#Créateur de la bibliothèque électronique de Lisieux et directeur de la
bibliothèque municipale
Le site "La bibliothèque électronique de Lisieux" a été ouvert en juin 1996.
D'abord hébergé sur les pages d'un compte personnel CompuServe, il est depuis
juin 1998 installé sur un nouveau serveur où il dispose d'un espace disque plus
important (30 Mo) et surtout d'un nom de domaine. Comme l'explique Olivier
Bogros, directeur de la bibliothèque municipale de Lisieux (Normandie), "ce site
est entièrement consacré et exclusivement réservé à la mise à disposition sur le
réseau (librement et gratuitement) de textes littéraires et documentaires du
domaine public français afin de constituer une bibliothèque virtuelle qui
complète celles déjà existantes." Dès sa création, ce site pionnier suscite
beaucoup d'intérêt dans la communauté francophone parce qu'il montre ce qui est
faisable sur le web avec beaucoup de détermination et des moyens limités.
En 2000, la Bibliothèque électronique de Lisieux aborde une nouvelle étape.
LexoTor, lancé officiellement le 27 août 2000, est le résultat d'une
collaboration avec le site "Langue du 19e siècle" de l'Université de Toronto
(Canada). Il s'agit d'une base de données qui fonctionne sous le logiciel
TACTweb et qui permet l'interrogation en ligne des textes de la bibliothèque
classés en différentes rubriques: oeuvres littéraires, notamment du 19e siècle;
brochures et opuscules documentaires; manuscrits, livres et brochures sur la
Normandie; conférences et exposés transcrits par des élèves du Lycée Marcel
Gambier. L'interrogation permet aussi les analyses et comparaisons textuelles.
L'initiative du projet revient à Russon Wooldridge, professeur au département
d'études françaises de l'Université de Toronto, suite à sa rencontre avec
Olivier Bogros lors du colloque international relatif aux études françaises
valorisées par les nouvelles technologies d'information et de communication
(12-13 mai 2000, Toronto).
*Entretien du 18 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
J'ai déjà rapporté dans un article paru dans le Bulletin des bibliothèques de
France (1997, n° 3) ainsi que dans le Bulletin de l'ABF (Association des
bibliothécaires français) (1997, n° 174), comment l'envie de créer une
bibliothèque virtuelle avait rapidement fait son chemin depuis ma découverte de
l'informatique en 1994: création d'un bulletin électronique d'informations
bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion
locale ne rencontre qu'un très faible écho, puis en 1995 début de la
numérisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une
photothèque numérique, saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande courant
1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des bibliophiles
universels) avec diffusion sur un BBS (bulletin board service) spécialisé.
L'idée du site internet vient d'Hervé Le Crosnier, enseignant à l'université de
Caen et modérateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur
de l'université la maquette d'un site possible pour la bibliothèque municipale
de Lisieux, afin que je puisse en faire la démonstration à mes élus. La suite
logique en a été le vote au budget primitif de 1996 d'un crédit pour l'ouverture
d'une petite salle multimédia avec accès public au réseau pour les Lexoviens
(habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date, un crédit d'entretien pour la
mise à niveau des matériels informatiques est alloué au budget de la
bibliothèque qui permettra cette année la montée en puissance des machines,
l'achat d'un graveur de cédéroms et la mise à disposition d'une machine
bureautique pour les lecteurs de l'établissement.... ainsi que la création en ce
début d'année d'un emploi jeune pour le développement des nouvelles
technologies.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Internet est un outil formidable d'échange entre professsionnels (tout ce qui
passe par le courrier électronique, les listes de diffusion et les forums) mais
qui est un consommateur de temps très dangereux: on a vite fait si l'on n'y
prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la DASS (Direction de l'aide
sanitaire et sociale). Plus sérieusement, c'est pour les bibliothèques la
possibilité d'élargir leur public en direction de toute la francophonie. Cela
passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne
du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques
virtuelles. Les professionnels des bibliothèques sont les acteurs d'un enjeu
important concernant la place de la langue française sur le réseau.
*Entretien du 27 juillet 1999
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
En fait, et pour les deux années à venir, l'essentiel de notre temps est
consacré à la mise en place de la nouvelle médiathèque (avec une réelle
intégration des nouvelles technologies) qui ouvrira en janvier 2001. Nous
réfléchissons, toujours dans le domaine patrimonial, à un prolongement du site
actuel vers les arts du livre - illustration, typographie... - toujours à partir
de notre fonds. Sinon, pour ce qui est des textes, nous allons vers un
élargissement de la part réservée au fonds normand. Le catalogue en ligne n'est
pas une priorité.
= Comment choisissez-vous les textes de la bibliothèque électronique?
