Ce témoignage est corroboré et complété par celui de Dubuisson

Aubenay, qui y ajoute des détails plus précis: «L'affaire

de la comédie françoise d'_Andromède_, dit-il entre le 2 et le 8

janvier 1648, pour l'avancement de laquelle le sieur Corneille avoit

reçu deux mille quatre cents livres, et le sieur Torelli[425],

gouverneur des machines de la pièce d'_Orphée_, ajustandes (_sic_) à

celle-ci, plus de douze mille livres, a été derechef rompue ou

intermise, après avoir été naguère remise sus.» Un peu plus loin, vers

le 21 janvier, on trouve encore sur le même sujet quelques

renseignements nouveaux: «La comédie d'_Orphée et Eurydice_, jouée au

Palais-Royal tout l'hiver passé, avec machines, se fait françoise par

le sieur Corneille, qui, pour cela, a reçu deux mille quatre cents

livres d'avance, et Torelli, conducteur des machines, plus de treize à

quatorze mille livres pour les raccommoder. La maladie du Roi

survenant a rompu tout le dessein qui en est demeuré d'en par là

(_sic_). Mais les petits comédiens du Marais ont joué la pièce

d'_Andromède_ et Persée la délivrant, un mois ou plus à présent

expirant, avec machines imitées de celles de l'_Orphée_ des

Italiens[426].»

Cette dernière phrase, assez obscure, ne paraît toutefois pouvoir en

aucune manière s'appliquer à l'_Andromède_ de Corneille. Il est

probable que les comédiens du Marais, espérant profiter de l'intérêt

qu'avait excité l'annonce du nouvel ouvrage, en demandèrent un sur le

même sujet à quelque autre auteur. C'est ce qui arrive encore de notre

temps, et ce genre de spéculation réussit presque toujours.

Au carnaval de l'année suivante, il n'était guère question d'opéra.

Mazarin avait bien d'autres affaires: on était au plus fort de la

Fronde; le Roi avait quitté Paris, les théâtres étaient fermés, les

comédiens sous les armes.

Une curieuse mazarinade intitulée: _Imprécation comique, ou la plainte

des comédiens sur la guerre passée_[427], contient à ce sujet des

détails intéressants et peu connus. Le poëte burlesque nous apprend

d'abord en son style que les pièces manquaient aux acteurs:

Hélas! aucun ne s'étudie

A vous faire de beaux rébus

Qui nous apportent des quibus,

A composer ces belles pièces

Qui tenoient les gens en liesses,

Et qui faisoient que maints seigneurs

Nous honoriont de leurs faveurs.

Nos auteurs ont la gueule morte,

Leur fureur plus ne les transporte:

Ils n'ont plus ces rares pensers

Qui les rendoient si grands et fiers.

Il nous peint ensuite le triste état des comédiens, dont une autre

mazarinade, que nous avons eu occasion de citer, nous a déjà

instruits[428].

Bellerose, que l'on révère

Comme un saint qu'on ne fête guère;

De Villiers, Lespy; Beauchâteau,

Savant comme un cheval moreau[429];

Baron, dont la grande éloquence

A contenté toute la France,

Et tous mes autres compagnons,

Nous ressemblons les champignons,

Qui n'étant (pour chose très-seure)

Cueillis et en temps et en heure,

Pourrissent. . . . . . . . . . . .

Enfin depuis quatre ou cinq mois

Nous sommes plus secs que du bois,

Notre langue est comme muette.

Encore faut-il bien remarquer que ces «quatre ou cinq mois» ne

s'appliquent qu'à la plus extrême misère des comédiens, qui depuis

longtemps déjà ne jouaient pas; car on lit à la fin de la même pièce:

Quoi? depuis un an tout entier

Que nous n'avons pas fait grand'chose

Et que la scène se repose,

J'ai dissipé mes portions:

Il ne m'en reste deux testons.

