Il est vrai, Cléobule, et je veux l'avouer,

Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le

typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée

et n'a pas été harmonisée.

Les vers sont en principe numérotés toutes les 5 lignes, les numéros

omis dans l'original sont également omis dans cette version.

[Illustration:

ASSOCIATION

des

anciens élèves

du Lycée

LOUIS-LE-GRAND]

LES

GRANDS ÉCRIVAINS

DE LA FRANCE

NOUVELLES ÉDITIONS

PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION

DE M. AD. REGNIER

Membre de l'Institut

ŒUVRES

DE

P. CORNEILLE

TOME V

PARIS.--IMPRIMERIE DE CH. LAHURE ET Cie

Rue de Fleurus, 9

ŒUVRES

DE

P. CORNEILLE

NOUVELLE ÉDITION

REVUE SUR LES PLUS ANCIENNES IMPRESSIONS

ET LES AUTOGRAPHES

ET AUGMENTÉE

de morceaux inédits, des variantes, de notices, de notes, d'un

lexique des mots et locutions remarquables, d'un portrait, d'un

fac-simile, etc.

PAR M. CH. MARTY-LAVEAUX

TOME CINQUIÈME

PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

1862

THÉODORE

VIERGE ET MARTYRE

TRAGÉDIE CHRÉTIENNE

1645

NOTICE.

Tous les historiens de notre scène et tous les éditeurs de Corneille

s'accordent à dire que _Théodore_ fut mise au théâtre en 1645[1]. Elle

n'y demeura pas longtemps. «La représentation de cette tragédie n'a

pas eu grand éclat,» dit notre poëte avec sa franchise habituelle[2].

A en croire l'auteur du _Journal du Théâtre françois_[3], cette

pièce fut jouée par «les comédiens du Roi» et n'eut que cinq

représentations. Il est certain du moins qu'elle n'a pas été reprise à

Paris. En effet, Corneille, après avoir remarqué, dans l'_Examen de la

Suite du Menteur_[4], que cette dernière pièce y fut rejouée, mais

qu'elle ne fut pas représentée par les comédiens de province, ajoute:

«Le contraire est arrivé de _Théodore_, que les troupes de Paris n'y

ont point rétablie depuis sa disgrâce, mais que celles des provinces y

ont fait assez passablement réussir.»

«On ne put souffrir dans _Théodore_, dit Fontenelle, la seule idée du

péril de la prostitution, et si le public étoit devenu si délicat, à

qui M. Corneille devoit-il s'en prendre qu'à lui-même[5]?» A cette

occasion Fontenelle rappelle les singulières libertés de Hardy.

Peut-être eût-il mieux valu citer la _Tragedie de sainte Agnès_, par

le sieur d'Aves, qui nous montre comment on osait traiter un sujet

tout à fait analogue à celui de _Théodore_, trente ans avant la

représentation de cette pièce. Quoique, dans la dédicace adressée «A

noble et vertueuse dame Françoise d'Averton,» l'auteur nous apprenne

qu'il n'agit que pour remplir les ordres de cette sainte personne, et

qu'il n'a eu «d'autre but que l'honneur de la gloire de Dieu,» on

trouve dans son ouvrage des scènes que nous n'oserions citer, et dont

l'_Argument_ placé dans l'_Appendice_ qui suit _Théodore_ donnera une

idée plus que suffisante. Cette tragédie, imprimée à Rouen par David

du Petit Val, en 1615, forme un volume in-12; Pierre Troterel, sieur

d'Aves, qui en est l'auteur, n'a pas composé moins d'une dizaine de

pièces, dont la dernière est de 1627. On ne sait presque rien sur lui,

mais dans l'épigramme suivante il nous a appris lui-même qu'il était

Normand[6]:

Il faut, lecteur, que je te die

Que je demeure en Normandie.

Le lieu de ma nativité

Est près Falaise, du côté

Où le soleil commence à luire,

A l'opposite du zéphire.

Il semble bien difficile que Corneille n'ait pas entendu parler de lui

et n'ait pas connu son _Agnès_[7]; peut-être y a-t-il puisé la

malheureuse idée de mettre en scène une vierge chrétienne condamnée à

la prostitution; en tout cas, il n'y a pas pris autre chose, car son

plan est tout différent, et le détail que nous allons rappeler, le

seul qui puisse donner lieu à un rapprochement, se présente assez

naturellement pour qu'il soit inutile de supposer une réminiscence du

pitoyable ouvrage du sieur d'Aves.

Dans la pièce de Corneille[8], Théodore dit au prince dont elle est

aimée:

Un obstacle éternel à vos desirs s'oppose.

Chrétienne, et sous les lois d'un plus puissant époux....

On doit croire que l'acteur fait un geste d'étonnement qui n'est pas

signalé par Corneille dans les jeux de scène, très-peu nombreux, qu'il

a indiqués. Aussitôt la jeune fille reprend:

Mais, Seigneur, à ce mot ne soyez pas jaloux.

Quelque haute splendeur que vous teniez de Rome,

Il est plus grand que vous; mais ce n'est point un homme:

C'est le Dieu des chrétiens, c'est le maître des rois.

Dans la pièce du sieur d'Aves, cette courte méprise, si discrètement

indiquée par Corneille, se prolonge outre mesure. Sainte Agnès

commence par s'exprimer ainsi[9]:

Je ne suis plus à moi, je suis à mon époux,

Lequel vous passe autant en vertus et richesse,

En parfaites beautés, en esprit, en adresse,

En pouvoir, en justice, en superbe grandeur,

Voire en ferme constance et amoureuse ardeur,

Que l'on voit surpasser un prince magnifique

Un simple gentilhomme ou bien quelque rustique;

Bref, qu'en dirai-je plus? son père est le vrai Dieu,

Et lui-même est tenu pour tel en ce bas lieu.

Elle amplifie encore fort longuement cette déclaration si claire; mais

le Prince n'y comprend rien, et dans la scène suivante il s'écrie:

Oui, par le dieu Pluton, je le ferai mourir,

Quand bien un escadron, viendroit le secourir,

Ce mignon, ce beau fils que son âme trop folle

Appelle son grand Dieu, son sauveur, son idole,

Tant le vin de l'amour qu'elle a humé sans eau

A donné dans son casque[10] et troublé son cerveau.

Une telle citation dispense de toute autre, et personne après cela ne

nous fera un reproche de ne pas nous arrêter davantage à la _Sainte

Agnès_ de Troterel.

On comprend qu'on n'ait point gardé le souvenir des acteurs qui ont

joué d'original dans _Théodore_. On ne trouve nulle part le moindre

renseignement à ce sujet.

La première édition de la pièce de Corneille a pour titre: THÉODORE,

VIERGE ET MARTYRE, tragédie chrestienne. _Imprimé à Roüen, et se vend

à Paris, chez Antoine de Sommauille, au Palais...._ M.DC.LXVI. _Auec

priuilege du Roy._

Elle forme un volume in-4º de 4 feuillets et 128 pages. L'achevé

d'imprimer est du dernier jour d'octobre; le privilége a été accordé

le 17 avril à Toussainct Quinet, qui «a associé avec lui» Antoine de

Sommaville et Augustin Courbé.

