P. 121, l. 15: diverses.--_Le ms. A 17 ajoute_: et contraires.

§ =519=. Quant li.--_Ms. d’Amiens_: Quant li chevalier de Franche

virent que li Navarois et li Englès ne partiroient point de leur

fort et qu’il estoit ja haulte nonne, et si ooient les parolles que

li prisonnier franchois leur disoient, si se retraissent à consseil

enssamble, et conssillièrent qu’il feroient passer le pont tous leurs

chevaux et leurs harnas et leurs varlès et les plus foullés par

samblant de leur routte, et puis petit à petit il passeroient et se

logeroient bellement, chascuns sires par lui et entre ses gens, ce soir

sus le rivierre, et l’endemain il aroient nouviel consseil et avis, car

voirement estoient il durement mesaisiet dou chault et de trop junner.

Et se, en yaux retrayant, il avenoit ensi que leur ennemy, qui sont

chaut et hastieu, descendoient de leur montaingne, il retourroient tout

à ung fès sus yaux, et criroient leur cri, et chacuns sires et hommes

d’armes se trairoit à se bataille: il savoient bien quel consseil il

devoient faire. Che consseil donnèrent li Gascon messires Ainmenion [de

Pummiers], messires li soudis [de Lestrade] et li sires de Moucident.

Dont sonnèrent il leur trompettes, et fissent mout grant signe d’iaux

retraire, et fissent passer oultre le pont et le rivierre leurs harnois

et leurs pourveanches, les varlès et tous leurs chevaux, excepté les

trente qui se devoient adrechier au captal. Et quant il furent enssi

que tout passet, gens d’armes coummenchièrent ossi à passer.

Quant messires Jehans Jeuiaux, qui estoit appers chevaliers et

vighereux durement et qui avoit grant desir des Franchois combattre,

perchupt le mannierre et coumment il se retraioient, se dist au captal:

«Sire, sire, descendons appertement; ne veés vous pas coumment li

Franchois s’enfuient?» Dont respondi li captax et dist: «Messires

Jehan, messire Jehan, ne creés ja que si vaillant homme qu’il sont,

s’enfuient ensi: ils ne le font, fors par malisse et pour nous

atraire.» Adonc s’avancha messires Jehans Jeuiaux, qui moult engerans

estoit de combattre, et dist à chiaux de se routte: «Passés avant!

Qui m’aimme, se me sieuwèce!» Dont s’avança en sallant devant touttes

les battailles en descendant dou mont, son glaive en son poing,

en escriant: «Lez les Franchois!» et «Saint Gorge! Giane!» Quant

li captaux en vit le mannierre, si le tint en soy meysmes à grant

desdaing, et dist à sa bataille: «Avant! Avant! messires Jehans Jeuiaux

ne se combatera point sans my.» Dont descendirent il tout coummunement

dou fort où il s’estoient tenu, et se missent au plain.

Quant li Franchois, qui estoient en aguet de ceste ordounnanche, les

virent descendre, si s’arestèrent tout à ung fès et dissent entr’iaux:

«Vesci chou que nous demandions.» Si huièrent et jupèrent apriès leurs

gens qui le pont passoient, et furent tantost remis en bon arroy,

leurs bannièrez et pignons devant yaux, en criant: «Nostre Dame!

Claiekin!» Evous monsigneur Jehan Jeuiel, qui de grant vollenté s’en

venoit tout devant, et se vient ferir, son glaive en son poing, en le

bataille des Bretons et combattre mout vassaument, et ossi il fu moult

bien recheu de monsigneur Bertran de Claiequin et de chiaux de se

routte. D’autre part, li comtes d’Auchoire, li viscomtez de Biaumont,

messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti et li autre

chevalier et leur bataille s’en viennent adrechier à le bataille des

Bourgignons, li sires de Biaugeu, messires Loeis de Chalons et les

gens de l’Arceprestre s’en vont adrechier à le bataille monsigneur

Pière de Sakenville et monsigneur Joffroy de Roussellon. Et pour chou

que en armes on ne doit mies mentir, mès dire le verité à son loyal

pooir, bien est voirs que li Arceprestres, si trestost qu’il vit c’on

se combateroit et que les batailles s’asambloient, il se parti et ungs

siens escuiers seullement, et issi de se bataille, mès il dist à ses

gens: «Demorés et si vous acquittés à vostre loyal pooir: je me pars,

car je ne me puis combattre.» Dont monta à cheval et rapassa le Pont de

l’Arche, et cil qui se combattoient, le quidoient dallés yaux, pour ce

qu’il veoient se bannierre, et si n’avoit pris congiet à nullui, fors à

ses gens. Fº 131.

P. 121, l. 17: sus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pour.

P. 121, l. 29: l’espoir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pense.

P. 122, l. 25: Jeuiel.--_Ms. B 6_: de Pipes. Fº 631.

P. 123, l. 9 et 10: li captaus.--_Ms. A 8_: le capitaine. Fº 250

vº.--_Mss. A 8, 17_: les capitaines. Fº 247 vº.

P. 123, l. 15: mi.--_Mss. A_: moi.

P. 123, l. 24: assambler.--_Ms. A 8_: assaillir.

P. 123, l. 25: Evous.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Et va venir.

P. 123, l. 28: Bertrans.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du Guesclin.

P. 123, l. 29: malement.--_Le ms. A 17 ajoute_: Et d’aventure il

encontra monseigneur Olivier de Mauny, nepveu de monseigneur Bertran,

fort chevalier et asseuré durement. Là se combatirent ces deux vaillans

chevaliers ensemble moult longuement, main à main, et tant que le dit

monseigneur Olivier cheit de la presse. Et adonc monseigneur Jehan

Jouel fut sur lui la dague ou poing, pour lui occire, en lui disant:

«Rendez vous tantost, ou vous estes mort.» Adonc respondit le dit

monseigneur Olivier: «A Dieu le veu, monseigneur Jehan, non suis

encore; mais je vueil que vous essaiez vostre fois comment ceste terre

est dure.» Et lors il le prant par le camail et à force de braz il

mist monseigneur Jehan Jouel dessoubz lui, et fut monseigneur Olivier

dessus. Et lors il bleça et navra à mort le dit monseigneur Jehan

Jouel, et le laissa à un sien escuier qui estoit delez lui, qui avoit

nom Guion de Saint Pers, lequel le fiança prinsonnier; mais il mourut

cellui jour des plaies qu’il avoit receues la journée. Fº 313 vº.

P. 124, l. 6: Claiekin.--_Le ms. A 15 ajoute_: monseigneur Olivier de

Mauny son nepveu. Fº 271 vº.

P. 124, l. 8 et 9: li... Anthones.--_Ms. A 17_: monseigneur de Beaugieu

et monseigneur Anthoine de Beaugieu.

P. 124, l. 13: Aymenions.--_Mss. A 8, 17_: Aymons.

P. 124, l. 30: fourfraire.--_Mss. A 8, 15 à 17_: meffaire.

P. 125, l. 5: rivière.--_Le ms. A 17 ajoute_: en plourant moult

tendrement de ce qu’il ne povoit demourer à la bataille. Fº 314.

§ =520=. Au commencement.--_Ms. d’Amiens_: Quant li Navarois et chil de

leur costé virent le couvenant des Franchois, si se reculèrent tout en

combatant un petit, et fissent leurs archiers voie pour traire. Si se

missent en bon aroy chil qui devoient traire, mès li Franchois estoient

si fort armet et si bien pavesciet, que oncques li trais ne les greva

noyent, ne pour chou n’en laissièrent il point à combattre. Si tost

que li trais fu passés, les batailles entrèrent l’une dedens l’autre,

en boutant et en estechant des glaives. Là veoit on les plus apers et

les plus bachelereus coumment il s’avanchoient et rompoient par bien

combattre les routtes, et prendoient et fianchoient prisonniers, ou il

se faissoient prendre par appertisses d’armes, ou navrer, ou ochire.

