#Producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte
L'auteur a choisi de participer à ces entretiens sous le pseudonyme d'@
Andrachmes (Alex Andrachmes).
*Entretien du 16 décembre 2000
= Pouvez-vous vous présenter?
La bio classique, un peu promotionnelle, rien de tel: né en 1959, ma découverte
du monde de la musique en 1980 passe par des productions audiovisuelles
underground, cold wave, new wave, ou world music... Sans sombrer, ni traîner
dans les pubs, c'est au cinéma que je consacre ensuite mon énergie, dans une
officine de coproduction soutenant des projets alternatifs qui rencontrent
pourtant un retentissement mondial, primés à Cannes, à Venise, aux Césars,
nommés aux Oscars... C'est au sein d'une télévision périphérique francophone,
diffusée en hertzien, par câble et satellite, que je renoue avec le monde de la
musique, en créant des structures qui permettent encore aujourd'hui de capter
des concerts live pour diverses chaînes, des plus connus des artistes, aux plus
pointus. Je propose aussi la mise en place de magazines en tout genre,
information en prime-time, sciences, modes de vie, nature sauvage, entretiens
littéraires, ou cybers... Pratiquement tout ce qui ne se fait plus ailleurs
parce que l'audience ne suivrait pas, je le défends. Et parfois ça marche,
d'autres fois... Et on me consulte de toute l'Europe, conseil en scénario, en
production, productions exécutives... Ce n'est pas pour autant que je néglige
l'écriture: pièces de théâtre, créations collectives, co-scénarisation, romans
et nouvelles, je me suis essayé à de nombreuses formes, depuis 1977.
= Avez-vous un site web?
De site personnel, point. Mais j'anime www.superfever.com, site d'un personnage
de fiction, Sadie Nassau, producteur au sein d'une société de divertissements
(STARTOP) produisant pour diverses chaînes francophones périphériques, pour le
net, et pour la convergence entre les deux, domaine que je connais bien, comme
vous vous en doutez... Nostalgie? En tant qu'auteur, @Andrachmes pourrait avoir
un parcours parallèle à celui de son personnage. Pourrait, car il est plutôt à
l'opposé. Voyez à cet égard la bio reprise sur le site superfever.com.
Personnage de fiction, donc, que j'anime au sein d'une expérience toute neuve:
www.thewebsoap.net. Lancé à titre expérimental le 22 septembre 2000, il est
officiellement en ligne depuis le 17 novembre 2000.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Elle me semble assez bien décrite dans ma bio... Comme j'écris sous un
pseudonyme d'auteur, ça dépersonnalise un peu. Curieuse sensation... Ceci dit,
je pourrais vous parler des nombreux sites web des émissions dont je m'occupe,
mais ce serait me dévoiler un peu trop.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
L'écriture. L'écriture de mail, même, principalement des mails fictifs....
Puisque le websoap a comme particularité d'utiliser exclusivement les moyens du
web pour raconter les récits, il se donne comme objectif de mettre en place. Le
défi que lance à ses auteurs notre réalisateur/intégrateur Olivier Lefèvre est
de taille. En effet, habituellement, l'écriture, qu'elle soit de roman, de
scénario ou de théâtre, implique des descriptions, des indications de mise en
scène (ou des didascalies pour le théâtre). Ici, rien de tout ça. Tout doit se
dire sous forme d'adresse à un autre personnage. Il faut ensuite rebondir sur la
ou les réponses, et s'arranger pour que le nécessaire soit dit. De plus,
logiquement, une adresse à un tiers est le plus souvent succinte, pleine de
référence et de sous-entendus, entre le ton parlé, un ton un peu littéraire, un
ton un peu dépersonnalisé par rapport à la parole, mais proche quand même de son
interlocuteur. On est plus proche du roman "épistolaire" du 19e (siècle, pas
l'arrondissement qui n'a rien à voir), que d'une continuité dialoguée... Donc,
exercice difficile pour tout "tchatcheur", être court, mais tout dire, tout en
restant léger... Heureusement, de temps à autre nous sommes aidés par un concept
qui nous vient droit du jeu de rôle (d'autres auteurs du websoap nous viennent
de ce secteur): le PNJ, le personnage non joué. Des adresses à ce personnage,
proche du second rôle d'une fiction classique, mais non joué par un des
"joueurs-auteurs", permet de préparer LE mail décisif à un autre personnage
principal, en mettant en place la situation. Attention tout de même: il faut
rester dans la cohérence du récit et assurer stabilité et visibilité! En fait,
un peu comme dans la dramaturgie cinématographique ou théâtrale, où l'importance
du hors champ n'est plus à inventer, le sens saute d'un mail à l'autre. Plus
clairement, un mail qui a un sens très positif en tant que tel, peut en prendre
un tout autre, lorsqu'il est complété par une information distillée par un autre
mail. Dans cette nouvelle forme d'écriture, tout s'invente en temps réel. Et
c'est ce qui est passionnant...
= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode
d'écriture?
On le voit, les possibilités de l'écriture spécifiques à l'internet sont
multiples (si pas infinies, on est en tout cas loin d'en avoir fait le tour).
L'hypertexte en est une, bien entendu. En effet, j'ai jusqu'ici beaucoup parlé
du mail. Si des renvois référentiels sont souvent fait d'un mail à l'autre, ils
ne sont renforcés d'un véritable lien que quand le sens du récit l'impose, ce
n'est pas la principale utilisation ici de l'hypertexte. Je ne vous ai pas
encore parlé de l'écriture spécifique du site web des personnages. Là aussi, une
idée originale très intéressante de notre réalisateur/intégrateur, c'est de
caractériser le personnage par son site web. Car qu'y a-t-il de commun, vous le
verrez si vous explorez la galaxie des sites du websoap, entre le site de Mona
(le soleil de la galaxie!), celui de Sadie Nassau (le trou noir, sans doute, de
cette galaxie, qui entraîne dans sa chute tout les autres...) et, à l'autre
extrême, celui d'Antonin, l'observateur patenté de cette galaxie. Pour ne parler
que de celui de mon personnage, le site se veut clinquant, vendeur, imitant
(jusqu'à la perfection?) ce qui se fait de pire dans le secteur du
"webtertainment", terme nouveau que je viens d'inventer. Pour cela, pas besoin
de chercher beaucoup, toutes les sociétés d'entertainment, des plus grosses
chaînes TV commerciales au plus petite start-up (STARTOP?), cherchent de nos
jours à décrocher le jackpot en attirant les "hits" de "prospects"... Je me suis
inspiré (!) au passage de tout ce qui fait la trash TV de nos jours, la télé
voyeuse où on enferme des quidams dans un lieu clos pour étudier leurs
réactions, concepts européens qui cartonnent dans le monde entier. Pas si loin
d'ailleurs de l'entomologie du site "Insectalia" animé par Mona Bliss, un des
personnages principaux du websoap. Pour la petite histoire, dans le nord de
l'Europe, les sites de ces émissions de trash TV changent complètement la donne
en matière de web, en faisant exploser le nombre de connexions, sur les réseaux
qui les accueillent (jusqu'à 700.000 pour le site big brother en Belgique...).
