#Respectivement directeur scientifique et consultante au CEVEIL (Centre
d'expertise et de veille inforoutes et langues)
Créé en 1995, le CEVEIL est un organisme québécois qui s'intéresse à
l'utilisation et au traitement des langues sur les inforoutes dans une optique
francophone, via des activités de veille et la création d'un réseau d'échanges
et d'expertise. Le CEVEIL s'intéresse également aux industries de la langue en
général (reconnaissance vocale, traduction automatique, reconnaissance optique
de caractères, etc.) et à des domaines d'activité connexes, tels la gestion
stratégique de l'information, la gestion des connaissances, la normalisation, la
standardisation, etc. Le CEVEIL fait partie du CEFRIO (Centre francophone
d'information des organisations).
*Entretien du 23 août 1998
= Quel est l'apport de l'internet pour votre organisme?
Mentionnons, tout d'abord, que l'existence du web constitue en soi une des
raisons d'être du CEVEIL, puisque nous concentrons nos activités principalement
autour de la thématique de l'utilisation et du traitement des langues sur
internet.
Par ailleurs, le web est notre principal terrain de cueillette d'information sur
les thématiques qui nous préoccupent. Nous procédons notamment à une
fréquentation assidue des sites abordant nos thématiques de travail - plus
particulièrement des sites diffusant des nouvelles quotidiennes et/ou
hebdomadaires. A ce niveau, on peut affirmer sans hésitation que nous exploitons
davantage internet que les diverses ressources écrites disponibles pour réaliser
nos activités.
Dans un ordre d'idées un peu différent, nous utilisons abondamment le courriel
pour entretenir des relations avec les intervenants du milieu et ainsi obtenir
des informations et mener à bien divers projets. Le CEVEIL est une
structure-réseau qui survivrait difficilement sans internet pour relier toutes
les personnes impliquées.
Enfin, il convient de signaler que le web constitue également notre plus
important outil pour la diffusion de nos produits aux clientèles-cibles: envoi
de bulletins électroniques de nouvelles à nos abonnés, création d'un périodique
électronique, diffusion d'information et de documents via notre site web, etc.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Le multilinguisme sur internet est la conséquence logique et naturelle de la
diversité des populations humaines. Dans la mesure où le web a d'abord été
développé et utilisé aux Etats-Unis, il n'est guère étonnant que ce médium ait
commencé par être essentiellement anglophone (et le demeure actuellement).
Toutefois, cette situation commence à se modifier et le mouvement ira en
s'amplifiant, à la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du réseau
n'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communautés déjà
présentes sur le web accepteront de moins en moins la "dictature" de la langue
anglaise et voudront exploiter internet dans leur propre langue, au moins
partiellement.
On peut prévoir que l'on arrivera sans doute, d'ici quelques années, à une
situation semblable à ce qui prévaut dans le monde de l'édition en ce qui
concerne la répartition des différentes langues. Ceci signifie néanmoins que
seul un nombre relativement restreint de langues seront représentées
(comparativement aux quelques milliers d'idiomes qui existent). Dans cette
optique, nous croyons que le web devrait chercher, entre autres, à favoriser un
renforcement des cultures et des langues minoritaires, en particulier pour les
communautés dispersées.
Enfin, l'arrivée de langues autres que l'anglais sur internet, si elle constitue
un juste rééquilibre et un enrichissement indéniable, renforce évidemment le
besoin d'outils de traitement linguistique aptes à gérer efficacement cette
situation, d'où la nécessité de poursuivre les travaux de recherche et les
activités de veille dans des secteurs comme la traduction automatique, la
normalisation, le repérage de l'information, la condensation automatique
(résumés), etc.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Internet est là pour demeurer. L'apparition de langues autres que l'anglais sur
ce médium constitue également un phénomène irréversible. Il sera donc nécessaire
de tenir compte de ces nouvelles réalités aux points de vue économique, social,
politique, culturel, etc. Des secteurs comme la publicité, la formation
professionnelle, le travail en groupes et en réseaux, la gestion des
connaissances devront évoluer en conséquence. Cela nous ramène, tel que nous
l'avons mentionné plus haut, à la nécessité de développer des technologies et
des outils vraiment performants qui faciliteront les échanges dans un Village
global terriblement plurilingue...
