De tous les sauvages de l’ouest des montagnes, les _Corbeaux_ sont sans

contredit les plus adroits, les plus polis et les plus avides

d’instruction; ils professent beaucoup d’amitié et une grande admiration

pour les peuples civilisés. Ils me firent mille questions; entre autres

ils voulurent savoir quel est le nombre des blancs. «Comptez, leur

répondis-je, les brins d’herbe de vos immenses plaines, et vous saurez à

peu près ce que vous désirez connaître.» Tous se mirent à rire, en

disant que la chose était impossible; mais ils comprirent ma pensée

lorsque je leur expliquai la grandeur des _villages_ des blancs

(New-York, Philadelphie, Londres, Paris), la multitude de ces grandes

loges de pierres (maisons), serrées comme les doigts de la main et

entassés (par étages) jusqu’à quatre ou cinq les unes au-dessus des

autres; quand je leur appris que quelques-unes de ces loges (en parlant

des églises et des tours) étaient aussi hautes que des collines et assez

vastes pour contenir tous les _Corbeaux_ réunis, que dans la _loge du

Conseil_ (le capitole de Washington) tous les grands chefs de l’univers

pourraient fumer le calumet à leur aise et sans se gêner, que les

chemins de ces grands villages étaient toujours remplis de passagers qui

allaient et venaient plus nombreux que les bandes de buffles paissant

par milliers dans quelques-unes de leurs belles prairies, ils ne

pouvaient revenir de tant de merveilles.

Mais quand je leur eus fait comprendre la célérité extraordinaire de ces

_loges mouvantes_ (wagons) traînées par des machines qui vomissent des

flots de fumée et laissent loin derrière elles les coursiers les plus

agiles; et ces _canots à feu_ (bateaux à vapeur) qui transportent en peu

de jours, avec armes et bagages des villages entiers d’un pays à un

autre, traversent des lacs immenses (les mers), remontent et descendent

les grands fleuves et les rivières; quand j’ajoutai que j’avais vu des

blancs s’élever dans les airs (en ballon) et planer au milieu des nues

comme l’aigle dans leurs montagnes, l’étonnement fut à son comble, et

tous mirent leur main sur la bouche en poussant un cri d’admiration:

«Le Maître de la vie est grand, disait le chef, et les blancs sont ses

favoris.»

C’était surtout la prière (la religion) qui paraissait les intéresser;

quelle attention ne prêtèrent-ils pas aux vérités que je leur

expliquais! Ils en avaient déjà entendu parler; ils savaient,

disaient-ils, que cette prière rend les hommes sages et heureux sur la

terre, et leur procure ensuite le bonheur de la vie future. Aussi me

demandèrent-ils la permission de rassembler tout le camp, pour entendre

ces paroles du Grand-Esprit dont on leur avait dit tant de merveilles.

Les trois pavillons que les Etats-Unis leur avaient envoyés furent

dressés à l’instant, et trois mille sauvages se trouvèrent réunis; les

malades eux-mêmes avaient été apportés sur des peaux. A genoux sous les

drapeaux avec mes dix néophytes _têtes-plates_, et entourés de cette

multitude avide d’entendre la bonne nouvelle de l’Evangile, j’entonnai

d’abord deux cantiques; vint ensuite la récitation de toutes les

prières, qui leur furent interprétées; puis les chants recommencèrent,

suivis de l’explication du Symbole des apôtres et des dix Commandements

de Dieu. Tous parurent ravis de joie, et déclarèrent que ce jour était

le plus beau de leur vie. Ils me supplièrent avec instance _de les

prendre en pitié_, et de rester parmi eux pour leur apprendre, ainsi

qu’à leurs petits enfants, la manière de connaître et de servir le

Grand-Esprit. Je leur promis qu’une _Robe-noire_ les visiterait, mais à

condition que les chefs s’engageraient à faire cesser les vols si

communs parmi eux, et s’opposeraient avec vigueur à l’abominable

corruption des mœurs qui régnait dans la peuplade.

