précisément Andromède à être dévorée par le monstre, mais qu'il avoit
ordonné seulement qu'on lui exposât tous les mois une fille, qu'on
jetât le sort pour voir celle qui lui devoit être livrée; et que cet
ordre ayant déjà été exécuté cinq fois, on étoit au jour qu'il le
falloit suivre pour la sixième, qui par là devient un jour illustre,
remarquable, et attendu non-seulement par tous les acteurs de la
tragédie, mais par tous les sujets d'un roi[514].
J'ai introduit Persée comme un chevalier errant qui s'est arrêté
depuis un mois dans la cour de Céphée, et non pas comme se rencontrant
par hasard dans le temps qu'Andromède est attachée au rocher. Je lui
ai donné de l'amour pour elle, qu'il n'ose découvrir, parce qu'il la
voit promise à Phinée, mais qu'il nourrit toutefois d'un peu d'espoir,
parce qu'il voit son mariage différé jusqu'à la fin[511] des malheurs
publics. Je l'ai fait plus généreux qu'il n'est dans Ovide, où il
n'entreprend la délivrance de cette princesse qu'après que ses parents
l'ont assuré qu'elle l'épouseroit sitôt qu'il l'auroit délivrée. J'ai
changé aussi la qualité de Phinée, que j'ai fait seulement neveu du
Roi, dont Ovide le nomme frère, le mariage de deux cousins me semblant
plus supportable dans nos façons de vivre que celui de l'oncle et de
la nièce, qui eût paru un peu plus étrange à mes auditeurs.
Les peintres, qui cherchent à faire voir[516] leur art dans les
nudités, ne manquent jamais à nous représenter Andromède nue au pied
du rocher où elle est attachée, quoique Ovide n'en parle point. Ils me
pardonneront si je ne les ai pas suivis en cette invention, comme j'ai
fait en celle du cheval Pégase, sur lequel ils montent Persée pour
combattre le monstre, quoique Ovide ne lui donne que des ailes aux
talons. Ce changement donne lieu à une machine toute extraordinaire,
merveilleuse, et empêche que Persée ne soit pris pour Mercure; outre
qu'ils ne le mettent pas en cet équipage sans fondement, vu que le
même Ovide raconte que sitôt que Persée eut coupé la monstrueuse tête
de Méduse, Pégase tout ailé sortit de cette Gorgone, et que Persée
s'en put saisir dès lors pour faire ses courses par le milieu de
l'air.
Nos globes célestes, où l'on marque pour constellations Céphée,
Cassiope, Persée et Andromède, m'ont donné jour à les faire enlever
tous quatre au ciel sur la fin de la pièce, pour y faire les noces de
ces amants, comme si la terre n'en étoit pas digne.
Au reste, comme Ovide ne nomme point la ville où il fait arriver cette
aventure, je ne me suis non plus enhardi à la nommer. Il dit pour
toute chose que Céphée régnoit en Éthiopie, sans désigner sous quel
climat. La topographie moderne de ces contrées-là n'est pas fort
connue, et celle du temps de Céphée encore moins. Je me contenterai
donc de vous dire qu'il falloit que Céphée régnât en quelque pays
maritime, et que sa ville capitale fût sur le bord de la mer.