Ceux qui formaient d'ordinaire le public des théâtres, loin, dit

l'orateur des comédiens,

.... de nous venir voir,

S'efforçoient de tout leur pouvoir

A repousser avec furie

Les ennemis de leur patrie;

Nous-même, comme citoyens,

Y mettions aussi tous nos soins,

Et d'une généreuse audace

Leur donnions une belle chasse.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Nous représentions sur la scène

Des combats sans beaucoup de peine,

Ni sans bien courir de hasard;

Mais maintenant, soit tôt, soit tard,

Il nous faut[430] jouer de l'escrime

Tout de bon, sans beaucoup de frime:

Témoin du côté des Marets,

Alors que ces beaux marmousets

Vouloient forcer nos barricades,

On leur envoya des nazardes

Pires que celles que chez nous

Nous envoyaient quelques filous.

Tu le sais bien, mon camarade,

Cher Jodelet, quelle incartade

On a fait à toi et aux tiens,

Ainsi que moi comédiens.

Ce n'est pas la seule pièce de ce temps qui nous montre Jodelet, le

Cliton du _Menteur_[431], déployant dans ces troubles une vaillance

dont il n'avait pas eu occasion de donner l'idée sur le théâtre; il

s'était fait, à ce qu'il paraît, le capitaine des comédiens:

Il n'est pas jusqu'à Jodelet

Qui n'ait en main le pistolet,

Ayant adjoint à sa cabale

Les gens de la troupe royale;

Si bien qu'eux tous, jusqu'aux portiers,

Ont cuirasse et sont cavaliers,

Témoignant bien mieux leur courage

En personne qu'en personnage[432].

Enfin le 18 août le Roi revint à Paris; une tranquillité momentanée

s'établit, les théâtres se rouvrirent:

Quand Sa Majesté retourna,

Aussitôt disparut le trouble.

. . . . . . . . . . . . . .

Le marchand est à sa boutique,

Le procureur à sa pratique,

Les hommes de robe au Palais,

Les comédiens au Marais[433].

Deux mois à peine après la rentrée du Roi, le 12 d'octobre 1649,

Corneille obtint un privilége de cinq années pour le _Dessein

d'Andromède_, c'est-à-dire le libretto de la pièce promise depuis si

longtemps.

Ces _desseins_ étaient rédigés par les auteurs pour faciliter

l'intelligence de leurs ouvrages; on les vendait sans doute au

théâtre, et même, lorsque la représentation avait lieu à la cour ou

chez quelque riche particulier, on les donnait aux personnages de

distinction. La première entrée du divertissement qui suit le

_Bourgeois gentilhomme_ nous fait assister à une distribution de ce

genre; un des personnages s'écrie:

De tout ceci franc et net

Je suis mal satisfait,

Et cela sans doute est laid,

Que notre fille,

Si bien faite et si gentille,

De tant d'amoureux l'objet,

N'ait pas à son souhait

Un livre de ballet

Pour lire le sujet.

On peut voir du reste à la fin du _Dessein d'Andromède_[434], signalé

par nous à l'attention des curieux en 1861[435], et publié pour la

première fois dans la présente édition, les motifs qui ont porté

Corneille à faire paraître cet opuscule, aujourd'hui si rare.

Nous trouvons enfin le compte rendu de la pièce dans un Extraordinaire

de la _Gazette_ de 1650; mais cette analyse fort étendue, que nous

reproduisons plus loin[436], n'indique pas le jour de la première

représentation. Toutefois, comme elle est datée du 18 février, que

Renaudot y dit qu'il a assisté à ce spectacle «il y a trois jours,»

qu'il parle de personnes qui ont vu jouer l'ouvrage dix ou douze

fois[437], et qu'il ajoute: «Leurs Majestés en ayant eu le plaisir peu

auparavant cet heureux voyage de Normandie, d'où nous les attendons de

jour à autre, leur bonté l'a voulu communiquer à ses peuples[438],» et

comme enfin nous voyons par un autre numéro de la _Gazette_[439] que

le Roi était parti de Paris le 1er février, il paraît certain

qu'_Andromède_ a été jouée pour la première fois dans le courant de

janvier 1650. C'est, comme nous l'avons raconté[440], pendant ce

voyage du Roi en Normandie que Corneille fut nommé procureur des états

de cette province, en remplacement du sieur Baudry, créature du duc de

Longueville. Le 22 février, la cour revint à Paris[441], et s'empressa

de retourner le 26 applaudir _Andromède_. Dubuisson Aubenay le

remarque dans son _Journal_ en février 1650: «Samedi, 26e.... Le soir,

Leurs Majestés vont voir la comédie d'_Andromède_, jouée avec machines

très-belles dans la salle du Petit-Bourbon.»

