On a même dit en français _surgeons_, tantôt pour ces rejetons qui
naissent au pied des arbres, tantôt pour un petit ruisseau qui vient de
_sourdre_ de la terre; et _surgir_, qui est pris pour _sourdre_, avec un
peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:
Après vous _surgirez_ dedans l'île déserte
D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
D'oiseaux qui ont la plume à pointe comme espics,
Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.
Mais s'il est vrai que cette origine soit à-peu-près incontestable, il
n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifié
jusqu'à un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-être
malheureux qu'elle vieillisse négligée, car elle est significative et
utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de _Daphnis et Chloé_, et
cet exemple en déterminera le sens:
«Il y avoit, dit-il, en ce quartier-là une caverne que l'on appelait _la
Caverne des Nymphes_, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de
laquelle _sourdoit_ une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit
arrouzé le beau pré verdoyant».
M. Mercier a cru mal-à-propos que ce mot faisait _sourdir_ à
l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir
quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes,
durement séparées par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que
le mot _sourdre_ doit son harmonie pittoresque.
* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un
peu frémissant, qui est produit par un corps très-réfractaire, attaqué
avec la lime ou avec la scie.
Ce mot expressif et vrai, heureusement formé du _stridere_ des Latins,
n'a point encore été admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne
pourrait qu'enrichir.
STRIE. C'est une espèce de sillon profond, gravé difficilement dans un
corps dur, ce qui est marqué par sa construction rude et _stridente_.
Cette expression est propre à l'Histoire naturelle descriptive.
SUCER. Onomatopée préférable au _sugere_ des Latins dont elle a été
formée, avec un changement pris dans le son radical.
C'est le _saugen_ des Allemands, le _sycan_, le _sugan_, le _succan_, le
_sucian_ des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le _zuigen_ des
Flamands, le _suck_ des Anglais, le _suga_ des Suédois, le _succhiare_
des Italiens.
Skinner rapporte toutes ces étymologies au vieux Sarmate _cic_, qui
signifiait mammelle, et dont le type naturel est le même.
SUC, c'est la substance qu'on extrait des corps par la _succion_.
SUCRE, est le nom d'une production végétale qu'on tire des fruits par le
même procédé. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie,
appellent le sucre _zucchero_, et les Arabes _sucar_.
* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois
substantifs et ce verbe qui sont peut-être des latinismes assez heureux,
pour exprimer le frémissement des feuillages et le murmure des roseaux
émus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces idées que des mots trop
généraux et des images trop vagues.
Un de nos Lexicographes dit _susurre_, qui est construit sur le mot
_murmure_ avec lequel il a tant de rapports. _Susurration_ est plus
conforme au type latin, et _susurrement_ à l'esprit de notre Langue;
mais il n'est donné qu'à nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions
agréables, et d'en fixer l'emploi.
T
TACT. Le mot factice _tac_ fut inventé pour exprimer le bruit des corps
durs et secs qui frappent les uns sur les autres.
TIC TAC, eut une signification analogue, et marqua un battement, un
mouvement réitéré, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier
d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du coeur. Regnier
l'emploie pour représenter les coups que se donnent dans leur lutte
grossière les personnages de son souper ridicule:
Ainsi ces gens à se piquer ardens
S'en vinrent du parler à _tic tac_, torche lorgne;
Qui casse le museau, qui son rival éborgne;
Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.
TIC, maladie de cheval, est une Onomatopée, selon Ménage, parce que le
cheval qui a le _tic_, reproduit ce bruit en frappant de sa tête contre
sa mangeoire; et je crois que _tic_, dans le sens de caprice ou de
manie, en est une acception figurée.
TIQUETÉ, s'est dit d'un corps taché de petits points, imprimés comme au
hasard, et semblables aux meurtrissures qui résulteraient de petits
coups dont ce mot rappelle le bruit.
_Taquer_ ou _Toquer_, qui sont des mots populaires, ont été formés
d'après cette racine, et le mot _tact_ en est pris avec une grande
extension, pour désigner tout ce qui a rapport à l'action du toucher.
TÂTER, TÂTONNER, À TÂTONS, et autres termes de la même famille, n'ont
pas une autre origine, et ont été construits, soit dans notre Langue,
soit dans celles qui en offrent les équivalens, d'après le son naturel.
TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'étymologie de ce mot, qui est
prise dans le bruit de l'étoffe qu'il désigne. _Dixose assi_, dit
Covarruvias, _del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando
el _tiftaf_, par la figura onomatopeia_. On a même écrit autrefois
_taffetaf_, comme dans ce passage de _la grande nef des Fous du monde_:
Les bourses comme pannetières, les ceintures de _taffetaf_, etc.
En italien, c'est _taffeta_, en espagnol _taffatan_, en grec moderne,
_taphata_. Ménage prétend que _taffata_ se retrouve dans la basse
latinité, et Ducange y a vu _taffetas_ et _taffetin_.
TAMBOUR. Chez les Latins _tympanum_, et dans la basse latinité _tabur_,
_taburcium_ et _tamburlum_; en arabe _tabal_ et _tambor_, en italien et
en espagnol _tamburro_; en allemand _trommel_, et l'homme qui bat la
caisse _tambour_; en vieux français _tabur_, _thabur_, _tabor_ et
_tabour_, d'où _taborer_ et _tabourner_. Rabelais et Regnier disent
_tabouriner_, et le peuple _tambouriner_.
Ces mots sont faits du bruit éclatant de la caisse, et en général des
bruits très-retentissans.
De la même racine, on avait tiré dans le vieux langage les mots _tabut_
et _tambusteis_ qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant
comme celui de la caisse.
TARABUSTER, en est une dérivation figurée.
TAMPON. On appelle _tampon_ ce qui sert à boucher un vaisseau, parce
qu'en enfonçant le _tampon_, on excite un bruit dont ce nom paraît
formé.
Les Latins ont dit _tappus_ dans la même signification, les Italiens
_zaffo_, les Anglais et les Allemands _tap_.
TAPE, TAPER, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du
même son naturel.
SE TAPIR dans une place étroite, y demeurer en _tapinois_, c'est s'y
tenir caché, serré, et en quelque sorte adhérent comme un _tampon_.
TAPON, est un mot très-bas qui se dit d'un paquet pressé, contenu, ou
_tapi_ dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie
un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empêcher l'eau d'y
pénétrer.
TAUPIN, est le nom français d'un insecte dont le thorax est armé d'un
ressort au moyen duquel il saute sur lui-même avec bruit.
ÉTOUPE, fait du latin _stuppa_ ou du celtique _stoup_, qui est le _topp_
de Davies, pourrait se rapporter à cette Onomatopée, parce que les
_tampons_ sont ordinairement d'_étoupes_.
TAN. Ce mot désigne une poudre menue d'écorce de chêne, battue dans de
gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit
qu'il exprime.
TAON. Le vol bruyant du _taon_ était assez bien représenté par ce nom
que la nouvelle prononciation a dénaturée. L'Onomatopée s'est conservée
dans le langage du peuple qui dit _tavon_ ou _tavan_. Je ne doute pas
que la même aphérèse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot
_paon_, formé du _pavo_ des Latins, qui l'était du cri naturel de cet
oiseau.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois _tahon_, qui se lit
dans ces vers de Christian de Troyes:
Toujours doit li fumier puir,
Et _tahons_ poindre, et maloz bruire,
Envious, envier et nuire.
Ménage fait _hanneton_ de _tabanus_, qui est le nom latin du _taon_, par
un procédé bien bizarre. De _tabanus_, _tavanus_, _tavanettus_,
_vanettus_, _vanetto_, _vanetonne_, _nanettone_, _hanneton_. Je crois
qu'on peut établir, sans insulter à la mémoire de ce savant laborieux,
qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces étymologies arbitraires dont
la filiation ne repose que sur des intermédiaires factices. Si hanneton
n'est pas fait d'_alis tonans_, c'est peut-être une Onomatopée.
TARABAT. Instrument bruyant qui servait à appeler les Religieux aux
Offices nocturnes.
Les Grecs ont dit _thorubein_, pour, faire du bruit, et _thorubos_,
pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais été aperçue.
TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a été fait
d'après son chant; mais la variété de ses modulations a dû déterminer un
grand nombre d'Onomatopées. En effet, les Grecs l'ont nommé _thraupis_,
les Allemands _zinsle_, _zeizel_, _zyséle_, _zyschen_, _zeisich_, les
Polonais _csiseck_, les Illyriens _csisz_, et les Anglais _siskin_. Nous
l'appelons vulgairement _scenicle_, _cinit_, _cerizin_.