Pour revenir à l'hypertexte, dans de nombreux mails, je (le personnage) renvoie
à mon (son) site. Au fur et à mesure de la mise en ligne des éléments, Sadie
Nassau annonce triomphalement ses succès par mail, avec un lien vers la page
concernée du site... Mais lorsque la mécanique s'enraye, les renvois vers ce
site (effectués automatiquement par le serveur de sa société STARTOP) prennent
un tout autre sens. Et lorsque d'autres personnages découvrent la vérité cachée
du personnage de Sadie Nassau, et le lui signalent, ou préviennent d'autres
personnages de ne pas frayer avec lui, là aussi, les liens prennent encore un
autre sens... Inutile de vous préciser que je joue le rôle du mauvais...
= Comment voyez-vous l'avenir?
Comme vous avez pu le lire, je m'y intéresse de très près, puisque toutes les
activités que développe mon personnage ne parlent que de ça. L'ensemble du
websoap s'apparente d'ailleurs à une mise en abîme des tendances qui traversent
le net de nos jours. Le déchirent même. Alors l'avenir... Quand on observe, et
même qu'on joue, des personnages qui représentent des tendances à la manière
d'un soap, connaître le vainqueur à l'avance n'est pas simple. Selon le
personnage que j'anime, la réponse est différente. Et il y a des pièges. Dont le
principal me semble être celui-ci: si, à force de travail, c'est mon personnage
principal qui plaît au public, et non ses opposants, la réponse à votre question
pourrait être inquiétante... Je préférerais vous en donner une autre, celle que
je développe dans une autre oeuvre, Neiges d'anges (incluse dans Les yeux du
labyrinthe). J'y raconte le réseau projeté dans une vingtaine d'années, aux
mains de personnages comme ce Sadie Nassau qui tiennent le haut du pavé. Et sous
ces pavés, quelle plage? C'est toute la question.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, c'est un des questionnements de l'équipe du websoap. A l'heure actuelle, il
semble que l'internet soit encore considéré majoritairement comme un outil de
travail, ou au mieux, comme un outil de consultation de documentation, d'infos
en ligne, ou de services (réservations, prix, achats en ligne). Pas encore de
loisir proprement dit, à part pour une minorité d'addicts de jeux, de free TV,
de téléchargements musicaux ou de ... sexe virtuel... La principale raison à cet
état de fait est technique. La majorité des équipements se trouve dans les
bureaux, et les connexions permanentes (câble, ADSL...) sont loin d'être
majoritaires. Ce détour pour constater que le meilleur outil de lecture reste le
livre, qu'on peut emporter n'importe où. Dans ma pratique professionnelle, et
celle de la plupart de mes correspondants dans les médias, toute la création de
documents (projets, scénarios, contrats, devis...) passe par l'ordinateur, les
textes circulent par e-mail et attachements, mais leur lecture et/ou analyse
passe par les tirages papier. Rares sont ceux qui échangent directement les
infos sans ce passage obligé. Il faut une tournure d'esprit particulière pour
arriver à envisager globalement un document, l'analyser, le corriger, sans
l'imprimer. Par mon activité web, je m'y exerce, et ce n'est au fond pas
désagréable du tout.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Il n'est pas impossible que, si on assiste à une véritable généralisation de
l'e-book, ou à travers les Psion, Palm, Wap, UMTS (universal mobile
telecommunications system)... qui sait, le papier finisse par être détrôné. Mais
dans l'état actuel, le papier ne me paraît pas mort. Les premiers qui auront à
souffrir, me semble-t-il, ce sont les journaux. Puisque la fonction info et
service est déjà très répandue sur le net, via les sites des journaux eux-mêmes.
Les grands médias sont en train de s'embarquer dans ce train-là, voir les sites
de TF1, Canal+, etc... Les autres (l'édition principalement) passeront encore
longtemps par l'étape tirage papier... Mais il se passe quelque chose via les
sites de webtertainment dont je parlais plus haut, des habitudes se prennent,
surtout chez les jeunes. Et là, une initiative comme la nôtre pourrait
participer à un changement de la donne. En effet, l'activité proprement mail est
un phénomène sociologique incontestable qui s'explique par une certaine
dépersonnalisation des contacts permettant aux jeunes d'oser dire plus
facilement ce qu'ils ont à dire. Paradoxalement, le texte qu'ils ont écrit leur
paraît être une personnalisation de leur discours, puisqu'il existe sous forme
écrite. Enfin, les fonctions envoi et retour confirment l'existence de leur
discours, puisqu'il est lu, et qu'on y répond. Dans ces échanges là, le papier a
déjà complètement disparu. L'exploration de ces formes de discours par nos
personnages est donc en pointe. Et leur communication à un large public un réel
enjeu.
Enfin, je pense surtout que c'est l'arrivée du fameux "papier électrique" qui
changera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui
consiste à charger électriquement une fine couche de "papier" - dont je ne
connais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveaux
textes, par modification de cette charge électrique. Un e-book sur papier, en
somme, ce que le monde de l'édition peut attendre de mieux.
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur
le web?
Question épineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses sociétés
multinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions américains
que Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis se
rebellent face au "copyright". Par contre, si c'est pour permettre à des
créateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droit
d'auteur au sens noble me paraît légitime. Le débat est le même que celui de
l'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services).
Copyright contre droit d'auteur! Mais il règne dans le domaine une confusion
soigneusement entretenue, ou les deux sont amalgamés. "On" fait monter au
créneau des artistes pour défendre une liberté qui pourrait ne profiter
finalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'étouffer ces
petits soldats de la liberté, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Et
oui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le système de
"copyright" permet à ses "propriétaires" de modifier les conditions
contractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenir
à la vice-présidence de l'une ou l'autre de ces firmes grâce à ses ventes
faramineuses, puis perdre jusqu'à leur nom dès que ces ventes ne suivent plus!
Il me semble qu'il faut surveiller de très près le fameux accord entre BMG et
Napster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importe
qui pourra charger des fichiers en toute légalité. Certes BMG est une
multinationale, certes Napster est en passe de perdre son procès contre les
autres multinationales de la musique; mais ce système de forfait peut amener à
des solutions originales d'équilibre entre la liberté de l'internaute et la
rémunération légitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions,
valider un modèle économique, puisque c'est le dernier concept à la mode dans le
domaine du net, n'est pas des plus évidents...
= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?
J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live... On nous les
annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on nous les
annonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors, le genre:
vous/réservé/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus tard peut-être.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et malvoyants?
Je suis assez proche géographiquement de la société Lernout & Hauspie, qui est
tombée en faillite. C'était le leader en matière de reconnaissance vocale...
Donc, je ne suis pas très optimiste dans ce secteur non plus, pas avant de plus
larges bandes passantes et/ou les processeurs ultra-puissants qu'on nous annonce
donc pour très bientôt.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke,
utopies scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Ou
celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-Canal/Universal...
Tout ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore
appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni
s'il faut le dompter d'ailleurs... En tout cas, les créateurs, artistes,
musiciens, les sites scientifiques, les petites "start-up" créatives, voire les
millions de pages perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa
matière propre ne pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux,
ils perdraient leurs futurs "abonnés". Ce paradoxe a son petit côté subversif
qui me plaît assez.