Là avoit grant cliquetis d’espées, de daghes et de bastons d’armes,

et s’aprochoient et se tenoient main à main, et se combatoient si

vaillamment que nulle gens mieux, et point ne s’espargnoient, et nul

mot ne parloient que leur cris à cief de fois il crioient pour yaux

raloiier.

Or vous diray des trente qui esleu estoient pour yaulx adrechier au

captal et trop bien monté par especial. Il s’en vinrent tout serré

là où li captaux se combatoit moult vassaument, piet avant autre,

tenant une hache en sen poing, dont il donnoit si grans horions que

nulx ne l’osoit aprochier; car il estoit grans chevaliers, fors et

durs malement et resongniés de ses ennemis. Chil trente, qui estoient

moult bien monté sus courssiers fors et puissans, et ossi appert,

fort et dur hommes d’armes et bachelereus durement, ne veurent mies

resongnier le paine ne le peril; mès brochièrent chevaux des esperons

et rompirent par forche toutte le bataille et les gens le captal, et

fissent voie au comte d’Auchoire, au viscomte de Beaumont, à monsigneur

Bauduin d’Auekin, à monsigneur Engherant du Edin, à monsigneur Oudart

de Renti, à monsigneur Loeys de Haveskerke et as bons chevaliers de

leur routtez et escuiers ossi. Là eult très fort bouteis et grans

abateis, et moult de bons hommes d’armes mis à grant mesaise. Avoecq

tout chou, chil trente, qui n’entendoient à autre cose fors toudis

à aller avant et faire leur emprise, s’arestèrent droitement sus le

captal et coummenchièrent à lanchier et à ferir à lui grans horions

de leurs roides espées et des bastons de guerre qu’il portoient, et à

derompre gens et à abattre entour li et mettre à grant meschief; car

chil courssier, qui estoient fort et puissant et tous couvert de fers

et bien brochiet sans espargnier des esperons, confondoient tout devant

et entour yaux.

Et quant li captaux, qui estoit hardis et saiges chevaliers durement,

en vit le manierre et que on entendoit trop parfaitement à lui prendre,

si s’esvertua et fist trop plus d’armes sans comparison que nuls

autres, et se tint ung grant temps que nulx ne l’osoit aprochier, tant

lançoit il les cops grans et perilleux. Mès il n’est force d’omme ne

de lion que, au haster et au continuer, on ne foulast et afoiblesist.

Là fu il si bien combatus des ungs et des autres à tous lés, qu’il ne

savoit auquel entendre. Si fu pris et ahers par forche et tirés de

ces hommes d’armez à cheval hors de le presse, et si menés par force

d’armes qu’il fiancha prison à yaux, et le cargièrent et portèrent et

ravirent hors des bataillez maugret touttes ses gens, et passèrent

oultre le pont et le rivière et le missent à sauveté. Enssi fu pris li

captaux de Beus, si comme je l’oy recorder le Roy Faucon, qui fu toudis

enmy le bataille et qui en vit tout le couvenant et pluisseurs bellez

appertisses d’armes des autres bons chevaliers et escuiers, tant d’un

lés comme de l’autre. Fº 131 vº.

P. 125, l. 19: fourfet.--_Le ms. A 17 ajoute_: grandement.

P. 126, l. 1 et 2: luitier.--_Mss. A 15 à 17_: luite.

P. 126, l. 12: emprise.--_Mss. A 8, 17_: entreprise. Fº 248.

P. 126, l. 14: pas.--_Ms. A 6_: pays. Fº 251.

P. 126, l. 16: li Breton.--_Mss. A 8, 15 à 17_: les Picars.

P. 127, l. 6: grant.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant debat et.

P. 127, l. 6: puigneis.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hustin.

P. 127, l. 9: foursené.--_Ms. A 8_: forcennez. Fº 248 vº.

P. 127, l. 9: crioient.--_Le ms. A 17 ajoute_: tous à haulte voix. Fº

315.

§ =521=. En ce toueil.--_Ms. d’Amiens_: Pour ataindre le juste matère

et parler de tout vivement, voir est que, entroes que chi trente

homme à cheval et li bataille dou comte d’Auchoire et dou viscomte

de Biaumont, avoecq les Franchois et les Pickars, entendoient au

prendre le captal et à combattre ses gens, messires Ainmenions de

Pumiers, li soudis de Lestrade, li sirez de Mucident et leur bataille

s’adrecièrent droitement au penon du captal qui estoit enclos en

un buisson espinerech, enssi que dessus est dit, et à ciaux qui le

gardoient, qui estoient ossi toutte gens d’eslite. Là eut dur hustin et

bien combatu, car cil gardoient leur pennon, qui estaubli y estoient

sus leur honneur, car il estoit resors et raloieanche d’iaux tous:

si avoient plus chier à morir qu’il leur fust hostés. Si dura moult

longement li bouteis et li estekeis entr’iaux de lanches, de haches,

d’espées, d’espois et de daghes. Endementroes, se combatoient les

autres batailles chascune à sa chascune, et estoient assés loyaument

parti.

Si vous di que, quant les gens dou captal en virent par force porter

et mener leur mestre, enssi que tout fourssené, il le poursiewirent

vistement et corageusement et s’abandonnèrent de grant vollenté, et

requissent leurs ennemis si dur et si fierement qu’il les reculèrent.

Là couvint il maint homme morir, cheir et trebuchier l’un parmy

l’autre; et sachiés, qui estoit cheus, s’il n’avoit bon secours et

hastieu, jammais depuis ne se relevoit, car li presse et li enchaus

y estoit si grans que chascuns estoit tous ensonniiés dou deffendre

et de lui garder. Et par especial les gens dou captal se combatirent

trop vaillamment, et ne demora mies en yaux ne en leur emprise qu’il

ne desconfirent le bataille dou comte d’Auchoire, car il fu rués par

terre et navrés mout durement et se bannierre abatue, quant messires

Bertrans de Claiequin et une grosse routte de Bretons vinrent celle

part, et le rescoussirent par forche d’armes et relevèrent se bannierre

et reculèrent leurs ennemis. Et adonc en celle presse et en cel estekis

fu ochis li viscontes de Biaumont, dont che fu dammaiges, car il estoit

jonnes chevaliers, hardis et appers durement et de grant vollenté.

Or vous diray des Gascons et de chiaux qui estoient adrechiet vers le

pennon le captal. Il fissent tant par forche d’armes qu’il rompirent

le presse et delivrèrent le place de tous chiaux qui le gardoient, et

furent, comme vaillant gent, tout mort ou tout pris; ne oncques ne

daignièrent fuir, mès se vendirent si vaillamment que nule gens mieux.

Touteffoix, li pennons fu conquestés et ostés de là où il estoit,

abatus et deschirés, et li hanste coppée. Mès en celle presse, li sires

de Muchident fu moult navrés, et y eut mors trois de ses escuiers, et

li soudis de Lestrade i eut le brach romput. Non obstant ce, messires

Ainmenions requeilla touttes ses gens apriès le desconfiture de chiaux

qui le pennon avoient gardé, et s’en vinrent en criant: «Nostre Damme!

Claiequin!» sus les gens dou captal, qui trop bien se tenoient et se

combatoient. Là eut de rechief grant hustin et dur et bien combatu.

Li sires de Biaugeu, messires Loeys de Chalon et les gens

l’Arceprestre, avoecq grant fuisson de bons chevaliers et escuiers de

Bourgoingne, se combatoient d’autre part moult vaillamment à monsigneur

le bascle de Maruel et à se route, à monsigneur Pière de Sakenville,

à monsigneur Joffroy de Roussellon, à monsigneur Bertran dou Franch

et à leur routte. Et vous di que là eult fait mainte belle appertisse

d’armes, mainte prise et mainte rescousse; car chascuns, endroit de

lui, se prendroit mout priès de bien faire le besoingne pour sen onneur.