On a cru longtemps que Boesset, nommé à tort Boissette par

Voltaire[442], était l'auteur de la musique d'_Andromède_. C'est une

erreur: ce compositeur si vanté[443] n'est autre que le poëte

burlesque d'Assoucy. Dans un fragment de recueil paginé 91 à 136, qui

vient à la suite d'un exemplaire de ses _Rimes redoublées_, que

possède la bibliothèque de l'Arsenal, et qui, oublié longtemps, a été,

il y a peu d'années, remis en lumière par M. Paul Lacroix[444], il dit

en propres termes: «C'est moi qui ai donné l'âme aux vers de

l'_Andromède_ de M. de Corneille.» M. Édouard Fournier, qui cite à son

tour ce passage dans ses _Notes sur la vie de Corneille_[445], en

rapproche avec beaucoup d'à-propos un sonnet adressé par Corneille à

d'Assoucy pour être placé en tête de son _Ovide en belle humeur_,

publié en 1650, l'année même où ils faisaient représenter leur

_Andromède_. Ce sonnet, qui prouve leur intimité passagère, se

trouvera à sa date parmi les _Poésies diverses_ de notre édition.

Dans une pièce de ce genre, le véritable auteur n'est ni le poëte, ni

le musicien: c'est le machiniste. Aussi les contemporains ne

tarissent-ils pas sur les merveilles dont Torelli a enrichi cet

ouvrage. Nous n'avons pas du reste à insister ici sur ce point; nous

renvoyons le lecteur au _Dessein d'Andromède_ de Corneille, et à la

relation fort élogieuse que Renaudot a faite de cet ouvrage dans sa

_Gazette_, suivant notre poëte[446], «avec beaucoup d'éloquence et de

doctrine.» On trouvera ces deux morceaux à la suite de la présente

notice. Remarquons seulement qu'on lit dans un article de de Visé,

inséré dans le _Mercure_ de juillet 1682, et sur lequel nous aurons

tout à l'heure à revenir, que les machines d'_Andromède_ «parurent si

belles, aussi bien que les décorations, qu'elles furent gravées en

taille-douce.»

Ces planches, de format petit in-folio, sont au nombre de six, et

représentent chacune des décorations de la pièce au moment où les

Dieux apparaissent, et où par conséquent les machines occupent la

scène. Elles ont été gravées par Chauveau, et semblent avoir été

publiées isolément[447]. Quand on les considère avec attention, on

est frappé de la beauté des points de vue, de l'harmonie de

l'ensemble, de l'étendue de la perspective; mais la disposition

générale offre une régularité fatigante, qu'on retrouverait tout au

plus aujourd'hui dans les théâtres de marionnettes: toutes les

coulisses se répètent symétriquement à droite et à gauche, et

aboutissent à une toile de fond qui continue à l'infini la

perspective. On ne trouve ni dans ces décorations, ni dans aucune de

celles de ce temps, rien d'analogue aux ingénieux artifices qui de nos

jours permettent aux machinistes et aux décorateurs de varier à

l'infini les sites et d'échapper, par la disposition savante des

premiers plans, à la monotonie que semble imposer la construction même

de la scène. Torelli d'ailleurs se trouvait sans doute gêné par le

mécanisme de son invention, qui faisait changer la scène entière en

même temps par un système de contre-poids habilement mis en œuvre. Il

était difficile de se soustraire à la nécessité d'une construction

uniforme pour des décors destinés à se remplacer successivement à

l'aide d'un procédé mécanique.

Quoique nous possédions sur cet ouvrage des renseignements forts

abondants et provenant de sources très-diverses, nous ne trouvons

l'indication d'aucun des acteurs qui y ont joué d'original. Il semble

hors de doute que la pièce a dû être représentée par la troupe royale.