«Saint Polyeucte, a dit Corneille, est un martyr dont... beaucoup ont

plutôt appris le nom à la comédie qu'à l'église[11].» Cette réflexion

pourrait s'appliquer tout aussi bien à Théodore; et il est permis de

croire que, malgré son peu de succès, la pièce de Corneille ajouta un

intérêt tout profane à la pieuse curiosité qu'excita la translation

des reliques de la sainte dans le monastère des Ursulines de Caen.

L'auteur d'une relation contemporaine, où l'on trouve, comme il arrive

trop souvent, plus de prétentions oratoires que de faits et de détails

curieux, s'exprime en ces termes au sujet de cette translation: «Un

excellent religieux.... ayant porté aux pieds du saint-père le pape

Alexandre VII les humbles devoirs et respects de ces vertueuses filles

(_les Ursulines de Caen_), et lui ayant demandé pour elles, avec sa

bénédiction, quelque portion de tant d'aimables et pieux trésors, pour

enrichir leur église et enflammer leur dévotion, ce digne successeur

du nom aussi bien que des vertus et de la chaire de celui qui gagna

autrefois à Dieu le cœur de sainte Théodore, lui en accorda le corps

pour ces dames[12].» L'instrument qui constate l'authenticité des

reliques est daté de Rome du 19 décembre 1655, et le procès-verbal de

l'ouverture de la châsse en la chapelle des Ursulines de Caen, du 22

juillet 1656; il constate que cette cérémonie a eu lieu en présence de

Son Altesse[13] et de Mme de Longueville avec la plus grande

solennité[14].

[1] Voyez tome IV, p. 399 et 400, note 2.--«Sur la fin de 1645,»

dit Voltaire.

[2] Voyez ci-après, p. 8.

[3] Tome II, fol. 889 verso.

[4] Voyez tome IV, p. 286.

[5] _Œuvres_, tome III, p. 106 et 107.

[6] Cette épigramme est reproduite dans le _Dictionnaire portatif

des théâtres_. Paris, 1754, p. 533.

[7] Il nomme sainte Agnès dans le cinquième acte de _Théodore_,

scène V, vers 1639.

[8] Acte III, scène III, vers 868-873.

[9] Acte II, scène I.

[10] On lit dans les _Études de philologie comparée sur l'argot_,

de M. Francisque Michel, l'article suivant: «CASQUETTE. IVRE,

gris. Ce mot doit son origine à une expression proverbiale et

figurée qui avait cours au seizième siècle: «Ils furent ensemble

dans un cabaret boire quelques bons pots de vin... dont ils s'en

donnèrent _tanquam sponsus_, ce qui veut dire en bon françois,

jusqu'aux yeux; si bien que ce malheureux Jean _s'en donna dans

le casque_.» (_L'Art de plumer la poulle sans crier_, IXe

avanture, p. 103.) L'auteur aurait pu, on le voit, ajouter à ce

curieux exemple une autorité tragique.

[11] Voyez tome III, p. 475.

[12] _Connoissance plus particulière du nouueau thresor apporté

de Rome en cette ville de Caen, ou Discours sur ce qui se trouue

chez les anciens autheurs de la bien-heureuse sainte Theodore

vierge et martyre romaine dont les reliques transferées de Rome

sont honorées dans la chapelle du monastere de Sainte-Ursule.

Dedié aux Dames de ce monastere._ Par M. G. Marcel, prestre et

curé de Basly. Caen, Claude le Blanc, 1658, in-8º.

[13] Henri II d'Orléans, duc de Longueville, gouverneur de

Normandie.

[14] Nous devons la communication de ces deux pièces manuscrites,

tirées d'un recueil de miscellanées appartenant à la Bibliothèque

de Caen, à l'obligeance de M. Chatel, bibliothécaire de cette

ville.

A MONSIEUR L.P.C.B.[15].

MONSIEUR,

Je n'abuserai point de votre absence de la cour pour vous imposer

touchant cette tragédie: sa représentation n'a pas eu grand éclat; et

quoique beaucoup en attribuent la cause à diverses conjonctures qui

pourroient me justifier aucunement, pour moi je ne m'en veux prendre

qu'à ses défauts, et la tiens mal faite, puisqu'elle a été mal suivie.

J'aurois tort de m'opposer au jugement du public: il m'a été trop

avantageux en mes autres ouvrages pour le désavouer en celui-ci; et si

je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour _Théodore_, mon exemple

donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mêmes choses tous les

arrêts qu'il a prononcés en ma faveur. Ce n'est pas toutefois sans

quelque sorte de satisfaction que je vois que la meilleure partie de

mes juges impute ce mauvais succès à l'idée de la prostitution que

l'on n'a pu souffrir[16], quoiqu'on sût bien qu'elle n'auroit pas

d'effet, et que pour en exténuer l'horreur j'aye employé tout ce que

l'art et l'expérience m'ont pu fournir de lumières; et certes il y a

de quoi congratuler à la pureté de notre théâtre, de voir qu'une

histoire qui fait le plus bel ornement du second livre _des Vierges_

de saint Ambroise[17], se trouve trop licencieuse pour y être

supportée. Qu'eût-on dit si, comme ce grand docteur de l'Église,

j'eusse fait voir Théodore dans le lieu infâme, si j'eusse décrit les

diverses agitations de son âme durant qu'elle y fut, si j'eusse figuré

les troubles qu'elle y ressentit[18] au premier moment qu'elle y vit

entrer Didyme? C'est là-dessus que ce grand saint fait triompher son

éloquence, et c'est pour ce spectacle qu'il invite particulièrement

les vierges à ouvrir les yeux[19]. Je l'ai dérobé à la vue, et autant

que j'ai pu, à l'imagination de mes auditeurs; et après y avoir

consumé toute mon adresse, la modestie de notre scène a désavoué,

comme indigne d'elle, ce peu que la nécessité de mon sujet m'a forcé

d'en faire connoître. Après cela, j'oserai bien dire que ce n'est pas

contre des comédies pareilles aux nôtres que déclame saint Augustin,

et que ceux que le scrupule, ou le caprice, ou le zèle en rend

opiniâtres ennemis, n'ont pas grande raison de s'appuyer de son

autorité. C'est avec justice qu'il condamne celles de son temps, qui

ne méritoient que trop le nom qu'il leur donne de spectacles de

turpitude[20]; mais c'est avec injustice qu'on veut étendre cette

condamnation[21] jusqu'à celles du nôtre, qui ne contiennent, pour

l'ordinaire, que des exemples d'innocence, de vertu et de piété.

J'aurois mauvaise grâce de vous en entretenir plus au long: vous êtes

déjà trop persuadé de ces vérités, et ce n'est pas mon dessein

d'entreprendre ici de désabuser ceux qui ne veulent pas l'être. Il est

juste qu'on les abandonne à leur aveuglement volontaire, et que pour

peine de la trop facile croyance qu'ils donnent à des invectives mal

fondées, ils demeurent privés du plus agréable et du plus utile des

divertissements dont l'esprit humain soit capable. Contentons-nous

d'en jouir sans leur en faire part; et souffrez que sans faire aucun

effort pour les guérir de leur foiblesse, je finisse en vous assurant

que je suis et serai toute ma vie,

MONSIEUR,

Votre très-humble et très-obligé serviteur,

CORNEILLE.

