Non, Madame: où j'ai tant d'intérêt,

Ce n'est pas devant moi qu'il faut faire l'arrêt.

L'excès de vos bontés pourroit en ma présence

Faire à vos sentiments un peu de violence:

Ce bras vainqueur du monstre, et qui vous rend le jour,

Pourroit en ma faveur séduire votre amour; 1105

La pitié de mes maux pourroit même surprendre

Ce cœur trop généreux pour s'en vouloir défendre;

Et le moyen qu'un cœur ou séduit ou surpris

Fût juste en ses faveurs, ou juste en ses mépris?

De tout ce que j'ai fait ne voyez que ma flamme; 1110

De tout ce qu'on vous dit ne croyez que votre âme;

Ne me répondez point, et consultez-la bien;

Faites votre bonheur sans aucun soin du mien:

Je lui voudrois du mal s'il retranchoit du vôtre,

S'il vous pouvoit coûter un soupir pour quelque autre,

Et si quittant pour moi quelques destins meilleurs,

Votre devoir laissoit votre tendresse ailleurs.

Je vous le dis encor dans ma plus douce attente,

Je mourrai trop content si vous vivez contente,

Et si l'heur de ma vie ayant sauvé vos jours, 1120

La gloire de ma mort assure vos amours.

Adieu: je vais attendre ou triomphe ou supplice,

L'un comme effet de grâce, et l'autre de justice.

ANDROMÈDE.

A ces profonds respects qu'ici vous me rendez

Je ne réplique point; vous me le défendez; 1125

Mais quoique votre amour me condamne au silence,

Je vous dirai, Seigneur, malgré votre défense,

Qu'un héros tel que vous ne sauroit ignorer

Qu'ayant tout mérité, l'on doit tout espérer.

SCÈNE II.

ANDROMÈDE, CHŒUR DE NYMPHES.

ANDROMÈDE.

Nymphes, l'auriez-vous cru, qu'en moins d'une journée

J'aimasse de la sorte un autre que Phinée?

Le Roi l'a commandé, mais de mon sentiment

Je m'offrois en secret à son commandement.

Ma flamme impatiente invoquoit sa puissance,

Et couroit au-devant de mon obéissance. 1135

Je fais plus: au seul nom de mon premier vainqueur,

L'amour à la colère abandonne mon cœur;

Et ce captif rebelle, ayant brisé sa chaîne,

Va jusques au dédain, s'il ne passe à la haine.

Que direz-vous d'un change et si prompt et si grand,

Qui dans ce même cœur moi-même me surprend?

AGLANTE.

Que pour faire un bonheur promis par tant d'oracles,

Cette grande journée est celle des miracles,

Et qu'il n'est pas aux Dieux besoin de plus d'effort

A changer votre cœur qu'à changer votre sort. 1145

Cet empire absolu qu'ils ont dessus nos âmes

Éteint comme il leur plaît et rallume nos flammes,

Et verse dans nos cœurs, pour se faire obéir,

Des principes secrets d'aimer et de haïr.

Nous en voyions[632] au vôtre en cette haute estime 1150

Que vous nous témoigniez pour ce bras magnanime;

Au défaut de l'amour que Phinée emportoit,

Il lui donnoit dès lors tout ce qui lui restoit;

Dès lors ces mêmes Dieux, dont l'ordre s'exécute,

Le penchoient du côté qu'ils préparoient sa chute, 1155

Et cette haute estime attendant ce beau jour

N'étoit qu'un beau degré pour monter à l'amour.

CÉPHALIE.

Un digne amour succède à cette haute estime:

Si je puis toutefois vous le dire sans crime,

C'est hasarder beaucoup que croire entièrement 1160

L'impétuosité d'un si prompt changement.

Comme pour vous Phinée eut toujours quelques charmes[633],

Peut-être il ne lui faut qu'un soupir et deux larmes

Pour dissiper un peu de cette avidité

Qui d'un si gros torrent suit la rapidité[634]. 1165

Deux amants que sépare une légère offense

Rentrent d'un seul coup d'œil en pleine intelligence[635].

Vous reverrez en lui ce qui le fit aimer,

Les mêmes qualités qu'il vous plut estimer....

ANDROMÈDE.