= Et la société de l'information?
Dans l'idéal, un lieu d'échange, le fameuse agora du village global. Mais
l'idéal... Tant que le débat existe entre les fous du net, et les VRP de la VPC,
il y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se refermeront sur la liberté
d'échanger des infos en ligne, ça risque plutôt d'être la société de la
désinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle
information, celles du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Celles
contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou
toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non répertoriées
par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance à
mettre en avant les sites les plus visités, qui le sont dès lors de plus en
plus. Là, on ne parle même plus de désinformation, de complot de puissances
occultes (financières, politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de
lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sans
avoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information qui serait
figée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du mouvement donc...
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design de
site sur le web. Quand je revois les préparatifs, les brouillons, et que je vois
ce que ça donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le même plaisir lorsque
sur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avait
perdu d'ouïe depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete,
on le lance. Raaaah...
= Et votre pire souvenir?
C'était au tout début, une de mes premières utilisations du médium. Je
recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants,
des trucs comme ça. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classique
liste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre...
J'essaye d'en ouvrir quelques uns... Surprise! Un banner "NetNanny" m'interdit
l'accès aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorité morale"
américaine, ce "NetNanny" s'autorisait à interdire les sites qui ne lui plaisent
pas... Je ne l'ai plus jamais rencontré depuis, mais quelle saleté, ce truc.
Enfin, à l'autre extrémité, il y a bien le procédé dit de "l'exit console" où,
au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre,
puis une autre, impossible de sortir. Ça, je n'en ai pas fait l'expérience, mais
ça doit être hard. C'est d'ailleurs un procédé de site hard, ai-je lu quelque
part...
*Entretien du 25 janvier 2001
La totalité de cet entretien est consacrée à l'e-book.
= Quel est votre sentiment sur l'e-book?
E-book, e-book, ai-je l'air d'utiliser un e-book, avec ses grands yeux qui me
regarderaient dans la nuit? En voilà une accroche, isn't it? ("n'est-ce pas"
pour les non-polyglottes...). Pour répondre à toute question à propos d'e-book,
je n'ai qu'une seule envie, me laisser aller, j'écris sous pseudonyme...
D'accord, pas me laisser aller au point de cette intro, un peu, disons,
légère..., mais me laisser aller à un exercice auquel j'ai pris goût il y a peu,
genre "j'ai testé pour vous...". Encore faut-il pour cela disposer de l'appareil
dont on parle. Dites-moi donc, oui, vous aussi, là, ceux qui me lisez: qui
possède un e-book? A part peut-être les quelques journalistes qui ont pu
bénéficier des différents modèles quelque temps, au moment de leur sortie. Vous
voyez... Donc, rabattons-nous sur ce qu'on en dit sur internet (quelques pages
en français au hasard, ici, cette page assez bien faite, qui reprend tous les
intervenants du secteur, Olympio.com, CyLibris.com et bien sûr 00h00.com).
Examinons ce que j'en sais, et ce que je déduis des deux premiers, avec quelques
raccourcis, pas la peine d'allonger la sauce. Puis, mais soyons un peu créateur,
laissons-nous aller à quelques intuitions... Evidemment, cela va donner une
série d'impressions sans doute pas très scientifiques, ni très documentées. Mais
faute de grive, pour rester dans une comparaison avicole... Pourtant, cela fait
plus d'un an qu'il est sorti, non, l'e-book? Il a fait la vedette du salon de
Paris (oui, du livre, pas de l'automobile, qui s'appelle, lui, le mondial), il
s'est invité à la foire du livre de Bruxelles (une foire...), il a été un peu
éclipsé à celle de Francfort lors du rachat par Spielberg de l'idée du bouquin
de Marc Lévy Et si c'était vrai, paru chez Laffont. On attend le film... ou
l'e-book. A voir ce qui se vend sur le net, aux USA et en France, il doit y en
avoir des e-books, à moins que ce ne soit l'effet Nasdaq d'avant la chute, des
investissements en valorisation boursière, sur le futur, paraît-il. Qui pourrait
nous dire si ça se vend? La Fnac annonce pour 2000 un excellent chiffre pour les
e-books, Franklin aussi. Mais à voir les forums qui y sont consacrés (notamment
celui de 00h00), ce secteur n'a pas l'air de décoller franchement...
= Quelle est la problématique?
L'e-book, en fait, pose tout simplement la problématique du terminal dédié...
Sans être vraiment nouvelle, elle a été assez peu abordée pendant des années.
Pour le terminal de lecture, quelques lignes dans un bouquin de SF de 1977 (La
Stratégie Ender, de Orson Scott Card, prix Hugo 1986), sous forme d'ardoise
"magique" pour élève studieux, l'auteur appelait cet objet "bureau"... On vient
de loin. Pas la peine de faire de grandes recherches, le sujet a été assez peu
mis en scène, quoi qu'on en dise. On le rencontre dans les Star Trek et autres
Alien 4 où on montre des variantes de l'e-book, au milieu des années 90. Il faut
dire que le formidable développement de la micro (merci messieurs Jobs, Allen,
Gates et consorts) semblait avoir relégué la problématique du terminal dédié à
la période jurassique du développement technologique. A quoi bon inventer le
moindre de ces objets utiles à une seule application, alors que tout ce qu'il
peut contenir ne représente que le quart du tiers de ce qu'un micro peut faire.
Une seule application s'est imposée, liée à l'écran TV, c'est celle "dite" des
jeux vidéo qui, elle, s'est largement répandue. De toute façon, les réseaux ne
permettaient pas de charger de contenu... Et précisément, la problématique est
une question de contenu, mais pas encore. D'ailleurs, pendant des années, le
seul débouché des auteurs dans ce secteur a été... l'écriture de jeux vidéo!
Depuis dix ans au moins, la micro plafonne. Quelques renouvellements
d'appareils, toujours aussi peu pratiques sur les applications pointues
puisqu'elles doivent tenir compte de l'ensemble de leurs applications.
L'équipement des ménages s'essouffle, ceux qui se sont équipés le sont. Pour les
autres, on pénètre le marché, beaucoup plus lentement. Et voici que se gonfle la
bulle financière du Nasdaq... L'aubaine, les connexions permettent le contenu!
En plus, la com(.com) éclate, processeurs hyperboostés, modems à bande de plus
en plus large, start-up, téléphones portables... Tiens, le voilà enfin, le
premier terminal dédié qui a éclaté, dépassant même le succès des jeux vidéo! La
bulle financière, enfin, ce qu'il en reste, continue à l'exploiter jusqu'à la
corde son téléphone portable. Et il donne à réfléchir aux autres secteurs.
