#Responsable éditorial du serveur internet du quotidien Ouest-France
Bernard Boudic, 51 ans, 32 ans de presse écrite régionale, a d'abord été
localier à Brest (1969-1978), puis secrétaire de rédaction au service économique
et social (1978-1984), puis chef-adjoint de ce service (1984-1987), puis chef de
service des informations générales (1987-1996), et enfin chargé de mission
internet auprès de TC-Multimédia, filiale d'Ouest-France. Il a mis fin à ses
fonctions en décembre 2000.
*Entretien du 17 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
A l'origine (en juillet 1996, ndlr), l'objectif était de présenter et relater
les grands événements de l'Ouest en invitant les internautes à une promenade
dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie,
recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait
pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d'actualité,
puis d'actualités tout court.
= Quelle est son activité présente?
Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus
en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des
services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.).
Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne
automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500
photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l'information et
autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères
géographiques croisés avec des critères thématiques).
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Internet a changé ma vie professionnelle d'abord parce que je suis devenu le
responsable éditorial du site... Les retombées sur le travail quotidien des
journalistes d'Ouest-France sont encore minces. Nous commençons seulement à
offrir un accès internet à chacun (rédaction d'Ouest-France = 370 journalistes
répartis dans soixante rédactions, sur douze départements... pas simple).
Certains utilisent internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou
externe, réception de textes de correspondants à l'étranger, envoi de fichiers
divers) et comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore à
s'étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui
touche à l'écriture multimédia et à sa rétroaction sur l'écriture imprimée, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Internet est à la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprimé, très
certainement (captation de la pub et des petites annonces, changement de
réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence d'un média
gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais
c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis et de rajeunir la presse
imprimée.
*Entretien du 19 janvier 2001
= Pouvez-vous décrire l'activité de TC-Multimédia?
TC-Multimédia a été créée en 1986. Elle prennait la suite de l'Association
télématique de l'ouest qui avait expérimenté le minitel (créé à Rennes). D'abord
spécialisée exclusivement dans les services vidéotex, elle a fait aussi de
l'internet à partir de juillet 1996. Elle est chargée d'exploiter sur ce média
l'ensemble de la production du journal Ouest-France.
TC-Multimédia exploite sept sites:
http://www.ouest-france.fr
http://www.maville.com
http://www.ouestemploi.com
http://www.ouestfrance-immobilier.com
http://www.ouestfrance-automobile.com
http://www.ouestfrance.affaires.com
http://www.abcvacances.com
Les deux premiers cités sont les plus fréquentés (environ quatre millions de
pages vues par mois) bien qu'ils ne proposent qu'une sélection de nos
informations.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
J'avais (jusqu'en décembre 2000) la responsabilité éditoriale des sites
d'information (www.ouest-france.fr et www.maville.com) et du développement
éditorial (accords extérieurs, partenariats).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Nous avons la chance de disposer d'un gisement d'informations déjà utilisées
pour le papier (Ouest-France publie dans ses 42 éditions 550 pages différentes
toutes les nuits) et de petites annonces. Nous avons une marque connue et
respectée. Mais le modèle économique n'est pas trouvé. Nous pensons développer
un service payant à destination des centres de documentation qui leur
permettrait de rechercher dans les 42 éditions n'importe quel article
correspondant à une requête par mots-clés.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Bien sûr!
= Les jours du papier sont comptés?
Mon avis est que le journal-papier est menacé à terme (vingt ans?) s'il ne se
renouvelle pas dans la forme et dans le fond. La prise en mains du journal se
fera de plus en plus tard (40-45 ans?). Il y aura des arbitrages avec la
télévision (satellite, câble, numérique hertzien), avec l'internet rapide (ADSL,
câble, boucle locale radio, satellite?). Il n'y aura pas de publicité disponible
pour faire vivre tout le monde.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Hors de prix!
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?
Les internautes ont tendance à penser que c'est un droit d'obtenir tout
gratuitement. Non! Le droit d'auteur doit être respecté.