TRÉMOUSSEMENT, SE TRÉMOUSSER,

TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR, qui expriment de petites émotions, de

faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.

TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son

acception figurée, c'est-à-dire, pour signifier l'intelligence d'un

état, d'un métier, le secret d'un négoce, le cours des affaires de

commerce et d'industrie.

Quelques-uns prétendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor

des chasseurs, sens auquel il est employé dans la _vénerie_ de

Dufouilloux, de sorte que ce serait une métaphore tirée de la conduite

de la chasse.

D'autres avancent que cette façon de parler vient du bruit des violons

qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par _trantran_; et alors ce

serait une métaphore tirée de l'accord et de l'harmonie de la musique.

TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trémie,

pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.

TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les dés

dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime

admirablement dans ces vers:

J'entends ce jeu bruyant où le cornet en main,

L'adroit joueur calcule un hasard incertain.

Chacun sur le damier fixe[6] d'un oeil avide

Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.

Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;

Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l'espoir,

Battu, chassé, repris, de sa prison sonore

Le déz avec fracas part, rentre, part encore.

Il court, roule, s'abat.

Dumarsais croit que ce jeu s'est appelé autrefois _tictac_, et il est

encore désigné de cette manière par les Allemands et les Anglais.

* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit

dont le mot _trinquer_ est formé par Onomatopée.

Les Allemands s'en sont emparés, en lui donnant quelque extension, pour

représenter l'action de boire elle-même. Ils disent _trincken_, les

Flamands _drincken_, et les Italiens _trincare_.

TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinité _trumpa_; en italien _tromba_

et _trombetta_; en anglais _trumpet_; en allemand _trompete_.

Il était inutile de chercher l'étymologie du mot _trompette_ dans ces

différentes Langues, comme l'a fait Ménage, ou il fallait remonter du

moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.

«_Trompe_, dit le père Labbe, _tromper_, _trompette_, _trompetter_,

viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse _trom,

trom, trom_, et non pas de _tuba_, ni du _taratantara_ du bon Ennius

qu'il avait formé sur le son clair et gaillard des clairons et de la

doucine».

TROMBONNE, est le nom italien actuellement francisé d'un instrument que

nous avons d'abord nommé _trombon_.

TROT, TROTTER. Le mot _trot_ représente à l'oreille comme à la pensée

l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec

raison que Pasquier le dérive, par Onomatopée, du bruit que font les

animaux en _trottant_.

De la même racine vinrent le celtique _troad_ qui signifie _pied_, et le

celtique _trotta_ qui signifie _trotter_.

Je ne sais où M. Court de Gébelin a lu _trul_, qui se disait pour,

_aller_ ou _courir çà et là_, et dont viendrait le mot populaire

_trauler_.

TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nommé _turlut_

en raison de son chant dont ce mot est l'expression.

TIRELIRE, est une autre Onomatopée construite pour représenter le même

bruit naturel, comme _turelure_ et _turelurelu_ pour imiter le son de la

flûte. «Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une poésie telle

que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels,

seraient insupportables dans un poème sérieux. Virgile n'a eu garde

d'employer le _taratantara_ d'Ennius. Un Merlin Coccaïe, un Arena, un

Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a semblé, toutes sortes

de voix dans leurs macaronées, mais on ne saurait pardonner à Dubartas

sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du

cinquième livre de sa Semaine»:

La gentille alouette avec son _tire lire_

Tire l'ire à l'iré, et _tirelirant_ tire

Vers la voûte du Ciel, puis son vol vers ce lieu

Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.

Il faut dire à l'honneur du siècle de Dubartas que ces vers parurent

déjà très-misérables de son temps, car je les lis ainsi corrigés, mais

non pas beaucoup meilleurs dans l'édition que je consulte.

La gentille alouette avec son _tire lire_

Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire

Vers le pole brillant, plus d'un plumage las

Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.

C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction

latine, intitulée _Beresithias_:

_Dulcis alauda suo _tire liro_ consonna tollit

Iratis iras, saevamque extrudit Erymnin

Flammicomum tractuque polum levis involat uno

Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt

Corpora demittit terrae._

Baptiste Mantouan a cherché à exprimer la même chose dans ce passage de

ses poésies, et y a sans doute mieux réussi que ses rivaux, sans

recourir au même procédé:

_Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda

Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro

Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet._

Ronsard a fait usage aussi du mot _tire lire_ dans une piece de ses

_Gaîtés_, intitulée l'_Alouette_, et c'est peut-être la seule tache

qu'il y ait dans ce morceau charmant:

Hé Ciel que je porte d'envie

Aux plaisirs de ta douce vie.

Alouette qui de l'amour

Dégoises dès le point du jour,

Secouant en l'air la rosée

Dont ta plume est toute arrousée!

Devant que Phébus soit levé

Tu enlèves ton corps lavé

Pour l'essuyer près de la nue.