Et j'y verrai de plus cette âme lâche et basse 1170

Jusqu'à m'abandonner à toute ma disgrâce;

Cet ingrat trop aimé qui n'osa me sauver,

Qui me voyant périr, voulut se conserver,

Et crut s'être acquitté devant ce que nous sommes,

En querellant les Dieux et menaçant les hommes[636]. 1175

S'il eût.... Mais le voici: voyons si ses discours

Rompront de ce torrent ou grossiront le cours.

SCÈNE III.

ANDROMÈDE, PHINÉE, AMMON, CHŒUR DE NYMPHES, SUITE DE PHINÉE.

PHINÉE.

Sur un bruit qui m'étonne, et que je ne puis croire,

Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,

Vient savoir s'il est vrai que vous soyez d'accord, 1180

Par un change honteux, de l'arrêt de ma mort.

Je ne suis point surpris que le Roi, que la Reine[637],

Suivent les mouvements d'une foiblesse humaine:

Tout ce qui me surprend, ce sont vos volontés.

On vous donne à Persée, et vous y consentez! 1185

Et toute votre foi demeure sans défense,

Alors que de mon bien on fait sa récompense!

ANDROMÈDE.

Oui, j'y consens, Phinée, et j'y dois consentir;

Et quel que soit ce bien qu'il a su garantir,

Sans vous faire injustice on en fait son salaire, 1190

Quand il a fait pour moi ce que vous deviez faire.

De quel front osez-vous me nommer votre bien[638],

Vous qu'on a vu tantôt n'y prétendre plus rien?

Quoi? vous consentirez qu'un monstre me dévore,

Et ce monstre étant mort je suis à vous encore! 1195

Quand je sors de péril vous revenez à moi!

Vous avez de l'amour, et je vous dois ma foi!

C'étoit de sa fureur qu'il me falloit défendre,

Si vous vouliez garder quelque droit d'y prétendre:

Ce demi-dieu n'a fait quoi que vous prétendiez, 1200

Que m'arracher au monstre à qui vous me cédiez.

Quittez donc cette vaine et téméraire idée;

Ne me demandez plus, quand vous m'avez cédée.

Ce doit être pour vous même chose aujourd'hui,

Ou de me voir au monstre, ou de me voir à lui. 1205

PHINÉE.

Qu'ai-je oublié pour vous de ce que j'ai pu faire?

N'ai-je pas des Dieux même attiré la colère?

Lorsque je vis Éole armé pour m'en punir,

Fut-il en mon pouvoir de vous mieux retenir?

N'eurent-ils pas besoin d'un éclat de tonnerre, 1210

Ses ministres ailés, pour me jeter par terre?

Et voyant mes efforts avorter sans effets,

Quels pleurs n'ai-je versés, et quels vœux n'ai-je faits?

ANDROMÈDE.

Vous avez donc pour moi daigné verser des larmes,

Lorsque pour me défendre un autre a pris les armes!

Et dedans mon péril vos sentiments ingrats

S'amusoient à des vœux quand il falloit des bras!

PHINÉE.

Que pouvois-je de plus, ayant vu pour Nérée

De vingt amants armés la troupe dévorée?

Devois-je encor promettre un succès à ma main, 1220

Qu'on voyoit au-dessus de tout l'effort humain?

Devois-je me flatter de l'espoir d'un miracle?

ANDROMÈDE.

Vous deviez l'espérer sur la foi d'un oracle:

Le ciel l'avoit promis par un arrêt si doux!

Il l'a fait par un autre, et l'auroit fait par vous. 1225

Mais quand vous auriez cru votre perte assurée,

Du moins ces vingt amants dévorés pour Nérée

Vous laissoient un exemple et noble et glorieux,

Si vous n'eussiez pas craint de périr à mes yeux.

Ils voyoient de leur mort la même certitude; 1230

Mais avec plus d'amour et moins d'ingratitude,

Tous voulurent mourir pour leur objet mourant.

Que leur amour du vôtre étoit bien différent!

L'effort de leur courage a produit vos alarmes,

Vous a réduit aux vœux, vous a réduit aux larmes; 1235

Et quoique plus heureuse en un semblable sort,

Je voix d'un œil jaloux la gloire de sa mort.

Elle avoit vingt amants qui voulurent la suivre,

Et je n'en avois qu'un, qui m'a voulu survivre.