Organisateurs personnels, e-books, et autres lecteurs MP3 s'engouffrent dans la
brêche. Même les jeux vidéo se chargent par internet, de nos jours. Le Nasdaq
attend maintenant la langue pendante qu'on valide ces modèles économiques, qui
ont déjà englouti des tombereaux de capitaux. Je crains que si en juin, on ne
sent pas un sensible frémissement dans ces secteurs, ça ne chauffe sérieusement
dans les start-up. Or, sans contenu, pas de marché, c'est le serpent monétaire
qui se mord la queue. Tout le monde sait que le contenu met du temps à
s'imposer. Qu'il faut tester des idées, prendre des risques, et s'attendre à ne
pas s'attendre à celles qui s'imposeront. Qui avait prévu le boum du "texto"
(SMS en Belgique), à l'arrivée des téléphones portables? 2 millions de ces
petits messages qu'on envoie d'un téléphone portable à l'autre, ou depuis
internet, circulent chaque jour en Belgique. Un véritable phénomène de société!
Alors, qui va investir dans le contenu, ne fut-ce que pour tenter de reproduire
ce hit? La voilà la question du contenu... Mais d'abord, quelles applications
permettent de fréquenter des contenus sur les terminaux les plus adaptés? Cette
question a un petit parfum de dernière chance. C'est qu'il ne faut pas espérer
attirer Billancourt avec un soft inadapté. Je crois que voilà l'heure de mon
fameux "j'ai testé pour vous".
= Quels sont les logiciels?
Quels logiciels donc? L'Open eBook, bien sûr, le logiciel qui est censé avoir
mis d'accord la plupart des constructeurs, au début. Une manière de dérivé du
langage HTML (et XTML) principal langage d'internet (et des Waps et autres UMTS
pour l'autre, le x). Ce n'est pas trop la peine de développer, tous ceux qui me
lisent ici savent (sûrement mieux que moi) de quoi je parle. Petite remarque
fondamentale tout de même sur l'HTML. Pour une lecture classique, il y a une
particularité intrinsèque à ce langage. Il s'affiche page par page. Jusque-là,
ma foi... Un livre aussi, il n'y a qu'à la tourner, cette page. Seulement,
imaginez un livre où, pour tourner la page, il vous faut vous lever, aller
chercher la page suivante à la bibliothèque, vous rasseoir, et ne commencer à
lire cette page qu'après toutes ces manipulations... Ereintant, non? C'est la
démarche qu'effectue pour vous l'HTML. Et parfois, sur internet, c'est long,
long... Donc, solution, on allonge la page un maximum, vous permettant de faire
du "scrolling" par la barre de droite, ou directement par la souris (ah
l'intellimouse, quelle invention...). Autre solution, on crée des raccourcis
genre page suivante, qui a intérêt à ne pas être trop lourde à charger. Et
enfin, en droite ligne de ce qui précède, on crée les hyperliens, créant de ce
fait l'hypertexte. Drôle de détour, pour éviter de se déplacer de son fauteuil
virtuel à la bibliothèque tout aussi virtuelle, on invente un nouveau langage
qui révolutionne la pensée contemporaine. A quoi ça tient, tout de même, un peu
de paresse, un paradoxe, et voilà... Petite remarque complémentaire, comme ça,
en passant. Vu l'habitude des Américains de breveter les algorythmes, il semble
que BT (British Telecom) ait l'intention de breveter l'hypertexte qu'il aurait
inventé, ce qui provoquerait des situations inextricables. Une affaire à suivre
assurément! Les premières rencontres que j'ai eues avec l'HTML m'ont un peu
dérouté, il y a longtemps déjà. Pour la consultation, soit, mais pour la
lecture, la l-e-c-t-u-r-e! Puis, je suis tombé sur le site Anacoluthe.com, celui
où Olivier Lefèvre a mis en scène les fameuses Apparitions Inquiétantes
d'Anne-Cécile Brandenbourger. Réconciliation immédiate avec l'HTML. Enfin
quelque chose à faire avec la matière littéraire qui s'entassait depuis des
années dans mon ordinateur complètement autiste. On frise l'approche du contenu,
là...
= Et à part l'Open eBook et l'HTML?
Je ne vous ai pas encore parlé de Bill (hi Bill), un comble lorsqu'on aborde une
problématique de logiciel, quelle qu'elle soit... Il n'y a rien à faire, il ne
peut pas s'empêcher, dès qu'il y a un nouveau logiciel à mettre au point,
Microsoft se lance. Incorrigible... Et voici, mesdames et messieurs, "le"
logiciel de lecture sensé effacer tout les autres: j'ai nommé Microsoft Reader!
C'est quasi comme ça qu'il se présente, comme d'hab. Et comme d'hab, c'est top
cool ;-)... C'est qu'ils en ont des dollars, à Seattle. Téléchargez-le et
testez, vous verrez, en plus c'est gratuit. Vous aurez même droit à un (tout
petit) document de présentation. J'attends tout de même de voir tourner le truc
en réel, avec un bon gros bouquin bien lourd, plein de sens... Adobe,
l'acrobate, ex-Glassbook, qui, soit dit en passant, va changer de nom d'ici peu,
lui, ça fait longtemps qu'il officie dans les réseaux (le PDF, grand classique
du genre). C'est un assez bon format de chargement, d'impression, et de lecture.
Il est gratuit aussi, chez Barnes & Noble par exemple, qui diversifie ses
sources, en 2001. Pas comme Amazon.com qui reste Microsoft Reader pur et dur.
Encore qu'ils annonçaient pour janvier la possibilité de commander les eBookman
de Franklin. Ils y sont,mais il faut les trouver: rubrique "Electronics", et
browser le nom de l'objet. La référence e-book livre du Microsoft Reader, cqfd.
Mais tous ces logiciels manquent un peu de fantaisie, et de liberté de choix.
Plutôt le format page que le format plan ou normal, ce sont eux qui choisissent
pour vous. Or moi, j'aime choisir, varier selon ce que je lis, l'endroit où je
suis... Tiens, le Cytale me donne en prime le choix des caractères... Tandis que
l'Adobe m'offre un "rotating system", pour lecture sur "notebook computer".
Parce que les autres pas? Non, je n'ose l'imaginer. Et si, la plupart des
systèmes proposent du format "à la française", plutôt que celui "à l'italienne";
il paraît qu'on le préfère depuis les Egyptiens... Un seul document classique
aurait été publié "à l'italienne", en largeur donc, dans l'histoire de
l'édition. Mais pourquoi ne pas profiter de la nouveauté pour donner le choix?
Surtout si l'on pense aux nombreuses éditions autres que les livres classiques.
Livres d'architecture, plans, livres d'art, BD, livres pour enfants, et toute
autre application possible. Tiens, un exemple, comment fait-on pour avoir le
fameux "tube" éditorial 2000 en e-book: La terre vue du ciel? Il est bien
disponible en écran de veille à l'adresse Photoservice.com. Ce manque
d'ouverture risque de bloquer un certain nombre de possibilités. Ne dit-on pas
que le premier marché visé est celui des applications professionnelles,
éducatives ou de documentation? C'est justement dans ces domaines que des
demandes particulières peuvent surgir inopinément. Autant le prévoir. Allons
bon, nous voilà revenus aux ardoises magiques...
= Le e-book est-il une ardoise magique ou un soft?
