecque notre encens ont reçu notre hommage;

Après le sacrifice honoré de leurs yeux,

Où Neptune à l'envi mêloit ses demi-dieux,

Toutes ont témoigné d'un penchement de tête 1635

Consentir au bonheur que le ciel nous apprête;

Et nos submissions désarmant leurs dédains,

Toutes ont pour adieu battu l'onde des mains.

Que si même bonheur suit les vœux de Persée,

Qu'il ait vu de Junon sa prière exaucée, 1640

Nous n'avons plus à craindre aucun sinistre effet.

CÉPHÉE.

Les Dieux ne laissent point leur ouvrage imparfait:

N'en doutez point, Madame, aussi bien que Neptune

Junon consentira notre bonne fortune.

Mais que nous veut Aglante?

SCÈNE IV.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

AGLANTE.

Ah! Seigneur, au secours!

Du généreux Persée on attaque les jours.

Presque au sortir du temple une troupe mutine

Vient de l'environner, et déjà l'assassine.

Phinée en les joignant, furieux et jaloux,

Leur a crié: «Main basse! à lui seul, donnez tous!» 1650

Ceux qui l'accompagnoient tout aussitôt se rendent,

Clyte et Nylée encor vaillamment le défendent,

Mais ce sont vains efforts de peu d'autres suivis,

Et je viens toute en pleurs vous en donner avis.

CASSIOPE.

Dieux! est-ce là l'effet de tant d'heureux présages? 1655

Allez, gardes, allez signaler vos courages;

Allez perdre ce traître, et punir ce voleur

Qui prétend sous le nombre accabler la valeur.

CÉPHÉE.

Modérez vos frayeurs, et vous, séchez vos larmes.

Le ciel n'a point besoin du secours de nos armes; 1660

Il a de ce héros trop pris les intérêts,

Pour n'avoir pas pour lui des miracles tous prêts:

Et peut-être bientôt sur ce lâche adversaire[668]

Vous entendrez tomber la foudre de son père[669].

Jugez de l'avenir par ce qui s'est passé; 1665

Les Dieux achèveront ce qu'ils ont commencé;

Oui, les Dieux à leur sang doivent ce privilége:

Y mêler notre main, c'est faire un sacrilége.

CASSIOPE.

Seigneur, sur cet espoir hasarder ce héros,

C'est trop....

SCÈNE V.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA

REINE.

PHORBAS.

Mettez, grand roi, votre esprit en repos;

La tête de Méduse a puni tous ces traîtres.

CÉPHÉE.

Le ciel n'est point menteur, et les Dieux sont nos maîtres.

PHORBAS.

Aussitôt que Persée a pu voir son rival:

«Descendons, a-t-il dit, en un combat égal;

Quoique j'aye en ma main un entier avantage, 1675

Je ne veux que mon bras, ne prends que ton courage.

--Prends, prends cet avantage, et j'userai du mien,»

Dit Phinée; et soudain, sans plus répondre rien,

Les siens donnent en foule, et leur troupe pressée

Fait choir Ménale et Clyte aux pieds du grand Persée.

Il s'écrie aussitôt: «Amis, fermez les yeux,

Et sauvez vos regards de ce présent des cieux:

J'atteste qu'on m'y force, et n'en fais plus d'excuse[670].»

Il découvre à ces mots la tête de Méduse.

Soudain j'entends des cris qu'on ne peut achever[671]; 1685

J'entends gémir les uns, les autres se sauver;

J'entends le repentir succéder à l'audace[672];

J'entends Phinée enfin qui lui demande grâce.

«Perfide, il n'est plus temps,» lui dit Persée. Il fuit:

J'entends comme à grands pas ce vainqueur le poursuit;

Comme il court se venger de qui l'osoit surprendre;

Je l'entends s'éloigner, puis je cesse d'entendre.

Alors, ouvrant les yeux par son ordre fermés,

Je vois tous ces méchants en pierre transformés;

Mais l'un plein de fureur et l'autre plein de crainte,

En porte sur le front la marque encore empreinte;

Et tel vouloit frapper, dont le coup suspendu

Demeure en sa statue à demi descendu[673];

Tant cet affreux prodige....

