Si je suis en péril, Placide en est l'auteur;

L'amour qu'il a pour moi lui seul m'y précipite:

C'est par là qu'on me hait, c'est par là qu'on s'irrite.

On n'en veut qu'à sa flamme, on n'en veut qu'à son choix:

C'est contre lui qu'on arme ou la force ou les lois.

Tous les vœux qu'il m'adresse avancent ma ruine,

Et par une autre main c'est lui qui m'assassine.

Je sais quel est mon crime, et je ne doute pas

Du prétexte qu'aura l'arrêt de mon trépas[66]: 430

Je l'attends sans frayeur; mais de quoi qu'on m'accuse,

S'il portoit à Flavie un cœur que je refuse,

Qui veut finir mes jours les voudroit protéger,

Et par ce changement il feroit tout changer.

Mais mon péril le flatte, et son cœur en espère 435

Ce que jusqu'à présent tous ses[67] soins n'ont pu faire;

Il attend que du mien j'achète son appui:

J'en trouverai[68] peut-être un plus puissant que lui;

Et s'il me faut périr, dites-lui qu'avec joie

Je cours à cette mort où son amour m'envoie, 440

Et que par un exemple assez rare à nommer,

Je périrai pour lui si je ne puis l'aimer.

CLÉOBULE.

Ne vous pas mieux servir d'un amour si fidèle[69],

C'est....

THÉODORE.

Quittons ce discours, je vois venir Marcelle.

SCÈNE III.

MARCELLE, THÉODORE, CLÉOBULE, STÉPHANIE.

MARCELLE, à Cléobule.

Quoi? toujours l'un ou l'autre est par vous obsédé? 445

Qui vous amène ici? vous avois-je mandé?

Et ne pourrai-je voir Théodore ou Placide,

Sans que vous leur serviez d'interprète ou de guide?

Cette assiduité marque un zèle imprudent,

Et ce n'est pas agir en adroit confident. 450

CLÉOBULE.

Je crois qu'on me doit voir d'une âme indifférente

Accompagner ici Placide et ma parente.

Je fais ma cour à l'un à cause de son rang,

Et rends à l'autre un soin où m'oblige le sang[70].

MARCELLE.

Vous êtes bon parent.

CLÉOBULE.

Elle m'oblige à l'être. 455

MARCELLE.

Votre humeur généreuse aime à le reconnoître;

Et sensible aux faveurs que vous en recevez,

Vous rendez à tous deux ce que vous leur devez.

Un si rare service aura sa récompense

Plus grande qu'on n'estime et plus tôt qu'on ne pense.

Cependant quittez-nous, que je puisse à mon tour

Servir de confidente à cet illustre amour.

CLÉOBULE.

Ne croyez pas, Madame....

MARCELLE.

Obéissez, de grâce:

Je sais ce qu'il faut croire, et vois ce qui se passe.

SCÈNE IV.

MARCELLE, THÉODORE, STÉPHANIE.

MARCELLE[71].

Ne vous offensez pas, objet rare et charmant, 465

Si ma haine avec lui traite un peu rudement.

Ce n'est point avec vous que je la dissimule:

Je chéris Théodore, et je hais Cléobule;

Et par un pur effet du bien que je vous veux,

Je ne puis voir ici ce parent dangereux. 470

Je sais que pour Placide il vous fait tout facile,

Qu'en sa grandeur nouvelle il vous peint un asile,

Et tâche à vous porter jusqu'à la vanité

D'espérer me braver avec impunité.

Je n'ignore non plus que votre âme plus saine, 475

Connoissant son devoir ou redoutant ma haine,

Rejette ses conseils, en dédaigne le prix,

Et fait de ces grandeurs un généreux mépris.

Mais comme avec le temps il pourroit vous séduire,

Et vous, changeant d'humeur, me forcer à vous nuire,

J'ai voulu vous parler, pour vous mieux avertir

Qu'il seroit malaisé de vous en garantir;

Que si ce qu'est Placide enfloit votre courage,

Je puis en un moment renverser mon ouvrage,

Abattre sa fortune, et détruire avec lui 485

Quiconque m'oseroit opposer son appui.