Je sais bien, qu'au rapport de Pline[517] les habitants de Joppé,
qu'on nomme aujourd'hui Jaffa dans la Palestine, ont prétendu que
cette histoire s'étoit passée chez eux: ils envoyèrent à Rome des os
de poisson d'une grandeur extraordinaire, qu'ils disoient être du
monstre à qui Andromède avoit été exposée. Ils montraient un rocher
proche de leur ville, où ils assuroient qu'elle avoit été attachée; et
encore maintenant ils se vantent de ces marques d'antiquité à nos
pèlerins qui vont en Jérusalem, et prennent terre en leur port. Il se
peut faire que cela parte d'une affectation autrefois assez ordinaire
aux peuples du paganisme, qui s'attribuoient à haute gloire d'avoir
chez eux ces vestiges de la vieille fable, que l'erreur commune y
faisoit passer pour histoire. Ils se croyoient par là bien fondés à se
donner cette prérogative d'être d'une origine plus ancienne que leurs
voisins, et prenoient avidement toute sorte d'occasions de satisfaire
à cette ambition. Ainsi il n'a fallu que la rencontre par hasard de
ces os monstreux que la mer avoit jetés sur leurs rivages, pour leur
donner lieu de s'emparer de cette fiction, et de placer la scène de
cette aventure au pied de leurs rochers. Pour moi, je me suis attaché
à Ovide, qui la fait arriver en Éthiopie, où il met le royaume de
Céphée par ces vers:
_Æthiopum populos, Cepheaque conspicit arva;
Illic immeritam maternæ pendere linguæ
Andromedam pœnas_, etc.[518]
Il se pouvoit faire que Céphée eût conquis cette ville de Joppé, et la
Syrie même, où elle est située. Pline l'assure au 29. chapitre du 6.
livre, par cette raison que l'histoire d'Andromède s'y est passée:
_Æthiopiam imperitasse Syriæ, Cephei regis ætate, patet Andromedæ
fabulis_[519]. Mais ceux qui voudront contester cette opinion peuvent
répondre que ce n'est que prouver une erreur par une autre erreur, et
éclaircir une chose douteuse par une encore plus incertaine. Quoi
qu'il en soit, celle d'Ovide ne peut subsister avec celle-là; et
quelques bons yeux qu'eût Persée, il est impossible qu'il découvrît
d'une seule vue l'Éthiopie et Joppé, ce qu'il auroit dû faire, si ce
qu'entend le poëte par _Cephea arva_ n'étoit autre chose que son
territoire.
Le même Ovide, dans quelqu'une de ses épîtres, ne fait pas Andromède
blanche, mais basanée:
_Andromede patriæ fusca colore suæ_[520].
Néanmoins, dans la Métamorphose, il nous en donne une autre idée à
former, lorsqu'il dit que, n'eût été ses cheveux qui voltigeoient au
gré du vent, et les larmes qui lui couloient des yeux, Persée l'eût
prise pour une statue de marbre:
_Marmoreum ratus esset opus_[521];
ce qui semble ne se pouvoir entendre que du marbre blanc, étant assez
inouï que l'on compare la beauté d'une fille à une autre sorte de
marbre. D'ailleurs, pour la préférer à celle des Néréides, que jamais
on n'a fait noires, il falloit que son teint eût quelque rapport avec
le leur, et que par conséquent elle n'eût pas celui que communément
nous donnons aux Éthiopiens. Disons donc qu'elle étoit blanche,
puisque à moins que cela il n'auroit pas été vraisemblable que Persée,
qui étoit né dans la Grèce, fût devenu amoureux d'elle. Nous aurons
de ce parti le consentement de tous les peintres, et l'autorité du
grand Héliodore, qui n'a fondé la blancheur de sa Chariclée que sur un
tableau d'Andromède[522]. Pline, au huitième chapitre de son cinquième
livre, fait mention de certains peuples d'Afrique qu'il appelle
_Leuco-Æthiopes_. Si l'on s'arrête à l'étymologie de leur nom, ces
peuples devoient être blancs, et nous en pouvons faire les sujets de
Céphée, pour donner à cette tragédie toute la justesse dont elle a
besoin touchant la couleur des personnages qu'elle introduit sur la
scène.