Croyant que j’étais doué d’un pouvoir surnaturel, ils m’avaient demandé

dès le commencement de nos entretiens de faire cesser la maladie qui

ravageait le camp, et de leur procurer l’abondance, c’est-à-dire de

remplir leurs plaines de gros gibier. Je leur répétai, en terminant mon

instruction, que le Grand-Esprit seul pouvait porter remède à leurs

maux; que s’il écoute les prières de ceux qui ont un cœur droit et pur,

ou qui, détestant leurs péchés, retournent sincèrement à lui, il rejette

aussi les demandes des prévaricateurs de sa sainte loi; que, dans sa

colère, il avait détruit par le feu du ciel cinq grands villages

(Sodome; etc.), à cause de leurs abominations; que les _Corbeaux_,

suivant la même route et livrés à des désordres de tout genre, ne

devaient pas se plaindre de ce que le Grand-Esprit semblait les punir

par les maladies, par la guerre et par la famine; qu’eux-mêmes étaient

les auteurs de toutes ces calamités, et que, loin de les voir diminuer,

ils pouvaient s’attendre à les voir augmenter encore, jusqu’à ce

qu’enfin des tourments mille fois plus affreux devinssent leur partage

pour toujours après leur mort; mais que s’ils voulaient éviter tous ces

maux, ils le pouvaient en faisant des efforts pour arrêter et extirper

le mal. Le grand orateur du camp fut le premier à répondre:

«_Robe-noire_, je t’entends: tu nous as dit la vérité; de mon oreille

tes paroles ont pénétré jusque dans mon cœur: je voudrais que tous

pussent le comprendre.» Et, s’adressant à sa nation, il répétait avec

force: «Oui, _Corbeaux_, la _Robe-noire_ nous a dit la vérité; nous

sommes des chiens. Changeons de vie, et nous vivrons, nous et nos

enfants.»

J’eus ensuite de longues conférences avec tous les chefs réunis en

conseil; je leur proposai l’exemple des _Têtes-plates_ et des

_Pends-d’oreilles_, dont les chefs se faisaient un devoir d’exhorter

leur peuplade à la pratique des vertus, et ne craignaient pas de

déployer au besoin, dans l’intérêt même des coupables, une juste

sévérité. Ils me promirent de suivre mes avis, m’assurant que je les

trouverais mieux disposés à mon retour. J’ai lieu de croire que cette

visite, que le bon exemple de mes néophytes et surtout les prières des

_Têtes-plates_ opéreront du changement parmi les _Corbeaux_. Une de

leurs bonnes qualités, sur laquelle je fonde beaucoup d’espérance, c’est

qu’ils ont résisté avec courage à l’importation des boissons enivrantes

dans leur tribu. «A quoi bon votre eau de feu? disait leur chef aux

marchands qui l’importunaient. Elle brûle la gorge et l’estomac; elle

rend l’homme semblable à un ours; dès qu’il en a goûté, il mord, il

grogne, il hurle, et finit par tomber comme un cadavre. Votre eau de feu

ne fait que du mal. Portez-la à nos ennemis, et ils s’entre-tueront, et

leurs femmes et leurs enfants feront pitié. Quant à nous, nous n’en

voulons pas; nous sommes assez fou sans elle.»

Une scène très-touchante eut lieu pendant que le conseil était réuni.

Plusieurs sauvages voulurent examiner ma croix de missionnaire, et j’en

pris occasion de leur expliquer les souffrances de Notre-Seigneur

Jésus-Christ et la cause de sa mort sur la croix. Ensuite je remis mon

crucifix entre les mains du grand chef; il le baisa de la manière la

plus respectueuse, et les yeux levés vers le ciel, pressant avec ses

deux mains le Christ sur son cœur, il s’écria: «O Grand-Esprit, aie

pitié de tes pauvres enfants, et fais-leur miséricorde.» Tous les

assistants suivirent son exemple.