Gardez donc d'aspirer au rang où je l'élève:

Qui commence le mieux ne fait rien s'il n'achève;

Ne servez point d'obstacle à ce que j'en prétends;

N'acquérez point ma haine en perdant votre temps. 490

Croyez que me tromper, c'est vous tromper vous-même;

Et si vous vous aimez, souffrez que je vous aime.

THÉODORE.

Je n'ai point vu, Madame, encor jusqu'à ce jour

Avec tant de menace expliquer tant d'amour,

Et peu faite à l'honneur de pareilles visites, 495

J'aurois lieu de douter de ce que vous me dites;

Mais soit que ce puisse être ou feinte ou vérité,

Je veux bien vous répondre avec sincérité.

Quoique vous me jugiez l'âme basse et timide,

Je croirois sans faillir pouvoir aimer Placide, 500

Et si sa passion avoit pu me toucher,

J'aurois assez de cœur pour ne le point cacher.

Cette haute puissance à ses vertus rendue

L'égale presque aux rois dont je suis descendue;

Et si Rome et le temps m'en ont ôté le rang, 505

Il m'en demeure encor le courage et le sang.

Dans mon sort ravalé je sais vivre en princesse:

Je fuis l'ambition, mais je hais la foiblesse;

Et comme ses grandeurs ne peuvent m'ébranler,

L'épouvante jamais ne me fera parler[72]. 510

Je l'estime beaucoup, mais en vain il soupire:

Quand même sur ma tête il feroit choir l'empire,

Vous me verriez répondre à cette illustre ardeur

Avec la même estime et la même froideur.

Sortez d'inquiétude, et m'obligez de croire 515

Que la gloire où j'aspire est toute[73] une autre gloire,

Et que sans m'éblouir de cet éclat nouveau,

Plutôt que dans son lit j'entrerois au tombeau.

MARCELLE.

Je vous crois; mais souvent l'amour brûle sans luire:

Dans un profond secret il aime à se conduire; 520

Et voyant Cléobule aller tant et venir,

Entretenir Placide, et vous entretenir,

Je sens toujours dans l'âme un reste de scrupule[74],

Que je blâme moi-même et tiens pour ridicule;

Mais mon cœur soupçonneux ne s'en peut départir. 525

Vous avez deux moyens de l'en faire sortir[75]:

Épousez ou Didyme, ou Cléante, ou quelque autre;

Ne m'importe pas qui, mon choix suivra le vôtre,

Et je le comblerai de tant de dignités,

Que peut-être il vaudra ce que vous me quittez; 530

Ou si vous ne pouvez sitôt vous y résoudre,

Jurez-moi par ce Dieu qui porte en main la foudre[76],

Et dont tout l'univers doit craindre le courroux,

Que Placide jamais ne sera votre époux.

Je lui fais pour Flavie offrir un sacrifice: 535

Peut-être que vos vœux le rendront plus propice;

Venez les joindre aux miens, et le prendre à témoin.

THÉODORE.

Je veux vous satisfaire, et sans aller si loin,

J'atteste ici le Dieu qui lance le tonnerre,

Ce monarque absolu du ciel et de la terre, 540

Et dont tout l'univers doit craindre le courroux,

Que Placide jamais ne sera mon époux.

En est-ce assez, Madame? êtes-vous satisfaite?

MARCELLE.

Ce serment à peu près est ce que je souhaite;

Mais pour vous dire tout, la sainteté des lieux, 545

Le respect des autels, la présence des Dieux,

Le rendant et plus saint et plus inviolable,

Me le pourroient aussi rendre bien plus croyable.

THÉODORE.

Le Dieu que j'ai juré connoît tout, entend tout:

Il remplit l'univers de l'un à l'autre bout; 550

Sa grandeur est sans borne ainsi que sans exemple;

Il n'est pas moins ici qu'au milieu de son temple,

Et ne m'entend pas mieux dans son temple qu'ici.

MARCELLE.

S'il vous entend partout, je vous entends aussi

On ne m'éblouit point d'une mauvaise ruse[77]; 555

Suivez-moi dans le temple, et tôt, et sans excuse.

THÉODORE.

Votre cœur soupçonneux ne m'y croiroit non plus,

Et je vous y ferois des serments superflus.

MARCELLE.