[15] Il est probable que Corneille, découragé par le mauvais

succès de _Théodore_, n'a présenté cette pièce à personne, et

qu'il n'a écrit cette sorte d'épître dédicatoire que pour tenir

lieu d'un avis au lecteur.

[16] D'Aubignac s'exprime ainsi à ce sujet dans sa _Pratique du

théâtre_ (p. 78-80), publiée un an après _Théodore_: «Il ne faut

pas s'imaginer que toutes les belles histoires puissent

heureusement paroître sur la scène, parce que souvent toute leur

beauté dépend de quelque circonstance que le théâtre ne peut

souffrir.... La _Théodore_ de M. Corneille, par cette même

raison, n'a pas eu le succès ni toute l'approbation qu'elle

méritoit. C'est une pièce dont la constitution est

très-ingénieuse, où l'intrigue est bien conduite et bien variée,

où ce que l'histoire donne est fort bien manié, où les

changements sont fort judicieux, où les mouvements et les vers

sont dignes du nom de l'auteur. Mais parce que tout le théâtre

tourne sur la prostitution de Théodore, le sujet n'en a pu

plaire. Ce n'est pas que les choses ne soient expliquées par des

manières de parler fort modestes et des adresses fort délicates;

mais il faut avoir tant de fois dans l'imagination cette fâcheuse

aventure, et surtout dans les récits du quatrième acte, qu'enfin

les idées n'y peuvent être sans dégoût.» Dans l'exemplaire que

d'Aubignac avait préparé pour une nouvelle édition, il a

substitué «qu'il en promettoit» à «qu'elle méritoit,» et a fait

disparaître tout ce qui adoucissait la rigueur de sa critique.

[17] Voyez l'_Appendice_, troisième partie.

[18] VAR. (édit. de 1652-1656): les troubles qu'elle ressentit.

[19] _Aperite aurem, virgines_; «prêtez l'oreille, vierges.»

Voyez ci-après la troisième partie de l'_Appendice_, p. 109.

EXAMEN.

La représentation de cette tragédie n'a pas eu grand éclat, et sans

chercher des couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre

qu'à ses défauts, et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal

suivie. J'aurois tort de m'opposer au jugement du public: il m'a été

trop avantageux en d'autres ouvrages pour le contredire en celui-ci;

et si je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour _Théodore_, mon

exemple donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mêmes choses

les arrêts qu'il a prononcés en ma faveur. Ce n'est pas toutefois sans

quelque satisfaction que je vois la meilleure et la plus saine partie

de mes juges imputer ce mauvais succès à l'idée de la prostitution,

qu'on n'a pu souffrir, bien qu'on sût assez qu'elle n'auroit point

d'effet, et que pour en exténuer l'horreur, j'aye employé tout ce que

l'art et l'expérience m'ont pu fournir de lumières; pouvant dire du

quatrième acte de cette pièce, que je ne crois pas en avoir fait aucun

où les diverses passions soient ménagées avec plus d'adresse, et qui

donne plus de lieu à faire voir tout le talent d'un excellent acteur.

Dans cette disgrâce, j'ai de quoi congratuler à la pureté de notre

scène, de voir qu'une histoire qui fait le plus bel ornement du second

livre _des Vierges_ de saint Ambroise[22], se trouve trop licencieuse

pour y être supportée. Qu'eût-on dit si, comme ce grand docteur de

l'Église, j'eusse fait voir cette vierge dans le lieu infâme[23]? si

j'eusse décrit les diverses agitations de son âme pendant qu'elle y

fut? si j'eusse peint les troubles qu'elle ressentit au premier moment

qu'elle y vit entrer Didyme? C'est là-dessus que ce grand saint fait

triompher cette éloquence qui convertit saint Augustin, et c'est pour

ce spectacle qu'il invite particulièrement les vierges à ouvrir les

yeux. Je l'ai dérobé à la vue, et autant que je l'ai pu, à

l'imagination de mes auditeurs; et après y avoir consumé toute mon

industrie, la modestie de notre théâtre a désavoué ce peu que la

nécessité de mon sujet m'a forcé d'en faire connoître[24].

Je ne veux pas toutefois me flatter jusqu'à dire que cette fâcheuse

idée aye été le seul défaut de ce poëme. A le bien examiner, s'il y a

quelques caractères vigoureux et animés, comme ceux de Placide et de

Marcelle, il y en a de traînants, qui ne peuvent avoir grand charme ni

grand feu sur le théâtre. Celui de Théodore est entièrement froid:

elle n'a aucune passion qui l'agite; et là même où son zèle pour Dieu,

qui occupe toute son âme, devroit éclater le plus, c'est-à-dire dans

sa contestation avec Didyme pour le martyre, je lui ai donné si peu de

chaleur, que cette scène, bien que très-courte[25], ne laisse pas

d'ennuyer. Aussi, pour en parler sainement, une vierge et martyre sur

un théâtre n'est autre chose qu'un Terme qui n'a ni jambes ni

bras[26], et par conséquent point d'action[27].

Le caractère de Valens ressemble trop à celui de Félix dans

_Polyeucte_, et a même quelque chose de plus bas, en ce qu'il se

ravale à craindre sa femme, et n'ose s'opposer à ses fureurs, bien que

dans l'âme il tienne le parti de son fils. Tout gouverneur qu'il est,

il demeure les bras croisés, au cinquième acte, quand il les voit

prêts à s'entre-immoler l'un à l'autre, et attend le succès de leur

haine mutuelle pour se ranger du côté du plus fort. La connoissance

que Placide, son fils, a de cette bassesse d'âme, fait qu'il le

regarde si bien comme un esclave de Marcelle, qu'il ne daigne

s'adresser à lui pour obtenir ce qu'il souhaite en faveur de sa

maîtresse, sachant bien qu'il le feroit inutilement. Il aime mieux se

jeter aux pieds de cette marâtre impérieuse, qu'il hait et qu'il a

bravée, que de perdre des prières et des soupirs auprès d'un père qui

l'aime dans le fond de l'âme et n'oseroit lui rien accorder.

Le reste est assez ingénieusement conduit; et la maladie de Flavie, sa

mort, et les violences des désespoirs de sa mère qui la venge, ont

assez de justesse. J'avois peint des haines trop envenimées pour finir

autrement; et j'eusse été ridicule si j'eusse fait faire au sang de

ces martyrs le même effet sur les cœurs de Marcelle et de Placide,

que fait celui de Polyeucte sur ceux de Félix et de Pauline. La mort

de Théodore peut servir de preuve à ce que dit Aristote, que, _quand

un ennemi tue son ennemi, il ne s'excite par là aucune pitié dans

l'âme des spectateurs_[28]. Placide en peut faire naître, et purger

ensuite ces forts attachements d'amour qui sont cause de son malheur;

mais les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie, bien que l'une

ni l'autre ne fasse de pitié, sont encore plus capables de purger

l'opiniâtreté à faire des mariages par force, et à ne se point

départir du projet qu'on en fait par un accommodement de famille entre

des enfants dont les volontés ne s'y conforment point quand ils sont

venus en âge de l'exécuter.