Trémoussant d'une aile menue,

Et te sourdant à petits bonds,

Tu dis en l'air de si doux sons

Composés de ta _tirelire_,

Qu'il n'est amant qui ne desire,

T'oyant chanter au renouveau

Comme toi devenir oiseau.

Quand ton chant t'a bien amusée,

De l'air tu tombes en fusée

Qu'une jeune pucelle au soir

De sa quenouille laisse cheoir,

Quand au fouyer elle sommeille

Frappant son sein de son oreille:

Ou bien quand en filant le jour

Void celuy qui luy fait l'amour

Venir près d'elle à l'impourveüe,

De honte elle abaisse la veue,

Et son tors fuseau délié

Loin de sa main roule à son pié.

Cet épisode de la fileuse est d'un goût absolument antique, et un des

plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait

que de pareils vers, la postérité lui aurait peut-être confirmé jusqu'à

un certain point ces titres pompeux de _Prince des Poètes_, et

d'_Apollon de la source des Muses_, qu'on lui a donnés de son temps.

V

* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent

de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif _vagissement_

sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable,

écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot

_vagissement_, dérivé du latin _vagitus_, aurait très-bien exprimé le

cri des enfans au berceau.

»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour

faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le

reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que

_mugissement_. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien

longue périphrase».

Le verbe _vagir_, qui est fait du substantif, comme de _mugissement_ et

_rugissement_ sont faits _mugir_ et _rugir_, et dont la construction

est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est

sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à

la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le

privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de _vagir_ une

seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».

VAGUES, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce

que le bruit qui s'en élève ressemble à un long _vagissement_. En

allemand _wage_, _woge_; en gothique _wego_; en anglo-saxon _waeg_; en

islandais _vag_.

VIOLON. Je crois devoir rapporter à propos de ce mot les raisons

ingénieuses qu'emploie M. Court de Gébelin pour en faire remonter

l'origine au son naturel. «Le mot _violon_, dit-il, désigne un

instrument à cordes qu'on fait résonner avec un archet. Mais quelle est

l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les

Étymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol _biolone_,

ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vînt par

l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile à prouver.

»Ce nom tient à ceux de quelques autres instrumens appelés _viole_,

basse _de viole_, _violoncelle_, etc.

»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée, n'est-ce pas celui d'un

instrument de musique? Ils ont un son à eux, un son déterminé et

constant, un son propre à les distinguer de tout autre. Ce son dut

devenir leur nom dès l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre à

jamais cette origine de vue, dès qu'on eut perdu de vue les origines de

la Langue qu'on parlait, et les révolutions de la nation dont on faisait

partie.

»Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la

tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on

peint le coup qui les fait retentir.

»Dans les instrumens à cordes, on avait à peindre des sons d'une toute

autre espèce, des sons aigus et sifflans, grêles en quelque sorte; on

eut donc recours, pour les peindre, à la voyelle _i_, dont le son grêle,

aigu et sifflant se met si bien à l'unisson de ces instrumens, et qui,

associée au son _o_, sert également à peindre cette joie et cette gaîté

qu'accompagne et qu'inspire dans les fêtes le son des instrumens. On dit

donc _viole_, _violon_ par le même sentiment qu'on disait ioh! ioh! et

qu'on fit en _iol_ et en _jol_ les mots celtes, theutons, basques, etc.

qui peignent la joie et le plaisir.

»C'est de ce mot que les Latins firent également celui de _fides_, qui

désigna les instrumens à cordes, et qui forma le diminutif _fidicula_,

petit instrument à cordes; tandis qu'en le prononçant en _v_, ils en

firent _vitula_, 1º. la déesse de la joie; 2º. en latin barbare, cet

instrument dont nous avons altéré le nom en celui de _vielle_.

»Ils en firent encore

»_Vitulari_, se réjouir, folâtrer,

»_Vitellianae_, tablettes sur lesquelles on écrivait des choses gaies».

VÎTE, VÎTESSE. Le mot _vîte_ est peut-être l'imitation du souffle,

accéléré par la promptitude de la marche.

Les Latins n'en auraient-ils pas fait _festinare_, se hâter? En

anglo-saxon, _hwato_ signifie alerte, prompt, et _hwetan_, exciter,

animer.

Z

ZESTE. C'est une zône très-mince qu'on enlève de la peau d'une orange,

en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le

petit bruit qui en résulte a motivé cette dénomination qu'on a étendue

depuis à d'autres acceptions, tant propres que figurées.

ZIGZAG. Ce sont, suivant Ménage, des tringlettes croisées en losange les

unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert

pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux élevés.

Poisson a composé une petite comédie intitulée le _Zigzag_, où Octave

donne une lettre à Isabelle, qui était à la fenêtre d'un logis.

Mon _zigzag_ fera son office;

Ce mot de lettre mis au bout

Instruit Isabelle de tout.

Ménage reconnaît que ce mot a été fait par Onomatopée.

Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises · 第 21 / 38 题