Vous désobéissez!

THÉODORE.

Je crois vous satisfaire.

MARCELLE.

Suivez, suivez mes pas.

THÉODORE.

Ce seroit vous déplaire; 560

Vos desseins d'autant plus en seroient reculés:

Ma désobéissance est ce que vous voulez.

MARCELLE.

Il faut de deux raisons que l'une vous retienne:

Ou vous aimez Placide, ou vous êtes chrétienne.

THÉODORE.

Oui, je la[78] suis, Madame, et le tiens à plus d'heur 565

Qu'une autre ne tiendroit toute votre grandeur[79].

Je vois qu'on vous l'a dit, ne cherchez plus de ruse:

J'avoue et hautement, et tôt, et sans excuse.

Armez-vous à ma perte, éclatez, vengez-vous,

Par ma mort à Flavie assurez un époux, 570

Et noyez dans ce sang, dont vous êtes avide,

Et le mal qui la tue, et l'amour de Placide.

MARCELLE.

Oui, pour vous en punir, je n'épargnerai rien,

Et l'intérêt des Dieux assurera le mien.

THÉODORE.

Le vôtre en même temps assurera ma gloire: 575

Triomphant de ma vie, il fera ma victoire[80],

Mais si grande, si haute, et si pleine d'appas,

Qu'à ce prix j'aimerai les plus cruels trépas.

MARCELLE.

De cette illusion soyez persuadée:

Périssant à mes yeux, triomphez en idée; 580

Goûtez d'un autre monde à loisir les appas,

Et devenez heureuse où je ne serai pas:

Je n'en suis point jalouse, et toute ma puissance

Vous veut bien d'un tel heur hâter la jouissance;

Mais gardez de pâlir et de vous étonner 585

A l'aspect du chemin qui vous y doit mener[81].

THÉODORE.

La mort n'a que douceur pour une âme chrétienne.

MARCELLE.

Votre félicité va donc faire la mienne.

THÉODORE.

Votre haine est trop lente à me la procurer.

MARCELLE.

Vous n'aurez pas longtemps sujet d'en murmurer[82]. 590

Allez trouver Valens, allez, ma Stéphanie.

Mais demeurez; il vient.

SCÈNE V.

VALENS, MARCELLE, THÉODORE, PAULIN, STÉPHANIE.

MARCELLE.

Ce n'est point calomnie,

Seigneur, elle est chrétienne, et s'en ose vanter.

VALENS.

Théodore, parlez sans vous épouvanter.

THÉODORE.

Puisque je suis coupable aux yeux de l'injustice, 595

Je fais gloire du crime, et j'aspire au supplice;

Et d'un crime si beau le supplice est si doux,

Que qui peut le connoître en doit être jaloux.

VALENS.

Je ne recherche plus la damnable origine

De cette aveugle amour où Placide s'obstine; 600

Cette noire magie, ordinaire aux chrétiens,

L'arrête indignement dans vos honteux liens;

Votre charme après lui se répand sur Flavie:

De l'un il prend le cœur, et de l'autre la vie.

Vous osez donc ainsi jusque dans ma maison, 605

Jusque sur mes enfants verser votre poison?

Vous osez donc tous deux les prendre pour victimes[83]?

THÉODORE.

Seigneur, il ne faut point me supposer de crimes;

C'est à des faussetés sans besoin recourir:

Puisque je suis chrétienne, il suffit pour mourir. 610

Je suis prête; où faut-il que je porte ma vie?

Où me veut votre haine immoler à Flavie?

Hâtez, hâtez, Seigneur, ces heureux châtiments

Qui feront mes plaisirs et vos contentements.

VALENS.

Ah! je rabattrai bien cette fière constance. 615

THÉODORE.

Craindrois-je des tourments qui font ma récompense?

VALENS.

Oui, j'en sais que peut-être aisément vous craindrez;

Vous en recevrez l'ordre, et vous en résoudrez.

Ce courage toujours ne sera pas si ferme.

Paulin, que là-dedans pour prison on l'enferme; 620

Mettez-y bonne garde.

(Paulin la conduit avec quelques soldats, et l'ayant enfermée, il

revient incontinent.)

SCÈNE VI.

VALENS, MARCELLE, PAULIN, STÉPHANIE.