L'unité de jour et de lieu se rencontre en cette pièce; mais je ne

sais s'il n'y a point une duplicité d'action, en ce que Théodore,

échappée d'un péril, se rejette dans un autre de son propre

mouvement[29]. L'histoire le porte; mais la tragédie n'est pas obligée

de représenter toute la vie de son héros ou de son héroïne, et doit ne

s'attacher qu'à une action propre au théâtre. Dans l'histoire même,

j'ai trouvé toujours quelque chose à dire en cette offre volontaire

qu'elle fait de sa vie aux bourreaux de Didyme. Elle venoit d'échapper

de la prostitution, et n'avoit aucune assurance qu'on ne l'y

condamneroit point de nouveau, et qu'on accepteroit sa vie en échange

de sa pudicité qu'on avoit voulu sacrifier. Je l'ai sauvée de ce

péril, non-seulement par une révélation de Dieu qu'on se contenteroit

de sa mort, mais encore par une raison assez vraisemblable, que

Marcelle, qui vient de voir expirer sa fille unique entre ses bras,

voudroit obstinément du sang pour sa vengeance; mais avec toutes ces

précautions je ne vois pas comment je pourrois justifier ici cette

duplicité de péril, après l'avoir condamnée dans l'_Horace_. La seule

couleur qui pourroit y servir de prétexte, c'est que la pièce ne

seroit pas achevée si on ne savoit ce que devient Théodore après être

échappée de l'infamie, et qu'il n'y a point de fin glorieuse ni même

raisonnable pour elle que le martyre, qui est historique: du moins

l'imagination ne m'en offre point. Si les maîtres de l'art veulent

consentir que cette nécessité de faire connoître ce qu'elle devient

suffise pour réunir ce nouveau péril à l'autre, et empêcher qu'il n'y

aye duplicité d'action, je ne m'opposerai pas à leur jugement; mais

aussi je n'en appellerai pas quand ils la voudront condamner.

[20] «Per omnes pæne civitates cadunt theatra, caveæ turpitudinum

et publicæ professiones flagitiorum.» (_De consensu

evangelistarum_, lib. I, cap. LI.)

[21] VAR. (édit. de 1652 et de 1655): condemnation.

[22] Corneille s'est plus rapproché du récit de Métaphraste que

de celui de saint Ambroise; cependant c'est ce dernier qu'il a

suivi en plaçant le lieu de sa tragédie à Antioche et non à

Alexandrie. On trouvera les deux relations dans l'Appendice de

_Théodore_.

[23] Les éditions de 1660 et de 1663, les deux premières où se

trouve l'_Examen_, ont _infamé_, au lieu d'_infâme_. Est-ce,

comme il paraît probable, le participe du verbe _infamer_, qu'on

lit dans le _Dictionnaire de Nicot_, ou une faute commune à ces

deux impressions?

[24] Jusqu'ici l'_Examen_ reproduit presque textuellement

l'_Épître_ qui précède. Nous y renvoyons pour les notes.--Voyez

tome IV, p. 418, note 5.

[25] C'est la cinquième de l'acte V.

[26] VAR. (édit. de 1660): ni jambe ni bras.

[27] Dans l'édition de 1660, c'est-à-dire dans la première où se

trouve l'_Examen_, cette phrase n'est pas placée ici, mais à la

suite de la deuxième phrase du cinquième alinéa (p. 14), après

les mots: «....qu'à une action propre au théâtre.»

[28] Voyez le _Discours de la tragédie_, tome I, p. 65.

[29] Voyez le _Discours des trois unités_, tome I, p. 98 et 99.

LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DE

_THÉODORE_.

ÉDITION SÉPARÉE.

1646 in-4º.

RECUEILS.

1652 in-12;

1654 in-12;

1655 in-12;

1656 in-12;

1660 in-8º;

1663 in-fol.;

1664 in-8º;

1668 in-12;

1681 in-12.

ACTEURS.

VALENS, gouverneur d'Antioche.

PLACIDE, fils de Valens et amoureux de Théodore[30].

CLÉOBULE, ami de Placide.

DIDYME, amoureux de Théodore.

PAULIN, confident de Valens.

LYCANTE, capitaine d'une cohorte romaine.

MARCELLE, femme de Valens.

THÉODORE, princesse d'Antioche.

STÉPHANIE, confidente de Marcelle[31].

La scène est à Antioche, dans le palais du gouverneur.

[30] Les mots _et amoureux de Théodore_ manquent dans les

éditions de 1646-1664.

[31] A cette liste il faut ajouter AMYNTAS, personnage muet, qui

est nommé dans la scène IV de l'acte IV, et qui paraît dans la

scène V du même acte.--Les seuls noms que Corneille ait trouvés

dans Métaphraste sont ceux de _Théodore_ et de _Dydyme_.

THÉODORE, VIERGE ET MARTYRE.

TRAGÉDIE CHRÉTIENNE.

ACTE I.

SCÈNE PREMIÈRE.

PLACIDE, CLÉOBULE.

PLACIDE.

Il est vrai, Cléobule, et je veux l'avouer,

La fortune me flatte assez pour m'en louer:

Mon père est gouverneur de toute la Syrie;

Et comme si c'étoit trop peu de flatterie,

Moi-même elle m'embrasse, et vient de me donner[32], 5

Tout jeune que je suis, l'Égypte à gouverner.

Certes, si je m'enflois de ces vaines fumées

Dont on voit à la cour tant d'âmes si charmées,

Si l'éclat des grandeurs avoit pu me ravir,

J'aurois de quoi me plaire et de quoi m'assouvir. 10

Au-dessous des Césars, je suis ce qu'on peut être:

A moins que de leur rang le mien ne sauroit croître;

Et pour haut qu'on ait mis des titres si sacrés[33],

On y monte souvent par de moindres degrés.

Mais ces honneurs pour moi ne sont qu'une infamie, 15

Parce que je les tiens d'une main ennemie,

Et leur plus doux appas qu'un excès de rigueur[34],

Parce que pour échange on veut avoir mon cœur.

On perd temps toutefois, ce cœur n'est point à vendre.

Marcelle, en vain par là tu crois gagner un gendre: 20

Ta Flavie à mes yeux fait toujours même horreur.

Ton frère Marcellin peut tout sur l'Empereur;

Mon père est ton époux, et tu peux sur son âme

Ce que sur un mari doit pouvoir une femme:

Va plus outre, et par zèle ou par dextérité, 25

Joins le vouloir des Dieux à leur autorité;

Assemble leur faveur, assemble leur colère:

Pour aimer je n'écoute Empereur, Dieux, ni père;

Et je la trouverois un objet odieux

Des mains de l'Empereur, et d'un père, et des Dieux. 30

CLÉOBULE.

Quoique pour vous Marcelle ait le nom de marâtre,

Considérez, Seigneur, qu'elle vous idolâtre:

Voyez d'un œil plus sain ce que vous lui devez.