Encor ces vingt amants, qui vous ont alarmé, 1240

N'étoient pas tous aimés, et vous étiez aimé:

Ils n'avoient la plupart qu'une foible espérance,

Et vous aviez, Phinée, une entière assurance;

Vous possédiez mon cœur, vous possédiez ma foi;

N'étoit-ce point assez pour mourir avec moi? 1245

Pouviez-vous?...

PHINÉE.

Ah! de grâce, imputez-moi, Madame,

Les crimes les plus noirs dont soit capable une âme[639];

Mais ne soupçonnez point ce malheureux amant

De vous pouvoir jamais survivre un seul moment.

J'épargnois à mes yeux un funeste spectacle, 1250

Où mes bras impuissants n'avoient pu mettre obstacle,

Et tenois ma main prête à servir ma douleur

Au moindre et premier bruit qu'eût fait votre malheur.

ANDROMÈDE.

Et vos respects trouvoient une digne matière

A me laisser l'honneur de périr la première! 1255

Ah! c'étoit à mes yeux qu'il falloit y courir,

Si vous aviez pour moi cette ardeur de mourir.

Vous ne me deviez pas envier cette joie

De voir offrir au monstre une première proie;

Vous m'auriez de la mort adouci les horreurs[640], 1260

Vous m'auriez fait du monstre adorer les fureurs;

Et lui voyant ouvrir ce gouffre épouvantable,

Je l'aurois regardé comme un port favorable,

Comme un vivant sépulcre où mon cœur amoureux

Eût brûlé de rejoindre un amant généreux. 1265

J'aurois désavoué la valeur de Persée;

En me sauvant la vie il m'auroit offensée;

Et de ce même bras qu'il m'auroit conservé

Je vous immolerois ce qu'il m'auroit sauvé.

Ma mort auroit déjà couronné votre perte, 1270

Et la bonté du ciel ne l'auroit pas soufferte;

C'est à votre refus que les Dieux ont remis

En de plus dignes mains ce qu'ils m'avoient promis.

Mon cœur eût mieux aimé le tenir de la vôtre;

Mais je vis par un autre, et vivrai pour un autre. 1275

Vous n'avez aucun lieu d'en devenir jaloux[641],

Puisque sur ce rocher j'étois morte pour vous.

Qui pouvoit le souffrir peut me voir sans envie

Vivre pour un héros de qui je tiens la vie;

Et quand l'amour encor me parleroit pour lui, 1280

Je ne puis disposer des conquêtes d'autrui.

Adieu.

SCÈNE IV.

PHINÉE, AMMON, SUITE DE PHINÉE.

PHINÉE.

Vous voulez donc que j'en fasse la mienne,

Cruelle, et[642] que ma foi de mon bras vous obtienne?

Eh bien! nous l'irons voir ce bienheureux vainqueur,

Qui triomphant d'un monstre, a dompté votre cœur.

C'étoit trop peu pour lui d'une seule victoire,

S'il n'eût dedans ce cœur triomphé de ma gloire!

Mais si sa main au monstre arrache un bien si cher,

La mienne à son bonheur saura bien l'arracher;

Et vainqueur de tous deux en une seule tête, 1290

De ce qui fut mon bien je ferai ma conquête.

La force me rendra ce que ne peut l'amour.

Allons-y, chers amis, et montrons dès ce jour[643]....

AMMON.

Seigneur, auparavant d'une âme plus remise

Daignez voir le succès d'une telle entreprise. 1295

Savez-vous que Persée est fils de Jupiter,

Et qu'ainsi vous avez le foudre à redouter?

PHINÉE.

Je sais que Danaé fut son indigne mère:

L'or qui plut dans son sein l'y forma d'adultère;

Mais le pur sang des rois n'est pas moins précieux 1300

Ni moins chéri du ciel que les crimes des Dieux.

AMMON.

Mais vous ne savez pas, Seigneur, que son épée

De l'horrible Méduse a la tête coupée,

Que sous son bouclier il la porte en tous lieux,

Et que c'est fait de vous, s'il en frappe vos yeux. 1305

PHINÉE.

On dit que ce prodige est pire qu'un tonnerre,

Qu'il ne faut que le voir pour n'être plus que pierre,

Et que naguère Atlas, qui ne s'en put cacher,

A cet aspect fatal devint un grand rocher[644].

Soit une vérité, soit un conte, n'importe; 1310

Si la valeur ne peut, que le nombre l'emporte.