MARCELLE.

Eh quoi! pour la punir,

Quand le crime est constant, qui vous peut retenir?

VALENS.

Agréerez-vous le choix que je fais d'un supplice?

MARCELLE.

J'agréerai tout, Seigneur, pourvu qu'elle périsse:

Choisissez le plus doux, ce sera m'obliger. 625

VALENS.

Ah! que vous savez mal comme il se faut venger[84]!

MARCELLE.

Je ne suis point cruelle, et n'en veux à sa vie

Que pour rendre Placide à l'amour de Flavie.

Otez-nous cet obstacle à nos contentements;

Mais en faveur du sexe épargnez les tourments: 630

Qu'elle meure, il suffit.

VALENS.

Oui, sans plus de demeure,

Pour l'intérêt des Dieux je consens qu'elle meure:

Indigne de la vie, elle doit en sortir;

Mais pour votre intérêt je n'y puis consentir.

Quoi? Madame, la perdre est-ce gagner Placide? 635

Croyez-vous que sa mort le change ou l'intimide?

Que ce soit un moyen d'être aimable à ses yeux,

Que de mettre au tombeau ce qu'il aime le mieux?

Ah! ne vous flattez point d'une espérance vaine:

En cherchant son amour vous redoublez sa haine; 640

Et dans le désespoir où vous l'allez plonger,

Loin d'en aimer la cause, il voudra s'en venger.

Chaque jour à ses yeux cette ombre ensanglantée,

Sortant des tristes nuits où vous l'aurez jetée,

Vous peindra toutes deux avec des traits d'horreur 645

Qui feront de sa haine une aveugle fureur;

Et lors je ne dis pas tout ce que j'appréhende.

Son âme est violente, et son amour est grande:

Verser le sang aimé, ce n'est pas l'en guérir,

Et le désespérer, ce n'est pas l'acquérir. 650

MARCELLE.

Ainsi donc vous laissez Théodore impunie?

VALENS.

Non, je la veux punir, mais par l'ignominie;

Et pour forcer Placide à vous porter ses vœux,

Rendre cette chrétienne indigne de ses feux.

MARCELLE.

Je ne vous entends point.

VALENS.

Contentez-vous, Madame, 655

Que je vois pleinement les desirs de votre âme,

Que de votre intérêt je veux faire le mien.

Allez, et sur ce point ne demandez plus rien.

Si je m'expliquois mieux, quoique son ennemie,

Vous la garantiriez d'une telle infamie, 660

Et quelque bon succès qu'il en faille espérer,

Votre haute vertu ne pourroit l'endurer.

Agréez ce supplice, et sans que je le nomme,

Sachez qu'assez souvent on le pratique à Rome,

Qu'il est craint des chrétiens, qu'il plaît à l'Empereur[85],

Qu'aux filles de sa sorte il fait le plus d'horreur[86],

Et que ce digne objet de votre juste haine[87]

Voudroit de mille morts racheter cette peine.

MARCELLE.

Soit que vous me vouliez éblouir ou venger,

Jusqu'à l'événement je n'en veux point juger; 670

Je vous en laisse faire. Adieu: disposez d'elle;

Mais gardez d'oublier qu'enfin je suis Marcelle,

Et que si vous trompez un si juste courroux,

Je me saurai bientôt venger d'elle et de vous.

SCÈNE VII.

VALENS, PAULIN.

VALENS.

L'impérieuse humeur! vois comme elle me brave, 675

Comme son fier orgueil m'ose traiter d'esclave.

PAULIN.

Seigneur, j'en suis confus, mais vous le méritez:

Au lieu d'y résister, vous vous y soumettez[88].

VALENS.

Ne t'imagine pas que dans le fond de l'âme

Je préfère à mon fils les fureurs d'une femme: 680

L'un m'est plus cher que l'autre, et par ce triste arrêt

Ce n'est que de ce fils que je prends l'intérêt[89].

Théodore est chrétienne, et ce honteux supplice

Vient moins de ma rigueur que de mon artifice:

Cette haute infamie où je veux la plonger[90] 685

Est moins pour la punir que pour la voir changer.