*Entretien du 13 mars 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Le CEVEIL a cessé la production de ses clips d'information hebdomadaires et de
son périodique mensuel. Cette situation résulte moins d'un changement
d'orientation que d'un manque de ressources humaines et financières. La reprise
de ces activités, sans être impossible, n'est pas envisagée pour le moment.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Guy Bertrand: Il est très important de respecter le droit des auteurs et c'est
aux auteurs de décider de ce qu'ils veulent en faire. Le web accorde une place
de plus en plus grande à la gratuité des usages. Les auteurs ne sont pas tenus
de s'y plier, mais de plus en plus d'auteurs s'y adaptent volontairement et avec
profit. Les modèles d'affaires sur le web évoluent très rapidement et n'ont pas
fini de le faire. De nouveaux modèles d'affaires se développeront et la place de
la gratuité y sera forte, mais les droits des auteurs devront être respectés de
façon innovatrice de la part des auteurs et des fournisseurs de services et de
contenus.
Cynthia Delisle: Les droits d'auteur devraient idéalement faire l'objet du même
respect sur le web que dans d'autres médias, la radio ou la presse par exemple.
Cela dit, internet pose à ce niveau des problèmes inédits à cause de la facilité
avec laquelle on peut (re)produire et (re)distribuer l'information à grande
échelle, et aussi en raison de la tradition de gratuité du réseau. Cette
tradition fait, d'une part, que les gens rechignent à débourser pour des
produits et services qu'ils trouveraient tout naturel de payer dans d'autres
contextes et, d'autre part, qu'ils ont peut-être moins d'états d'âme, dans le
contexte du net, à utiliser des produits piratés. La problématique du respect
des droits d'auteur constitue, à mon sens, un des enjeux majeurs pour
l'évolution du réseau, et il sera certainement très intéressant de voir les
solutions qui seront mises de l'avant à cet égard.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Guy Bertrand: Depuis 1998, le commerce électronique international s'est beaucoup
développé et les vendeurs veulent de plus en plus communiquer dans les langues
préférées par les acheteurs, ce qui augmentera encore le caractère multilingue
du web. Le commerce électronique ne dominera pas le web, mais son importance
augmente ainsi que se marque le caractère multilingue du web. Les outils pour le
multilinguisme sur le web sont, hélas!, toujours en retard.
Cynthia Delisle: Je pense que la tendance déjà amorcée en 1998 s'est confirmée
depuis et que l'avenir d'internet passe irrémédiablement par le multilinguisme.
Internet s'internationalise, et on voit mal comment ce phénomène pourrait se
réaliser sans s'accompagner d'une diversification linguistique et culturelle du
réseau. Même si l'anglais demeurera sans doute toujours la langue la plus
utilisée sur internet, le pourcentage de sites et de documents offerts en
d'autres langues continuera régulièrement d'augmenter, jusqu'à ce qu'un certain
"équilibre" soit atteint.
Par ailleurs, je suis entièrement d'accord avec M. Bertrand lorsqu'il souligne
que les outils aptes à traiter cette diversité linguistique ne sont pas encore
au point. La traduction automatique, par exemple, piétine dangereusement depuis
nombre d'années... Pourtant, les besoins ne cesseront de croître, d'où la
nécessité de multiplier les efforts de R&D (recherche et développement) dans ces
secteurs.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Guy Bertrand: Ma première expérience avec le site www.neuromedia.com.
Cynthia Delisle: Le maintien régulier et à moindre coût, grâce au courriel, du
contact avec mes proches lors de séjours prolongés à l'étranger.
= Et votre pire souvenir?
Cynthia Delisle: D'avoir vécu des problèmes de harcèlement (envois répétitifs de
courriels personnels non sollicités... c'était il y a plusieurs années, avant
que les logiciels de messagerie ne soient équipés de fonctions de filtres!).
*Entretien du 4 juin 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Le CEVEIL termine présentement ses mandats des dernières années sur la promotion
des normes pour la francisation des technologies de l'information et des
communications (TIC). Actuellement, nous n'avons plus d'autres mandats à
réaliser par la suite. Le site du CEVEIL affiche, en ce moment, beaucoup de
nouveaux contenus (rapports, textes de vulgarisation, etc.) et demeurera en
ligne pour au moins une autre année.
Ceci étant dit, et bien que le comité de direction ne soit plus fonctionnel
depuis 1999, le CEVEIL demeure apte à remplir (sous la tutelle du CEFRIO)
différents mandats sur la thématique des inforoutes et des langues. Nous sommes
donc ouverts à toute proposition intéressante!