Vous[523] y trouverez cet ordre gardé dans les changements de théâtre,
que chaque acte, aussi bien que le prologue, a sa décoration
particulière, et du moins une machine volante, avec un concert de
musique, que je n'ai employée qu'à satisfaire les oreilles des
spectateurs, tandis que leurs yeux sont arrêtés à voir descendre ou
remonter une machine, ou s'attachent à quelque chose qui les
empêche[524] de prêter attention à ce que pourroient dire les acteurs,
comme fait le combat de Persée contre le monstre. Mais je me suis bien
gardé de faire rien chanter qui fût nécessaire à l'intelligence de la
pièce, parce que communément les paroles qui se chantent étant mal
entendues des auditeurs, pour la confusion qu'y apporte la diversité
des voix qui les prononcent ensemble, elles auroient fait une grande
obscurité dans le corps de l'ouvrage, si elles avoient eu à les
instruire de quelque chose qui fût important[525]. Il n'en va pas de
même des machines, qui ne sont pas dans cette tragédie comme des
agréments détachés; elles en font en quelque sorte[526] le nœud et le
dénouement, et y sont si nécessaires que vous n'en sauriez retrancher
aucune que vous ne fassiez tomber tout l'édifice.
Les[527] diverses décorations dont les pièces de cette nature ont
besoin, nous obligeant à placer les parties de l'action en divers
lieux particuliers, nous forcent de pousser un peu au delà de
l'ordinaire l'étendue du lieu général qui les renferme ensemble et en
constitue l'unité. Il est malaisé qu'une ville y suffise: il y faut
ajouter quelques dehors voisins, comme est ici le rivage de la mer.
C'est la seule décoration que la fable m'a fournie: les quatre autres
sont de pure invention. Il auroit été superflu de les spécifier dans
les vers, puisqu'elles sont présentes à la vue[528]; et je ne tiens
pas qu'il soit besoin qu'elles soient si propres à ce qui s'y passe,
qu'il ne se soit pu passer ailleurs aussi commodément; il suffit qu'il
n'y aye pas de raison pourquoi il se doive plutôt passer ailleurs
qu'au lieu où il se passe. Par exemple, le premier acte est une place
publique proche du temple, où se doit jeter le sort pour savoir quelle
victime on doit ce jour-là livrer au monstre: tout ce qui s'y dit se
diroit aussi bien dans un palais ou dans un jardin; mais il se dit
aussi bien dans cette place qu'en ce jardin ou dans ce palais. Nous
pouvons choisir un lieu selon le vraisemblable ou le nécessaire; et il
suffit qu'il n'y aye aucune répugnance du côté de l'action au choix
que nous en faisons, pour le rendre vraisemblable, puisque cette
action ne nous présente pas toujours un lieu nécessaire, comme est la
mer et ses rochers au troisième acte, où l'on voit l'exposition
d'Andromède, et le combat de Persée contre le monstre, qui ne pouvoit
se faire ailleurs. Il faut néanmoins prendre garde à choisir
d'ordinaire un lieu découvert, à cause des apparitions des Dieux qu'on
introduit. Andromède, au second acte, seroit aussi bien dans son
cabinet que dans le jardin, où je la fais s'entretenir avec ses
nymphes et avec son amant; mais comment se feroit l'apparition d'Éole
dans ce cabinet? et comment les vents l'en pourroient-ils enlever, à
moins de la faire passer par la cheminée, comme nos sorciers? Par
cette raison, il y peut avoir quelque chose à dire à celle de Junon,
au quatrième acte, qui se passe dans la salle du palais royal; mais
comme ce n'est qu'une apparition simple d'une déesse, qui peut se
montrer et disparoître où et quand il lui plaît, et ne fait que parler
aux acteurs, rien n'empêche qu'elle ne se soit faite dans un lieu
fermé. J'ajoute que quand il y auroit quelque contradiction de ce
côté-là, la disposition de nos théâtres seroit cause qu'elle ne seroit
pas sensible aux spectateurs. Bien qu'ils représentent en effet des
lieux fermés, comme une chambre ou une salle, ils ne sont fermés par
haut que de nuages; et quand on voit descendre le char de Junon du
milieu de ces nuages, qui ont été continuellement en vue, on ne fait
pas une réflexion assez prompte ni assez sévère sur le lieu, qui
devroit être fermé d'un lambris, pour y trouver quelque manque de
justesse.