SCÈNE VI.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE DU ROI ET

DE LA REINE.

CÉPHÉE, à Persée.

Est-il puni, ce lâche,

Cet impie?

PERSÉE.

Oui, Seigneur; et si sa mort vous fâche, 1700

Si c'est de votre sang avoir fait peu d'état....

CÉPHÉE.

Il n'est plus de ma race après cet attentat:

Ce crime l'en dégrade, et ce coup téméraire

Efface de mon sang l'illustre caractère.

Perdons-en la mémoire, et faisons-la céder 1705

A l'heur de vous revoir et de vous posséder.

Vous que le juste ciel, remplissant son oracle,

Par miracle nous donne, et nous rend par miracle,

Entrons dedans ce temple, où l'on n'attend que vous

Pour nous unir aux Dieux par des liens si doux; 1710

Entrons sans différer.

(Les portes se ferment comme ils veulent entrer.)

Mais quel nouveau prodige

Dans cet excès de joie à craindre nous oblige[674]?

Qui nous ferme la porte et nous défend d'entrer

Où tout notre bonheur se devoit rencontrer?

PERSÉE.

Puissant maître du foudre, est-il quelque tempête 1715

Que le Destin jaloux à dissiper m'apprête?

Quelle nouvelle épreuve attaque ma vertu?

Après ce qu'elle a fait la désavouerois-tu?

Ou si c'est que le prix dont tu la vois suivie

Au bonheur de ton fils te fait porter envie? 1720

SCÈNE VII.

MERCURE, CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, PHORBAS, AGLANTE, SUITE

DU ROI ET DE LA REINE.

MERCURE, au milieu de l'air.

Roi, Reine, et vous Princesse, et vous heureux vainqueur,

Que Jupiter mon père

Tient pour mon digne frère,

Ne craignez plus du sort la jalouse rigueur.

Ces portes du temple fermées, 1725

Dont vos âmes sont alarmées,

Vous marquent des faveurs où tout le ciel consent:

Tous les Dieux sont d'accord de ce bonheur suprême;

Et leur monarque tout-puissant

Vous le vient apprendre lui-même. 1730

(Mercure revole en haut après avoir parlé.)

CASSIOPE.

Redoublons donc nos vœux, redoublons nos ferveurs,

Pour mériter du ciel ces nouvelles faveurs.

CHŒUR DE MUSIQUE[675].

Maître des Dieux, hâte-toi de paroître,

Et de verser sur ton sang et nos rois

Les grâces que garde ton choix 1735

A ceux que tu fais naître[676].

Fais choir sur eux de nouvelles couronnes,

Et fais-nous voir, par un heur accompli,

Qu'ils ont tous dignement rempli

Le rang que tu leur donnes. 1740

(Tandis qu'on chante, Jupiter descend du ciel dans un trône tout

éclatant d'or et de lumières, enfermé dans un nuage qui

l'environne. A ses deux côtés, deux autres nuages apportent

jusqu'à terre Junon et Neptune, apaisés par les sacrifices des

amants; ils se déploient en rond autour de celui de Jupiter, et

occupant toute la face du théâtre, ils font le plus agréable

spectacle de toute cette représentation[677].)

SCÈNE VIII.

JUPITER, JUNON, NEPTUNE, CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, PHORBAS,

AGLANTE, SUITE DU ROI ET DE LA REINE.

JUPITER, dans son trône au milieu de l'air.

Des noces de mon fils la terre n'est pas digne,

La gloire en appartient aux cieux,

Et c'est là ce bonheur insigne

Qu'en vous fermant mon temple ont annoncé les Dieux.

Roi, Reine, et vous amants, venez sans jalousie 1745

Vivre à jamais en ce brillant séjour,

Où le nectar et l'ambrosie

Vous seront comme à nous prodigués chaque jour;

Et quand la nuit aura tendu ses voiles,

Vos corps semés de nouvelles étoiles, 1750

Du haut du ciel éclairant aux mortels,

Leur apprendront qu'il vous faut des autels.

JUNON, à Persée.

Junon même y consent, et votre sacrifice

A calmé les fureurs de son esprit jaloux.