D’autre part, li Pickart et leur routtes se combatoient à monsigneur

Jeuiel et à se bataille, où il y eut fait ossi mainte belle appertisse

d’armes, car chils messires Jehans Jeuiel estoit bons chevaliers,

durs, fors, hardis et appers et bien combatans. Si ne l’avoit on point

d’avantaige contre lui. Là furent très bon chevalier messires Bauduins

d’Enekins, messires Oudars de Renti, messires Engherans du Edins,

messires Renars de Bassentin, messires Jehans de Bergette et pluisseurs

autres chevaliers de Picardie, que je ne say mies tous noummer, et ossi

maint bon escuier. Là fu li bataille de monsigneur Jehan Jeuiel trop

vassaument rencontrée et combatue, et fu par forche d’armes reboutée et

rompue, et li dis chevaliers messires Jehans Jeuiel mallement navrés,

pris et fianchés prissons et tirés hors de le presse, et tout li sien

mort ou pris et mis en cache. Mès trop cousta as Franchois, car il

perdirent des leurs, mors sus le plache, monsigneur Bauduin d’Ennekins,

mestres pour le temps des arbalestriers de Franche, et monseigneur

Loeys de Haveskerkes et des autres chevaliers et escuiers. Si en y eult

des navrés, des blechiés et des bien batus grant fuisson.

Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu, messires

Loeys de Chalon et li Bourgignon au bascle de Maruel et as autres

Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles appertisses

d’armes.

Touttes fois, quant li Pickart eurent romput et mis en cache chiaux de

le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent celle part en

escriant: «Nostre Damme! Claiequin!» et se boutèrent avoecq leurs gens

sus les dessus dis Navarois et les reculèrent par forche d’armes.

Or se quidièrent retraire chil chevalier de Navarre et de Normendie

deviers le penon dou captal, et riens ne savoient de se prise. Si

commencièrent petit à petit à reculler, en escriant: «Nostre Damme!

Navarre!», et moult bien se combatoient. Mès quant il virent qu’il en

avoient perdu le veue et le ressort et que leurs gens se desroutoient

et fuioient et n’ooient mès crier leur cri, mès: «Nostre Damme!

Claiequin!», et veoient les bannierres des Franchois venteler sour les

camps et tout premierement celle de monsigneur Bertran Claiekin, si se

coummenchièrent à esbahir et à desconfire et à retraire vers le bois

pour venir à leurs chevaux. Mès li plus des garchons qui les gardoient,

quant il virent le desconfiture sus leurs mestres, il se partirent et

sauvèrent et en menèrent plentet de leurs males et de leurs harnas, et

se retraissent deviers une fortrèce que on nomme d’Akegni, qui estoit

navaroise.

Quant li bascles de Maruel vit le desconfiture sus ses gens, il ne

daigna fuir, mès s’aresta et requeilla ce de gens qu’il peult avoir,

chevaliers et escuiers, qui ne le veurent mies laissier. Là se

combatirent moult longement et moult vaillamment, et y fissent, au

voir dire, merveilles d’armes; mès finablement il furent desconfit, et

li bascles de Maruel, chils hardis chevaliers, mors sus le place, et

pris messires Pières de Saquenville, messires Joffrois de Roussellon,

messires Bertrans dou Franc, et tout li autre; petit s’en sauvèrent

qu’il ne fuissent tout mort ou pris. Ceste bataille fu assés priès de

Coceriel en Normendie, le quatorzime jour de may l’an mil trois cens

soissante quatre. Fºs 131 vº et 132.

P. 127, l. 15: toueil.--_Mss. A 8, 15 à 17_: touillis, toulleis.

P. 127, l. 16: sievir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: suir.

P. 128, l. 14: besongnoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: estoit besoing.

P. 128, l. 20: ensus.--_Mss. A 8, 15_: arrière. Fº 249.

P. 129, l. 2 et 3: commença.--_Le ms. A 17 ajoute_: mourut ce jour

des coups que monseigneur Olivier de Mauny lui donna, lui estant

prisonnier d’un sien escuier breton dessoubz monseigneur Bertran du

Guesclin. Fº 315 vº.

P. 129, l. 6: se embati si avant.--_Ms. A 8_: se combaty si

vaillanment. Fº 249.--_Ms. A 17_: ala tousjours avant comme vaillant

chevalier que il estoit.

P. 129, l. 11: Loeis.--_Ms. A 15_: Jehan. Fº 273.

P. 129, l. 17 et 18: dures gens mervilleusement.--_Mss. A 15 à 17_:

bonnes gens d’armes durement.

P. 129, l. 22: très le.--_Ms. A 8_: dès le.--_Mss. A 15 à 17_: du.

P. 129, l. 24: Les François.--_Le ms. A 17 ajoute_: et les Bretons.

P. 129, l. 32: bascles.--_Mss. A 15 à 17_: bascon.

P. 130, l. 2: Jeuiel.--_Le ms. A 15 ajoute_: De laquèle mort l’escuier

de Bretaingne qui l’avoit prins fut durement courrocié, car il en eust

eu voluntiers cent mille frans. Et vous di que ce vaillant chevalier,

monseigneur Jehan Jouel, avoit fait mettre et entaillier lettres entour

son bacinet qui disoient ainsi: «Qui Jehan Jouel prandra cent mille

frans aura, et autant lui en demourra pour s’armer que s’amie lui

donrra.» Fº 273.

P. 130, l. 5: aultre.--_Le ms. B 6 ajoute_: Oncques nuls n’en escapa.

Tout furent mors ou pris, et rapassèrent che soir les Franchois l’aige,

et vinrent logier à Pasci et à Vernon, et l’endemain à Roem. Fº 634.

P. 130, l. 8: seizime.--_Mss. A_: vingt quatrième.

§ =522=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès celle desconfiture et que tout

il mort estoient desvesti et que chacuns entendoit à ses prisonniers,

s’il les avoit, et que là li moitiés des leurs et plus avoient rapasset

l’aighe et rapassoient pour yaux retraire à leurs logeis, car il

estoient durement lasset et foullet de combattre et ossi pour le

calleur qu’il avoit fait ce jour, avint que, sus le vespre, environ

quarante lanches des Navarois vinrent tout à brochant, et riens ne

savoient de le desconfiture, mès quidoient que li leur ewissent le

journée pour yaux. Si venoient esperonnant moult radement, en escriant:

«Nostre Damme! Navarre!»

Quant messires Ainmenion de Pummiers, qui estoit à l’arrière garde,

les perchupt venir, il s’aresta tous quoys, et fist arester ses gens

et mettre son pennon en un buisson et yaux tenir en bon couvenant, les

espées et les haces devant yaux. Evous venus ces Navarois au cours

des esperons, et entrèrent au camp où li bataille avoit estet. Si

perchurent tantost que li leur estoient desconfit, et conneurent le

pennon monsigneur Ainmenion de Pumiers. Si n’eurent mie consseil dou

demourer, mès se traissent au plus tost qu’il peurent, sans lanchier ne

ferir ne riens faire d’armes. Depuis ni eut point d’aparant que nulx

se traisist avant pour combattre, ne [pour] rescoure le captal ne les

autres qui estoient pris. Si rapassèrent li Francois le rivierre, et se

logièrent celle nuit seloncq le rivierre et se aisièrent de chou qu’il

eurent. Ce propre soir, mourut messires Jehans Jeuiel des plaies qu’il

avoit.

Quant ce vint au matin, li signeur de Franche donnèrent par les bons

hommes dou pays des mors à ensevelir. Et puis cevaucièrent par deviers

Vrenon pour venir deviers Roem. S’en menoient leur gaaing et leur

prisonniers, tous joyans, c’estoit bien raisons, car il avoient euv une

moult belle journée pour yaux et moult pourfitable pour le royaumme;

car, se li contraires ewist esté, li captaux de Beus ewist fait un

grant escart en Franche et avoit empris de venir à Rains au devant

dou duc de Normendie, qui y estoit venus pour lui faire courounner

et consacrer, et la duçoise sa femme ossi, fille qui fu à monsigneur

Pière, le duc de Bourgoingne. Fº 132 vº.