Les biens et les honneurs qu'elle vous a sauvés.

Quand Dioclétian fut maître de l'empire.... 35

PLACIDE.

Mon père étoit perdu, c'est ce que tu veux dire.

Sitôt qu'à son parti le bonheur eut manqué,

Sa tête fut proscrite, et son bien confisqué;

On vit à Marcellin sa dépouille donnée:

Il sut la racheter par ce triste hyménée[35]; 40

Et forçant son grand cœur à ce honteux lien,

Lui-même il se livra pour rançon de son bien.

Dès lors on asservit jusques à mon enfance:

De Flavie avec moi l'on conclut l'alliance,

Et depuis ce moment Marcelle a fait chez nous 45

Un destin que tout autre auroit trouvé fort doux.

La dignité du fils, comme celle du père,

Descend du haut pouvoir que lui donne ce frère;

Mais à la regarder de l'œil dont je la vois,

Ce n'est qu'un joug pompeux qu'on veut jeter sur moi. 50

On élève chez nous un trône pour sa fille;

On y sème l'éclat dont on veut qu'elle brille;

Et dans tous ces honneurs je ne vois en effet

Qu'un infâme dépôt des présents qu'on lui fait.

CLÉOBULE.

S'ils ne sont qu'un dépôt du bien qu'on lui veut faire[36], 55

Vous en êtes, Seigneur, mauvais dépositaire,

Puisqu'avec tant d'efforts on vous voit travailler

A mettre ailleurs l'éclat dont elle doit briller.

Vous aimez Théodore, et votre âme ravie

Lui veut donner ce trône élevé pour Flavie: 60

C'est là le fondement de votre aversion.

PLACIDE.

Ce n'est point un secret que cette passion:

Flavie, au lit malade, en meurt de jalousie;

Et dans l'âpre dépit dont sa mère est saisie,

Elle tonne, foudroie, et pleine de fureur, 65

Menace de tout perdre auprès de l'Empereur.

Comme de ses faveurs, je ris de sa colère:

Quoi qu'elle ait fait pour moi, quoi qu'elle puisse faire,

Le passé sur mon cœur ne peut rien obtenir,

Et je laisse au hasard le soin de l'avenir. 70

Je me plais à braver cet orgueilleux courage:

Chaque jour pour l'aigrir je vais jusqu'à l'outrage;

Son âme impérieuse et prompte à fulminer

Ne sauroit me haïr jusqu'à m'abandonner[37].

Souvent elle me flatte alors que je l'offense, 75

Et quand je l'ai poussée à quelque violence,

L'amour de sa Flavie en rompt tous les effets,

Et l'éclat s'en termine à de nouveaux bienfaits.

Je la plains toutefois; et plus à plaindre qu'elle[38],

Comme elle aime un ingrat, j'adore une cruelle, 80

Dont la rigueur la venge, et rejetant ma foi,

Me rend tous les mépris que Flavie a de moi[39].

Mon sort des deux côtés mérite qu'on le plaigne[40]:

L'une me persécute, et l'autre me dédaigne;

Je hais qui m'idolâtre, et j'aime qui me fuit, 85

Et je poursuis en vain, ainsi qu'on me poursuit.

Telle est de mon destin la fatale injustice,

Telle est la tyrannie ensemble et le caprice

Du démon aveuglé qui sans discrétion

Verse l'antipathie et l'inclination. 90

Mais puisqu'à d'autres yeux je parois trop aimable[41],

Que peut voir Théodore en moi de méprisable?

Sans doute elle aime ailleurs, et s'impute à bonheur

De préférer Didyme au fils du gouverneur.

CLÉOBULE.

Comme elle je suis né, Seigneur, dans Antioche, 95

Et par les droits du sang je lui suis assez proche;

Je connois son courage, et vous répondrai bien

Qu'étant sourde à vos vœux elle n'écoute rien,

Et que cette rigueur dont votre amour l'accuse[42]

Ne donne point ailleurs ce qu'elle vous refuse. 100

Ce malheureux rival dont vous êtes jaloux

En reçoit chaque jour plus de mépris que vous;

Mais quand même ses feux répondroient à vos flammes,

Qu'une amour mutuelle uniroit vos deux âmes,

Voyez où cette amour vous peut précipiter, 105

Quel orage sur vous elle doit exciter,

Ce que dira Valens, ce que fera Marcelle[43].

Souffrez que son parent vous die enfin pour elle[44]....

PLACIDE.

Ah! si je puis encor quelque chose sur toi,

Ne me dis rien pour elle, et dis-lui tout pour moi; 110

Dis-lui que je suis sûr des bontés de mon père,

Ou que s'il se rendoit d'une humeur trop sévère,

L'Égypte où l'on m'envoie est un asile ouvert

Pour mettre notre flamme et notre heur à couvert.

Là, saisis d'un rayon des puissances suprêmes, 115

Nous ne recevrons plus de lois que de nous-mêmes.

Quelques noires vapeurs que puissent concevoir

Et la mère et la fille ensemble au désespoir,

Tout ce qu'elles pourront enfanter de tempêtes,

Sans venir jusqu'à nous, crèvera sur leurs têtes, 120

Et nous érigerons en cet heureux séjour

De leur rage impuissante un trophée à l'amour.

Parle, parle pour moi, presse, agis, persuade:

Fais quelque chose enfin pour mon esprit malade;

Fais-lui voir mon pouvoir, fais-lui voir mon ardeur: 125

Son dédain est peut-être un effet de sa peur[45];

Et si tu lui pouvois arracher cette crainte,

Tu pourrois dissiper cette froideur contrainte,

Tu pourrois.... Mais je vois Marcelle qui survient.

SCÈNE II.

MARCELLE, PLACIDE, CLÉOBULE, STÉPHANIE.

MARCELLE.

Ce mauvais conseiller toujours vous entretient? 130

PLACIDE.

Vous dites vrai, Madame, il tâche à me surprendre;

Son conseil est mauvais, mais je sais m'en défendre.

MARCELLE.

Il vous parle d'aimer?

PLACIDE.

Contre mon sentiment.

MARCELLE.

Levez, levez le masque et parlez franchement:

De votre Théodore il est l'argent fidèle; 135

Pour vous mieux engager elle fait la cruelle,

Vous chasse en apparence, et pour vous retenir,

Par ce parent adroit vous fait entretenir.

PLACIDE.

Par ce fidèle agent elle est donc mal servie[46]:

Loin de parler pour elle, il parle pour Flavie; 140

Et ce parent adroit en matière d'amour

Agit contre son sang pour mieux faire sa cour.

C'est, Madame, en effet, le mal qu'il me conseille;

Mais j'ai le cœur trop bon pour lui prêter l'oreille.

MARCELLE.

Dites le cœur trop bas pour aimer en bon lieu. 145

PLACIDE.

L'objet où vont mes vœux seroit digne d'un dieu.

MARCELLE.

Il est digne de vous, d'une âme vile et basse.

PLACIDE.

Je fais donc seulement ce qu'il faut que je fasse.