NEPTUNE, à Cassiope.

Neptune n'est pas moins propice, 1755

Et vos encens désarment son courroux.

JUNON.

Venez, héros, et vous Céphée,

Prendre là-haut vos places de ma main.

NEPTUNE.

Reines, venez; que ma haine étouffée

Vous conduise elle-même à cet heur souverain. 1760

PERSÉE.

Accablés et surpris d'une faveur si grande[678]....

JUNON.

Arrêtez là votre remercîment:

L'obéissance est le seul compliment

Qu'agrée un Dieu quand il commande.

(Sitôt que Junon a dit ces vers, elle fait prendre place au Roi

et à Persée auprès d'elle. Neptune fait le même honneur à la

Reine et à la princesse Andromède; et tous ensemble remontent

dans le ciel qui les attend, cependant[679] que le peuple, pour

acclamation publique, chante ces vers qui viennent d'être

prononcés par Jupiter.)

CHŒUR.

Allez, amants, allez sans jalousie 1765

Vivre à jamais en ce brillant séjour,

Où le nectar et l'ambrosie

Vous seront comme aux Dieux prodigués chaque jour;

Et quand la nuit aura tendu ses voiles,

Vos corps semés de nouvelles étoiles, 1770

Du haut du ciel éclairant aux mortels,

Leur apprendront qu'il vous faut des autels.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

[652] VAR. (Dessein): Notre architecte ne s'est pas épuisé en la

structure de ce palais du Roi.--Les éditions de 1651-1660

terminent ainsi la phrase: «de ce palais royal qui vient de

disparoître.

[653] Toutes les éditions écrivent _colomnes_, avec une _m_.

[654] La fin de cette phrase, «dont la gravure, etc.,» manque

dans le _Dessein_.

[655] _Var._ Ce n'est pas le chemin de regagner son âme.

(1651-56)

[656] L'édition de 1692 a corrigé ici _les yeux_ en _ses yeux_,

et un peu plus loin, au vers 1478, _mes désespoirs_ en _mon

désespoir_.

[657] _Var._ Que s'emparer d'un lieu dont vous étiez sorti?

(1651-56)

[658] _Var._ Oui, sorti lâchement de peur de la défendre. (1655)

[659] _Quam tibi non Perseus, verum si quæris, ademit;_

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

_Sed quæ visceribus veniebat bellua ponti

Exsaturanda meis...._

(Ovide, _Métamorphoses_, livre V, vers 16-19.)

[660] _Scilicet haud satis est quod, te spectante, revincta est,

Et nullam quod opem patruus sponsusve tulisti;

Insuper a quoquam quod sit servata dolebis?_

(Ovide, _Métamorphoses_, livre V, vers 22-24.)

[661] _Var._ Ce désespoir illustre et ces dignes regrets. (1651)

[662] _Var._ C'est par là que leur roi vient d'avouer leur race.

(1651-56)

[663] _Var._ Au péril de tout perdre, il met tout en mon choix.

(1651)

[664] _Var._ Sous ombre d'une foi que vous n'avez pu suivre,

Je dois à votre amour ce qu'un autre délivre. (1651-56)

[665] _Præmiaque eripies? quæ si tibi magna videntur,

Ex illis scopulis, ubi erant affixa, petisses._

(Ovide, _Métamorphoses_, livre V, vers 25 et 26.)

[666] _Var._ Mourir avecque vous que vivre avecque lui. (1651-60)

[667] L'édition de 1692 a substitué ici _son cheval_ à _ce

cheval_, et un peu plus loin, au vers 1622, _s'il permet_ à _s'il

consent_.

[668] Les éditions de 1663-1692 donnent _aversaire_.

[669] _Var._ Vous entendrez tomber le foudre de son père.

(1651-64)

[670] _«Auxilium Perseus, quoniam sic cogitis ipsi,

Dixit, ab hoste petam. Vultus avertite vestros,

Si quis amicus adest;» et Gorgonis extulit ora._

(Ovide, _Métamorphoses_, livre V, vers 178-180.)