Je connois les chrétiens: la mort la plus cruelle

Affermit leur constance, et redouble leur zèle[91];

Et sans s'épouvanter de tous nos châtiments,

Ils trouvent des douceurs au milieu des tourments; 690

Mais la pudeur peut tout sur l'esprit d'une fille

Dont la vertu répond à l'illustre famille;

Et j'attends aujourd'hui d'un si puissant effort

Ce que n'obtiendroient pas les frayeurs de la mort.

Après ce grand effet, j'oserai tout pour elle, 695

En dépit de Flavie, en dépit de Marcelle,

Et je n'ai rien à craindre auprès de l'Empereur,

Si ce cœur endurci renonce à son erreur.

Lui-même il me louera d'avoir su l'y réduire[92],

Lui-même il détruira ceux qui m'en voudroient nuire:

J'aurai lieu de braver Marcelle et ses amis;

Ma vertu me soutient où son crédit m'a mis;

Mais elle me perdroit, quelque rang que je tienne,

Si j'osois à ses yeux sauver cette chrétienne[93].

Va la voir de ma part, et tâche à l'étonner: 705

Dis-lui qu'à tout le peuple on va l'abandonner,

Tranche le mot enfin, que je la prostitue;

Et quand tu la verras troublée et combattue,

Donne entrée à Placide, et souffre que son feu[94]

Tâche d'en arracher un favorable aveu. 710

Les larmes d'un amant et l'horreur de sa honte

Pourront fléchir ce cœur qu'aucun péril ne dompte;

Et lors elle n'a point d'ennemis si puissants

Dont elle ne triomphe avec un peu d'encens;

Et cette ignominie où je l'ai condamnée 715

Se changera soudain en heureux hyménée.

PAULIN.

Votre prudence est rare, et j'en suivrai les lois.

Daigne le juste ciel seconder votre choix[95],

Et par une influence un peu moins rigoureuse,

Disposer Théodore à vouloir être heureuse! 720

FIN DU SECOND ACTE.

[62] _Var._ Et que vous égaliez dedans vos sentiments. (1646-56)

[63] L'impression de 1682 porte seule _sur tout_. Le vers

suivant, où elle donne _sur tous_, comme toutes les autres

éditions, prouve que c'est une faute typographique.

[64] _Var._ Mais comme enfin c'est lui qu'il faut que plus je

craigne. (1646-56)

[65] _Var._ Ce n'est plus en secret qu'éclate son courroux.

(1646-56)

[66] _Var._ Sur quoi l'on doit fonder l'arrêt de mon trépas.

(1646-63)

[67] L'édition de 1655 porte _ces_, pour _ses_.

[68] L'édition de 1655 donne seule la forme _treuverai_.

[69] _Var._ Ne vous pas mieux servir d'un avis si fidèle.

(1646-63)

[70] _Var._ Et rends un soin à l'autre où m'oblige le sang.

(1646-56)

[71] _Var._ MARCELLE, à _Théodore_. (1646-60)

[72] _Var._ L'épouvante non plus ne me fait point parler.

(1646-56)

[73] _Toute_ est la leçon de toutes les éditions, et elle a été

adoptée par Th. Corneille et par Voltaire (1764).

[74] _Var._ J'ai toujours dedans l'âme un reste de scrupule.

(1646-56)

[75] _Var._ Vous avez deux moyens de m'en faire sortir. (1646-56)

[76] _Var._ Jurez-moi par ce Dieu qui porte en main la foudre.

(1646-54 et 56-64)

[77] _Var._ On ne m'éblouit pas d'une mauvaise ruse. (1646-63)

[78] Voltaire a remplacé _la_ par _le_.

[79] _Var._ Qu'un autre ne tiendroit toute votre grandeur.

(1652-60)

[80] _Var._ Et triomphant de moi m'apporte une victoire

Si haute, si durable, et si pleine d'appas,

Qu'on l'achète trop peu des plus cruels trépas. (1646-56)

[81] _Var._ Entrant dans le chemin qui vous y doit mener.

(1646-56)

[82] _Var._ Vous n'aurez pas sujet longtemps d'en murmurer.

(1646-56)

[83] _Var._ Vous osez de tous deux en faire vos victimes?

THÉOD. Seigneur, il ne faut point me supposer des crimes.