Quand on fréquente tous ces softs, on s'aperçoit d'une confusion qui me semble
soigneusement entretenue. Qu'entend-on exactement par e-book? Personne n'est
capable de répondre à cette question toute simple. Personnellement, et j'ai
ouvert ma réflexion par ça, je voyais le petit objet portable sur lequel on lit
des livres numérisés. Sur le site Microsoft et celui d'Adobe c'est plutôt le
soft qui permet de lire ces livres, tandis que sur ceux d'Amazon.com, de Barnes
& Noble, et des autres vendeurs de "contenu" en ligne, l'e-book, c'est tout
simplement les livres qu'on vend. Et encore, Amazon.com ne vend son "contenu"
qu'en Microsoft Reader, et si chez d'autres le choix est plus grand, ces
"contenus" paraissent un peu "prétextes commerciaux". Chez 00h00, on ne vend que
du Rocket eBook, hormis bien sûr, le PDF dont ils sont les pionniers. Par
contre, chez PeanutPress.com, vendeurs d'ouvrages du commerce on a même droit
au... Peanut Reader! Et d'autres initiatives voient le jour, genre édition à
compte d'auteur chez Publibook.com, qui permet pour un forfait modique d'être
vendu sur le site en format papier et en format Palm Pilot et Rocket eBook.
Certes, ils allouent à l'auteur entre 18 et 36% des ventes, mais au milieu d'un
catalogue qui pourrait aller jusqu'à 6 millions d'auteurs, sans critères, sans
références, n'est-ce pas un peu une manière "d'arnaque classique" du compte
d'auteur adaptée au net? A voir. Initiative peut-être plus riche, celle
d'Olympio.com, initiée par Françoise Bourdin, qui suit un peu mieux les auteurs
qu'ils publient, mais dont le Reader Olympio (était-ce bien utile?) ne marche
pas si bien, dit-on. Quelle importance, me direz-vous? Tout d'abord, on constate
que des plus gros vendeurs aux initiatives marginales, tous ne s'intéressent
qu'assez peu à l'objet e-book. Ils ont l'air de se contenter de "vendre" du soft
et les livres qui vont avec... Certes les softs sont gratuits, mais est-ce
encore la tendance actuelle du Nasdaq? Dans la réalité actuelle du marché, cela
revient majoritairement à charger le livre choisi sur son ordinateur fixe. Or
qui va lire un livre pendu à son ordinateur fixe, à moins de l'imprimer, pendant
un temps plus ou moins long, selon le type d'installation et d'imprimante? Moi
quand je lis, j'aime lire n'importe où, dans n'importe quelle position, dans
l'escalier, dans le métro, aux... Partout quoi. Donc, pour vraiment démarrer,
les e-books devraient impérativement être portables. Et bien, figurez-vous que
ces portables ont chacun leurs softs (tous dérivés de l'Open eBook semble-t-il).
On ne choisit pas son application. Pour peu qu'elles soient trop rigides, et on
regrette son achat. Le seul fait de penser qu'on risque de regretter son achat
n'est pas très bon pour les chiffres de ventes... D'où l'importance de la
fluidité du soft. Et de sa compatibilité! On a l'air parti vers le terminal
dédié non seulement à la lecture exclusivement, mais à la lecture via un soft
dédié à l'appareil exclusivement. Donc, celui qui maîtrise le contenu sur le
soft qui se vendra le mieux (hi Bill)... On tourne en rond, voilà pourquoi je
pense la confusion soigneusement entretenue. Celui qui possède le plus grand
nombre de livres en "droits numériques" vendra le plus de soft, de books, et
d'appareils... La concurrence va bientôt faire rage dans le domaine des achats
de droits, si elle ne le fait pas déjà. Et le Rocket eBook de Gemstar, il
n'était pas sensé avoir rejoint l'Open eBook? Parce que la première pub, ici,
c'est "no scrolling!"... Or, sur 00h00, ceux qui ont essayé le Rocket eBook
expliquent comme il est agréable de faire défiler les pages du livre qu'ils
lisent. Ce mode "tourner la page", ressemble à une fonction hypertexte déguisée
en "la" fonction "livre" la plus classique. En fait, comme les autres, cet
e-book a son propre système de lecture (le RCA REB 1100) inclus dans la machine.
Moi, on l'a vu, je suis plutôt "scrolling"... Chez Microsoft (j'écris en Word,
et oui, personne n'est parfait...), je choisis plutôt la "view" normale plutôt
que celle à la "page", et je "scrolle", je "scrolle". Très souvent, en HTML,
plutôt que de cliquer l'hyperlien pour le chapitre suivant, je scrolle...
Peut-être est-ce que je trouve plus important de réserver les hyperliens à des
fonctions plus évoluées? Ou cela me permet-il de survoler le texte et
d'accrocher des mots au passage, comme une première familiarisation avec les
propositions de l'auteur? Je ne sais pas très bien. Evidemment si le texte nous
fait des centaines de pages... Tandis que dans tous ces logiciels, les
hyperliens nous sont présentés comme outils de navigation. Chapitres suivants,
mots-clés, notes de bas de page, même les signets en sont. Bien, très bien même,
pratique, ça roule, rien à dire. Mais un peu autiste, non? Dans les démos
téléchargeables, on finit très vite par tourner en rond. Chez Open eBook, outre
la navigation, chapitre, etc..., les liens sont présentés en plus comme des
références à des publications en ligne. Simplement, quand on lit sur un e-book
portable, on est censé être hors ligne, donc ces liens donnent sur... le vide!
Impressionnant! Un peu schizophrène aussi. Quelques systèmes plus intelligents,
comme le Franklin Reader, proposent des versions pour... Palm Pilot. Version qui
dans ce cas précis risque de concurrencer son propre eBookMan, dont le nom est
assez bien choisi, remember walkman, discman... Il est censé sortir en février,
mais les informations diffèrent selon les sources. Il est en tout cas en
précommande (voir Amazon.com). Quoiqu'il en soit, le gros avantage de charger
une version e-book sur son organisateur, c'est que dans un avenir très proche,
avec l'UMTS, il sera relié à un réseau fiable en permanence. Déjà, au Japon, la
génération actuelle de téléphone portable relié au réseau permet la lecture (par
i-mode l'intermédiaire entre le Wap et l'UMTS), et c'est un des "top succès
2000": 15 millions de Japonais l'utilisent. Par contre, nulle part ces
hyperliens ne sont présentés comme vecteurs de sens. Sans doute est-il trop
tôt... Et oui, c'est du contenu...
= Parlons maintenant du contenu.