Tous ces mots, quoiqu'étrangers les uns aux autres, ont une racine
naturelle.
TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action
produit un bruit dont le mot qui la désigne est emprunté.
TETTE, qui n'est plus d'usage, mais dont les équivalens ont la même
racine, et qui signifie l'endroit par où les animaux nourrissent leurs
petits, s'est dit en grec _titthos_ et _titthion_; en latin _tetta_; en
allemand _titte_; en anglo-saxon _tit_, _titt_ ou _tytt_; en Langue
franque _tuito_; en anglais _teat_, et en espagnol _teta_. On m'assure
que le syrien et le chaldéen _thad_ expriment la même idée; et dans la
partie de ma préface où j'ai démontré que les premiers rapports de
l'enfant et de la mère, c'est-à-dire, l'action de _teter_, ont eu dans
le langage une racine commune avec les premiers rapports de parenté,
j'ai fait sur la forme hiéroglyphique, et sur le son imitatif du _thêta_
des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande à
l'attention du Lecteur.
TIMBALES. _Tabala_ était, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et
suivant Hésichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est
_tablon_ en arabe, _tympanon_ en grec, et _tympanum_ en latin.
Il paraît que cet instrument s'est d'abord appelé _timbre_, et qu'il en
est question sous ce nom dans _Perceval_ et dans ces vers du _roman de
la Rose_:
Cil fleues court si joliement,
Et maine si grand dissonent,
Qu'il résonne, tabourne et _timbre_
Plus souef que tabour ne _timbre_.
TIMBRE, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un
métal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tiré de
la même racine.
TIMPAN, est le nom qu'on a donné à cette partie de l'oreille qui reçoit
les impressions de l'air agité, et qui cause le sentiment de l'ouïe,
parce qu'elle est comme une espèce de tambour sur lequel les bruits
extérieurs viennent agir.
TIMPANON, sorte d'instrument de Musique, monté avec des cordes de laiton
qui vibrent sous de petites baguettes, présente le type grec sans aucun
changement.
On appliquera facilement aux autres expressions de la même famille les
observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles
représentent aient été dénommés d'après le bruit qu'ils rendent, soit
que leurs qualifications aient été déterminées par de simples analogies,
comme cela a lieu dans le verbe _timpaniser_, qui se dit pour, blâmer
hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque
manière, divulguées au son du tambour.
TINTEMENT, TINTER. Onomatopées du son de la cloche, qui avaient
d'heureux équivalens dans le _tinnitus_ et le _tintinnire_ des Latins.
Ils avaient aussi appelé _tintinnabulum_ la petite clochette qui rend un
bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de goût, ce me semble:
_auris tintinnat tintinnabulum_.
TINTEMENT, ou TINTOUIN, se disent indistinctement d'un battement
importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au _tintement_ de la
cloche. Nicod en explique assez bien l'extension métaphorique.
«_Tintouin_, dit-il, est un nom imité du chifflement qui se fait aux
ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de
_tinter_; et parce que tel _tintouin_ empêche le repos de la personne,
on l'usurpe aussi par métaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit
et fatigation de l'entendement».
TINTAMARRE, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand
ils frappent sur leur _marre_, qui est un instrument de labour, pour
avertir ceux qui sont éloignés, de quitter leur besogne, et que midi est
sonné. Quoi qu'il en soit de cette désinence parasite, il ne peut y
avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le
caractère de sa racine, qui est bien évidemment prise dans le son
naturel.
TOCSIN. Ce mot vient de _toquer_, _frapper_, et de _sing_, qui
signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans
le Pontifical.
En quelques lieux, on appelle encore petit _sing_ les petites cloches.
Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les _sings_
sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.
_Tocsin_, est donc composé d'un son naturel et d'un son abstrait, à
supposer que _sing_ lui-même ne soit pas une Onomatopée ancienne.
Rabelais a écrit _toquesing_ au chapitre 66 du livre IV de _Pantagruel_.