Ne blâmez que Flavie: un cœur si bien placé

D'une âme vile et basse est trop embarrassé; 150

D'un choix qui lui fait honte il faut qu'elle s'irrite,

Et me prive d'un bien qui passe mon mérite.

MARCELLE.

Avec quelle arrogance osez-vous me parler?

PLACIDE.

Au-dessous de Flavie ainsi me ravaler,

C'est de cette arrogance un mauvais témoignage. 155

Je ne me puis, Madame, abaisser davantage.

MARCELLE.

Votre respect est rare, et fait voir clairement

Que votre humeur modeste aime l'abaissement.

Eh bien! puisqu'à présent j'en suis mieux avertie,

Il faudra satisfaire à cette modestie: 160

Avec un peu de temps nous en viendrons à bout.

PLACIDE.

Vous ne m'ôterez rien, puisque je vous dois tout.

Qui n'a que ce qu'il doit a peu de perte à faire.

MARCELLE.

Vous pourrez bientôt prendre un sentiment contraire[47].

PLACIDE.

Je n'en changerai point pour la perte d'un bien 165

Qui me rendra celui de ne vous devoir rien.

MARCELLE.

Ainsi l'ingratitude en soi-même se flatte.

Mais je saurai punir cette âme trop ingrate;

Et pour mieux abaisser vos esprits soulevés,

Je vous ôterai plus que vous ne me devez. 170

PLACIDE.

La menace est obscure; expliquez-la, de grâce.

MARCELLE.

L'effet expliquera le sens de la menace.

Tandis, souvenez-vous, malgré tous vos mépris,

Que j'ai fait ce que sont et le père et le fils:

Vous me devez l'Égypte, et Valens Antioche. 175

PLACIDE.

Nous ne vous devons rien après un tel reproche.

Un bienfait perd sa grâce à le trop publier[48]:

Qui veut qu'on s'en souvienne, il le doit oublier.

MARCELLE.

Je l'oublierois, ingrat, si pour tant de puissance

Je recevois de vous quelque reconnoissance. 180

PLACIDE.

Et je me souviendrois jusqu'aux derniers abois,

Si vous vous contentiez de ce que je vous dois.

MARCELLE.

Après tant de bienfaits, osé-je trop prétendre?

PLACIDE.

Ce ne sont plus bienfaits alors qu'on veut les vendre.

MARCELLE.

Que doit donc un grand cœur aux faveurs qu'il reçoit?

PLACIDE.

S'avouant redevable il rend tout ce qu'il doit.

MARCELLE.

Tous les ingrats en foule iront à votre école[49],

Puisqu'on y devient quitte en payant de parole.

PLACIDE.

Je vous dirai donc plus, puisque vous me pressez:

Nous ne vous devons pas tout ce que vous pensez. 190

MARCELLE.

Que seriez-vous sans moi?

PLACIDE.

Sans vous? ce que nous sommes.

Notre empereur est juste, et sait choisir les hommes;

Et mon père, après tout, ne se trouve qu'au rang

Où l'auraient mis sans vous ses vertus et son sang.

MARCELLE.

Ne vous souvient-il plus qu'on proscrivit sa tête? 195

PLACIDE.

Par là votre artifice en fit votre conquête.

MARCELLE.

Ainsi de ma faveur vous nommez les effets?

PLACIDE.

Un autre ami peut-être auroit bien fait sa paix;

Et si votre faveur pour lui s'est employée,

Par son hymen, Madame, il vous a trop payée. 200

On voit peu d'unions de deux telles moitiés;

Et la faveur à part, on sait qui vous étiez.

MARCELLE.

L'ouvrage de mes mains avoir tant d'insolence!

PLACIDE.

Elles m'ont mis trop haut pour souffrir une offense.

MARCELLE.

Quoi? vous tranchez ici du nouveau gouverneur? 205

PLACIDE.

De mon rang en tous lieux je soutiendrai l'honneur.

MARCELLE.

Considérez donc mieux quelle main vous y porte:

L'hymen seul de Flavie en est pour vous la porte.

PLACIDE.

Si je n'y puis entrer qu'acceptant cette loi,

Reprenez votre Égypte, et me laissez à moi. 210

MARCELLE.

Plus il me doit d'honneurs, plus son orgueil me brave!

PLACIDE.

Plus je reçois d'honneurs, moins je dois être esclave.

MARCELLE.

Conservez ce grand cœur, vous en aurez besoin.

PLACIDE.

Je le conserverai, Madame, avec grand soin;

Et votre grand pouvoir en chassera la vie 215

Avant que d'y surprendre aucun lieu pour Flavie.

MARCELLE.

J'en chasserai du moins l'ennemi qui me nuit.

PLACIDE.

Vous ferez peu d'effet avec beaucoup de bruit.

MARCELLE.

Je joindrai de si près l'effet à la menace,

Que sa perte aujourd'hui me quittera la place. 220

PLACIDE.

Vous perdrez aujourd'hui....

MARCELLE.

Théodore à vos yeux.

M'entendez-vous, Placide? Oui, j'en jure les Dieux

Qu'aujourd'hui mon courroux, armé contre son crime,

Au pied de leurs autels en fera ma victime.

PLACIDE.

Et je jure à vos yeux ces mêmes immortels 225

Que je la vengerai jusque sur leurs autels[50].

Je jure plus encor, que si je pouvois croire

Que vous eussiez dessein d'une action si noire,

Il n'est point de respect qui pût me retenir[51]

D'en punir la pensée et de vous prévenir; 230

Et que pour garantir une tête si chère,

Je vous irois chercher jusqu'au lit de mon père.

M'entendez-vous, Madame? Adieu: pensez-y bien;

N'épargnez pas mon sang si vous versez le sien;

Autrement ce beau sang en fera verser d'autre, 235

Et ma fureur n'est pas pour se borner au vôtre[52].

SCÈNE III.

MARCELLE, STÉPHANIE.

MARCELLE.

As-tu vu, Stéphanie, un plus farouche orgueil?

As-tu vu des mépris plus dignes du cercueil?

Et pourrois-je épargner cette insolente vie,

Si sa perte n'étoit la perte de Flavie, 240

Dont le cruel destin prend un si triste cours

Qu'aux jours de ce barbare il attache ses jours?

STÉPHANIE.

Je tremble encor de voir où sa rage l'emporte.

MARCELLE.

Ma colère en devient et plus juste et plus forte,

Et l'aveugle fureur dont ses discours sont pleins 245

Ne m'arrachera pas ma vengeance des mains.

STÉPHANIE.

Après votre vengeance appréhendez la sienne.

MARCELLE.

Qu'une indigne épouvante à présent me retienne!

De ce feu turbulent l'éclat impétueux

N'est qu'un foible avorton d'un cœur présomptueux. 250

La menace à grand bruit ne porte aucune atteinte,

Elle n'est qu'un effet d'impuissance et de crainte;

Et qui si près du mal s'amuse à menacer

Veut amollir le coup qu'il ne peut repousser.

STÉPHANIE.

Théodore vivante, il craint votre colère; 255

Mais voyez qu'il ne craint que parce qu'il espère;

Et c'est à vous, Madame, à bien considérer

Qu'il cessera de craindre en cessant d'espérer.