(1646-60)

[84] Voltaire change la construction, et donne: «comme il faut se

venger.»

[85] _Var._ Il est craint des chrétiens, il plaît à l'Empereur.

(1646-56)

[86] _Var._ Aux filles de sa sorte il fait le plus d'horreur.

(1646-54 et 56-64)

_Var._ Aux filles de la sorte il fait le plus d'horreur. (1655)

[87] _Var._ Et celle qu'aujourd'hui veut perdre votre haine.

(1646-56)

[88] L'édition de 1646 donne seule la forme _soubmettez_.

[89] _Var._ C'est de lui seulement que je prends l'intérêt.

(1646-56)

[90] _Var._ Cette haute infamie où je la veux plonger. (1646-56)

[91] _Var._ Endurcit leur constance, et redouble leur zèle.

(1646-65)

[92] _Var._ Lui-même il me louera d'avoir su la réduire.

(1646-56)

[93] _Var._ Si j'osois à ses yeux sauver une chrétienne. (1646)

[94] _Var._ Donne entrée à Placide, et laisse agir son feu;

Mais surtout cache-lui que c'est par mon aveu.

Les larmes d'un amant et sa honte si proche

Pourront en sa faveur fendre ce cœur de roche.

Alors elle n'a point d'ennemis si puissants. (1646-56)

[95] _Var._ Veuille le juste ciel seconder votre choix. (1646-56)

ACTE III.

SCÈNE PREMIÈRE.

THÉODORE, PAULIN.

THÉODORE.

Où m'allez-vous conduire?

PAULIN.

Il est en votre choix:

Suivez-moi dans le temple, ou subissez nos lois.

THÉODORE.

De ces indignités vos juges sont capables[96]!

PAULIN.

Ils égalent la peine aux crimes des coupables.

THÉODORE.

Si le mien est trop grand pour le dissimuler, 725

N'est-il point de tourments qui puissent l'égaler?

PAULIN.

Comme dans les tourments vous trouvez des délices,

Ils ont trouvé pour vous ailleurs de vrais supplices[97],

Et par un châtiment aussi grand que nouveau,

De votre vertu même ils font votre bourreau[98]. 730

THÉODORE.

Ah! qu'un si détestable et honteux sacrifice

Est pour elle en effet un rigoureux supplice!

PAULIN.

Ce mépris de la mort qui partout à nos yeux

Brave si hautement et nos lois et nos Dieux,

Cette indigne fierté ne seroit pas punie 735

A ne vous ôter rien de plus cher que la vie:

Il faut qu'on leur immole, après de tels mépris[99],

Ce que chez votre sexe on met à plus haut prix,

Ou que cette fierté, de nos lois ennemie[100],

Cède aux justes horreurs d'une pleine infamie, 740

Et que votre pudeur rende à nos immortels

L'encens que votre orgueil refuse à leurs autels.

THÉODORE.

Valens me fait par vous porter cette menace;

Mais s'il hait les chrétiens, il respecte ma race:

Le sang d'Antiochus n'est pas encor si bas 745

Qu'on l'abandonne en proie aux fureurs des soldats[101].

PAULIN.

Ne vous figurez point qu'en un tel sacrilège

Le sang d'Antiochus ait quelque privilège.

Les Dieux sont au-dessus des rois dont vous sortez,

Et l'on vous traite ici comme vous les traitez: 750

Vous les déshonorez, et l'on vous déshonore.

THÉODORE.

Vous leur immolez donc l'honneur de Théodore,

A ces Dieux dont enfin la plus sainte action

N'est qu'inceste, adultère et prostitution?

Pour venger les mépris que je fais de leurs temples, 755

Je me vois condamnée à suivre leurs exemples,

Et dans vos dures lois je ne puis éviter

Ou de leur rendre hommage, ou de les imiter?

Dieu de la pureté, que vos lois sont bien autres!

PAULIN.

Au lieu de blasphémer, obéissez aux nôtres, 760

Et ne redoublez point par vos impiétés

La haine et le courroux de nos Dieux irrités:

Après nos châtiments ils ont encor leur foudre.

On vous donne de grâce une heure à vous résoudre;

Vous savez votre arrêt, vous avez à choisir: 765

Usez utilement de ce peu de loisir.