Je me trouvais dans le village des _Corbeaux_, lorsqu’on leur annonça

que deux de leurs plus braves guerriers venaient de périr victimes d’une

trahison des _Pieds-noirs_. Des hérauts firent le tour du camp,

proclamant à haute voix les circonstances du combat et la fin tragique

des deux braves. Un morne silence régnait partout; mais bientôt il fut

interrompu par un spectacle aussi hideux pour nous que propre, selon

eux, à émouvoir les cœurs les plus insensibles, et exciter dans l’âme

des guerriers le sentiment de la vengeance. Les mères, les épouses, les

sœurs et les filles des guerriers massacrés se présentèrent tout à coup

en public, la tête rasée, le visage ensanglanté. tout le corps couvert

de blessures qu’elles s’étaient faites. Dans cet état pitoyable, elles

remplissaient l’air de leurs lamentations et de leurs cris, conjurant

leurs parents, leurs amis, leurs connaissances d’avoir pitié d’elles, de

leur faire la charité, c’est-à-dire de leur procurer une prompte et

terrible vengeance, le seul remède à leur affliction. Elles amenaient

au milieu du camp tous les chevaux qu’elles possédaient. Un des chefs

sauta sur l’un de ces chevaux, et levant son casse-tête en l’air,

s’écria qu’il était prêt à aller venger le coup. Aussitôt une foule de

jeunes gens se rangèrent à ses côtés; tous ensemble entonnèrent le

refrain guerrier, et promettant solennellement qu’ils ne retourneraient

pas les mains vides, c’est-à-dire sans chevelures, ils se mirent en

route le même jour. Dans ces occasions de deuil, les pauvres parents

distribuent aux guerriers tout ce qu’ils possèdent, ne retenant que des

haillons pour se couvrir. Le deuil cesse lorsque la vengeance est

obtenue. Les guerriers, à leur retour, placent aux pieds des veuves et

des orphelins les trophées remportés sur l’ennemi; leurs amis viennent

les féliciter et leur offrir des présents. Alors, passant du deuil à

l’exaltation, ils jettent les haillons, se lavent, se barbouillent de

couleurs, s’habillent de leur mieux, attachent les chevelures conquises

au bout des perches, et font le tour du camp, chantant, dansant, et

traînant à leur suite tout le village.

Le 25, je fis mes adieux à mes compagnons _Têtes-plates_ et aux

_Corbeaux_; je m’élançai une seconde fois dans les plaines arides de la

Roche-jaune, accompagné du fidèle Iroquois Ignace, d’un métis Crie,

nommé Gabriel, et de deux braves Américains, qui, bien que protestants,

voulurent servir de guides à un pauvre missionnaire catholique. Je ne

reviendrai pas sur la description que j’ai déjà faite de ces régions;

c’est peut-être le plus dangereux des déserts, et bien certainement le

théâtre d’innombrables scènes tragiques, de combats, de stratagèmes, de

meurtres, de carnage et de toutes sortes de cruautés. A chaque pas,

l’interprète _Corbeau_, qui avait séjourné onze ans dans le pays,

régalait sa petite compagnie de quelque trait de ce genre, montrant du

doigt l’endroit même où la chose s’était passée. Dans notre situation

présente, ces récits n’avaient guère de quoi m’amuser; tous roulaient

sur des massacres et des surprises, et je ne pouvais me défendre de

penser qu’à chaque instant nous-mêmes pouvions devenir les victimes

d’une attaque semblable. C’est ici principalement que les _Corbeaux_,

les _Pieds-noirs_, les _Scioux_, les _Sheyennes_, les _Assiniboins_, les

_Arikaras_ et les _Minatarées_ vident leurs querelles interminables, se

vengeant et se revengeant sans cesse les uns sur les autres.

Après six jours de marche, nous nous trouvâmes sur le lieu même d’un

massacre tout récent. Les membres sanglants de dix _Assiniboins_, tués

trois jours auparavant, étaient éparpillés ça et là, et presque toutes

les chairs avaient été dévorées par les oiseaux carnassiers. A la vue de

ces ossements et des vautours qui planaient au-dessus de nos têtes,

j’avoue que le peu de courage dont je me croyais animé sembla

entièrement me quitter et faire place à une frayeur secrète que

j’essayais toutefois de combattre et de cacher à mes compagnons de

voyage. Les circonstances ne semblaient guère propres à nous

tranquilliser. Bientôt nous remarquâmes des traces fraîches d’hommes et

de chevaux qui ne nous laissèrent aucun doute sur la proximité de

l’ennemi; notre guide nous dit même qu’il nous croyait déjà découverts,

mais qu’en continuant nos précautions nous parviendrions peut-être à

éluder les desseins qu’on pouvait avoir contre nous, car il est rare que

les sauvages attaquent en plein jour. Voici donc la marche que nous

suivîmes régulièrement jusqu’au 10 septembre. Nous montions à cheval dès

l’aurore; vers les dix heures, nous faisions halte pendant une heure et

demie, ayant soin de choisir un lieu qui, en cas d’attaque, pût offrir

quelque avantage pour la défense. Nous reprenions ensuite le trot

jusqu’au coucher du soleil. Après notre repas du soir, nous allumions un

grand feu, et nous dressions à la hâte une cabane de branches d’arbres

pour faire croire aux ennemis qui pouvaient être aux aguets que nous

étions campés là pour la nuit; car dès que leurs vedettes ont découvert

une proie, ils en donnent connaissance à tous les sauvages au moyen de

signaux convenus, et ceux-ci se rassemblent aussitôt pour concerter leur

plan d’attaque. Afin donc de nous mettre à l’abri de toute surprise,

nous poursuivions notre route jusqu’à dix ou onze heures du soir, et

alors, sans feu, sans abri, chacun se disposait de son mieux au repos.