[671] _. . . . . . . . . . . . . . Pars ultima vocis

In medio suppressa sono est, adapertaque velle

Ora loqui credas, nec sunt ea pervia verbis._

(Ovide, _Métamorphoses_, livre V, vers 192-194.)

[672] _Pœnitet injusti tunc denique Phinea belli._

(_Ibidem_, vers 210.)

[673] _. . . . Utque manu jaculum fatale parabat

Mittere, in hoc hæsit signum de marmore gestu._

(_Ibidem_, vers 182 et 183.)

[674] _Var._ Dans ces excès de joie à craindre nous oblige? (1654

et 56)

[675] _Var._ CHŒUR. _Il chante._ (1663, en marge.)

[676] _Var._ Pour ceux que tu fais naître. (Dessein)

[677] _Var._ _Par les sacrifices de nos amants, et se déployant

en demi-rond autour de celui de Jupiter, font le plus agréable

spectacle de toute cette représentation, et occupent toute la

face du théâtre._ (Dessein et 1651-60)--L'édition de 1651 donne

en outre ici la phrase suivante: «_Jupiter demeure au milieu de

l'air, d'où il parle à ces princes_,» sans préjudice du jeu de

scène du commencement de la scène VIII.

[678] _Var._ Accablés et confus d'une faveur si grande.... (1651)

[679] Ici encore l'édition de 1692 a corrigé _cependant que_ en

_pendant que_.

DON SANCHE D'ARAGON

COMÉDIE HÉROÏQUE.

1650

NOTICE.

Dans toutes les éditions que Corneille a données de son théâtre, il

place _Andromède_ avant _Don Sanche_; Thomas Corneille suit son

exemple en 1692, et les éditeurs qui se sont succédé depuis lors se

sont conformés à cet usage, auquel nous n'avons pas cru non plus

devoir nous soustraire. Il y a toutefois plus d'un motif de douter de

l'antériorité d'_Andromède_. Dans la liste qu'a donnée Pellisson en

1653[680], trois ans seulement après la représentation d'_Andromède_,

liste que Moréri reproduit en la complétant et en faisant remarquer

que les pièces qui y sont contenues sont placées «selon l'ordre des

temps où elles ont été composées,» _Don Sanche_ figure le premier. Il

est vrai qu'_Andromède_, quoique imprimée, suivant toute apparence,

beaucoup plus tard que _Don Sanche_[681], est nommée d'abord dans le

privilége commun à ces deux pièces, qui est ainsi conçu: «Notre cher

et bien-amé le sieur Corneille nous a fait remontrer qu'il a composé

deux pièces de théâtre, l'une intitulée _Andromède_ et l'autre _Don

Sanche d'Arragon_, lesquelles il est sollicité de faire imprimer pour

les donner au public; et d'autant que cela ne se peut sans grands

frais, il nous a supplié de lui accorder nos lettres sur ce

nécessaires.» Mais ce privilége a été «donné à Paris le onzième jour

d'avril l'an de grâce mil six cent cinquante,» et on lit au bas de

l'extrait imprimé pour _Don Sanche_: «Achevé d'imprimer à Rouen par

Laurens Maury, le quatorzième de mai mil six cent cinquante.» Si l'on

regarde cet ouvrage comme joué après _Andromède_, c'est-à-dire

postérieurement au mois de janvier de 1650, il reste donc entre la

représentation et l'impression un intervalle beaucoup plus court que

pour les pièces précédentes. Enfin, suivant Corneille, «le refus d'un

illustre suffrage» dissipa les applaudissements que le public avait

donnés à cet ouvrage; et dans l'édition de 1722 des _Jugements des

savants_, de Baillet, où cette phrase est citée, la Monnoye, dont le

témoignage a une grande valeur, nous apprend qu'il s'agit de «Louis de

Bourbon, prince de Condé[682].» Or le grand Condé, arrêté le 18

janvier 1650, passa treize mois dans les prisons de Vincennes, de

Marcoussy et du Havre; il ne pourrait donc avoir manifesté son opinion

sur _Don Sanche_ que si cette pièce avait été représentée à la fin de

1649 ou dès les premiers jours de 1650. On a, il est vrai, suspecté

cette interprétation, et l'on a dit que le suffrage qui manqua à

Corneille fut celui de la Reine ou de Mazarin, et que «Cromwell tua

don Sanche[683].» Cette supposition toute gratuite, toute moderne, ne

repose sur aucun témoignage, sur aucune induction; et il est bien plus

naturel de croire avec la Monnoye, Joly, Voltaire et M. Guizot, qu'il

s'agit du grand Condé, alors, il est vrai, déterminé frondeur, mais

fort jaloux en même temps de ses prérogatives, et aussi dédaigneux à

l'égard du fils d'un pêcheur, que don Lope, don Manrique et don Alvar.