THÉODORE.

Quelles sont vos rigueurs, si vous le nommez grâce,

Et quel choix voulez-vous qu'une chrétienne fasse,

Réduite à balancer son esprit agité

Entre l'idolâtrie et l'impudicité? 770

Le choix est inutile où les maux sont extrêmes.

Reprenez votre grâce, et choisissez vous-mêmes:

Quiconque peut choisir consent à l'un des deux,

Et le consentement est seul lâche et honteux.

Dieu, tout juste et tout bon, qui lit[102] dans nos pensées,

N'impute point de crime aux actions forcées.

Soit que vous contraigniez pour vos Dieux impuissants

Mon corps à l'infamie ou ma main à l'encens,

Je saurai conserver d'une âme résolue

A l'époux sans macule une épouse impollue. 780

SCÈNE II.

PLACIDE, THÉODORE, PAULIN.

THÉODORE.

Mais que vois-je? Ah, Seigneur! est-ce Marcelle ou vous

Dont sur mon innocence éclate le courroux?

L'arrêt qu'a contre moi prononcé votre père,

Est-ce pour la venger, ou pour vous satisfaire?

Est-ce mon ennemie ou mon illustre amant 785

Qui du nom de vos Dieux abuse insolemment[103]?

Vos feux de sa fureur se sont-ils faits complices?

Sont-ils d'intelligence à choisir mes supplices?

Étouffent-ils si bien vos respects généreux,

Qu'ils fassent mon bourreau d'un héros amoureux? 790

PLACIDE.

Retirez-vous, Paulin.

PAULIN.

On me l'a mise en garde.

PLACIDE.

Je sais jusqu'à quel point ce devoir vous regarde;

Prenez soin de la porte, et sans me répliquer:

Ce n'est pas devant vous que je veux m'expliquer.

PAULIN.

Seigneur....

PLACIDE.

Laissez-nous, dis-je, et craignez ma colère;

Je vous garantirai de celle de mon père.

SCÈNE III.

PLACIDE, THÉODORE.

THÉODORE.

Quoi? vous chassez Paulin, et vous craignez ses yeux,

Vous qui ne craignez pas la colère des cieux?

PLACIDE.

Redoublez vos mépris, mais bannissez des craintes

Qui portent à mon cœur les plus rudes atteintes; 800

Ils sont encor plus doux que les indignités

Qu'imputent vos frayeurs à mes témérités;

Et ce n'est pas contre eux que mon âme s'irrite.

Je sais qu'ils font justice à mon peu de mérite;

Et lorsque vous pouviez jouir de vos dédains, 805

Si j'osois les nommer quelquefois inhumains,

Je les justifiois dedans ma conscience,

Et je n'attendois rien que de ma patience,

Sans que pour ces grandeurs qui font tant de jaloux,

Je me sois jamais cru moins indigne de vous. 810

Aussi ne pensez pas que je vous importune

De payer mon amour, ou de voir ma fortune:

Je ne demande pas un bien qui leur soit dû;

Mais je viens pour vous rendre un bien presque perdu,

Encor le même amant qu'une rigueur si dure 815

A toujours vu brûler et souffrir sans murmure,

Qui plaint du sexe en vous les respects violés,

Votre libérateur enfin, si vous voulez.

THÉODORE.

Pardonnez donc, Seigneur, à la première idée

Qu'a jeté[104] dans mon âme une peur mal fondée, 820

De mille objets d'horreur mon esprit combattu

Auroit tout soupçonné de la même vertu.

Dans un péril si proche et si grand pour ma gloire,

Comme je dois tout craindre, aussi je puis tout croire;

Et mon honneur timide, entre tant d'ennemis, 825

Sur les ordres du père a mal jugé du fils.

Je vois, grâces au ciel, par un effet contraire,

Que la vertu du fils soutient celle du père,

Qu'elle ranime en lui la raison qui mouroit,

Qu'elle rappelle en lui l'honneur qui s'égaroit, 830

Et le rétablissant dans une âme si belle,

Détruit heureusement l'ouvrage de Marcelle.

Donc à votre prière il s'est laissé toucher?

PLACIDE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 05 · 第 2 / 36 段