Bon, ça va, on va en parler du contenu, je sens que vous insistez. Dans l'état
actuel des choses surtout telles qu'amorcées plus haut, le contenu, c'est "la"
killer application à trouver! C'est l'eldorado du 3è millénaire, dont on est sûr
qu'il durera mille ans, lui: c'est "le" millénaire du siècle! Tous ceux qui
s'occupent de contenu se regardent en chien de fusil, dans l'attente de la fin
de ce misérable "effet Bush" qui freine le Nasdaq. Et chacun d'être sûr qu'il la
détient, cette killer application. La concurrence! Les yeux braqués sur
l'immédiat, y en a-t-il un qui se penchera sur les véritables trésors entassés
depuis des millénaires dans les bibliothèques du savoir? Et qui cherchera à le
diffuser dans les réseaux? A voir les millions de pages non référencées par les
moteurs de recherche les plus courants, dont je parlais dans mon précédent
entretien, ça m'étonnerait. Quoique... Tous ce qui se dit dans les sites, forums
et actes de colloques autour du livre numérique depuis 1998, à l'initiative de
différents pouvoirs publics (ministère de la culture, mission
interministérielle), et de référents en la matière (00h00, Cytale...), tous
jurent la main sur le coeur avoir cette perspective comme but ultime. Et en
effet, il semble que la numérisation du domaine public soit en bonne voie. Mais
pour ceux qui cherchent à télécharger gratuitement ce type d'oeuvre, où sont les
références? Qui aura le courage d'inventer "le Napster, le Gnutella" de la
pensée? Et ce, en toutes les langues? Qu'on ne se laisse pas paralyser par les
actions d'une justice qui a montré ses limites en se choisissant souverainement
son dirigeant suprême, le procès Napster est bien celui de puissantes
multinationales et non celui de pauvres auteurs spoliés. Elles détiennent la
musique, le cinéma, mais pas la pensée... Les bibliothèques publiques peuvent
encore avoir leur mot à dire. Seulement, ils font peur ces quelques commerçants
défendant leur beefsteak - littéralement, leur morceau de boeuf - ici, leur part
de marché. Elle n'est pas si négligeable, si elle permet aux artistes actuels de
vivre de leur talent. Mais ça s'arrête là. Leurs actions deviennent écoeurantes
lorsqu'elles se mêlent de breveter le vivant. Les grands penseurs du passé
doivent pouvoir rester vivants. Il est donc hors de question de les nourrir de
leur propre chair, sous forme de farine littéraire, si vous voyez ce que je veux
dire... Surfez donc sur les sites de vendeurs de contenu: tous proposent de
télécharger gratuitement des "oeuvres", et quelles oeuvres! Si on aime les
petites nouvelles genre Reader's Digest, ou les vieux Sherlock Holmes à deux
sous... Bref, on devrait pouvoir se connecter pour capter ce que l'on veut des
grandes oeuvres de toujours. Dans ce cas, je ne vois pas ce qu'il y aurait de
rébarbatif à acheter les derniers trucs à la mode, ceux qui sont présentés dans
toutes ces libraires amazoniaques en ligne. Ces quelques envolées lyriques pour
signaler à qui de droit que l'ardoise magique peut toujours permettre d'éduquer
les masses, comme à l'époque glorieuse de la 3è (république, pas internationale,
ni millénaire d'ailleurs, ce serait "le"...). Qui aura le courage (financier) de
mettre en place une structure simple de contact entre ces applications e-book,
et ce contenu encore totalement libre de droit que constituent les millions de
pages littéraires, scientifiques, philosophiques disponible sur le net à qui
voudrait aller les chercher. Franchement, il faudrait les déboguer, ces pages,
c'est peut-être là qu'il se cache, le "bug" de l'an 2000, dont on a tous oublié
jusqu'à l'existence... Terra incognita, on parlait d'Eldorado, tout à l'heure...
C'est de ce genre de truc que je parle, quand je parle de killer application. En
ce sens, l'objet e-book aurait plutôt intérêt à bénéficier d'un disque dur
solide, sur le modèle du Juke Box Nomad MP3 de Creative, qui bénéficie d'un
disque dur de 6 giga, permettant de charger en MP3 environ 100 heures de musique
(70 CD!), une aubaine pour les adeptes du "peer to peer"; musical. Je ne sais
pas si les jeunes vont adorer, mais le genre "laisse tomber l'ordinateur de
papa, et grâce à ton ardoise magique, prépare ton cours par téléchargement
direct", ça devrait le faire... Question de communication intelligente. De toute
façon, si personne ne le fait, ça se fera tout seul, via le "peer to peer", ce
procédé mis au point justement par les "Napster" et autres "Gnutella". Et ce
sera pire pour les détenteurs de droits, tant pis pour eux... Que fait la
mission interministérielle? Si ce n'est pas de l'exception culturelle, ça...
= Comment sécuriser le contenu?
En matière de multilinguisme sur le net, ce sont surtout les traductions d'un
code d'identification à l'autre qui règnent. C'est à dire des trucs du genre
ISAN (international standard audiovisual number), UMID (unique material
identification) et surtout DOI (digital object identifier), qui a certainement
son utilité d'identification lorsqu'on charge le dernier truc à la mode. Ce type
de vente en ligne est censé faire fonctionner le bazar, on est bien obligé de le
constater, mais le côté policier de son identification devrait s'arrêter en même
temps que la notoriété du "tube littéraire". Question de choix de société. Texte
qui devrait être ensuite échangeable sous d'autres modalités financières, avant
d'entrer dans un domaine public plus ouvert. Les modalités proposées aujourd'hui
impliquent un vecteur de transmission de la culture qui identifie un peu trop
son consommateur. Ce qui représente un danger, quand on pense à l'utilisation
qui pourrait en être faite. C'est contraire à la Convention de Genève en matière
de droit de l'homme, et même à celle de Berne, en matière de droit d'auteur. Si
le droit d'auteur est un droit de l'homme comme le proclame la fondation
Beaumarchais de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques, ndlr),
ou plus simplement le salaire de l'auteur comme le disent les sociétés de droits
d'auteurs musicaux, il ne faudrait pas qu'il devienne un intégrisme trop
capitaliste. Comme le disait Patrick Altman dans Libération (du 6 avril 2000,
ndlr), ce système de mise au net totalement exclusive représenterait "la
première fois depuis la tradition orale, [qu']un vecteur de transmission de la
culture permet[trait] de donner sans être dessaisi de son don". Triste
constatation, non? La validation du modèle économique vaut-elle tous les
renoncements? Peut-on viser l'équilibre budgétaire sans vendre son âme? Que ne
ferait-on dire à Faust... Qu'il préfère Big Brother à Don Quichotte? Toujours
est-il que le principal reproche qu'on peut faire au système de téléchargement
d'e-book (qu'importe le logiciel), c'est qu'il faut s'identifier pour avoir
accès à la culture. Et qui pourra nous dire qui en sont les propriétaires, de ce
système, et qui en sera propriétaire demain? Celui qui utilisera de telles bases
de données à des fins commerciales ou politiques sera le "king" du siècle, et
plus s'il est assez puissant. C'est le 3è millénaire qui doit durer mille ans,
pas un autre 3è plus hypothétique, mais plus effrayant (dans ce domaine, ce
n'est pas vraiment ce que le 20è a inventé de mieux)... C'est, si on veut, un
retour à des pratiques obscurantistes plutôt sectaires que d'aucuns refuseraient
de cautionner. Quoique si on observe ce qu'il se passe dans les chats, jeux de
rôles, ou plus simplement identifications dans diverses applications, le pseudo
est roi! L'anonymat finit par supplanter l'identité, avec le cortège de
conséquence que cette formule charrie à tous niveaux... S'il est le plus souvent
possible de retrouver le demandeur, ce n'est pas sûr à 100%. Certains pourraient
craindre que cette faculté d'anonymat et de pseudonymes se développe et se
répande, annihilant ainsi les possibilités de traçabilité des oeuvres. Raison de
plus pour limiter ces facultés de traçabilité aux "oeuvres" qui en ont un réel
besoin économique, et d'empêcher que les autres ne soient captées par cette
logique. On peut s'en passer. D'ailleurs, le "peer to peer" (P2P), encore lui,
sera très bientôt trop compliqué à contrôler et il s'échangera très bientôt
toute oeuvre à la portée du premier utilisateur venu. Un des fondateurs de
Gnutella, Gen Kan, 24 ans, l'a déclaré récemment en mettant en route sa nouvelle
start-up de mécanique logicielle en vue du "peer to peer", Gonesilent.com, qui
sortirait du domaine musical. Pour lui, il faut s'attendre à voir circuler les
oeuvres, les citoyens le demandent. C'est aux détenteurs de droits de s'adapter
aux techniques de plus en plus pointues. Quant à savoir si ce contact direct
entre explorateurs d'hypertexte représente une plaie, un "forward" ou un
"save"...