Puisque Andromède enfin vouloit me voir périr,

Ou triompher d'un monstre afin de l'acquérir,

Que fière de se voir l'objet de tant d'oracles,

Elle veut que pour elle on fasse des miracles, 1315

Cette tête est un monstre aussi bien que celui

Dont cet heureux rival la délivre aujourd'hui;

Et nous aurons ainsi dans un seul adversaire

Et monstres à combattre, et miracles à faire.

Peut-être quelques Dieux prendront notre parti, 1320

Quoique de leur monarque il se dise sorti;

Et Junon pour le moins prendra notre querelle

Contre l'amour furtif d'un époux infidèle.

(Junon se fait voir dans un char superbe, tiré par deux paons, et

si bien enrichi, qu'il paroît digne[645] de l'orgueil de la

déesse qui s'y fait porter. Elle se promène au milieu de l'air,

dont nos poëtes lui attribuent l'empire, et y fait plusieurs

tours, tantôt à droite et tantôt à gauche, cependant[646] qu'elle

assure Phinée de sa protection.)

SCÈNE V.

JUNON, dans son char, au milieu de l'air; PHINÉE, AMMON, SUITE DE

PHINÉE.

JUNON.

N'en doute point, Phinée, et cesse d'endurer.

PHINÉE.

Elle-même paroît pour nous en assurer. 1325

JUNON.

Je ne serai pas seule: ainsi que moi Neptune

S'intéresse en ton infortune;

Et déjà la noire Alecton,

Du fond des enfers déchaînée,

A, par les ordres de Pluton, 1330

De mille cœurs pour toi la fureur mutinée:

Fort de tant de seconds, ose, et sers mon courroux

Contre l'indigne sang de mon perfide époux[647].

PHINÉE.

Nous te suivons, Déesse; et dessous tes auspices

Nous franchirons sans peur les plus noirs précipices.

Que craindrons-nous, amis? nous avons dieux pour dieux,

Oracle pour oracle; et la faveur des cieux,

D'un contre-poids égal dessus nous balancée,

N'est pas entièrement du côté de Persée.

JUNON.

Je te le dis encore, ose, et sers mon courroux 1340

Contre l'indigne sang de mon perfide époux.

AMMON.

Sous tes commandements nous y courons, Déesse,

Le cœur plein d'espérance, et l'âme d'allégresse.

Allons, Seigneur, allons assembler vos amis;

Courons au grand succès qu'elle vous a promis: 1345

Aussi bien le Roi vient, il faut quitter la place,

De peur....

PHINÉE.

Non, demeurez pour voir ce qui se passe;

Et songez à m'en faire un fidèle rapport,

Tandis que je m'apprête à cet illustre effort[648].

SCÈNE VI.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, AMMON, TIMANTE, CHŒUR DU PEUPLE.

TIMANTE.

Seigneur, le souvenir des plus âpres supplices, 1350

Quand un tel bien les suit, n'a jamais que délices.

Si d'un mal sans pareil nous nous vîmes surpris,

Nous bénissons le ciel d'un tel mal à ce prix;

Et voyant quel époux il donne à la Princesse,

La douleur s'en termine en ces chants d'allégresse. 1355

CHŒUR, chante[649].

Vivez, vivez, heureux amants,

Dans les douceurs que l'amour vous inspire;

Vivez heureux, et vivez si longtemps,

Qu'au bout d'un siècle entier on puisse encor vous dire:

«Vivez, heureux amants.» 1360

Que les plaisirs les plus charmants

Fassent les jours d'une si belle vie;

Qu'ils soient sans tache, et que tous leurs moments

Fassent redire même à la voix de l'envie:

«Vivez, heureux amants.» 1365

Que les peuples les plus puissants

Dans nos souhaits à pleins vœux nous secondent;

Qu'aux Dieux pour vous ils prodiguent l'encens,

Et des bouts de la terre à l'envi nous répondent:

«Vivez, heureux amants.» 1370

CÉPHÉE.

Allons, amis, allons dans ce comble de joie,

Rendre grâces au ciel de l'heur qu'il nous envoie.

Allons dedans le temple avecque mille vœux

De cet illustre hymen achever les beaux nœuds.

Allons sacrifier à Jupiter son père, 1375

Le prier de souffrir ce que nous pensons faire[650],

Et ne s'offenser pas que ce noble lien

Fasse un mélange heureux de son sang et du mien.