Néanmoins, malgré l'importance qu'ont à nos yeux les observations que

nous venons de soumettre au lecteur, comme il est certain que

Corneille était déjà occupé d'_Andromède_ dès 1648, que cette pièce a

été certainement composée bien avant _Don Sanche_, et que si _Don

Sanche_ l'a précédée au théâtre, comme tout le fait supposer, ce ne

peut être que de fort peu de temps, nous avons jugé convenable de

respecter l'arrangement adopté par Corneille.

Nous savons très-peu de chose sur l'histoire des premières

représentations de _Don Sanche_; et ce peu, c'est de Corneille que

nous le tenons. Après avoir parlé dans son _Examen_ du tort que fit à

cette pièce «le refus d'un illustre suffrage,» il ajoute qu'une telle

disgrâce «anéantit si bien tous les arrêts que Paris et le reste de la

cour avaient prononcés en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle

se trouva reléguée dans les provinces, où elle conserve encore son

premier lustre.» C'est en 1660 que Corneille a écrit ces mots, et il

les a maintenus dans toutes les réimpressions, jusqu'en 1682, ce qui

fait penser qu'à cette dernière date _Don Sanche_ n'avait pas encore

reparu à Paris. Vers 1770, au contraire, cet ouvrage était considéré

comme faisant partie du répertoire de la Comédie; en effet, nous

lisons dans le _Journal du Théâtre françois_[684]: «La.... troupe

royale représenta.... une comédie héroïque nouvelle de Corneille,

intitulée _Don Sanche d'Aragon_. Cette pièce eut d'abord un grand

succès, mais à la quatrième représentation elle attira si peu de

monde, que malgré tout ce que les comédiens alléguèrent pour la

continuer, l'auteur la retira.... Cependant, ayant été reprise

quelques années après à cause du succès qu'elle avait eu dans les

provinces, elle fit tant de plaisir qu'elle fut fort suivie, et malgré

les critiques elle est restée au théâtre....»

Déjà en 1754 on lit dans le _Dictionnaire portatif des théâtres_, à

l'article consacré à cette pièce: «Elle a.... été reprise de temps en

temps.» La plus célèbre de ces reprises est celle de 1753. Nicolas

Racot de Grandval, qui n'est plus guère connu que comme auteur du

poëme intitulé _Cartouche ou le vice puni_, joua alors don Sanche avec

un grand éclat. Forcé d'abandonner à Lekain, qui parut en 1750, les

premiers rôles tragiques, «il se dédommagea, dit Lemazurier[685], aux

reprises de _Don Sanche d'Aragon_ en 1753, de _Nicomède_ en 1754, et

de _Sertorius_ en 1758. Il y joua les principaux rôles de chacune de

ces pièces, avec autant de succès que dans ses plus beaux jours.» Il

remplissait encore le rôle de don Sanche au mois de février 1765; mais

bientôt, en 1768, il prit sa retraite définitivement, et l'œuvre de

Corneille demeura sans interprète.

Après un long oubli, il fut question, au commencement de 1814, de

faire de nouveau figurer _Don Sanche_ au répertoire de la Comédie

française. Les deux principaux rôles devaient être joués par Fleury et

Mlle Mars, doublés au besoin par Talma et Mlle Duchesnois. La reprise

tarda, les événements politiques marchèrent au contraire avec une

effrayante rapidité, et la Restauration triomphante ne voulut pas

permettre à Carlos de fournir des allusions inquiétantes à un public

qui les aurait saisies avec transport.

Œuvres de P. Corneille, Tome 05 · 第 24 / 36 段