= Qu'allez-vous lire sur votre e-book?
Bien, admettons donc que l'idéal se soit réalisé: via un forfait basique, j'ai
accès aux oeuvres de référence que je veux, j'ai parcouru ce dont j'avais
besoin, j'ai commandé les trois ou quatre bouquins dont au sujet duquel tout le
monde cause, ça balance pas mal à Paris, merci. Je les ai payés, puis les ai lus
dans toutes les positions du kamasutra, certains, missionnaires (!), d'autres,
dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit, même! Et quid? Je
m'ennuie à nouveau. L'application classique de l'e-book m'a permis d'acheter le
dernier Brett Easton Ellis, le dernier Beigbedder, le dernier Houellebecq
(quoiqu'il soit meilleur à réciter ses poèmes sur fond trip hop en MP3 en ce
moment, chez Tricatel.com), de trouver enfin le bouquin de William Gibson
(Neuromancien, 1986, ndlr) avec la fameuse formule impérissable sur le
cyberspace, j'y ai ajouté le 3001 de Clarke et quelques bons vieux Norman
Spinrad et Philip K. Dick pour faire bonne mesure... Et ce, sans les éternels
atermoiements: le "libraire de grande surface", débordé, qui doit le commander à
l'éditeur, qui en réfère plus haut avant d'envoyer le communiqué laconique:
produit épuisé... Ou le libraire.com qui envoie une réduction pour la prochaine
commande parce qu'il n'est pas sûr d'honorer celle-ci dans les dix jours, aveu
implicite qu'il ne comprend même pas de quoi on lui parle... Malheureusement ces
quelques caricatures représentent la majorité des cas, rien ne remplacera le
conseil d'un libraire érudit, mais il en reste si peu... En reste-t-il? (Don't
they, pour les non-polyglottes). S'il en restait, ils m'orienteraient vers la
recherche des grands classiques, il paraît qu'ils sont libres de droit, si on en
croit ma killer application (plutôt publique). Mais tout ça va-t-il faire
acheter Billancourt? L'e-book se situe dans une économie technique qui ne survit
que par l'écoulement de ses produits. A l'inverse de son contenu, qui lui
n'existe que dans une économie de prototype créatif qui ne répond qu'à la loi
des rendements décroissants. Fameux paradoxe, explosif... Et dire que c'est sur
cette pierre que certains fondent l'économie du prochain millénaire. Tant mieux.
La société de l'information a du bon finalement. Elle doit être informée, et les
informateurs, les créateurs, en sont la pierre angulaire. C'est sur les outils
de navigation que ça accroche. Non seulement, ils sont aux mains d'on ne sait
trop qui, voir plus haut, mais en plus, intrinsèquement, ils ont le pouvoir
culturel de fausser la pensée. Pas moins. C'est la faute à l'hypertexte, qui ne
fait pas que des bêtises, à vouloir être breveté, il en fait lire aussi, comme
dirait l'autre. Surtout lorsqu'il ne sert qu'à la recherche factuelle. Imaginez
un e-book d'enfer, "tout ce que tu aurais voulu savoir sur..." (de chez
Marabook), on n'entre dans les différents chapitres que par les liens du
sommaire, et "l'oeuvre" est tellement volumineuse que personne ne lit
l'ensemble. Ce qui ne dérange pas grand monde, au fond. Mais la voilà, la killer
application, l'édition "tout ce que tu aurais voulu savoir sur..."! Sauf que
notre chef de collection à la tête de l'équipe de rédacteurs (où est l'auteur?),
n'a voulu choquer personne. Et il a un peu mixé les concepts. Avec une qualité
de titre qui en étonnera plus d'un, il aura mis en place une idée sous un titre,
et son contraire sous un autre. Sans aucun point de vue. Toute la culture du
monde sur le même pied. Ca se vend, c'est donc excellent. Un peu comme si un
site aussi prestigieux que Yahoo se permettait de vendre, au milieu d'antiquités
communistes de l'ère de l'URSS, des objets de nostalgie nazie. Impensable au 21è
siècle? A voir ce que l'on voit en matière d'information sur les médias
internationaux... Quelle que soit la qualité des intervenants, un charnier à
10.000 morts dont on connaît les responsables (quand ils sont avérés), est sur
le même pied que le dernier battement de cil de la starlette du mois (du jour,
de la semaine, pas du siècle et encore moins du millénaire). C'est l'effet
zapping. S'il faut en passer par là, on peut le faire avec un peu plus de
panache. Voyez les mix que propose le MP3. Certes, c'est de la musique, et les
DJ sont à la mode... Mais au fond, que font-ils d'autre que ce qui est décrit
plus haut. Ils compilent des oeuvres, en font une bibliothèque (musicale),
qu'ils distillent à leur gré selon leur humeur, selon la demande de ceux qui
ravent avec eux, selon l'inspiration. C'est plus engageant que la culture
"Marabook", non? Demandez à votre libraire...
= Que pensez-vous du Cybook de Cytale?
Dans le genre, Cytale, au demeurant un projet très sympathique, a fait très
fort. La petite BD qui présente la journée d'un e-book addict est tordante! Que
va-t-il lire comme journal numérique du matin, le client qui a téléchargé le
Cytale? Le communiqué AFP à peine relifté par un journaliste stagiaire? Non
merci, il a déjà RTL. Par contre, peut-être si, à la manière d'Europe 1 grande
époque, on lui offrait un décodage de l'info façon "Pas vu à la télé", soit
quelques commentaires acides des communiqués de presse qu'il entend en direct
live, peut-être prendrait-il le temps, le soir, de se brancher pour charger ça.
Un peu comme Europe 2 qui diffusait les Guignols de l'info de Canal+ (version
grande époque aussi) le lendemain matin, à l'heure de l'info... Un truc qu'on
attend... Attention, objectivité journalistique: à la moindre citation, on met
le lien, et on diffuse! Le fameux communiqué AFP est accessible par un simple
click sur le titre. Qu'on voie ce que le type de la radio en a fait... Ca ferait
peut-être rire, et acheter... Petite killer application gratuite, bien plus
réjouissante que celles qui précèdent... A d'autres moments décrits dans la
journée d'un "cytalien", le besoin de l'apport de notre libraire pourrait se
faire sentir. Tiens, j'ai envie de l'appeler e-libraire, ou mieux, E-bJ
(l'équivalent au sein d'une rédaction e-book d'un disc-jockey, un E-book Jockey,
en somme [prononcez I-bjay au lieu de Di-Jay]). Cytale nous dit: "Midi : une
petite nouvelle, le temps de la pause déjeuner, ou un poème au soleil." Ils sont
trop cool chez Cytale, qui a le temps de télécharger quoi que ce soit comme
poème, la veille (même le dimanche)? Quant à la petite nouvelle, si c'est celle
qui est disponible gratuitement sur Amazon.com, j'hésite... Je corrigerais la
phrase en, au moins: "Midi : mon e-libraire, ou Eb-J, que m'a-t-il envoyé comme
petite nouvelle ou comme poème à lire au soleil, le temps de la pause déjeuner?"