CASSIOPE.

Souffrez qu'auparavant par d'autres sacrifices

Nous nous rendions des eaux les déités propices. 1380

Neptune est irrité; les nymphes de la mer

Ont de nouveaux sujets encor de s'animer;

Et comme mon orgueil fit naître leur colère,

Par mes submissions je dois les satisfaire.

Sur leurs sables, témoins de tant de vanités, 1385

Je vais sacrifier à leurs divinités;

Et conduisant ma fille à ce même rivage,

De ces mêmes beautés leur rendre un plein hommage,

Joindre nos vœux au sang des taureaux immolés,

Puis nous vous rejoindrons au temple où vous allez.

PERSÉE.

Souffrez qu'en même temps de ma fière marâtre

Je tâche d'apaiser la haine opiniâtre;

Qu'un pareil sacrifice et de semblables vœux

Tirent d'elle l'aveu qui peut me rendre heureux[651].

Vous savez que Junon à ce lien préside, 1395

Que sans elle l'hymen marche d'un pied timide,

Et que sa jalousie aime à persécuter

Quiconque ainsi que moi sort de son Jupiter.

CÉPHÉE.

Je suis ravi de voir qu'au milieu de vos flammes

De si dignes respects règnent dessus vos âmes. 1400

Allez, j'immolerai pour vous à Jupiter,

Et je ne vois plus rien enfin à redouter.

Des dieux les moins bénins l'éternelle puissance

Ne veut de nous qu'amour et que reconnoissance;

Et jamais leur courroux ne montre de rigueurs 1405

Que n'abatte aussitôt l'abaissement des cœurs.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

[622] VAR. (Dessein): Plus de mer, plus de monstre, plus de

péril, plus de rochers. Les vagues sont fondues sous le

théâtre.... ont fait place à la magnificence.

[623] VAR. (Dessein): ou, si vous l'aimez mieux, la grande salle.

[624] VAR. (Dessein): .... en font les ornements. Leurs bases,

chapiteaux, corniches.

[625] VAR. (Dessein et édit. de 1651-1656): et par trois portes

dont il est percé fait voir.

[626] On lit de plus, dans les éditions de 1651-1660: «Persée

paroît le premier dans cette salle, conduisant Andromède à son

appartement, après l'avoir obtenue du Roi et de la Reine; et

comme si leur volonté ne suffisoit pas, il tâche encore de

l'obtenir d'elle-même par les respects qu'il lui rend, et les

submissions extraordinaires qu'il lui fait.»

[627] _Var._ Votre amour, est-ce un bien où je doive aspirer?

Et puis je, en cette illustre et divine journée (1651-56)

[628] _Var._ Et s'il l'a possédé, n'en soyez plus jaloux. (1656)

[629] _Var._ Et ne vous conservoit des jours si précieux.

(1651-56)

[630] _Var._ Que de voir cet amour faire hommage à vos yeux.

(1651-56)

[631] _Var._ Et comme c'est votre heur, et non le mien, que

j'aime. (1651-56)

[632] L'édition de 1651 in-12, à ce vers et au suivant, porte

_voyons_, au présent, et _témoigniez_, à l'imparfait. Celle de

1655 met les deux verbes au présent. Les éditions de 1660 et de

1664 donnent _voyions_ et _témoignez_. Les impressions de 1651

in-4º, 1654, 1656, 1663, 1668, 1682 et 1692 ont l'imparfait aux

deux vers: _voyions_, _témoigniez_.

[633] _Var._ Comme pour vous Phinée eut jadis quelques charmes.

(1651-60)

[634] _Var._ Qui d'un torrent si gros suit la rapidité. (1651-56)

[635] _Var._ Reprennent aisément leur vieille intelligence.

(1651-64)

[636] _Var._ En blasphémant les Dieux et menaçant les hommes.

(1651-56)

[637] _Var._ Non que je sois surpris que le Roi, que la Reine.

(1651-60)

[638] _Var._ Mais quel droit avez-vous de nommer vôtre un bien

Où votre peu de cœur ne prétendoit plus rien?

Quoi? vous pouvez souffrir qu'un monstre me dévore. (1651-56)

[639] _Var._ Les crimes les plus noirs qu'ose enfanter une âme.

(1651-60)

[640] _Var._ Vous m'auriez désarmé la mort de ses horreurs.