L'oracle de Vénus, au premier acte, est inventé avec assez d'artifice
pour porter les esprits dans un sens contraire à sa vraie
intelligence; mais il ne le faut pas prendre pour le vrai nœud de la
pièce: autrement il seroit achevé dès le troisième, où l'on en verroit
le dénouement. L'action principale est le mariage de Persée avec
Andromède: son nœud consiste en l'obstacle qui s'y rencontre du côté
de Phinée, à qui elle est promise, et son dénouement en la mort de ce
malheureux amant, après laquelle il n'y a plus d'obstacle. Je puis
dire toutefois à ceux qui voudront prendre absolument cet oracle de
Vénus pour le nœud de cette tragédie, que le troisième acte n'en
éclaircit que les premiers vers, et que les derniers ne se font
entendre que par l'apparition de Jupiter et des autres Dieux, qui
termine la pièce.
La diversité de la mesure et de la croisure des vers que j'y ai mêlés
me donne occasion de tâcher à les justifier, et particulièrement les
stances dont je me suis servi en beaucoup d'autres poëmes, et contre
qui je vois quantité de gens d'esprit et savants au théâtre témoigner
aversion. Leurs raisons sont diverses. Les uns ne les improuvent pas
tout à fait, mais ils disent que c'est trop mendier l'acclamation[529]
populaire en faveur d'une antithèse, ou d'un trait spirituel qui ferme
chacun de leurs couplets, et que cette affectation est une espèce de
bassesse qui ravale trop la dignité de la tragédie. Je demeure
d'accord que c'est quelque espèce de fard; mais puisqu'il embellit
notre ouvrage, et nous aide à mieux atteindre le but de notre art, qui
est de plaire, pourquoi devons-nous renoncer à cet avantage? Les
anciens[530] se servoient sans scrupule, et même dans les choses
extérieures, de tout ce qui les pouvoit faire arriver: Euripide vêtoit
ses héros malheureux d'habits déchirés[531], afin qu'ils fissent plus
de pitié; et Aristophane fait commencer sa comédie des _Grenouilles_
par Xanthias monté sur un âne, afin d'exciter plus aisément l'auditeur
à rire. Cette objection n'est donc pas d'assez d'importance[532] pour
nous interdire l'usage d'une chose qui tout à la fois nous donne de la
gloire, et de la satisfaction à nos spectateurs.
Il est vrai qu'il faut leur plaire selon les règles; et c'est ce qui
rend l'objection des autres plus considérable, en ce qu'ils veulent
trouver quelque chose d'irrégulier dans cette sorte de vers. Ils
disent que bien qu'on parle en vers sur le théâtre, on est présumé ne
parler qu'en prose; qu'il n'y a que cette sorte de vers que nous
appelons alexandrins à qui l'usage laisse tenir nature de prose; que
les stances ne sauroient passer que pour vers; et que par conséquent
nous n'en pouvons mettre avec vraisemblance en la bouche d'un acteur,
s'il n'a eu loisir d'en faire, ou d'en faire faire par un autre, et de
les apprendre par cœur[533].