J'espère qu'il en tient de bonnes, ce libraire érudit du 3è millénaire... Et
c'est reparti dans toutes les positions du kamasutra (certaines, missionnaires
(!), d'autres, dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit,
même!) On s'ennuie déjà beaucoup moins, non? Savez-vous que les nouveaux e-books
proposent des lecteurs MP3? C'était pour la lecture aux aveugles de leurs
oeuvres préférées, au départ, et c'est tant mieux, merci à eux. C'est peut-être
par là qu'on diffusera cet eBookman de chez Franklin, malgré ses mémoires un peu
faibles. Bref: "écouter le dernier Red Hot (Chilli Peppers pour les
non-polyglottes) téléchargé en P2P en étudiant le cours téléchargé de la même
manière, tout ça dans le métro; puis, dès la matière maîtrisée, passer plutôt à
la lecture du texte des Guignols de ce matin, et pourquoi pas, à la vision de
l'extrait en vidéo, et là, qu'est-ce qu'on rigole!" ressemble plus à l'avenir de
l'e-book comme outil éducatif que tout discours marketing. Et nous voilà reparti
vers un terminal multi-fonctions... C'est terrible, l'informatique, la vérité
absolue d'un paragraphe est démentie dans le paragraphe suivant...
= En bref, on peut passer d'un clic de Shakespeare à l'hypertexte.
En tout cas, à travers ce type de comportement, il est à parier que Shakespeare
soit définitivement aussi accessible que Britney Spears, entre deux "chat"
rappelant à ses connaissances où on est, dans le métro donc... Qu'on se méfie
quand même. L'expérience du "peer to peer" montre que le rôle du médiateur tend
à disparaître, ne devenant qu'une branche des métiers du marketing. Le
"consommateur" chargeant en majorité ce qui est le plus souvent référencé, qui
l'est donc de plus en plus. Adieu notre libraire, et revoici la ronde infernale
de l'oeuf du serpent qui se mord la queue...
Shakespeare, c'est le type qui a mis en scène Gwyneth dans Shakespeare in love.
A moins que ce soit celui qui ait inspiré Léonardo (Di Caprio) dans son Romeo &
Juliet, avant qu'il ne sombre dans une mer d'indifférence, noyé par une fiction
plus forte que lui. Titanic, on connaissait la fin, et il y avait même un
orchestre... Parce que dans son métro, là, notre Gwyneth du troisième millénaire
(celle des Red Hot), et son voisin, genre Billancourt post 2000 qui lit
Paris-Turf sur son e-book, ils utilisent l'e-book de la manière la plus basique,
et c'est ce qui devrait faire son succès, s'il doit être au rendez-vous.
Zapping, Deejaying, c'est la fast culture, si possible interactive et reliée au
réseau, en téléchargement permanent. J'en connais qui grimpent au plafond, au
simple énoncé de ces "mots" inexistants dans un vocabulaire normalement
constitué (même Microsoft ne les a pas dans son dico de correction). On oublie
trop souvent que notre ami Shakespeare justement a enrichi la langue anglaise de
nombreux mots nommant les techniques et innovations de son temps. Le plus
souvent, à part le latin et le grec, il s'est inspiré du français, une des
langues les plus vivantes du moment. C'était vers la fin des années 1500, il est
temps de renouveler, non? Alors n'y a-t-il pas autre chose à proposer? Vous
ai-je parlé de l'hypertexte? Normalement, là, on l'a bien préparé, notre cobaye
de Billancourt, il clique, il surfe, il lit. Si on ne veut pas qu'il ne charge
que ce qu'il connaît déjà, c'est le moment de lui présenter de nouvelles
dimensions. Si notre abonné suit le feuilleton, il finira bien par chercher
autre chose. Même ses mails l'ennuient, il en reçoit trop... Et s'il lisait ceux
des autres... Petite référence au bluemailer du websoap auquel j'ai participé,
qui n'échappera pas au lecteur attentif de notre précédent entretien. C'est à
mon sens ce type d'application, qui permettra bientôt d'anticiper en matière de
développement e-book et apparentés. Ce type d'outil de publication permettra
d'organiser les liens de ce qui sortira jour après jour sur un tel réseau: des
infos référencées, archivées, avec liens de l'une à l'autre, des choix de textes
choisis, liés à d'éventuels titres MP3 lancés dans l'application, liens à des
connexions permettant le téléchargement d'oeuvres dans le domaine public, liens
à d'éventuels extraits vidéos... Bref un e-book qui serait devenu plutôt "UMTS"
et enfin devenu un média à part entière. Notre animateur de réseau pourra à ce
moment-là penser à charger une fiction interactive qui contiendrait des liens
hypertextes, du type de ceux qui ont été mis en place dans le websoap. Ainsi, le
lecteur ou la lectrice, un(e) be(au)(lle) captif(ve), tournera dans le
labyrinthe d'une fiction organisée par un auteur ou une équipe d'auteur avec un
sentiment de liberté inconnu jusqu'ici. Pas mal de possibilités de ce type de
fiction ont été explorées dans le websoap, j'en parle plus longuement dans mon
précédent entretien. Je ne citerai ici que les abonnements aux mails des
personnages, permettant de suivre ceux qu'on préfère dans la fiction présentée.
Liaisons qui prendraient tout naturellement place dans le dispositif e-book plus
"UMTS" tel que je le décris plus haut. Si le domaine de la fiction suit le
mouvement de la convergence, on peut même imaginer des relais entre les
médias... Un websoap écrit en ligne repris sur cet e-book "UMTS", raconté en
télé d'une manière... télé, repris en MP3 pour sa partie musicale... Chaque
média complétant selon sa spécificité le puzzle de la fiction présentée sur un
même support. Il y a un travail passionnant d'exploration à faire, et personne
ne semble le faire. Je parlais dans mon dernier entretien d'un projet intitulé
Neiges d'Anges, qui est maintenant en ligne dans Les yeux du labyrinthe. Il est
lié par hypertexte à d'autres projets. Dans l'un d'eux, Elégance, une griffe de
félin, le héros est confronté à un bug de son papier électronique à encre
numérique qu'un pirate s'amuse à configurer de manière absurde... S'il s'agit
bien là de science-fiction, le papier et l'encre électronique sont déjà sur le
marché, de manière un peu rudimentaire. C'est la prochaine étape qui voit déjà
le jour, l'après e-book. Décidément l'inventivité s'accélère de plus en plus,
doit-on vraiment le regretter?