(1651-56)

[641] _Var._ Vous n'avez pas de lieu d'en devenir jaloux.

(1651-56)

[642] L'édition de 1692 a supprimé le mot _et_:

Cruelle, que ma foi, etc.

[643] _Var._ Allons-y, chers amis, et dès ce même

jour....(1651-56)

[644] Voyez les _Métamorphoses_ d'Ovide, livre IV, vers 630-661.

[645] _Var._ _Paroît bien digne_.... (1651)--Dans l'édition de

1651 in-12, il y a immédiatement avant, _qui_, au lieu de

_qu'il_, et _digne_ a été omis.

[646] Ici comme plus haut, l'édition de 1692 a _cependant que_,

pour _pendant que_.

[647] _Var._ Contre l'indigne sang de mon volage époux. (1651-60)

[648] Voyez _Discours des trois unités_, tome I, p. 103.

[649] Telle est la leçon des éditions de 1664, 1668 et 1682.

L'impression de 1692 y substitue CHŒUR _qui chante_. Dans les

éditions antérieures à 1663, il y a CHŒUR DE MUSIQUE; dans celle

de 1663, on lit en tête du couplet: CHŒUR, et à la marge: _Il

chante_.

[650] _Var._ Le prier de souffrir ce que nous allons faire.

(1651-56)

[651] _Var._ Tirent d'elle l'aveu qui me peut rendre heureux.

(1651-56)

ACTE V.

DÉCORATION DU CINQUIÈME ACTE.

L'architecte ne s'est pas épuisé en la structure de ce palais

royal[652]. Le temple qui lui succède a tant d'avantage sur lui,

qu'il fait mépriser ce qu'on admiroit: aussi est-il juste que la

demeure des Dieux l'emporte sur celle des hommes; et l'art du

sieur Torelli est ici d'autant plus merveilleux, qu'il fait

paroître une grande diversité en ces deux décorations,

quoiqu'elles soient presque la même chose. On voit encore en

celle-ci deux rangs de colonnes[653] comme en l'autre, mais d'un

ordre si différent, qu'on n'y remarque aucun rapport. Celles-ci

sont de porphyre; et tous les accompagnements qui les soutiennent

et qui les finissent, de bronze ciselé, dont la gravure[654]

représente quantité de dieux et de déesses. La réflexion des

lumières sur ce bronze en fait sortir un jour tout

extraordinaire. Un grand et superbe dôme couvre le milieu de ce

temple magnifique; il est partout enrichi du même métal; et au

devant de ce dôme, l'artifice de l'ouvrier jette une galerie

toute brillante d'or et d'azur. Le dessous de cette galerie

laisse voir le dedans du temple par trois portes d'argent

ouvragées à jour: on y verroit Céphée sacrifiant à Jupiter pour

le mariage de sa fille, n'étoit que l'attention que les

spectateurs prêteroient à ce sacrifice les détourneroit de celle

qu'ils doivent à ce qui se passe dans le parvis que représente le

théâtre.

SCÈNE PREMIÈRE.

PHINÉE, AMMON.

AMMON.

Vos amis assemblés brûlent tous de vous suivre,

Et Junon dans son temple entre vos mains le livre.

Ce rival, presque seul au pied de son autel,

Semble attendre à genoux l'honneur du coup mortel.

Là, comme la Déesse agréera la victime,

Plus les lieux seront saints, moindre en sera le crime;

Et son aveu changeant de nom à l'attentat,

Ce sera sacrifice au lieu d'assassinat.

PHINÉE.

Que me sert que Junon, que Neptune propice, 1415

Que tous les Dieux ensemble aiment ce sacrifice,

Si la seule déesse à qui je fais des vœux

Ne m'en voit que d'un œil d'autant plus rigoureux,

Et si ce coup, sensible au cœur de l'inhumaine,

D'un injuste mépris fait une juste haine? 1420

Ami, quelque fureur qui puisse m'agiter,

Je cherche à l'acquérir, et non à l'irriter;

Et m'immoler l'objet de sa nouvelle flamme,

Ce n'est pas le chemin de rentrer dans son âme[655].

AMMON.

Mais, Seigneur, vous touchez à ce moment fatal 1425

Qui pour jamais la donne à cet heureux rival.

En cette extrémité que prétendez-vous faire?

