#Documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et
d'économie appliquée)
L'ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée)
d'Abidjan assure la formation des statisticiens pour les pays africains
d'expression française. Cette formation est délivrée à travers quatre filières
distinctes, conçues en fonction du niveau de recrutement des élèves: la filière
ISE (ingénieurs statisticiens économistes), la filière ITS (ingénieurs des
travaux statistiques), la filière AD (adjoints techniques) et la filière AT
(agents techniques). A ce jour, l'ENSEA est le seul établissement de formation
statistique en Afrique au Sud du Sahara qui délivre simultanément ces quatre
types de formation à tous les pays francophones de la région. L'ENSEA propose
par ailleurs des actions de recyclage et de perfectionnement destinées aux
cadres des administrations publiques et privées, et développe progressivement
des programmes d'étude et de recherche.
*Entretien du 12 juillet 2000
= Pouvez-vous présenter le site web de l'ENSEA?
Notre école a un site web depuis un peu plus d'un an. Le site a été créé à la
faveur d'un colloque international sur les "Enquêtes et systèmes d'information"
organisé par l'école en avril 1999. La conception et la maintenance du site ont
été assurées par un coopérant français, enseignant d'informatique. Le site est
actuellement hébergé par l'agence locale du Syfed (du réseau Refer de
l'AUPELF-UREF - Agence universitaire de la francophonie). Le site a connu
quelques difficultés de mise à jour, en raison des nombreuses occupations
pédagogiques et techniques du webmestre. A ce propos, mon service, celui de la
bibliothèque, a eu récemment des séances de travail avec l'équipe informatique
pour discuter de l'implication de la bibliothèque dans l'animation du site. Et
le service de la bibliothèque travaille aussi à deux projets d'intégration du
web pour améliorer ses prestations.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis le responsable du service de la bibliothèque. A ce titre, je m'occupe
donc de la gestion de l'information scientifique et technique et de la diffusion
des travaux publiés par l'école.
Mon activité professionnelle liée à l'internet, comme je le signalais plus haut,
est plus au stade de projet. En fait, j'espère à la rentrée prochaine pouvoir
mettre à la disposition de mes usagers un accès internet pour l'interrogation de
bases de données. Par ailleurs, j'ai en projet de réaliser et de mettre sur
l'intranet et sur le web un certain nombre de services documentaires (base de
données thématique, informations bibliographiques, service de références
bibliographiques, bulletin analytique des meilleurs travaux d'étudiants...) Il
s'agit donc pour la bibliothèque, si j'obtiens les financements nécessaires pour
ces projets, d'utiliser pleinement l'internet pour donner à notre école une plus
grand rayonnement et de renforcer sa plate-forme de communication avec tous les
partenaires possibles.
= Comment voyez-vous l'avenir?
En intégrant cet outil au plan de développement de la bibliothèque, j'espère
améliorer la qualité et élargir la gamme de l'information scientifique et
technique mise à la disposition des étudiants, des enseignants et des
chercheurs, tout en étendant considérablement l'offre des services de la
bibliothèque.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
J'avoue que ce débat suscite en moi quelques inquiétudes quant à mes attentes
légitimes vis à vis de l'internet. J'estime que, par rapport à ma vision
professionnelle, le grand espoir qu'apporte l'internet à l'Afrique, c'est de lui
permettre de profiter pleinement et à moindre coût du "brain trust" mondial et
de réduire sa marginalisation économique, technologique et culturelle.
La légitimité des droits d'auteur ne devra donc pas faire perdre de vue la
nécessité de prendre en compte les besoins et les contraintes particulières des
pays moins nantis. Autrement, dans ce domaine plus qu'ailleurs, on aboutira
fatalement et très vite sûrement à une situation de marginalisation et de
fronde, comme celle qui oppose actuellement les autorités sanitaires d'Afrique
du Sud à certaines grandes firmes pharmaceutiques, au sujet des licences des
thérapies contre le Sida.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense que l'évolution vers un internet multilingue ne peut être qu'une source
réelle d'enrichissement culturel et scientifique sur la toile. Pour nous les
Africains francophones, le diktat de l'anglais sur la toile représente pour la
masse un double handicap d'accès aux ressources du réseau. Il y a d'abord le
problème de l'alphabétisation qui est loin d'être résolu et que l'internet va
poser avec beaucoup plus d'acuité, ensuite se pose le problème de la maîtrise
d'une seconde langue étrangère et son adéquation à l'environnement culturel. En
somme, à défaut de multilinguisme, l'internet va nous imposer une seconde
colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose. Ce qui
n'est pas rien quand on sait que nos systèmes éducatifs ont déjà beaucoup de mal
à optimiser leurs performances en raison, selon certains spécialistes, des
contraintes de l'utilisation du français comme langue de formation de base. Il
est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour les
formations de base, pour "désenclaver" l'école en Afrique et l'impliquer au
mieux dans la valorisation des ressources humaines.
Comment faire? Je pense qu'il n y a pas de chance pour nous de faire prévaloir
une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout à
fait grégaire. Il faut donc que les différents blocs linguistiques
s'investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accès à la toile, sans
oublier leurs différentes spécificités internes.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Mon meilleur souvenir lié à l'internet, c'est quand j'ai pu tirer d'embarras un
de mes amis, thésard en médecine, qui n'arrivait pas à boucler sa bibliographie
sur un sujet sur lequel il n'y avait pratiquement aucune référence au plan
local.
= Et votre pire souvenir?
Les méls indésirables, tous ces trucs bidons qu'on peut vous faire suivre, avec
cinq correspondants ou plus qui vous envoient le même message.
*Entretien du 16 janvier 2001
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, nous utilisons encore beaucoup de papier dans l'administration et notre
fonds documentaire est exclusivement "papier". Nous comptons bien y intégrer des
supports multimédia, dès que les moyens nous le permettront. Le service
informatique pense déjà à une numérisation partielle du fonds documentaire, mais
bon, le problème ici c'est que les idées vont nettement plus vite que les
moyens.
= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?
Pour ce qui est de l'Afrique en général, je pense que le papier a encore de
beaux jours devant lui. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir le
développement très marginal du multimédia surtout dans les institutions
productrices de papier (les administrations) et dans les institutions où, comme
on dit ici, on "fait papier" (les écoles). Par ailleurs, il faut compter aussi
avec la lente évolution des usages. Je me rappelle que, pour les travaux de
rédaction de ma thèse, après avoir stocké un certain nombre d'articles en ligne
sur mon ordinateur, j'ai jugé plus pratique pour moi de les imprimer
intégralement pour pouvoir les exploiter. J'ai donc eu l'impression de mieux
bosser en grattant du papier, habitude oblige.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je constate que c'est aujourd'hui une réalité. Il faut voir pour la suite
comment cela se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la
production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va
entraîner de profonds bouleversements dans l'industrie du livre, dans les
métiers liés au livre, dans l'écriture, dans la lecture, etc.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Il y a encore un peu de fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait connaissance
avec ce mot (utilisé par Jean-Claude Guédon et Nicholas Négroponte), il m'avait
d'abord laissé l'illusion d'un espace extra-terrestre où les ordinateurs et
leurs utilisateurs se transportaient pour échanger des données et communiquer.
Depuis que je navigue moi-même, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement
d'un espace virtuel traduisant le cadre de communication qui rassemble les
internautes à travers le monde.
= Et la société de l'information?
La société de l'informatique et de l'internet.