J'avoue que les vers qu'on récite sur le théâtre sont présumés être
prose: nous ne parlons pas d'ordinaire en vers, et sans cette fiction
leur mesure et leur rime sortiroient du vraisemblable. Mais par quelle
raison peut-on dire que les vers alexandrins tiennent nature de prose,
et que ceux des stances n'en peuvent faire autant? Si nous en croyons
Aristote il faut se servir au théâtre des vers qui sont les moins
vers, et qui se mêlent au langage commun, sans y penser, plus souvent
que les autres. C'est par cette raison que les poëtes tragiques ont
choisi l'ïambique plutôt que l'hexamètre, qu'ils ont laissé aux
épopées, parce qu'en parlant sans dessein d'en faire, il se mêle dans
notre discours plus d'ïambiques que d'hexamètres[534]. Par cette même
raison les vers de stances[535] sont moins vers que les alexandrins,
parce que parmi notre langage commun il se coule plus de ces vers
inégaux, les uns courts, les autres longs, avec des rimes croisées et
éloignées les unes des autres, que de ceux dont la mesure est toujours
égale, et les rimes toujours mariées. Si nous nous en rapportons à nos
poëtes grecs, ils ne se sont pas tellement arrêtés aux ïambiques,
qu'ils ne se soient servis d'anapestiques, de trochaïques, et
d'hexamètres même, quand ils l'ont jugé à propos. Sénèque en a fait
autant qu'eux; et les Espagnols, ses compatriotes, changent aussi
souvent de genre de vers que de scène. Mais l'usage de France est
autre, à ce qu'on prétend, et ne souffre que les alexandrins à tenir
lieu de prose. Sur quoi je ne puis m'empêcher de demander qui sont les
maîtres de cet usage, et qui peut l'établir sur le théâtre, que ceux
qui l'ont occupé avec gloire depuis trente ans, dont pas un ne s'est
défendu de mêler des stances dans quelques-uns des poëmes qu'ils y ont
donnés; je ne dis pas dans tous, car il ne s'en offre pas d'occasions
en tous, et elles n'ont pas bonne grâce à exprimer tout: la colère, la
fureur, la menace, et tels autres mouvements violents, ne leur sont
pas propres; mais les déplaisirs, les irrésolutions, les inquiétudes,
les douces rêveries, et généralement tout ce qui peut souffrir à un
acteur de prendre haleine, et de penser à ce qu'il doit dire ou
résoudre, s'accommode merveilleusement avec leurs cadences inégales,
et avec les pauses qu'elles font faire à la fin de chaque couplet. La
surprise agréable que fait à l'oreille ce changement de cadence
imprévu, rappelle puissamment les attentions égarées; mais il faut
éviter le trop d'affectation. C'est par là que les stances du _Cid_
sont inexcusables et les mots de _peine_ et _Chimène_[536], qui font
la dernière rime de chaque strophe, marquent un jeu du côté du poëte,
qui n'a rien de naturel du côté de l'acteur. Pour s'en écarter moins,
il seroit bon de ne régler point toutes les strophes sur la même
mesure, ni sur les mêmes croisures de rimes, ni sur le même nombre de
vers. Leur inégalité en ces trois articles approcheroit davantage du
discours ordinaire, et sentiroit l'emportement et les élans d'un
esprit qui n'a que sa passion pour guide, et non pas la régularité
d'un auteur qui les arrondit sur le même tour. J'y ai hasardé celles
de la paix dans le prologue de _la Toison d'or_, et tout le dialogue
de celui de cette pièce[537], qui ne m'a pas mal réussi. Dans tout ce
que je fais dire aux Dieux dans les machines, on trouvera le même
ordre ou le même désordre. Mais je ne pourrois approuver qu'un acteur,
touché fortement de ce qui lui vient d'arriver dans la tragédie, se
donnât la patience de faire des stances, ou prît soin d'en faire faire
par un autre, et de les apprendre par cœur, pour exprimer son
déplaisir devant les spectateurs. Ce sentiment étudié ne les
toucheroit pas beaucoup, parce que cette étude marqueroit un esprit
tranquille et un effort de mémoire plutôt qu'un effet de passion;
outre que ce ne seroit plus le sentiment présent de la personne qui
parleroit, mais tout au plus celui qu'elle auroit eu en composant ces
vers, et qui seroit assez ralenti par cet effort de mémoire, pour
faire que l'état de son âme ne répondit plus à ce qu'elle
prononceroit. L'auditeur ne s'y laisseroit pas émouvoir, et le verroit
trop prémédité pour le croire véritable; du moins c'est l'opinion de
Perse[538], avec lequel je finis cette remarque:
_Nec nocte paratum
Plorabit, qui me volet incurvasse querela_[539].