PHINÉE.

Tout, hormis l'irriter; tout, hormis lui déplaire:

Soupirer à ses pieds, pleurer à ses genoux,

Trembler devant sa haine, adorer son courroux. 1430

AMMON.

Quittez, quittez, Seigneur, un respect si funeste;

Otez-vous ce rival, et hasardez le reste:

En dût-elle à jamais dédaigner vos soupirs,

La vengeance elle seule a de si doux plaisirs....

PHINÉE.

N'en cherchons les douceurs, ami, que les dernières.

Rarement un amant les peut goûter entières;

Et quand de sa vengeance elles sont tout le fruit,

Ce sont fausses douceurs que l'amertume suit.

La mort de son rival, les pleurs de son ingrate,

Ont bien je ne sais quoi qui dans l'abord le flatte; 1440

Mais de ce cher objet s'en voyant plus haï,

Plus il s'en est flatté, plus il s'en croit trahi.

Sous d'éternels regrets son âme est abattue,

Et sa propre vengeance incessamment le tue.

Ce n'est pas que je veuille enfin la négliger: 1445

Si je ne puis fléchir, je cours à me venger;

Mais souffre à mon amour, mais souffre à ma foiblesse

Encore un peu d'effort auprès de ma princesse.

Un amant véritable espère jusqu'au bout,

Tant qu'il voit un moment qui peut lui rendre tout.

L'inconstante, peut-être encor toute étonnée,

N'étoit pas bien à soi quand elle s'est donnée;

Et la reconnoissance a fait plus que l'amour

En faveur d'une main qui lui rendoit le jour.

Au sortir du péril, pâle encore et tremblante, 1455

L'image de la mort devant les yeux[656] errante,

Elle a cru tout devoir à son libérateur;

Mais souvent le devoir ne donne pas le cœur;

Il agit rarement sans un peu d'imposture,

Et fait peu de présents dont ce cœur ne murmure. 1460

Peut-être, ami, peut-être après ce grand effroi

Son amour en secret aura parlé pour moi:

Les traits mal effacés de tant d'heureux services,

Les douceurs d'un beau feu qui furent ses délices,

D'un regret amoureux touchant son souvenir, 1465

Auront en ma faveur surpris quelque soupir,

Qui s'échappant d'un cœur qu'elle force à ma perte,

M'en aura pu laisser la porte encore ouverte.

Ah! si ce triste hymen se pouvoit éloigner!

AMMON.

Quoi? vous voulez encor vous faire dédaigner? 1470

Sous ce honteux espoir votre fureur se dompte?

PHINÉE.

Que veux-tu? ne sois point le témoin de ma honte:

Andromède revient; va trouver nos amis,

Va préparer leurs bras à ce qu'ils m'ont promis.

Ou mes nouveaux respects fléchiront l'inhumaine, 1475

Ou ses nouveaux mépris animeront ma haine;

Et tu verras mes feux, changés en juste horreur,

Armer mes désespoirs, et hâter ma fureur.

AMMON.

Je vous plains; mais enfin j'obéis, et vous laisse.

SCÈNE II.

CASSIOPE, ANDROMÈDE, PHINÉE, SUITE DE LA REINE.

PHINÉE.

Une seconde fois, adorable princesse, 1480

Malgré de vos rigueurs l'impérieuse loi....

ANDROMÈDE.

Quoi? vous voyez la Reine, et vous parlez à moi!

PHINÉE.

C'est de vous seule aussi que j'ai droit de me plaindre:

Je serois trop heureux de la voir vous contraindre,

Et n'accuserois plus votre infidélité, 1485

Si vous vous excusiez sur son autorité.

Au nom de cette amour autrefois si puissante,

Aidez un peu la mienne à vous faire innocente:

Dites-moi que votre âme à regret obéit,

Qu'un rigoureux devoir malgré vous me trahit; 1490

Donnez-moi lieu de dire: «Elle-même elle en pleure,

Elle change forcée, et son cœur me demeure;»

Et soudain, de la Reine embrassant les genoux,

Vous m'y verrez mourir sans me plaindre de vous.

Mais que lui puis-je, hélas! demander pour remède,

Quand la main qui me tue est celle d'Andromède,

Et que son cœur léger ne court au changement

Qu'avec la vanité d'y courir justement?

CASSIOPE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 05 · 第 23 / 36 段