Il me semble que je vous entends me demander: Mais comment dans ce

désert pouviez-vous pourvoir à votre subsistance? Voici un petit extrait

de mon journal qui vous délivrera de toute inquiétude à cet égard:

Du 25 août au 10 septembre, nous tuâmes en passant et pour notre usage:

3 belles vaches en fort bon état; 2 gros bœufs, pour la langue et les os

à moelle; 2 grands cerfs; 3 cabris; 1 chevreuil à queue noire; 1

grosse-corne ou mouton; 2 ours très-gras; 1 cygne, qui pesait environ 25

livres. Sans parler des faisans et des poules.

Cette petite carte du traiteur doit vous convaincre qu’on ne meurt pas

de faim par ici; j’ajouterai que, dans ce pays de gibier, on ne songe

guère ni au pain, ni au café, ni à tout ce que vous pouvez appeler les

douceurs de la vie; les bosses, les langues et les côtes tiennent lieu

de tout cela. Et le lit? Il ne nous embarrasse pas davantage; ici on ne

se déchausse pas; on s’enveloppe dans son manteau de buffle, la selle

sert d’oreiller, et grâce aux fatigues d’une longue course d’environ

quarante milles sous un ciel brûlant, on se couche et on s’endort au

même instant.

Les Américains qui habitent le fort Union, à l’embouchure de la

_Roche-jaune_, pour le commerce des pelleteries parmi les _Assiniboins_,

nous reçurent avec beaucoup de politesse et de bienveillance. Nous nous

y reposâmes pendant trois jours. Un voyage si long, fait sans

interruption à travers un désert où régnait alors la sécheresse et la

stérilité, avait beaucoup épuisé nos pauvres montures; une seconde

course de 1800 milles ne devait pas s’entreprendre à la légère. Tout

bien considéré, je pris la résolution de vendre nos chevaux au

commandant du fort, et de me confier dans un esquif, accompagné d’Ignace

et de Gabriel, au courant impétueux du _Missouri_; et bien nous en prit,

car le troisième jour de notre descente, à notre grande surprise et

satisfaction, nous entendîmes de loin le bruit d’un bateau à vapeur, et

bientôt après nous le vîmes s’avancer majestueusement. C’est le premier

bateau qui ait jamais essayé de remonter le fleuve de si haut dans cette

saison, chargé de marchandises pour la traite des pelleteries. Notre

première pensée fut de remercier Dieu de cette nouvelle faveur. Les

quatre propriétaires, qui étaient de New-York, et le capitaine,

m’invitèrent généreusement à venir à bord; j’acceptai avec d’autant plus

d’empressement qu’ils m’assurèrent que plusieurs partis de guerre

étaient en embuscade le long du fleuve. Je fus pour ces messieurs

l’objet d’une grande curiosité: ma soutane, ma croix, mes longs cheveux

excitaient leur attention; il fallut répondre à mille questions et

raconter tous les détails de mon long voyage.

Je n’ai plus que quelques mots à ajouter. Depuis ma dernière lettre,

j’ai baptisé une cinquantaine de petits enfants, principalement dans les

forts. L’eau du fleuve était basse, les bancs de sable et les chicots

arrêtaient à chaque instant le bateau et le mettaient parfois en danger

d’échouer. Déjà les pointes des rochers cachées sous l’eau l’avaient

percé de trous; les innombrables chicots qu’il fallait sauter à tout

risque avaient brisé les roues et les parties qui les couvrent; un vent

violent avait renversé la cahute du pilote, et l’aurait jetée dans le

fleuve si l’on n’eût eu soin de l’attacher avec de gros câbles; enfin le

bateau ne présentait plus qu’un squelette, lorsqu’après quarante-six

jours de travail pénible plutôt que de navigation, j’arrivai sans autre

accident à Saint-Louis. Le dernier dimanche d’octobre à midi, j’étais à

genoux au pied de l’autel de la sainte Vierge à la cathédrale, rendant

mes actions de grâces au bon Dieu pour la protection qu’il avait

accordée à son pauvre et indigne ministre.