On a supposé sans preuves qu'elle s'était peut-être adjoint quelques

comédiens de l'illustre théâtre[448]; mais si la troupe de Molière ne

prit pas part aux premières représentations d'_Andromède_, il paraît

du moins assuré que plus tard elle représenta cet ouvrage. On trouve

dans le catalogue de la _Bibliothèque dramatique de M. de

Soleinne_[449], la description d'un exemplaire de l'_Andromède_ in-4º,

de 1651, qui provenait de la bibliothèque de Pont-de-Vesle, et fut

adjugé au prix, alors assez élevé, de cinq cent vingt-neuf francs, à

cause des particularités curieuses qu'il présentait. Sur la liste

placée en tête de la pièce, Molière, lui-même, suivant toute

apparence, avait écrit en regard du nom de chaque personnage celui de

l'acteur qui le représentait. Voici la distribution de rôles que ces

renseignements nous font connaître:

DU PARC, _Jupiter_; Mlle BÉJART, _Junon_ et _Andromède_; DE BRIE,

_Neptune_; L'ÉGUISÉ, _Mercure_ et _un page de Phinée_; BÉJART,

_le Soleil_ et _Timante_; Mlle DE BRIE, _Vénus_, _Cymodoce_ et

_Aglante_; Mlle HERVÉ, _Melpomène_ et _Céphalie_; VAUSELLE,

_Éole_ et _Ammon_; Mlle MENOU, _Éphyre_; Mlle MAGDELON, _Cydippe_

et _Liriope_; VALETS, _huit Vents_; DUFRESNE, _Céphée_; Mlle

VAUSELLE, _Cassiope_; CHASTEAUNEUF, _Phinée_; MOLIÈRE, _Persée_,

L'ESTANG, _Chœur de peuple_.

Le rôle de Phinée était d'abord donné à Molière et celui de Persée à

Chasteauneuf, mais cette distribution a été remplacée par celle que

nous indiquons. Le nom de Phorbas, qui ne figure pas dans la liste

imprimée des personnages, y a été ajouté, et ce rôle a été attribué à

Mlle Hervé, déchargée sans doute de celui de Céphalie, dont le nom a

été remplacé à la main dans le courant de l'ouvrage par celui

d'Aglante; dans la dernière scène Jupiter a été substitué à Junon. Ces

arrangements ont été sans doute pratiqués par Molière lorsqu'il

parcourait la province; mais il est difficile d'en préciser l'époque.

L'_Andromède_ de Corneille semblait oubliée lorsqu'on joua sur le

théâtre de l'Académie royale de musique, le samedi 18 avril 1682, le

_Persée_ de Quinault, avec musique de Lully. Le grand concours de

monde qu'attira cet ouvrage engagea les comédiens de l'hôtel de

Bourgogne, réunis depuis le 25 août 1680 à ceux de la rue

Mazarine[450], à remettre au théâtre la pièce de Corneille. Elle fut

jouée avec un grand succès le dimanche 19 juillet 1682. Voici en quels

termes de Visé rend compte de la première représentation[451]:

«Les grands applaudissements que reçut cette belle tragédie portèrent

les comédiens du Marais à la remettre sur pied après qu'on eut abattu

le Petit-Bourbon. Ils réussirent dans cette dépense, qu'ils ont faite

trois ou quatre fois, et elle vient d'être renouvelée par la grande

troupe avec beaucoup de succès. Comme on renchérit toujours sur ce qui

a été fait, on a représenté le cheval Pégase par un véritable cheval,

ce qui n'avoit jamais été vu en France. Il joue admirablement son rôle

et fait en l'air tous les mouvements qu'il pourroit faire sur terre.

Je sais que l'on voit souvent des chevaux vivants dans les opéras

d'Italie; mais si nous voulons croire ceux qui les ont vus, ils y

paroissent liés d'une manière qui ne leur laissant aucune action,

produit un effet peu agréable à la vue.»