[513] Cette ligne et la précédente sont les seules où ce deuxième
paragraphe de l'_Examen_ diffère du troisième de l'_Argument_:
voyez plus haut, p. 294.
[514] Ce dernier membre de phrase: «qui par là, etc.,» n'est pas
dans l'_Argument_. Dans ce qui précède, Corneille n'a fait qu'un
seul changement: «qu'on jetât le sort,» pour «qu'on tirât au
sort.»
[515] Ce paragraphe comparé à celui qui lui correspond dans
l'_Argument_ ne nous offre que deux légères variantes: «jusqu'à
la fin,» pour «jusques à la fin;» et à la dernière ligne, «qui
eût paru,» pour «qui eût pu sembler.»
[516] Dans ce paragraphe encore il n'y a que deux variantes: ici
«faire voir,» pour «faire paroître;» et huit lignes plus bas:
«extraordinaire, merveilleuse,» pour «extraordinaire et
merveilleuse.» Thomas Corneille, dans l'édition de 1692, a
rétabli _et_ entre les deux adjectifs.--Les deux alinéas suivants
ne diffèrent pas non plus des parties de l'_Argument_ auxquelles
ils correspondent, sinon tout à la fin du second, où le dernier
membre de phrase a été supprimé, et la conjonction _et_
ajoutée.--Les trois paragraphes qui suivent, à partir de: «Je
sais bien qu'un rapport, etc.,» sont propres à l'_Examen_.
[517] «Joppe Phœnicum, antiquior terrarum inundatione, ut
ferunt. Insidet collem præjacente saxo, in quo vinculorum
Andromedæ vestigia ostendunt.» (Pline, _Histoire naturelle_,
livre V, chapitre XIV, ou XIII d'après la division suivie par
Corneille.)
[518] _Métamorphoses_, livre IV, vers 669 et suivants.
[519] Le texte exact est: «Syriæ imperitasse eam, nostroque
littori, ætate regis Cephei, patet Andromedæ fabulis;» il se
trouve au chapitre XXXV, suivant la division adoptée le plus
généralement.
[520] _Candida si non sum, placuit Cepheia Perseo
Andromede patriæ fusca colore suæ._
(_Héroïde_ XV, _Sapho à Phaon_, vers 35 et 36.)
[521] _Métamorphoses_, livre IV, vers 675.
[522] Voyez ci-dessus, p. 296, note 507.
[523] Ici l'_Examen_ et l'_Argument_ redeviennent identiques. Ce
dernier commence ainsi le paragraphe: «Vous trouverez cet
ordre....»
[524] L'_Argument_ porte: «qui leur empêche.»
[525] Voyez ci-dessus, p. 278. Dans l'_Argument_: «si elles
avoient eu à instruire l'auditeur de quelque chose d'important.»
[526] Les mots «en quelque sorte» ne sont pas dans l'_Argument_.
[527] Ce qui suit ne se trouve pas dans l'_Argument_.