P. 130, l. 12: qui les avoit.--_Ms. B 4 et mss. A_: se il les avoit.

P. 130, l. 20: Konces.--_Mss. A_: Conches.

P. 130, l. 28: les grans eslais.--_Ms. A 6_: des esperons. Fº 251

vº.--_Mss. A 8, 15_: les grans galoz. Fº 149 vº.--_Ms. B 3_: les lances

baissées. Fº 262 vº.

P. 131, l. 3: la friente.--_Ms. B 3_: la force.--_Ms. A 8_: l’effroy

des chevaux.--_Mss. A 15 à 17_: la frainte des chevaulx. Fº 273 vº.

P. 131, l. 13: ralloiier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: rassembler.

P. 132, l. 13: joiant.--_Mss. A_: joieux.

P. 132, l. 17: escars.--_Ms. B 3_: eschec. Fº 263.--_Ms. B 4_: estat.

Fº 250.--_Mss. A_: essart.

§ =523=. Ces nouvelles.--_Ms. d’Amiens_: Ces nouvelles s’espardirent en

pluisseurs lieux que li captaux de Beus estoit pris et toutte se routte

ruée jus. Si en acquist messire Bertran de Claiequin grant grasce et

grant renommée de touttes mannierrez de gens dou royaumme de Franche,

et ossi tout li chevalier qui avoecq lui avoient esté. Si vinrent les

nouvelles jusques au ducq de Normendie qui estoit à Rains: si en fu

durement joians et en regracia Dieu humblement, quant en se nouvelleté

une si belle aventure d’armez estoit avenue à ses gens. Si en fu de

tant la feste plus noble et plus lie.

Che fu le jour de le Trenité l’an mil trois cens soissante quatre que

li roys Carles, ainnés filx dou roy Jehan de Franche, fu courounnés et

consacrez à roy en le grant eglise de Nostre Damme de Rains, et ossi

madamme la roynne, sa femme, de l’arcevesque reverend père en Dieu

monsigneur Jehan de Craam, arcevesque de Rains. Là furent li roys de

Cippre, li dus d’Ango, li dus de Bourgoingne, frère germain au dessus

dit roy de Franche, et messires Wincelans de Boesme, dus de Luxembourcq

et de Braibant, leur oncles, et grant fuisson de comtes, de barons et

de tous autres chevaliers et de prelas et d’arcevesques et d’evesques.

Si furent les festez et les solempnitez grandes. Et dounna li roys de

Franche grans dons et biaux jewiaux as seigneurs estragniers et là où

il le tenoit à bien emploiiet.

Si furent de tout en tout ces festez et ces solemnités bien poursiewies

et bien achievées. Et demoura li jone roys de Franche et madamme la

roynne, sa femme, cinq jours en le chité de Rains. Si se partirent li

dus de Braibant et aucun signeur qui prissent congiet à lui, et s’en

revinrent viers leurs maisons. Et li jones roys Carles de Franche et

madamme la roynne se retraissent à petittes journées et à grans reviaux

et esbatemens deviers Paris. Et vinrent à Laon, et de Laon à Soissons,

et puis à Compiègne, et puis à Senlis et puis à Saint Denis. Et partout

estoient il recheu liement et honnerablement, et par especial, quant il

entrèrent en le chité de Paris, che fu à très grant solempnité.

Je ne vous puis mies recorder les dons, les presens, les esbatemens

et les reviaux qui furent fais, dounnet et presentet à le nouvelleté

dou roy, mès m’en vorray briefment passer. Voirs est que, à le revenue

dou roy, messires Bertrans de Claiequin vint à Paris, et li sires

de Biaugeu, li comtes d’Auchoire, messires Loeis de Calon, messires

Thieubaux de Chantemelle, messires Oudars de Renti et li chevalier

qui avoient esté à le besoingne de Koceriel. Se le vit li roys Carles

moult volentiers, et les rechupt liement, et festia chascun par li

et par especial monsigneur Bertran de Claiequin et les chevaliers de

Gascoingne, monsigneur Ainmenion de Pumiers et les autres, car li vois

alloit que par yaulx avoit esté li bataille desconfite et li captaux

pris. Fº 132 vº.

P. 133, l. 2: plus liet et plus joiant.--_Mss. A 8, 15_: plus liées et

plus joyeuses. Fº 250.

P. 133, l. 14 et 15: Wedimont.--_Mss. A 8, 15_: Vaudemont.

P. 133, l. 15: d’Alençon.--_Le ms. A 15 ajoute_: arcevesque de Rouen.

Fº 274. Mauvaise leçon.

P. 134, l. 5 et 6: car... couronnement.--_Mss. A 15_: car monseigneur

de Labreth n’avoit point esté à la besongne, mais ses gens y furent,

mais il avoit esté à Reins au couronnement du roy Charles.

§ =524=. A le revenue.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès le revenue

dou roy Carle de Franche à Paris, fu ordonnés et denommez, presens les

pers et les barons dou royaumme qui à chou furent appiellet, messires

Phelippez, mainnés frèrez dou roy, dus de Bourgoingne. Et se parti de

Paris à grans gens, et en vint prendre le possession de la ditte duché,

et prist le foy et hoummage des barons, des chevaliers, des chités,

des castiaux et des bonnes villes de Bourgoingne. Si estoient avoecq

lui li sires de Biaugeu, qui s’apelloit messires Anthonnez, messires

Phelippez de Bourgoingne, messires Loeis de Chalon, li Arceprestres,

que li dessus dis dus avoit rappaisiet au roy de Franche, son frerre,

parmy escuzance assés raisonnable qu’il li avoit moustret; car li

Arceprestres avoit dit enssi qu’il ne se pooit armer ne combattre,

tant c’aucun chevalier, qui estoient avoecq le dit captal, fuissent

encorres, pour se prise et pour se raenchon de le bataille de Brinai,

dont il ne s’estoit mies encorres tous acquités. Se li avoit li roys de

Franche pardounné son mautalent, parmy tant que li Arceprestrez avoit

proummis et juret qu’il seroit en avant bons et loyaus au roiaumme de

Franche et n’y feroit ne pensseroit jammès nulle lasqueté.

A che donc estoient encorres les Compaignes en Bourgoingne, Guis

dou Pin, le Petit Meschin, Tieuaubs de Chaufour Jehans de Chaufour,

Tallebart Tallebardon, qui gastoient et essilloient tout le pays. Mès

li dus Phelippez y mist consseil et y pourvei de remède, car il furent

une fois ruet jus au dehors de Digon, et furent tout mort et tout pris,

excepté le Petit Meschin, qui s’enfui et se sauva. Si en fist li dus

de Bourgoingne pendre, noiier et mettre à fin plus de quatre cens.

Assés tost apriès, le remanda li roys de Franche pour chevauchier en

Normendie, en le comté d’Ewrues, contre grant fuisson de Navarois qui

là estoient, qui couroient, ardoient et essilloient toutte le Normendie

environ Roem et en Kaus, au title le roy de Navare.

Vous avés bien oy chy dessus coumment li captaux de Beus fu pris et

amenés par l’ordounnance dou roy à Miaux en Brie, et fu là tenus en

prison environ six sepmainnes. Là en dedens il eut bons moiiens qui

parlèrent au roy pour lui. Et le manda li roys à Paris et li fist mout

courtoise prison, car il le recrut sur sa foy, et le laissoit aller

et venir, jeuer et esbattre partout à se plaisanche. Et meysmement li

roys le mandoit bien souvent au disner et au soupper, et le laissoit

esbattre dallés lui.