Les frères Parfait, qui rapportent ce passage du _Mercure_, ajoutent

ici en note[452]: «Une personne qui a vu la représentation de cette

remise nous a instruits de la façon dont on s'étoit pris pour faire

marquer à ce cheval une ardeur guerrière. Un jeûne austère auquel on

le réduisoit lui donnoit un grand appétit; et lorsqu'on le faisoit

paroître, un gagiste étoit dans une coulisse, où il vannoit de

l'avoine. Ce cheval, pressé par la faim, hennissoit, trépignoit des

pieds, et répondoit ainsi parfaitement au dessein qu'on avoit. On

ajoute que c'est le sieur Dauvilliers qui joua le rôle de Persée. Ce

jeu de théâtre du cheval contribua fort au succès qu'eut alors cette

tragédie. Tout le monde s'empressoit de voir les mouvements singuliers

de cet animal, qui remplissent de mieux en mieux ses devoirs.»

Nous lisons dans la _Gazette_ de 1682[453]:

«Le Dauphin va le 18 août 1682 à la foire Saint-Laurent, et ensuite au

faubourg S. Germain, voir représenter la Tragédie d'_Andromède_, du Sr

Corneille.» De leur côté les frères Parfait complètent ainsi la

relation de de Visé: «_Andromède_ fut jouée à cette reprise

trente-trois fois de suite, jusqu'au quatrième jour d'octobre suivant:

on la continua le vendredi 22 janvier 1683 jusqu'au 3 février de la

même année, jour de la trente-neuvième représentation. La quarantième

est du samedi 20 mars, et la quarante-cinquième et dernière, le 4

avril.» Enfin Jolly parle ainsi, dans l'_Avertissement_ de son édition

de Corneille[454], d'une sorte de programme publié pour ces

représentations: «Suivant un imprimé in-4º (_Paris_, 1682), les

comédiens du Roi, entretenus par Sa Majesté, remirent en 1682 la

tragédie d'_Andromède_ sur leur théâtre, rue de Guénégaud; cette

entreprise fut conduite par le sieur Dufort, _ingénieur et machiniste

des comédiens_; le titre en parle ainsi. M. Corneille fit alors

quelques augmentations dans les vers que des comédiens et des

comédiennes chantaient; ils y sont nommés. Cette pièce eut un grand

succès.»

Nous ne connaissons point d'édition d'_Andromède_ antérieure à 1651;

celle qu'on a toujours regardée comme la première est intitulée:

ANDROMEDE, TRAGEDIE. Représentée avec les machines sur le théâtre

royal de Bourbon.--_A. Rouen, chez Laurens Maurry, près le Palais,

avec priuilége du Roy,_ M. DC.LI, _et se vend à Paris, chez Charles de

Sercy, au Palais...._

Le volume, de format in-4º, se compose de 5 feuillets et de 123 pages.

En tête se trouve un frontispice de Chauveau représentant la fête des

fiançailles de Phinée et d'Andromède, au moment où les Néréides

sortent des eaux pour y assister, et où Cassiope déclare la beauté de

sa fille supérieure à celle de ces nymphes, ainsi que cela est raconté

dans la première scène de l'ouvrage[455]. Le privilége, commun à

_Andromède_ et à _Nicomède_, ainsi qu'au _Feint Astrologue_ et aux

_Engagements du hasard_, les deux premières comédies de Thomas

Corneille, est du 12 mars 1651, et l'Achevé d'imprimer du 13 août de

la même année.

Dans l'édition originale de _Don Sanche_, on trouve un autre

privilége, daté «du IIe jour d'avril de l'an de grâce mil six cent

cinquante,» et commun à _Don Sanche_ et à _Andromède_; mais il est

probable que ce privilége antérieur n'a pas été employé pour la

seconde de ces pièces, et cela explique pourquoi Corneille a fait

figurer de nouveau cette tragédie lyrique dans le privilége de

_Nicomède_. Il est vrai que, dans l'édition collective de 1654,

_Andromède_ est suivie du privilége de 1650, au bas duquel est un

Achevé d'imprimer du 13 août 1650; mais si l'on songe que l'Achevé

d'imprimer de 1661 est du même mois et du même jour, on sera porté à

ne voir qu'une confusion ou une faute typographique dans cette date du

13 août 1650 (pour 1651).

[417] _Choix de Mazarinades_, publié par M. Moreau, tome I, p.

99.

[418] _Ibidem_, p. 51.