[528] Corneille répond ici aux deux passages suivants de la
_Pratique du théâtre_ de l'abbé d'Aubignac:
«Puisque je suis tombé sur la considération de ce poëme
(_Andromède_) orné de tant de machines, je ne puis m'empêcher
d'observer ici que toutes les décorations merveilleuses et les
actions extraordinaires qui sont dans le troisième et dans le
cinquième acte sont fort adroitement expliquées, et avec une
délicatesse digne du théâtre des Grecs. Le jardin qui doit être au
second acte peut encore être supposé par le discours qui se fait
des fleurs qu'Andromède et ses nymphes semblent cueillir pour
faire une guirlande, quoique l'expression n'en soit pas bien
claire; mais pour ce superbe palais qui fait la décoration du
premier acte, et ce magnifique temple qui fait celle du quatrième,
je ne crois pas qu'il y ait une seule parole dont on le puisse
apprendre, et après les avoir lus, je fus obligé de recourir à
l'explication qui est imprimée au devant de chacun acte, sans
laquelle je n'aurois point su ce que les décorateurs avoient fait,
parce que le poëte ne m'avoit point appris ce qu'ils devoient
faire. Aussi est-il vrai qu'on peut mettre le temple au premier
acte et le palais au quatrième sans rien faire contre l'ordre du
sujet, et sans rien changer aux vers. Voire même est-il certain
qu'au lieu de ces deux sortes de décorations, on y peut mettre des
arbres, des rochers, ou tout ce que l'on voudra. En quoi paroît la
nécessité qu'il y a d'expliquer les décorations par les vers, pour
joindre le sujet avec le lieu, et les actions avec les choses, et
pour faire ingénieusement un tout bien ordonné par une juste
liaison de toutes les parties qui le composent.» (Pages 75 et
76.)--«Premièrement, il faut qu'elles (_les décorations_) soient
nécessaires, et que la pièce ne puisse être jouée sans cet
ornement: autrement les spectacles ne seroient jamais approuvés,
quoiqu'ils fussent ingénieux; on estimeroit le poëte peu judicieux
de les avoir introduits dans un ouvrage qui s'en pouvoit passer;
et les comédiens imprudents d'en faire la dépense. C'est en quoi
je trouve un assez notable défaut dans l'_Andromède_, où l'on
avoit mis dans le premier et dans le quatrième acte deux grands et
superbes édifices de différente architecture, sans qu'il en soit
dit une seule parole dans les vers; car ces deux actes pourroient
être joués avec les décorations de tel des trois autres qu'on
voudroit choisir, sans blesser l'intention du poëte, et sans
contredire aucun incident ni aucune action de la pièce; on en
pourroit presque dire autant du second acte, sinon qu'au
commencement il y a deux ou trois paroles de guirlandes et de
fleurs, qui semblent avoir quelque rapport à un jardin présent;
encore qu'elles ne soient pas assez précises, car bien que peu de
discours suffise quelquefois pour cela, il est néanmoins certain
qu'il faut toujours s'expliquer intelligiblement.» (Pages 462 et
463.)
[529] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): l'exclamation.
[530] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): Nos anciens.
[531] On peut voir, dans les _Acharniens_ d'Aristophane, vers 425
et suivants, une piquante énumération des héros déguenillés
d'Euripide.
[532] VAR. (édit. de 1660): n'est donc pas assez d'importance.
[533] C'est encore d'Aubignac que Corneille a ici en vue. Voyez
tome III, p. 121, note 1.
[534] [Grec: Lexeôs de genomenês, autê hê phusis to oikeion
metron heure; malista gar lektikon tôn metrôn to iambeion esti,
sêmeion de toutou; pleista gar iambeia legomen en tê dialektô tê
pros allêlous.] (_Poétique_, chapitre IV.)
[535] L'édition de 1692 a changé _de stances en des stances_.
[536] Voyez tome III, p. 121-124.
[537] Voyez ci-après, p. 315-319.
[538] VAR. (édit. de 1660 et de 1663): c'est l'opinion d'Horace.
[539] Satire I, vers 90 et 91.--«Et qui voudra me fléchir par sa
plainte, ne versera pas des larmes étudiées pendant la nuit.»
LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES
D'_ANDROMÈDE_.
ÉDITIONS SÉPARÉES.
1651 in-4º;
1651 in-12.
_Dessein de la tragédie d'Andromède_[540].
RECUEILS.
1654 in-12[541];
1655 in-12;
1656 in-12;
1660 in-8º;
1663 in-fol.;
1664 in-8º;
1668 in-12;
1682 in-12.
[540] Voyez la fin de la note 457 de la page 258.