A compter du commencement d’avril de cette année, j’ai parcouru cinq

milles; j’ai descendu et remonté le fleuve Columbie, vu périr cinq de

mes compagnons de voyage dans les dalles de ce fleuve, longé les rives

du Wallamette et de l’Orégon, parcouru différentes chaînes des Montagnes

Rocheuses, traversé une seconde fois le désert de la _Roche-jaune_ dans

toute son étendue, descendu le _Missouri_ jusqu’à Saint-Louis; et dans

tout ce long trajet, je n’ai pas une seule fois manqué du nécessaire, je

n’ai pas reçu la moindre égratignure.... _Dominus memor fuit nostri, et

benedixit nobis._

Bien des choses de ma part à la famille et aux amis.

P. J. DE SMET, S. J.

Copie d’une lettre du P. Mengarini au P. de Smet.

Sainte-Marie, 28 juin 1842.

Grâces à Dieu, nos espérances commencent à se réaliser. Un changement

salutaire s’est visiblement opéré dans notre peuplade, dont les chefs et

les membres nous font déjà goûter, par leur conduite vraiment édifiante,

les plus douces consolations.

Le jour de la Pentecôte a été pour nous et pour nos chers néophytes un

jour de bénédiction et de grâces; quatre-vingts d’entre eux ont eu le

bonheur de recevoir pour la première fois le Pain des anges. Leur

assiduité pendant un mois aux instructions, que nous leur donnions trois

fois par jour, nous avait assurés de leur zèle et de leur ferveur. Une

retraite de trois jours, qui a servi de préparation plus immédiate, nous

en a convaincus davantage. Dès le matin, de nombreuses décharges de

fusil annonçaient au loin l’arrivée du grand jour. Au premier son de la

clochette, une foule de sauvages se pressèrent vers notre église. Un des

Pères, en surplis et en étole, précédé de trois enfants de chœur dont

l’un portait la bannière du Sacré-Cœur de Jésus, alla les recevoir pour

les conduire, en ordre de procession et aux chants des cantiques, dans

le temple du Seigneur. Quel religieux recueillement parmi cette foule!

Tous gardèrent un profond silence; mais en même temps brillait sur les

visages l’allégresse qui avait rempli les cœurs. L’ardent amour dont

brûlait déjà ces âmes innocentes fut enflammé par les fervents colloques

avec Jésus dans son sacrement d’amour, que faisait à haute voix l’un des

Pères, en y entremêlant des couplets de cantiques. La tendre dévotion,

la foi vive avec laquelle ces sauvages ont reçu leur Dieu, nous a

réellement édifiés et touchés. A onze heures du matin, ils ont renouvelé

les vœux du baptême, et dans l’après-midi, ils ont fait la consécration

solennelle de leurs cœurs à la sainte Vierge, patronne titulaire de ces

lieux. Puissent ces pieux sentiments, que seule la vraie religion

inspire, se conserver parmi nos chers enfants! Nous l’espérons, et ce

qui augmente notre espoir, c’est qu’à l’occasion de cette solennité,

environ cent vingt personnes se sont approchées du tribunal de la

pénitence, et que, depuis cette époque à jamais mémorable, chaque

dimanche nous avons de trente à quarante communions et de cinquante à

soixante confessions.

Le jour de la Fête-Dieu a vu une autre cérémonie non moins touchante, et

propre à perpétuer la reconnaissance et la dévotion de nos bons sauvages

envers notre aimable Reine. Ce fut l’érection solennelle d’une statue de

la sainte Vierge, en mémoire de son apparition au petit Paul. Voici une

courte description de la fête. Depuis l’entrée de notre chapelle jusqu’à

l’endroit où le petit Paul avait reçu la faveur signalée, l’avenue

n’était qu’une pelouse verte, que bordaient des deux côtés, dans toute

leur longueur, des guirlandes de fleurs pendant en festons. De distance

en distance s’élevaient de gracieux arcs de triompha. A l’extrémité, au

milieu d’une espèce de reposoir, était le piédestal qui devait recevoir

la statue. Au temps marqué, la procession sortit de notre chapelle dans

l’ordre suivant: la bannière du Sacré-Cœur en tête, de près suivait le

petit Paul, portant la statue, et accompagné de deux enfants de chœur

qui jetaient des fleurs sur leur passage. Venaient ensuite les deux

Pères, l’un en chape et l’autre en surplis. Enfin la marche était fermée

par les chefs et tous les membres de la peuplade, rivalisant d’ardeur à

payer leur tribut de remerciements et de louanges à la bonne Mère.