Entroes estoient les guerres en Kaus et en Normendie. Et vint li

dus de Bourgoingne à bien six mil combatans devant le fort castiel

de Macherenville, et y mist le siège et y fist livrer tamaint grant

assault. Et avoit fait amener huit grans enghiens de le chité

de Cartres, qui nuit et jour jettoient à le fortrèche et moult

l’empiroient et cuvrioient; mès par dedens avoit très bonne gent

d’armes qui trop bien le gardoient et deffendoient. Avoecques le

ducq de Bourgoingne estoient li comtes d’Auchoire, messires Loeys

d’Auchoire, ses frèrez, messires Bertrans de Claiekin, li sirez de

Biaugeu, messires Loeys de Chalon, li sires de Rainneval, messires

Raoulx de Couchy, li sires de Chantemerle, li sires de Montsaut, li

Bèghes de Velainnes, Robers d’Allenchon, li Bèghes de Villers, li sires

de Chamremi et pluisseur baron et chevalier de Franche, de Bourgoingne

et de Normendie. Fºs 132 vº et 133.

P. 134, l. 8: dou duçainné.--_Ms. A 8_: de la duchié. Fº 250.

P. 134, l. 16: escusances.--_Mss. A 8, 15 à 17_: excusacions.

P. 134, l. 23 et 24: et les... partie.--_Ms. A 15_: et aussi les

chevaliers de France qui vaillamment parloient sur sa partie. Fº 274 vº.

P. 134, l. 28: Digon.--_Ms. A 15_: Dijon.

P. 134, l. 28 à 31: desquelz... chapitainne.--_Ms. A 15_: desquelz

Guiot du Pin et Tallebart Tallebardon estoient meneurs et conduiseurs;

et aussi y estoit et les conduisoit un escuier du pais qui s’appelloit

Jehan de Chaufour. Fº 274 vº.

P. 135, l. 8: son père nulle griefté.--_Ms. A 8_: mourir son père ne

autres griefz.

P. 135, l. 17: entrues.--_Mss. A 8, 15_: pendant.

P. 135, l. 17: prison.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et là fu une espasse de

tamps. Et puis ly fist le roy Charles grace, et fu recrut sur sa foy et

amenés à Paris, et là alloit et venoit à se volenté. Et fu en chelle

saison, de par le roy de Franche, envoiiet en Engleterre pour traitier

le delivranche du duc de Berry, que il peuist passer parmy luy. Mais le

roy d’Engleterre n’en volt riens faire en chelle saison, combien que il

amast moult le captal, et respondy au captal que il n’avoit pas esté

pris pour luy. Sy retourna le captaus en Franche, sans riens faire. Fºs

635 et 636.

P. 135, l. 23: six.--_Ms. A 15_: sept.

P. 136, l. 6: Macheranville.--_Mss. A 8, 15_: Marceranville,

Marcerainville.

P. 136, l. 15: Ligne.--_Ms. A 15_: Ligny. Fº 275.

P. 136, l. 17: du Edins.--_Mss. A 3, 7_: de Hedin.

P. 136, l. 25: mil.--_Mss. A 8, 9, 15_: trois mil. Fº 251.

P. 136, l. 31: Joni.--_Ms. A 6_: Joygny. Fº 252 vº.--_Ms. A 15_:

Joingny.

P. 137, l. 12: constraindoient.--_Ms. A 15_: contraingnoient et

malmenoient.

§ =525=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps estoit messires Loeys de

Navarre sus les marches d’Auviergne à tout bien trois mil combatans,

et tous les jours li croissoient gens. Si ardoient et essilloient

et gastoient tout le pais de Bourbonnois environ Saint Poursain et

Saint Pierre le Moustier et Moulins en Auvergne. Si passèrent une

routte de ses gens le rivière d’Aillier au desoubs des montaingnes

d’Auvergne, et puis vinrent passer le Loire au desoubz de Marcelli

les Nonnains. Et chevauchièrent tant, de nuit et par embusces, qu’il

vinrent à un ajournement à le Carité sus Loire, et l’eschiellèrent et

le prissent par un dimence au matin. Et pour ce que la ville estoit

grande et moult wuide entre le fremmeté et les maisons, il ne s’osèrent

aventurer de traire avant jusquez à heure de tierce. Si avoient il

estet percheu d’aucuns de chiaux de le ville qui avoient retret leurs

biens, leurs femmes et leurs enffans ens ès nefs et ens ès batiaux

qui estoient en le rivière de Loire: par chou se sauvèrent chil de le

Carité et s’en vinrent à le chité de Nevers, à sept lieuwes d’iluecq.

Et ne concquissent les Compaingnes et li Navarois, qui estoient par

eschiellement entré en le Charité, nulle cose fors que pourveanches;

mès de chou eurent il à grant fuisson, et fissent de le ditte ville

une bonne garnison et le tinrent contre tous venans l’estet enssuivant,

et grevèrent moult chiaux dou pays environ. Fº 133.

P. 137, l. 24: depuis le.--_Ms. A 15_: le demourant de la. Fº 275 vº.

P. 138, l. 2: Ceni.--_Ms. A 8_: Ceri. Fº 251.

P. 138, l. 3: et Carsuelle.--_Ms. A 15_: et monseigneur Jehan

Cressueile.

P. 138, l. 10: menoit.--_Ms. A 8_: conduisoit.

P. 138, l. 11: quatre cens.--_Mss. A_: trois cens.

P. 138, l. 13: au dehors.--_Ms. B 3_: au dessoubz. Fº 264 vº.--_Ms. B 4

et mss. A_: au dessus. Fº 251.

P. 138, l. 13: Marcelly.--_Ms. B 3_: Marcilly.

P. 138, l. 13: Nonnains.--_Ms. A 7_: Nonniaux. Fº 253 vº.

P. 138, l. 15: amoustrer.--_Mss. B 3, 4, A 6, 8_: moustrer.

P. 138, l, 17: estri.--_Ms. A 17_: delay. Fº 316 vº.

P. 138, l. 20: femmes.--_Le ms. A 15 ajoute_: et enfans.

P. 138, l. 25: gens.--_Le ms. A 15 ajoute_: de la ville.

P. 138, l. 26 et 27: attendesissent.--_Le ms. A 15 ajoute_: illec.

P. 139, l. 13: et Carsuelle.--_Ms. A 15_: et monseigneur Jehan

Cressuelle.

§ =526=. Tant sist.--_Ms. d’Amiens_: Tant fist li dus de Bourgoingne

devant Macherainville, et si les constraindi par assault et par les

enghiens qui y jettoient nuit et jour, que chil qui dedens estoient

se rendirent, sauve leurs corps et leurs biens. Si s’en partirent,

et li dus envoiia prendre le possession par ses marescaux monsigneur

Bouchicau et monsigneur Jehan de Vianne, marescal de Bourgoingne.

Apriès y mist et ordounna li dus à castellain ung bon escuier qui

s’appelloit Phelippos de Chartres. Puis s’en parti li dus et toutte sen

host et s’en vint devant Chamerolles, et l’assega tout environ, et y

fist amenner et achariier les grans enghiens qui avoient estet devant

Marcheranville, qui y jettoient nuit et jour et travilloient mout

chiaux de le fortrèche.

Entroes que li sièges estoit devant Chamerolles, tenoit le siège

messires Jehans de le Rivierre devant le castiel d’Akegny, assés

priès de Passi, en le comté d’Ewrues, et avoit des compaignons dont

il estoit souverains, plus de deux mil combatans. Si avoit par dedens

Navarois et Englès, qui là s’estoient retrais depuis le bataille de

Koceriel. Tant fist messires Jehans de le Rivierre devant Akegni, que

chil de dens se rendirent sauve leurs corps et leurs biens. Enssi

les prist li dis messire Jehans, et puis dounna le castiel à un sien

escuier et mist dedens archiers et compaignons pour le garder. Si s’en

parti et s’en vint o toutte sa gent mettre le siège devant le cité

d’Ewrues. Et encorres estoit li dus de Bourgoingne devant le castiel de

Chamerolles, qui fortement le faisoit asaillir. Et entroes se tenoient

en Constentin, par le doubte des Navarois qu’il ne venissent lever

cez sièges, messires Bertrans de Claiequin, à plus de mil combatans

bretons, pickars et franchois, messires Loeys de Sanssoire, li comtez

de Joni et messirex Ernouls d’Audrehen avoecq li. Fº 133.