TONNER, TONNERRE. Ce météore terrible a fourni des Onomatopées à tous
les peuples. C'est une des premières catastrophes naturelles qui aient
dû frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas étonnant qu'il ait
cherché à le représenter par un concours de sons éclatans. Dans notre
Langue même où cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup
d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du _tonnerre_ est formé
d'une syllabe très-sonore, alongée d'une terminaison roulante.
Les Celtes ont dit _tonitru_, les Latins _tonitruum_, et leur
prononciation donnait à ce mot une harmonie sourde et retentissante
comme les _grondemens_ de la foudre dans les échos; les Italiens
_tuono_, les Espagnols _tronido_, les Anglais _thunder_, et les
Allemands _donner_.
Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes
humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des
approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des
différens noms par lesquels ils l'ont caractérisé, soit le plus grave de
tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots
_son_ et _ton_, le signe général de tous les bruits, de toutes leurs
modifications et de tous leurs effets.
TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau très-impétueux, effet que l'auteur
d'un roman moderne a cherché à rendre dans ce passage, qui ne me paraît
pas tout-à-fait dépourvu d'harmonie.
«Après des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous
les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes
avec le bruit de la foudre, s'élance furieux dans la plaine, la remplit
d'épouvante et de désastres, brise, envahit, dévore tout ce qui
contrarie son passage; et, chargé d'arbres déracinés, de rocs et de
décombres, il roule et se précipite en grondant dans la Salza».
_Torrent_ se dit _strumor_ en Langue gallique, et se trouve ainsi
exprimé dans des fragmens d'anciennes poésies, attribuées à Ossian.
* TOURDE. En vieux français _tourd_. C'est un nom qu'on donne à la grive
dans quelques provinces, et que les Étymologistes disent fait par
Onomatopée.
Le mot _twrdd_ a désigné en celtique, suivant M. Court de Gébelin, le
chant bruyant de certains oiseaux, et, en général, les bruits tumultueux
et fatigans.
ÉTOURDIR, rompre la tête à quelqu'un à force de criailleries, est
construit sur cette racine.
TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hébreu _thor_; dans presque toutes les
Langues orientales _tur_; en latin _turtur_, prononcé _tourtour_; en
italien _tortora_, _tortorello_, _tortorella_; en espagnol _tortola_; en
anglais _turtledove_; en allemand _turteltaube_; en celtique _turzunel_;
en vieux français _tourte_ et _tourtre_.
Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des
Onomatopées très-heureuses du roucoulement des _tourterelles_.
TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en _toussant_.
Le _husten_ des Allemands, et le _cough_ des Anglais, pour être d'une
construction différente, n'en sont pas moins des Onomatopées
incontestables.
TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit
violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils
diffèrent de cette dernière espèce d'expression et quant au sens et
quant à la racine, en ce que l'idée de fracas emporte celle de rupture
et de brisement, qui n'est point inhérente à celle-ci.
Nicod prétend fort mal-à-propos, selon moi, que _tracas_ vient de _trac_
ou _trace_, _comme qui dirait aller çà et là, errer par les voies_.
Quoique ce terme et ses dérivés ne soient guère d'usage que dans des
acceptions figurées, ils sont sensiblement tirés d'un son naturel, et on
appelle encore très-bassement dans la Langue du peuple, du nom de
_tracas_, une chaussure lourde et grossière, qui cause un bruit
désagréable quand on marche.
On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la
dénomination triviale dont je parle a le même rapport avec le mot
_tracasser_ que _savate_ son synonyme avec le mot _sabat_, qui se prend
dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. _Sabata_ se dit en
celtique, pour, faire du bruit ou crier à pleine voix. _Sabot_
dériverait de la même racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par
extension, le nom de l'ongle de certains animaux.
TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille,
caractérise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est
marqué par le bruit naturel dont ils dérivent.
Les dents serrées convulsivement dans le frémissement du froid, de la
fièvre et de la peur, laissent échapper un son dur et roulant dont on a
fait _transir_, engourdir, pénétrer de froid,
TERREUR, sentiment de crainte causé par la présence d'un objet
épouvantable,
TREMBLEMENT, frissonnement véhément et universel,
TREMBLER, frissonner avec force par tout le corps,
TREMBLOTER, qui en est le diminutif,
TREMBLE, arbre ainsi nommé, parce que ses feuilles _tremblent_ et
s'agitent au moindre vent,