#Professeur en technologies de la communication à la Webster University
Henri Slettenhaar est spécialiste des technologies de la communication. En 1958,
il rejoint le CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) pour
travailler sur le premier ordinateur numérique, et il participe au développement
des premiers réseaux numériques du CERN. Son expérience américaine débute en
1966 quand il rejoint pendant 18 mois une équipe du Stanford Linear Accelerator
Center (SLAC) pour créer un numérisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il
conçoit un système numérique de contrôle qui sera utilisé pendant dix ans.
Depuis près de vingt ans, il est professeur en technologies de l'information à
la Webster University de Genève. Il est le directeur du nouveau programme de
gestion des télécoms (Telecom Management Program) créé à l'automne 2000. Il est
également consultant auprès de nombreux organismes.
En 1992, Henri Slettenhaar crée la Silicon Valley Association (SVA), une
association suisse qui organise des voyages d'étude dans des pôles de haute
technologie (Silicon Valley, San Francisco, Los Angeles, Finlande, etc.). Outre
des visites de sociétés, start-up, universités et centres de recherche, ces
voyages comprennent des conférences, présentations et discussions portant sur
les nouvelles technologies de l'information (internet, multimédia,
télécommunications, etc.), les derniers développements de la recherche et de ses
applications, et les méthodes les plus récentes en matière de stratégie
commerciale et de création d'entreprise.
*Entretien du 21 décembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet. Cela fait vingt
ans que j'utilise le courrier électronique. Les premières années, c'était le
plus souvent pour communiquer avec mes collègues dans un secteur géographique
très limité. Depuis l'explosion de l'internet et l'avènement du web, je
communique principalement par courrier électronique, mes conférences sont en
grande partie sur le web et mes cours ont tous un prolongement sur le web. En ce
qui concerne les visites que j'organise dans la Silicon Valley, toutes les
informations sont disponibles sur le web, et je ne pourrais pas organiser ces
visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet est pour moi une
fantastique base de données disponible en quelques clics de souris.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je vais encore renforcer l'utilisation de l'internet dans mes activités
professionnelles. En ce qui concerne les langues, je suis enchanté qu'il existe
maintenant tant de documents disponibles dans leur langue originale. Je préfère
de beaucoup lire l'original avec difficulté plutôt qu'une traduction médiocre.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communautés locales
présentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour
diffuser des informations. Si elles veulent également présenter ces informations
à la communauté mondiale, celles-ci doient être aussi disponibles en anglais. Je
pense qu'il existe un réel besoin de sites bilingues.
*Entretien du 23 août 1999 (entretien original en anglais)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
C'est un débat important et, comme par le passé, des solutions doivent être
trouvées dans les nouvelles technologies.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
A mon avis, il existe deux catégories sur le web. La première est la recherche
globale dans le domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue
est d'abord l'anglais, avec des versions locales si nécessaire. La seconde, ce
sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les plus reculés.
Si l'information est à destination d'une ethnie ou d'un groupe linguistique,
elle doit d'abord être dans la langue de l'ethnie ou du groupe, avec peut-être
un résumé en anglais. Nous avons vu récemment l'importance que pouvaient prendre
ces sites locaux, par exemple au Kosovo ou en Turquie, pour n'évoquer que les
événements les plus récents. Les gens ont pu obtenir des informations sur leurs
proches grâce à ces sites.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La vision d'images venant directement de l'espace, et particulièrement de
Jupiter.
= Et votre pire souvenir?
La surcharge d'information. Je suis submergé par toutes ces informations et je
ne dispose pas encore des outils qui me permettraient de ne trouver que ce que
je cherche.
*Entretien du 30 août 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
L'explosion de la technologie du mobile. Le téléphone mobile est devenu pour
beaucoup de gens, moi y compris, le moyen de communication personnel vous
permettant d'être joignable à tout moment où que vous soyiez. Toutefois
l'internet mobile est encore du domaine du rêve. Comme expliqué dans un article
sur la téléphonie mobile en Finlande, les nouveaux services offerts par les
téléphones GSM sont extrêmement primitifs et très chers, si bien que le Wap a
reçu le sobriquet de "Wait And Pay".
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le
web?
Le multilinguisme s'est beaucoup développé. De nombreux sites de commerce
électronique sont maintenant multilingues, et il existe maintenant des sociétés
qui vendent des produits permettant la localisation des sites (adaptation des
sites aux marchés nationaux, ndlr).
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
J'ai difficulté à croire que les gens sont prêts à lire sur un écran. En ce qui
me concerne, je préfère de beaucoup toucher et lire un vrai livre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est notre espace virtuel, à savoir l'espace de l'information
numérique (constitué de bits, et non d'atomes). Si on considère son spectre, il
s'agit d'un espace limité. Il doit être géré de telle façon que tous les
habitants de la planète puissent l'utiliser et en bénéficier. Il faut donc
éliminer la fracture numérique.
= Et la société de l'information?
La société de l'information est l'ensemble des personnes utilisant
quotidiennement le cyberespace de manière intensive et qui n'envisageraient pas
de vivre sans cela, à savoir les nantis, ceux qui sont du bon côté de la
fracture numérique.
*Entretien du 8 juillet 2001 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Ce qui me vient à l'esprit est le changement considérable apporté par le fait
que j'ai maintenant une connexion à débit rapide chez moi. Le fait d'être
constamment connecté est totalement différent du fait de se connecter de temps à
autre par la ligne téléphonique.
Je reçois maintenant mes messages dès leur arrivée dans ma messagerie. Je peux
écouter mes stations radio préférées où qu'elles soient. Je peux écouter les
actualités quand je veux. Et aussi écouter la musique que j'aime à longueur de
journée.
Aujourd'hui par exemple j'ai suivi les commentaires et le score du championnat
de tennis de Wimbledon en temps réel. La seule chose qui manque est une vidéo de
bonne qualité en temps réel. La largeur de bande est encore insuffisante pour
cela.
Mon domicile est maintenant équipé d'un réseau local avec et sans fil. Je peux
utiliser mon ordinateur portable partout à l'intérieur et à l'extérieur de la
maison, et même chez les voisins, tout en restant connecté. La même technologie
me permet maintenant d'utiliser la carte de réseau local sans fil de mon
ordinateur quand je voyage. Par exemple, lors de mon dernier voyage à Stockholm,
je pouvais être connecté à l'hôtel, au centre de conférences, à l'aéroport et
même au pub irlandais!