P. 139, l. 30: Phelippos.--_Mss. B 3, 4_: Phelippes.--_Ms. A 6_:

Guillaume. Fº 253.--_Ms. A 7_: Grenoullart. Fº 254.--_Ms. A 15_:

Hector. Fº 276.

P. 139, l. 31: quarante.--_Mss. A 8, 11 à 15, 18, 19_: soixante. Fº 251

vº.

P. 140, l. 8: le forterèce.--_Ms. A 8_: la ville.

P. 140, l. 10: Akegni.--_Ms. A 15_: Aquigny.

P. 140, l. 14: Ens ou.--_Ms. A 8_: Dedens le. Fº 252.

P. 140, l. 21: apressé.--_Ms. A 15_: oppressez. Fº 276.

P. 140, l. 28: Hues.--_Ms. A 8_: Hugues.

P. 140, l. 30: Saintpi.--_Mss. A 6, 15_: Sempy. Fº 253.

P. 140, l. 31 et 32: du Edins.--_Mss. A 3, 6, 7, 20 à 23_: Hedin,

Hesdin.

P. 141, l. 3: songnièrent.--_Mss. A 8, 15_: pensèrent.

§ =527=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Entroes que messires Jehans de le

Rivierre, messires Hughes de Chastellon, messires Oudars de Renti,

messires Engherans du Edins et li chevalier de Franche se tenoient

devant le cité d’Euwrues et moult le constraindroient, apressa li dus

de Bourgoingne si fort chiaux dou fort chastiel de Chamerolle, qu’il

ne peurent plus durer et se rendirent simplement en le vollenté dou

dit duc: autrement il ne peurent finner ne marchander. Si furent li

Englès et li Navarois et li saudoiier estrainge pris prisounniers, et

tout li Franchois qui layens furent trouvet, mis à mort sans merchy.

Et encorres dounna et abandounna li dis dus le castiel de Chamerollez

à chiaux de Chartres et dou pays de Biausse, liquel l’abatirent et

arasèrent toutte à l’ounie terre, pour tant qu’il leur avoit fais trop

de contraires.

Puis se departi li dus et toutte li hos de là, et s’en vint devant

Drue, un castiel seant en Biausse. Si le prist par forche et par

assault et mist à fin le plus grant partie de chiaux de dens, et puis

s’en vinrent devant Preus. Si l’asegièrent et l’environnèrent, et

y livrèrent pluisseurs assaux ainschois que il le pewissent avoir.

Finablement, chil de dens se rendirent, sauve leurs corps, et riens dou

leur n’en portèrent. Et quant li dus eut le saisinne dou dit castiel de

Preus, il le dounna à un chevalier c’on noummoit dou Bos Ruffin, qui

le fist remparer et ordounner bien et à point, et en fist une bonne

garnison pour le tenir et garder bien et à point contre les ennemis.

Depuis le concquès dou castiel de Preux, s’en vint li dus de

Bourgoingne à Chartres pour lui rafreschir et ses gens, et regarder

quel part il se trairoient. Quant il eurent là estet environ cinq

jours, si se traissent devant le castiel de Couvay, qui estoit tous

plains de Navarois et de pillars. Et jura li dis dus de Bourgoingne

qu’il ne s’en partiroit, si l’aroit concquis, et fist lever et drechier

par devant huit grans enghiens qui nuit et jour jettoient à le

fortrèche, et travilloit ciaux de dedens.

En ce tamps que li dus de Bourgoingne faisoit ces sièges et ces

chevauchies en Biausse contre et sus les Navarois et, d’autre part, que

messires Bertrans de Claiequin, à toutte une grande route de Bretons et

de Pickars, se tenoit viers Chierebourch et vers Constentin, en le cité

de Coustansse, par quoy nulle assamblée de Navarrois ne se pewist là

faire, qui empeçassent le dit duc de Bourgoingne à faire ses sièges et

ses cevauchies, que il n’alaissent au devant, estoit messires Loeis de

Navarre en le basse Auvergne et sus les marches de Berri, qui essilloit

et travilloit le pais malement. D’autre part, chil qui estoient en le

Charité sus Loire, couroient, enssi qu’il leur plaisoit, une heure

par delà le Loire, l’autre jour par de dechà, et faisoient moult de

destourbiers au pays. Ensi estoit li royaummes gueriiés de pluisseurs

lés, ne nuls n’osoit aller adonc pour les pilleurs qui se nommoient

Navarois, entre le Charité et Bourghes, ne entre Bourges et Orliiens,

ne entre Orliiens et Blois, ne entre Blois et Thours, ne tout sus celle

marche.

Et vous di que, dedens le comté de Blois, avoit si grant fuison de

pilleurs et de robeurs, qu’il couroient tous les jours jusques as

portes de Blois, quant ungs bons escuiers de Haynnau, qui s’appelloit

Allars de Donscievène, y vint de par le comte Loeys de Blois. Chils

emprist le gouviernement dou pays et le trouva durement empeschiet,

quant il y vint premierement. Si y fist sus les ennemis dou pays

maintes belles chevauchies et maintes appertisses d’armes. Et eut

mainte belle aventure sus yaux et en fist tammaint morir par ses

hardies emprises, et en delivra toutte la ditte comté de Blois. Et fist

tant par ses proèches, que il en chei grandement en le grasce et en

l’amour dou roy de Franche, et y devint chevaliers.

Or nous retrairons au siège de Couvay, que li dus de Bourgoingne

avoit assis. Et tant le constraindi par assaux d’enghien et d’autres

instrummens qu’il desrompi les murs et les tours. Et se coummenchièrent

chil dedens durement à esbahir, et vinrent deviers leur cappittainne

c’on appelloit Jaquefort, et estoit englès. Si le priièrent qu’il

volsist traitier au duc de Bourgoingne que courtoisement les laisast

passer, sauve leurs corps seullement. Chilx en traita as marescaux de

l’ost, monsigneur Boucicau et monsigneur Jehan de Vianne; mès li dus ne

volt point faire, s’il ne se rendoient simplement. Quant chil de Couvay

virent qu’il ne poroient finner au duc de Bourgoingne, si n’en furent

mie plus aise. Toutesfois, il se tinrent depuis ung grant temps.

Or avint que li roys de Franche escripsi deviers son frère le duc de

Bourgoingne, que, ces lettres veuwes, il se delivrast dou plus tost

qu’il pewist, et s’en revenist arière en Franche et en Bourgoingne,

à tout che que il avoit de gens d’armes, car li comtes de Montbliart

estoit entrés en Bourgoingne à plus de douze cens lanches, et li

ardoit et destruisoit son pays. Quant li dus de Bourgoingne entendi

ces nouvelles, si fu mout courouchiez, che fu bien raisons et laissa,

parmy tant c’on le remandoit, chiaux de Couvay finer plus douchement,

et se partirent sauve leurs corps, enssi que premiers avoient tretiet,

et rendirent le fortrèce, mès riens n’en portèrent. Quant li dus en

eut pris le saisinne et le possession, il s’en parti et s’en revint o

toutte son ost à Chartres, et assés tost apriès, à Paris. Et carga ses

gens au comte d’Auchoire, au signeur de Biaugeu et à monsigneur Loeys

de Chalon, et puis s’en vint en Brie deviers le roy, son frère, qui le

rechupt liement, à Vaus la Comtesse où il se tenoit adonc.

Si ne sejourna gairez là li dus, mès s’en parti et s’achemina vers

Troiez, et fist une especiaux priière à touttes gens d’armes,

chevaliers et escuiers, que il volsissent venir et traire deviers

Digon. Si en assambla et eut li dus grant fuisson. Quant li comtes de

Montbliart entendi les nouvellez que li dus de Bourgoingne venoit si

efforciement contre lui, si n’eut mie consseil de l’atendre, et se

retraist à touttes ses gens en Alemaigne, dont il estoit. Et quant li

dus de Bourgoingne le sceult, si chevauça avant et delivra son pays

d’aucuns pilleurs et robeurs qui s’i tenoient, dont messires Jehans

de Caufour estoit chiés. Si y laissa monsigneur Oede de Grantsi à

gouvreneur, et puis si s’en revint en Franche. Fºs 133 vº et 134.

