#Ecrivain, travaille pour EDVantage Software, une société internet de logiciels
éducatifs
Murray Suid vit à Palo Alto (Californie), une ville située au coeur de la
Silicon Valley. Il est l'auteur de livres pédagogiques (par exemple Ten-Minute
Grammar Grabbers), de livres pour enfants (par exemple The Kids' How to Do
Almost Everything Guide), de réalisations multimédia (par exemple The Writing
Trek) et de scénarios (par exemple Summer of the Flying Saucer - produit par la
société irlandaise Magma Films en 2001).
*Entretien du 7 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
L'internet est devenu mon principal instrument de recherche, et il a largement -
mais pas complètement - remplacé la bibliothèque traditionnelle et la
communication de personne à personne pour une recherche précise. A l'heure
actuelle, au lieu de téléphoner ou d'aller interviewer les gens sur rendez-vous,
je le fais par courrier électronique. Du fait de la rapidité inhérente à la
messagerie électronique, j'ai pu collaborer à distance avec des gens,
particulièrement pour des scénarios. J'ai par exemple travaillé avec deux
producteurs allemands.
Cette correspondance est également facile à conserver et à organiser, et je peux
donc aisément accéder à l'information échangée de cette façon. De plus, le fait
d'utiliser le courrier électronique permet aussi de garder une trace des idées
et des références documentaires. Ce type de courrier fonctionnant bien mieux que
le courrier classique, l'internet m'a permis de beaucoup augmenter ma
correspondance. De même le rayon géographique de mes correspondants s'est
beaucoup étendu, surtout vers l'Europe. Auparavant, j'écrivais rarement à des
correspondants situés hors des Etats-Unis. C'est également beaucoup plus facile,
je prends nettement plus de temps qu'avant pour aider d'autres écrivains dans
une sorte de groupe de travail virtuel. Ce n'est pas seulement une attitude
altruiste, j'apprends beaucoup de ces échanges qui, avant l'internet, me
demandaient beaucoup plus d'efforts.
= Comment voyez-vous la relation entre l'imprimé et l'internet?
Tout d'abord, l'internet est au service de l'imprimé. Je n'aurais jamais pu
préparer mon dernier livre publié, The Kids' How to Do (Almost) Everything
Guide, sans utiliser le courrier électronique parce que cela m'aurait coûté trop
de temps et d'argent pour localiser les experts. L'internet est un outil de
recherche majeur pour les auteurs de livres, d'articles, etc.
De même, à notre époque qui bouge si vite, de nombreuses données ne restent pas
valables longtemps, si bien que le contenu des livres devient vite obsolète.
Mais un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en partie
dans le cyberespace. L'auteur peut ainsi aisément l'actualiser et le corriger,
alors qu'auparavant il devait attendre longtemps jusqu'à l'édition suivante,
quand il y en avait une.
En termes de marketing, le web devient également indispensable, particulièrement
pour les petits éditeurs qui ne peuvent se permettre de publicité dans les
principaux magazines ou émissions de radio. Bien que les grandes maisons
d'édition aient toujours l'avantage, grâce au cyberespace les petits éditeurs
peuvent mettre en place une stragégie de marketing efficace.
Les livres sur support papier seront encore disponibles pendant quelque temps,
parce que nous avons l'habitude de ce support. De nombreux lecteurs aiment le
toucher du papier, et le poids du livre dans les mains ou dans un sac. Je n'ai
pas encore eu l'occasion d'utiliser un livre numérique, mais j'aimerais faire
cette expérience, à cause de la facilité de recherche, des possibilités de
couleur et de son envisagées à l'avenir, etc. De toute évidence les livres
multimédia peuvent être facilement téléchargés à partir du web et, même si ce
n'est pas encore le cas, de tels livres domineront à l'avenir le marché de
l'édition.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je ne sais pas très bien, parce que ne suis pas très au fait des aspects
techniques de l'internet. J'aimerais avoir directement accès à des oeuvres
numériques de la Library of Congress, par exemple, de la même façon que les
archives de journaux, que je lis maintenant en ligne. Pour le moment, je trouve
bien des livres en ligne (en mode image, ndlr), mais j'ai besoin d'avoir une
version imprimée pour les utiliser. Je préférerais avoir accès en ligne à une
version en mode texte et copier les parties dont j'ai besoin pour mon travail,
au lieu d'avoir à photocopier ou scanner les pages qui m'intéressent.
J'espère que l'internet proposera bientôt la téléphonie avec vidéo, ce serait un
progrès vraiment appréciable.
Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en
version imprimée. J'utiliserai peut-être ce nouveau support si les livres
deviennent multimédias. Pour le moment je participe au développement de matériel
pédagogique multimédia. C'est un nouveau type de matériel qui me plaît beaucoup
et qui permet l'interactivité entre des textes, des films, des documents audio
et des graphiques tous reliés les uns aux autres.
*Entretien du 3 août 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1998?
En plus des livres complétés par un site web, je suis en train d'adopter la même
formule pour mes oeuvres multimédia - qui sont sur CD-Rom - afin de les
réactualiser et d'enrichir leur contenu.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggérez-vous?
Je pense que la solution est de créer des unités d'information ne pouvant être
volées. En d'autres termes, l'oeuvre qui est vendue doit avoir plus de valeur
que sa copie. Par exemple, il est pour le moment plus facile et meilleur marché
d'acheter un de mes livres que de le photocopier dans son intégralité. J'essaie
donc de concevoir mes livres de telle façon que toutes les pages aient leur
utilité, et non seulement quelques-unes.
J'aimerais vendre mes livres en ligne - au format PDF - mais je n'ai pas encore
étudié la manière d'empêcher les acheteurs de redistribuer les fichiers. Ceci
est peut-être possible par le cryptage. Mais je ne connais pas cette technique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La rencontre avec des experts et des auteurs qui ont participé à mes projets de
publications.
= Et votre pire souvenir?
Avoir été insulté par une personne que je ne connaissais pas, et qui avait très
mauvaise opinion de moi alors qu'elle ne savait absolument rien à mon sujet.
*Entretien du 11 octobre 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre entretien de 1999?
EDVantage Software, notre société, est maintenant une société internet et non
plus une société multimédia (CD-Rom). Nous procurons du matériel pédagogique en
ligne aux étudiants et aux professeurs.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Non, nous utilisons très peu de papier. Nous faisons cependant quelques
impressions, surtout pour les réunions au cours desquelles nous discutons des
manuscrits.
= Pensez-vous que le papier sera encore utilisé à l'avenir?
J'espère que non.
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Je n'ai pas encore eu l'occasion d'en utiliser un.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Il est n'importe où, c'est-à-dire partout. L'exemple le plus simple est ma boîte
aux lettres électronique, qui me suit où que j'aille.
= Et la société de l'information?
Une société dans laquelle les idées et le savoir sont plus importants que les
objets.