MARCELLE.

Si l'espoir fait sa peur, nous n'avons qu'à l'éteindre[53]:

Il cessera d'aimer aussi bien que de craindre. 260

L'amour va rarement jusque dans un tombeau

S'unir au reste affreux de l'objet le plus beau.

Hasardons; je ne vois que ce conseil à prendre.

Théodore vivante, il n'en faut rien prétendre;

Et Théodore morte, on peut encor douter 265

Quel sera le succès que tu veux redouter.

Quoi qu'il arrive enfin, de la sorte outragée,

C'est un plaisir bien doux que de se voir vengée.

Mais dis-moi, ton indice est-il bien assuré?

STÉPHANIE.

J'en réponds sur ma tête, et l'ai trop avéré. 270

MARCELLE.

Ne t'oppose donc plus à ce moment de joie

Qu'aujourd'hui par ta main le juste ciel m'envoie.

Valens vient à propos, et sur tes bons avis

Je vais forcer le père à me venger du fils.

SCÈNE IV.

VALENS, MARCELLE, PAULIN, STÉPHANIE.

MARCELLE.

Jusques à quand, Seigneur, voulez-vous qu'abusée 275

Au mépris d'un ingrat je demeure exposée,

Et qu'un fils arrogant sous votre autorité

Outrage votre femme avec impunité?

Sont-ce là les douceurs, sont-ce là les caresses

Qu'en faisoient à ma fille espérer vos promesses, 280

Et faut-il qu'un amour conçu par votre aveu

Lui coûte enfin la vie et vous touche si peu?

VALENS.

Plût aux Dieux que mon sang eût de quoi satisfaire

Et l'amour de la fille et l'espoir de la mère,

Et qu'en le répandant je lui pusse gagner 285

Ce cœur dont l'insolence ose la dédaigner!

Mais de ses volontés le ciel est le seul maître:

J'ai promis de l'amour, il le doit faire naître.

Si son ordre n'agit, l'effet ne s'en peut voir,

Et je pense être quitte y faisant mon pouvoir. 290

MARCELLE.

Faire votre pouvoir avec tant d'indulgence[54],

C'est avec son orgueil être d'intelligence;

Aussi bien que le fils, le père m'est suspect,

Et vous manquez de foi, comme lui de respect.

Ah! si vous déployiez[55] cette haute puissance 295

Que donnent aux parents les droits de la naissance....

VALENS.

Si la haine et l'amour lui doivent obéir,

Déployez-la, Madame, à le faire haïr.

Quel que soit le pouvoir d'un père en sa famille,

Puis-je plus sur mon fils que vous sur votre fille? 300

Et si vous n'en pouvez vaincre la passion[56],

Dois-je plus obtenir sur tant d'aversion[57]?

MARCELLE.

Elle tâche à se vaincre, et son cœur y succombe;

Et l'effort qu'elle y fait la jette sous la tombe.

VALENS.

Elle n'a toutefois que l'amour à dompter; 305

Et Placide bien moins se pourroit surmonter,

Puisque deux passions le font être rebelle:

L'amour pour Théodore, et la haine pour elle.

MARCELLE.

Otez-lui Théodore; et son amour dompté,

Vous dompterez sa haine avec facilité. 310

VALENS.

Pour l'ôter à Placide il faut qu'elle se donne.

Aime-t-elle quelque autre?

MARCELLE.

Elle n'aime personne.

Mais qu'importe, Seigneur, qu'elle écoute aucuns vœux?

Ce n'est pas son hymen, c'est sa mort que je veux.

VALENS.

Quoi, Madame? abuser ainsi de ma puissance! 315

A votre passion immoler l'innocence!

Les Dieux m'en puniroient.

MARCELLE.

Trouvent-ils innocents

Ceux dont l'impiété leur refuse l'encens?

Prenez leur intérêt: Théodore est chrétienne:

C'est la cause des Dieux, et ce n'est plus la mienne. 320

VALENS.

Souvent la calomnie....

MARCELLE.

Il n'en faut plus parler,

Si vous vous préparez à le dissimuler.

Devenez protecteur de cette secte impie

Que l'Empereur jamais ne crut digne de vie;

Vous pouvez en ces lieux vous en faire l'appui[58]; 325

Mais songez qu'il me reste un frère auprès de lui[59].

VALENS.

Sans en importuner l'autorité suprême,

Si je vous suis suspect, n'en croyez que vous-même:

Agissez en ma place, et faites-la venir[60];

Quand vous la convaincrez, je saurai la punir; 330

Et vous reconnoîtrez que dans le fond de l'âme

Je prends comme je dois l'intérêt d'une femme.

MARCELLE.

Puisque vous le voulez, j'oserai la mander:

Allez-y, Stéphanie, allez sans plus tarder.

(Stéphanie s'en va, et Marcelle continue à parler à Valens.)

Et si l'on m'a flattée avec un faux indice, 335

Je vous irai moi-même en demander justice.

VALENS.

N'oubliez pas alors que je la dois à tous,

Et même à Théodore, aussi bien comme à vous.

MARCELLE.

N'oubliez pas non plus quelle est votre promesse.

(Valens s'en va, et Marcelle continue.)

Il est temps que Flavie ait part à l'allégresse: 340

Avec cette espérance allons la soulager.

Et vous, Dieux, qu'avec moi j'entreprends de venger,

Agréez ma victime, et pour finir ma peine,

Jetez un peu d'amour où règne tant de haine;

Ou si c'est trop pour nous qu'il soupire à son tour[61], 345

Jetez un peu de haine où règne tant d'amour.

FIN DU PREMIER ACTE

[32] _Var._ Moi-même elle m'embrasse, et me vient de donner.

(1646-56)

[33] _Var._ Et si de cet espoir je voulois me flatter,

Par de moindres degrés on en voit y monter.

Mais je tiens ces honneurs à titre d'infamie. (1646-56)

[34] _Var._ Et leur plus doux appas n'a pour moi que rigueur.

(1646-56)

[35] _Var._ Il en rompit le coup par ce triste hyménée;

Et par raison d'État il sut, dans son malheur,

Se racheter du frère en épousant la sœur. (1646-56)

[36] _Var._ S'ils ne sont qu'un dépôt des biens qu'on lui veut

faire. (1646-56)

[37] _Var._ Ne me sauroit haïr jusqu'à m'abandonner. (1646-56)

[38] _Var._ Je la plains, sa Flavie; et plus à plaindre qu'elle.

(1646-64)

[39] _Var._ Me rend tous les mépris qu'elle reçoit de moi.

(1646-64)

[40] _Var._ Ainsi par toutes deux mon sort me persécute:

L'une me sollicite, et l'autre me rebute. (1646-56)

[41] _Var._ Mais que voit Théodore en moi de méprisable?

Puisqu'on m'adore ailleurs, encor dois-je être aimable.

Elle aime, elle aime un autre, et s'impute à bonheur. (1646-56)

[42] _Var._ Et que dans la rigueur dont votre amour l'accuse,

Personne n'obtiendra ce qu'elle vous refuse.