[419] _Choix de Mazarinades_, tome I, p. 322 et 323.

[420] _La Mazarinade. Choix de Mazarinades_, tome II, p. 243.

[421] _La vérité toute nue. Choix de Mazarinades_, tome II, p.

411.

[422] _Gazette_ de 1647, p. 202.

[423] _Ibidem_, p. 212.

[424] _Lettres familières de M. Conrart à M. Félibien,_ p. 110 et

111.

[425] Sur Torelli, voyez ci-après, p. 277, note 2.

[426] Manuscrit de la bibliothèque Mazarine, in-fol. H, nº 1765.

[427] M.DC.XLIX, in-4º, 11 pages et 1 feuillet blanc.

[428] Voyez tome IV, p. 407.

[429] «Ce mot se dit de certains chevaux noirs, et veut dire un

cheval qui est d'un poil noir fort vif: _cheval moreau_.»

(Richelet, _Dictionnaire françois_, 1680.)

[430] Il y a _font_ dans le texte, mais il est impossible

d'imaginer à quel point ces pièces sont défigurées par des fautes

d'impression. Quatre vers plus haut, on lit: _sur la Seine_, au

lieu de _sur la scène_.

[431] Voyez tome VI, p. 123-125.

[432] _Lettre à M. le cardinal burlesque. Choix de Mazarinades_,

tome I, p. 300.

[433] _Le courrier burlesque de la guerre de Paris. Ibidem_, tome

II, p. 167.

[434] Voyez ci-après, p. 277 et 278.

[435] _De la langue de Corneille_, p. 46 et 47.

[436] Voyez ci-après, p. 279-290.

[437] Voyez ci-après, p. 280 et 281.

[438] Voyez ci-après, p. 290.

[439] Année 1550, p. 184.

[440] Voyez la _Biographie de Corneille_, en tête du tome I.

[441] _Gazette_, année 1650, p. 308.

[442] _Note_ sur la scène III de l'acte Ier, édition de 1764, p.

38.

[443] Voyez ci-après, p. 284.

[444] _La Jeunesse de Molière_, p. 173.

[445] Page xc en tête de _Corneille à la butte Saint-Roch_.

[446] Voyez ci-après, p. 277.

[447] Toutefois celle qui représente la décoration du quatrième

acte porte en bas, à droite, l'indication suivante, que nous

n'avons pu nous expliquer: «Fol. 77.»

[448] _Molière et sa troupe_, par M. Soleirol, 1858, in-8º, p. 6.

Voyez encore ci-après, p. 292, note 494.

[449] Tome I, p. 251-253.

[450] _Histoire du Théâtre français_, tome XII, p. 192 et

suivantes.

[451] _Mercure galant_ de juillet 1682, p. 359 et 360.

[452] _Histoire du Théâtre françois_, tome XII, p. 321, note _a_.

[453] Page 490.

[454] Page L.

[455] Voyez ci-après, p. 321 et 322.

DESSEIN

DE LA TRAGÉDIE D'_ANDROMÈDE_,

REPRÉSENTÉE SUR LE THÉÂTRE ROYAL DE BOURBON[456]; CONTENANT

L'ORDRE DES SCÈNES, LA DESCRIPTION DES THÉATRES ET DES MACHINES,

ET LES PAROLES QUI SE CHANTENT EN MUSIQUE[457].

PROLOGUE.

.... En haut paroît d'un côté le Soleil naissant, dans un char tout

lumineux tiré par les quatre chevaux qu'Ovide lui donne[458]; et de

l'autre, sur un des sommets de la montagne, Melpomène, la muse de la

tragédie, qui lui emprunte ses rayons pour éclairer le théâtre qu'elle

a préparé pour divertir le Roi[459]. C'est ce qui fait tomber leur

discours sur les louanges de notre jeune monarque, par le commandement

duquel cet ouvrage a été entrepris. Après que l'un et l'autre en ont

fait quelques éloges, le Soleil invite Melpomène à voler dans son

char, pour apprendre en un seul jour à toute la terre les rares

qualités que le ciel a départies à ce jeune prince. Cette muse y vole,

et ayant pris place auprès du Soleil, ils commencent un air à sa

louange, dont les derniers vers sont répétés par le chœur de musique.