P. 141, l. 17: cuvriiés.--_Mss. A 6, 7_: ennuyez.--_Mss. A 8, 15_:

guerroiez.

P. 141, l. 21: sur aultre.--_Ms. A 8_: l’une sur l’autre.

P. 141, l. 23: Drue[s].--_Ms. A 8_: Druez.--_Ms. A 15_: Dreux. Fº 276

vº.

P. 141, l. 31: corps.--_Mss. A 8, 15_: vies.

P. 142, l. 6: remparer.--_Ms. A 8_: reparer.

P. 142, l. 8: souffissamment.--_Ms. A 8_: à point.--_Ms. A 15_:

seurement.

P. 142, l. 13: Couvai.--_Mss. A 7, 8_: Connay.--_Ms. A 17_: Cougnay. Fº

316.

P. 142, l. 15: pour tant se prendoit.--_Mss. A 8, 15_: pour ce se

penoit. Fº 252 vº.

P. 142, l. 27: cil siège.--_Ms. A 8_: cil sage siège.

P. 143, l. 4: Montbliar.--_Mss. A 8, 15_: Montbeliart.

P. 143, l. 5: par devers.--_Le ms. A 15 ajoute_: Othun et. Fº 277.

P. 143, l. 10: y besongnoit.--_Mss. A 8, 15_: lui estoit mestier.

P. 143, l. 14 et 15: pensieus.--_Mss. A 8, 15_: pensis.--_Ms. A 17_:

melancolieux.

P. 143, l. 30: d’Arcies.--_Mss. A 2, 11 à 14, 17 à 19_:

d’Acières.--_Ms. A 23_: d’Artres.--_Ms. A 15_: d’Orties.

P. 144, l. 4: Sansoirre.--_Ms. A 8_: Sancerre.

P. 144, l. 19: Vregi... Grantsi.--_Ms.P3 Mss. A 8, 15_: Vergy...

Grancée... Grancy.

P. 144, l. 21: Bourgongne.--_Mss. A_: Boulongne.

§ =528=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Quant li dus de Bourgoingne fu

revenus en Franche avoecq ses gens d’armes, si fu ordounnés de par le

roy qu’il s’en alast par devant le Charité sus Loire et y mesist le

siège; car li Navarrois qui dedens estoient en garnison, faisoient trop

de maux ou pays. Si se traist li dus de Bourgoingne de celle part à

grant fuison de gens d’armes, et mist le siège par devant le Carité sus

Loire. Là estoient avoecq lui li comtes d’Auchoire et Loeis d’Auchoire

qui fu là fès chevaliers, et messires Robiers d’Allenchon qui fu ossi

là fez chevaliers à une escarmuche qui fu devant les baillez, li sires

de Fiennes, connestables de Franche, messires Loeys de Sanssoire,

messires Ernoulx d’Audrehen, marescal de Franche, monseigneur

Bouchicau, le seigneur de Cran, le seigneur de Sulli, le Bèghe de

Villainnez, le castellain de Biauvais, le seigneur de Montagut,

d’Auvergne, et monseigneur Robert Dauffin, le seigneur de Villars et

de Roussellon, le seigneur de Calenchon, le seigneur de Tournon et

grant fuisson d’autres. Là eult par devant le Charité sus Loire grant

siège et bel, et grant fuison de bonne chevalerie. Et y avoit souvent

assaut et escarmuches, car chil de dedens se tenoient et deffendoient

vaillamment.

Encorrez se tenoient messires Jehans de le Rivierre et li sires de

Castellon et li autre chevalier par devant Ewrues, et estoient tenu

tout le temps; et l’avoient souvent fait assaillir, mès petit y avoient

conquis, car la chité estoit durement remforchie. Si les remanda li

roys de Franche qu’il se partesissent d’illuecq et venissent devant le

Carité. Si obeirent au roy, et fu deffais li sièges de devant Ewrues.

Ossi messires Bertrans de Claiekin, qui se tenoit en Constentin à

grant fuison de gens d’armes, se parti d’illuec par l’ordonnance dou

roy de France et s’en vint devant le Carité. Si se logièrent tout chil

seigneur avoecq le duc de Bourgoingne, et y avoit bel host et grant. Si

y assaillirent li Franchois par pluisseurs fois, et y fissent maintes

bellez appertisses d’armes, tant par le rivierre comme par le terre, et

furent là tout l’aoust et le mois de septembre ou priès. Finablement,

chil qui estoient dedens regardèrent que leurs pourveanches estoient

admenries grandement, et n’estoit mies apparant qu’il fuissent comforté

de nul costé, car messires Loeys de Navarre s’estoit retrais. Pour

chou traitièrent il au duc de Bourgoingne que de rendre le Charité,

sauve leurs corps et leurs biens. Li dus ne s’i volloit assentir s’il

ne se rendoient simplement, et segnefia le traitiet au roy de Franche,

assavoir qu’il en volloit dire et faire. Fº 134.

P. 145, l. 3: Moriel.--_Ms. A 15_: Moreau. Fº 277.

P. 145, l. 23: lances.--_Le ms. A 15 ajoute_: tous.

P. 146, l. 10: deux mil.--_Ms. A 15_: trois mil.

P. 146, l. 15: prendre priès.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pener. Fº 253 vº.

P. 146, l. 27: ces.--_Le ms. A 17 ajoute_: bons. Fº 317.

P. 146, l. 28: besongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: besoing.--_Ms. A 7_:

besoigne.

§ =529=. On voet.--_Ms. d’Amiens_: Or estoit adonc en Franche et

dallés le roy messires Charles de Blois, qui avoit relevet le ducé de

Bretaingne et fait ent hoummaige au roy, et requeroit et prioit au roy

et à son consseil qu’il fuist aidiez et confortés de gens d’armes à

l’encontre dou jonne comte de Montfort, qui li faisoit grant guerre en

Bretaingne et seoit devant le bon et le bel castiel d’Auroy, à grant

fuisson de gens d’armes, englès et bretons. Et par raison bien estoit

li roys de Franche tenus de lui aidier, ens ou kas qu’il le tenoit

en foy et en hoummaige de lui. Et ossi jadis li roys Phelippes, ses

tayons, et li roys Jehans, ses pères, li avoient toudis aidiet à faire

sa guerre. Dont li roys Carles eut consseil et vollenté que d’aidier

monsigneur Carle de Blois, son cousin, qui bellement l’en prioit et

requeroit, et li dist qu’il se traisist en son pays de Bretaingne et

semonsist et assamblast tous les barons et chevaliers de Bretaingne,

car temprement il li envoieroit grant fuison de gens d’armes pour estre

fors assés contre le comte de Montfort. Si se parti messires Carles de

Blois dou dit roy et s’en vint à Nantes, et fist là son mandement de

tous les barons et les chevaliers de Bretaingne dont il avoit l’amour

et l’acord. Entroes seoit on devant le Carité sus Loire, siques, pour

monseigneur Carlon de Blois aidier et comforter de gens d’armes, li

roys laissa passer che tretiet de le Charité. Et s’en partirent chil

qui dedens estoient, sans dammaige de leurs corps et de leurs biens, et

se deffist li sièges, et s’en revint li dus de Bourgoingne deviers le

roy. Fº 134.

P. 147, l. 1: voet.--_Ms. B 3_: peut. Fº 266 vº.--_Ms. B 4_: veult. Fº

253.--_Mss. A_: vouloit.