Ce rival malheureux dont vous êtes jaloux

En est encor, Seigneur, plus maltraité que vous. (1646-56)

[43] _Var._ Que dira votre père, et que fera Marcelle?

De grâce, permettez que je parle pour elle.... (1646-56)

[44] _Var._ Souffrez que son parent vous dise enfin pour elle....

(1660)

[45] _Var._Dissipe ses frayeurs, tu vaincras sa froideur.

CLÉOB. Je parlerai, Seigneur, quoique sans espérance

De pouvoir l'arracher de son indifférence.

Son cœur trop résolu.... Mais Marcelle survient. (1646-56)

[46] _Var._ Il m'entretient donc mal, au gré de son envie:

Au lieu de Théodore, il parle pour Flavie;

Et mauvais conseiller en matière d'amour,

Il fait contre son sang pour mieux faire sa cour. (1646-56)

[47] _Var._ Nous vous verrons bientôt d'un sentiment contraire.

PLAC. Je n'en saurois changer pour la perte d'un bien. (1646-56)

[48] «Racine a imité heureusement ce vers dans _Iphigénie_ (acte

IV, scène VI):

Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense.»

(_Voltaire_, qui dans sa première édition donne _tient_, au lieu

de _tint_.)

[49] _Var._ Les ingrats à la foule iront à votre école. (1646-56)

[50] _Var._ Que je la vengerai jusque sur les autels. (1652-56)

[51] _Var._ Il n'est point de respect qui me pût retenir.

(1646-56)

[52] _Var._ Et ma fureur n'est pas pour s'arrêter au vôtre.

(1646-56)

[53] _Var._ L'espoir nourrit sa flamme, et venant à s'éteindre,

Il peut cesser d'aimer aussi bien que de craindre;

Et l'amour rarement passe dans un tombeau,

Qui ne laisse aucun charme à l'objet le plus beau. (1646-56)

[54] _Var._ Faire votre devoir avec tant d'indulgence. (1655)

[55] L'édition de 1654 porte seule _déployez_, sans _i_.

[56] _Var._ Et si vous ne pouvez vaincre sa passion. (1646-64)

[57] _Var._ Dois-je plus obtenir sur son aversion? (1646-56)

[58] _Var._ Mais gardez d'oublier, vous faisant leur appui,

Qu'il me demeure encore un frère auprès de lui. (1646-56)

[59] _Var._ Mais sachez qu'il me reste un frère auprès de lui.

(1660-64)

[60] _Var._ Agissez en ma place, et la faites venir. (1646-56)

[61] _Var._ Ou si c'est trop pour moi qu'il soupire à son tour.

(1646-56)

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE.

THÉODORE, CLÉOBULE, STÉPHANIE.

STÉPHANIE.

Marcelle n'est pas loin, et je me persuade

Que son amour l'attache auprès de sa malade;

Mais je vais l'avertir que vous êtes ici.

THÉODORE.

Vous m'obligerez fort d'en prendre le souci, 350

Et de lui témoigner avec quelle franchise

A ses commandements vous me voyez soumise.

STÉPHANIE.

Dans un moment ou deux vous la verrez venir.

SCÈNE II.

CLÉOBULE, THÉODORE.

CLÉOBULE.

Tandis, permettez-moi de vous entretenir,

Et de blâmer un peu cette vertu farouche, 355

Cette insensible humeur qu'aucun objet ne touche,

D'où naissent tant de feux sans pouvoir l'enflammer,

Et qui semble haïr quiconque l'ose aimer.

Je veux bien avec vous que dessous votre empire

Toute notre jeunesse en vain brûle et soupire; 360

J'approuve les mépris que vous rendez à tous:

Le ciel n'en a point fait qui soient dignes de vous;

Mais je ne puis souffrir que la grandeur romaine

S'abaissant à vos pieds ait part à cette haine,

Et que vous égaliez par vos durs traitements[62] 365

Ces maîtres de la terre aux vulgaires amants.

Quoiqu'une âpre vertu du nom d'amour s'irrite,

Elle trouve sa gloire à céder au mérite;

Et sa sévérité ne lui fait point de lois

Qu'elle n'aime à briser pour un illustre choix. 370

Voyez ce qu'est Valens, voyez ce qu'est Placide,

Voyez sur quels États l'un et l'autre préside,

Où le père et le fils peuvent un jour régner,

Et cessez d'être aveugle et de le dédaigner.

THÉODORE.

Je ne suis point aveugle, et vois ce qu'est un homme 375

Qu'élèvent la naissance, et la fortune, et Rome:

Je rends ce que je dois à l'éclat de son sang,

J'honore son mérite et respecte son rang;

Mais vous connoissez mal cette vertu farouche

De vouloir qu'aujourd'hui l'ambition la touche, 380

Et qu'une âme insensible aux plus saintes ardeurs

Cède honteusement à l'éclat des grandeurs.

Si cette fermeté dont elle est ennoblie

Par quelques traits d'amour pouvoit être affoiblie,

Mon cœur, plus incapable encor de vanité, 385

Ne feroit point de choix que dans l'égalité;

Et rendant aux grandeurs un respect légitime,

J'honorerois Placide, et j'aimerois Didyme.

CLÉOBULE.

Didyme, que sur tous[63] vous semblez dédaigner!

THÉODORE.

Didyme, que sur tous je tâche d'éloigner, 390

Et qui verroit bientôt sa flamme couronnée

Si mon âme à mes sens étoit abandonnée,

Et se laissoit conduire à ces impressions

Que forment en naissant les belles passions.

Comme cet avantage est digne qu'on le craigne[64], 395

Plus je penche à l'aimer et plus je le dédaigne,

Et m'arme d'autant plus que mon cœur en secret

Voudroit s'en laisser vaincre, et combat à regret.

Je me fais tant d'effort lorsque je le méprise,

Que par mes propres sens je crains d'être surprise: 400

J'en crains une révolte, et que las d'obéir,

Comme je les trahis, ils ne m'osent trahir.

Voilà, pour vous montrer mon âme toute nue,

Ce qui m'a fait bannir Didyme de ma vue:

Je crains d'en recevoir quelque coup d'œil fatal, 405

Et chasse un ennemi dont je me défends mal.

Voilà quelle je suis et quelle je veux être;

La raison quelque jour s'en fera mieux connoître:

Nommez-la cependant vertu, caprice, orgueil,

Ce dessein me suivra jusque dans le cercueil. 410

CLÉOBULE.

Il peut vous y pousser si vous n'y prenez garde:

D'un œil envenimé Marcelle vous regarde;

Et se prenant à vous du mauvais traitement

Que sa fille à ses yeux reçoit de votre amant,

Sa jalouse fureur ne peut être assouvie 415

A moins de votre sang, à moins de votre vie;

Ce n'est plus en secret que frémit son courroux[65],

Elle en parle tout haut, elle s'en vante à nous,

Elle en jure les Dieux; et, ce que j'appréhende,

Pour ce triste sujet sans doute elle vous mande. 420

Dans un péril si grand faites un protecteur.

THÉODORE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 05 · 第 1 / 36 段