Les oeuvres à diffuser sont choisies à partir d'exemplaires conservés à la
bibliothèque municipale de Lisieux ou dans des collections particulières mises à
disposition. Les textes sont saisis au clavier et relus par du personnel de la
bibliothèque, puis mis en ligne après encodage (370 oeuvres sont actuellement
disponibles en ligne). La mise à jour est mensuelle (3 à 6 textes nouveaux). Par
goût, mais aussi contraints par le mode de production, nous sélectionnons plutôt
des textes courts (nouvelles, brochures, tirés à part de revues, articles de
journaux...). De même nous laissons à d'autres (bibliothèques ou éditeurs) le
soin de mettre en ligne les grands classiques de la littérature française,
préférant consacrer le peu de temps et de moyens dont nous disposons à mettre en
ligne des textes excentriques et improbables.
= Passez-vous beaucoup de temps à la maintenance du site?
La création et la maintenance du site ne sont encore que des activités
marginales de la bibliothèque municipale. L'essentiel de notre activité reste
l'enrichissement et la communication sur place des ressources locales
(c'est-à-dire des informations physiquement localisées à la bibliothèque), le
développement de la lecture dans les quartiers... La salle multimédia ouverte en
octobre 1996 doit encore trouver son rythme de croisière, la consultation des
cédéroms et la bureautique devançant souvent l'utilisation d'internet.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Effectivement tout cela est très important et la législation doit être
respectée. Mais n'accusons pas le réseau de tous les maux.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Que chacun s'efforce déjà de s'exprimer correctement dans sa langue.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Les courriers électroniques reçus, à propos des textes que nous mettons en ligne
et qui témoignent de la vivacité de la langue française sur le réseau.
= Et votre pire souvenir?
Deux jeunes collégiennes (4e ou 3e) faisant des recherches sur la Résistance en
France, à partir de la station internet de la bibliothèque, sont tombées sur un
site négationniste. Elles n'ont visiblement pas compris pourquoi nous leur avons
interdit toute copie papier ou disquette dudit site et avons effacé les pages à
l'écran. Tout simplement les mots "révisionnisme" et "négationnisme" leur
étaient totalement inconnus. Moralité: le libre accès au réseau, mais accompagné
d'une médiation par le personnel de la bibliothèque. Le pire des maux:
l'ignorance!
*Entretien du 17 août 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
La médiathèque n'ouvrira ses portes qu'en janvier 2002 et ce chantier va encore
mobiliser l'essentiel de mon temps.
Nous poursuivons modestement l'enrichissement du corpus de textes de la
bibliothèque électronique.
Une collaboration vient de s'engager entre la bibliothèque électronique de
Lisieux et le site "Langue du 19e siècle" à l'Université de Toronto. Les textes
en ligne à Lisieux sont interrogeables en ligne à Toronto sous forme de bases de
données interactives. L'initiative de ce projet, baptisé LexoTor, revient à M.
Russon Wooldridge à la suite d'un colloque organisé en mai dernier par son
université. Le lancement "officiel" est prévu pour le 27 de ce mois.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Je ne crois pas à la mort annoncée du papier. Je l'utilise encore beaucoup sous
toutes ses formes. Mais, au contraire de beaucoup, mon rapport à l'informatique
n'a pas entraîné une augmentation de ma consommation de papier, bien au
contraire. Je suis dans ce domaine plutôt adepte du zéro papier.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
De quoi parle-t-on? Des machines mono-tâches encombrantes et coûteuses, avec
format propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand
et pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques
et en plus servent à autre chose. Ceci dit, la notion de livre électronique
m'intéresse en tant que bibliothécaire et lecteur. Va-t-il permettre de
s'affranchir d'un modèle économique à bout de souffle (la chaine éditoriale
n'est pas le must en la matière)?
Les machines à lire n'ont de mon point de vue de chance d'être viables que si
leur utilisateur peut créer ses propres livres électroniques avec (cf. cassettes
vidéo).
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et malvoyants?
Autant que possible j'essaie de rendre accessible à tous la bibliothèque
électronique de Lisieux. Les recommandations du Consortium W3C ne sont pas
toujours évidentes à suivre. Les sites textuels ne requièrent pas une charte
graphique sophistiquée à base de Java et autres niaiseries (le summum a été
atteint cette année par le site officiel du Printemps des poètes).
*Entretien du 27 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
La base Lexotor devrait pouvoir bénéficier dès ce mois-ci de la dernière version
du logiciel TACTweb, ce qui rendra beaucoup plus riches et pertinentes les
interrogations faites.
Pour ce qui concerne Lisieux, le bâtiment de la médiathèque est sorti de terre,
le gros oeuvre sera fini fin juin, la livraison est prévue pour novembre. Par
contre l'ouverture initialement prévue pour janvier 2002 sera sans doute
effective fin mars.
Sur le site de la Bibliothèque électronique, le travail se poursuit chaque mois
avec la mise en ligne de textes. J'ai suspendu provisoirement la fabrication de
hiboux (e-books, ndlr) au format Microsoft Reader ou Mobipocket. Il faudrait que
je trouve un partenariat avec un autre site pour que les textes disponibles en
HTML sur notre bibliothèque électronique soient aussi proposés ailleurs dans un
format hiboux multi-plateforme.
A titre personnel j'ai ouvert une autre bibliothèque électronique, Miscellanées,
encore en devenir.