Arrivés à l’endroit, l’un des Pères, dans une courte exhortation. où il

rappelait le prodige et l’assistance signalée de la Reine des deux,

ranima dans le cœur de nos chers néophytes la confiance dans la

protection de Marie. Après cette allocution et le chant des litanies de

la sainte Vierge, tout le cortége revint à l’église dans le même ordre.

Oh! que nous eussions désiré que tous les amis de notre sainte religion

fussent témoins de la dévotion et du recueillement des nouveaux fidèles

de Sainte-Marie!... Nous aurions aussi souhaité de ne les renvoyer

qu’après leur avoir donné la bénédiction du Saint-Sacrement; mais, faute

d’ostensoir, nous fûmes obligés de différer cette faveur jusqu’à la fête

du Sacré-Cœur de Jésus. Alors le Saint-Sacrement a été porté en

procession solennelle; et depuis, chaque dimanche après vêpres, les

fidèles ont le bonheur de recevoir la bénédiction. Puisse-t-elle

réellement descendre du ciel sur nous et sur notre peuplade! Nous

l’attendons avec le secours de vos prières et de celles de tous nos

amis.

GRÉGOIRE MENGARINI, S. J.

PRIÈRES

EN LANGUE TÊTE-PLATE ET PONDÉRAS

Skest Kyleeyou, Oulsgesees, Oulspagpagt. Komieetzegeel.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

PATER NOSTER

Kyleeyou, Itchitchemask, askwees kowaaskshamenshem

Notre Père, du ciel, que votre nom soit respecté

ailetzemilkou yeelskyloog; ntziezie telletzia spoo oez.

par toute la terre; régnez dans tous les cœurs.

Assinteels astskole, yelstoloeg etzageel Itchichemask.

Que votre volonté soit faite, sur la terre ainsi que dans le ciel.

Hoogwitzilt yettilgwa lokaitssia petzim. Knwaasksmeemiltem

Donnez-nous maintenant tous nos besoins. Pardonnez-nous le mal

klotoiye kloistskeyen etzageel kaitsskolgwelem klotoiye

que nous avons commis comme nous pardonnons (le mal)

kloistskwen klielskyloog Koaxalock shitem takaakskwentem

à ceux qui nous ont offensés. Accordez-nous assistance pour éviter

klotaiye; kowaaaksgweeltem klotaiye. Komieetzegeel.

le mal; mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

AVE MARIA

Uytchenkuytes Mary; koinkoittzeltz loetgeest,

Je vous salue, Marie; vous êtes riche dans tout ce qui est saint,

Kaikolinzoeten, lauoui, koortzinkwen telletzia

le Grand-Esprit est avec vous, vous êtes bénie entre toutes

telpelpilgkwe, Jesus skozees telnowiss ozitzzegoey.

les femmes, Jésus le fruit de vos entrailles est béni.

Geest Mary, skois Kaikolinzoeten, kailchaussils, kontkoint

Sainte Marie, Mère du Grand-Esprit, priez pour nous pauvres

taieetskweest, yettilgwa nekittchit tche-iet gloll kaaks titte lill...

pécheurs, maintenant et au moment de notre mort.

Komieetzegeel,

Ainsi soit-il.

CREDO

Noonnegweeneemen Kaikolinzoeten, Kylueeyou etzia wetskoolz,

Je crois dans le Grand-Esprit, notre Père tout-puissant,

cheiglo epstskool lotchitchemash kwentiestsloog, Noonnegweenemen

qui a créé le ciel et la terre. Je crois

Jesus Christ, istchinarkszeous hezees kyeleemigoem,

en Jésus-Christ, son fils unique notre Seigneur (chef,)

kolintem Pagpagt, steetschmish Mary ikolintem,

qui a été conçu du St-Esprit, est né de la vierge Marie;

stoetzemistess shaltemmigg, neyaw wilsem Ponce Pilate

qui a souffert sous Ponce Pilate,

millchpitpit komminall krmmintem, eltelill, laakkentem

a été attaché sur une croix, est mort, a été enseveli;

welkgkoop klotchittay ye, potochalask welgwilgwilt

qui est descendu aux enfers, le 3ᵉ jour est ressuscité

tiltintimnay weltelschyloog; nowistchills lotchitehemask,

d’entre les morts; qui est monté au ciel,

glaaktschills ilstitze eetch Kolinzoetess leeêous chiimgyst

qui est assis à la droite du Grand-Esprit, son père, qui est

Voyage aux montagnes Rocheuses Chez les tribus indiennes du vaste territoire de l'Orégon dépendant des Etats-Unis d'Amérique · 第 17 / 18 段