En voici les paroles:

Cieux, écoutez; écoutez, mers profondes[460]....

Cet air chanté, le Soleil part avec rapidité, enlevant Melpomène avec

lui, pour aller publier la même chose au reste de l'univers.

En tête du _Dessein_ se trouve l'_Argument_, puis, au commencement du

prologue et de chacun des actes, la description des décorations, et

enfin, à leur place dans l'analyse, les morceaux de chant. Nous

n'avons pas cru devoir imprimer ici les parties de l'ouvrage qui

auraient fait double emploi dans notre édition; mais seulement, d'une

part, les morceaux qui ne sont que dans le _Dessein_ et ne répondent à

rien de ce qui est compris dans le texte d'_Andromède_ ou joint à ce

texte; et, d'autre part, ceux qui présentent des diversités trop

nombreuses ou trop notables pour être indiquées commodément, comme

variantes, au bas des pages. Quant aux différences qui peuvent être

indiquées ainsi et qui affectent des endroits communs au _Dessein_ et

au texte ou aux annexes d'_Andromède_, elles seront relevées

soigneusement et figureront chacune à sa place, à titre de

_variantes_, au-dessous du texte de la tragédie.

[456] Ce théâtre, situé rue des Poulies, vis-à-vis le cloître

Saint-Germain-l'Auxerrois, sur l'emplacement d'une partie de la

colonnade du Louvre, servit d'abord aux comédiens mandés par le

Roi; en 1653, il fut donné à une troupe italienne avec laquelle

Molière eut, lors de son arrivée à Paris, l'autorisation

d'alterner; enfin il fut démoli vers la fin d'octobre 1660. Voyez

l'_Histoire du Théâtre françois_, tome VIII, p. 238, note _a_.

[457] Le volume dont nous venons de reproduire, dans ces cinq

lignes, le titre exact, se compose de 68 pages; il est de format

in-8º et porte à l'adresse: «Imprimé à ROVEN, aux despens de

l'Autheur. M.DC.L. Auec Priuilege du Roy. Et se vend à PARIS,

chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire ordinaire de M. le

Duc d'Orléans, au Palais, à la Palme.» Par le privilége, «donné à

Paris le 12 d'octobre 1649,» et imprimé en extrait au verso du

titre, «il est permis au sieur Corneille de faire imprimer,

vendre et distribuer le _Dessein d'Andromède_, tragédie par lui

composée, durant le temps et espace de cinq ans à compter du jour

qu'il sera achevé d'imprimer.» On lit au-dessous de cet

_Extrait_...: «Acheué d'imprimer ce troisiesme de Mars 1650.»

L'unique exemplaire connu de ce volume se trouve à la

Bibliothèque impériale dans la Poésie, sous le no Y 5564--Voyez

ci-dessus la _Notice_, p. 251 et 252.

[458] Voyez les _Métamorphoses_ d'Ovide, livre II, vers 153 et

154.

[459] Cette phrase vient après les mots: «et entrelacés les uns

dans les autres;» voyez ci-après, p. 315.

[460] Voyez p. 318.

ACTE I.

....[465] C'est sur ce pompeux théâtre que

SCÈNE I[462].

La reine Cassiope paroît conduite par Persée, chevalier inconnu, comme

passant par cette place pour aller au temple jeter le sort pour la

sixième fois; et en attendant que le Roi la joigne, elle raconte à ce

héros l'histoire de ses malheurs. Persée l'ayant apprise de sa bouche,

en attribue la cause, non pas à ce qu'elle a préféré la beauté

d'Andromède à celle des Néréides, mais à ce qu'elle l'a promise à

Phinée, qui n'est qu'un homme mortel. Il ajoute que les Dieux,

amoureux de cette princesse, vengent l'injustice qu'on lui a rendue,

et que sans doute Jupiter même, épris d'une beauté si merveilleuse, la

réserve pour lui, ou du moins la destine à quelqu'un de ses fils,

parlant obscurément de lui-même; sur quoi

SCÈNE II.

Œuvres de P. Corneille, Tome 05 · 第 15 / 36 段