P. 147, l. 5: apressés.--_Mss. A 15 à 17_: oppressez. Fº 317.

P. 147, l. 5: rivière.--_Le ms. A 17 ajoute_: en tèle manière.

P. 147, l. 10: dou roy.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Navarre.

P. 147, l. 24: Navare.--_Le ms. A 17 ajoute_: point.

P. 147, l. 25: li dus.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Bourgongne.

§ =530=. Li rois de France.--_Ms. d’Amiens_: Adonc ordounna li roys [de

Franche] que messires Bertrans de Claiequin s’en alla[st] en Bretaingne

à tout une grant armée de combatans, et aidast monseigneur Carlon de

Blois à lever le siège de devant Auroy et à reconcquerre le pays que li

comtes de Montfort tenoit. Che voiaige emprist li dis messires Bertrans

moult vollentiers, et se traist deviers Bretaingne au plus tost qu’il

peult, à grant fuisson de gens d’armes de Franche, de Normendie et de

Pikardie. Ces nouvelles vinrent en l’ost le comte de Montfort, que

messires Carles de Blois faisoit un grant amas de gens d’armes et en

menoit grant fuison de Franche, que li roys li envoieoit et desquels

messires Bertrans de Claiequin et li comtes d’Auchoire et li comtes de

Joni estoient chief.

Si tost que li comtes de Montfort entendi ces nouvelles, il les senefia

fiablement en la ducé d’Acquitainne, especialment devers monsigneur

Jehan Cambdos, en li priant chierement que à ce grant besoing il le

vosist venir comforter et conssillier, et qu’il apparoit en Bretaingne

uns biaux fais d’armes auquel tout signeur, chevalier et escuier, pour

leur honneur avanchier, devoient vollentiers entendre. Quant messires

Jehans Camdos se vit priiés si affectueusement dou comte de Montfort,

si s’avisa qu’il ne li faudroit mie et que ce seroit bien li acors

et li vollentés dou roy d’Engleterre et dou prinche de Galles, ses

seigneurs, qui ont toudis fait partie pour le dit comte à l’encontre

de monseigneur Carle de Blois et des Franchois. Si se pourvey messire

Jehans Cambdos bien et grandement, et queilla tous les compaignons

qu’il peut avoir, Englès et autres, et vint en Bretaingne devant Auroy

à plus de trois cens combatans. D’autre part, revint messires Ustasses

d’Aubrecicourt, qui en estoit ossi priiés, ad ce qu’il peut avoir de

gens. Et ossi revint messires Gautiers Hués en l’ayde dou comte de

Montfort. Si vinrent pluisseur autre chevalier et escuier englès, qui

tiroient et desiroient leurs corps à avancier et à yaulx combattre as

Franchois; car il estoient povre et avoient tout despendut. Si en vint

plus de cinq cens, sus le fianche de ce que on se combateroit, et se

presentèrent ou service le comte de Montfort, de bonne vollenté, qui

les rechupt liement et vit mout vollentiers. Et ossi li revenoient

tous les jours gens d’Angleterre, où li dis comtes avoit envoiiet ses

messaiges et estendus ses priières. Quant Englès et Breton en l’ayde

dou comte de Montfort furent tout assamblet, il estoient bien seize

cens combatans et sept cens archiers, sans l’autre ribaudaille qui

vont à piet entre les batailles et qui ochient chiaux que les gens

d’armes abatent. Fº 134.

P. 148, l. 19: Normendie.--_Le ms. A 17 ajoute_: contre Anglois et

Navarois. Fº 317 vº.

P. 148, l. 20: et.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: à. Fº 254.

P. 148, l. 23: moult.--_Ms. A. 8_: grandement.--_Ms. A 15 ajoute_:

grandement.--_Ms. A 17_: tout.

P. 148, l. 24: son.--_Le ms. A 17 ajoute_: vray et.

P. 148, l. 25: Bretons.--_Mss. A_: gens.

P. 148, l. 26: devers.--_Le ms. A 17 ajoute_: la bonne ville de.

P. 148, l. 29: frontière.--_Ms. A 8_: siège. Fº 254.

P. 149, l. 4: venus.--_Le ms. A 17 ajoute_: à son aide.

P. 149, l. 6: li grigneur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la meilleur.

P. 149, l. 7: tout.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en.

P. 149, l. 9: pour.--_Ms. A 17_: ordonnèrent.

P. 149, l. 11: Montfort.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: qui se tenoit

devant.

P. 149, l. 11: ne demorèrent lons jours.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ne

demoura guerres. Fº 254.

P. 149, l. 13: d’Auçoirre.--_Le ms. B 6 ajoute_: qui pour che tamps

estoit en grant fleur. Fº 637.

P. 149, l. 13: Joni.--_Mss. A 15 à 17_: Joingny.

P. 149, l. 14: Friauville.--_Ms. A 8_: Freauville.--_Ms. A 15_:

Frainville.

P. 149, l. 21: l’ayde.--_Ms. A 17_: le grant aide.

P. 149, l. 22: des.--_Le ms. A 17 ajoute_: grans.

P. 149, l. 29: apparoit.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: esperoit. Fº 254.

P. 150, l. 6: l’ocquison.--_Ms. A 7_: l’occoison. Fº 256.--_Mss. A 8,

15 à 17_: l’occasion. Fº 254 vº.

P. 150, l. 10 et 11: d’Acquitainnes.--_Le ms. A 17 ajoute_: moult

aimablement.

P. 150, l. 13: otant.--_Ms. A 17_: quatre cens.

P. 150, l. 21 et 22: compagnie.--_Le ms. B 6 ajoute_: Sy i vinrent

messire Robert Canolle en grant compaignie, ossy Hues de Cavrelée,

messire Gautier Hués, messire Mahieu de Gournay, messire Jehan le

Boursier, messire Symon Burlé et pluiseurs aultres, et s’en vinrent

tout au siège devant Auroy, et tous les jours leur croissoient gens. Fº

638.

P. 150, l. 27 à 30: Si estoient... arciers.--_Ms. B 6_: et tant que il

(les partisans de Charles de Blois) estoient bien dix huit cens lanches

de très bonnes gens, et le conte de Montfort en avoit bien onze cens

lanches. Fº 639.

P. 150, l. 28: combatans.--_Mss. A 15 à 17_: lances.

§ =531=. Nous revenrons.--_Ms. d’Amiens_: Or revenrons à monsigneur

Carlon de Blois qui se tenoit en le bonne cité de Nantes, et faisoit

son amas et sen assamblée de chevaliers et d’escuiers de tous lés là

où il les pooit avoir, car bien avoit oy recorder que li comtes de

Montfort estoit durement fors et bien comfortés d’Englès. Si prioit les

barons, les chevaliers et les escuiers de Bretaingne, dont il avoit

euv et recheu les hoummaiges, qu’il li volsissent aidier à deffendre

et garder son hiretaige contre ses ennemis. Si vinrent des barons de

Bretaingne, pour lui servir et à son mandement: li viscomtez de Rohen,

li sirez de Lyon, messires Carles de Dignant, li sires de Rays, li

sires de Rieus, li sires de Tournemine, li sires de Malatrait, li sires

de Rochefort, li sires d’Ansenis, li sires de Gargoulé, li sires de

Lohiac, li sires d’Avaugor et li sires de Qui[n]tin. Tout chil baron de

Bretaigne estoient avoecq monsigneur Carlon de Blois, et le tenoient

à duc et à seigneur de par medamme se femme, et li avoient tout fait

fealté et hoummaige. Encorres y avoit grant fuisson de chevaliers

bachelers et d’escuiers, qui estoient là venu pour servir leur

seigneur et leurs cors advanchier. Si se logièrent tout chil seigneur

à Nantez. Assés tost apriès, vint messires Bertrans de Claiequin, li

comtez d’Auchoire, li comtes de Joni, li sires de Prie et grant fuison

de bons chevaliers et escuiers de Franche. Et estoient plus de mil

combatans, toutte gens d’eslite, lesquelx messires Carles de Blois vit

très vollentiers, et les rechupt liement, et conjoy grandement messire

Bertran de Claiequin et les corps des seigneurs.

Quant les hos et les gens monsigneur Carlon de Blois furent touttes

assamblées, il ne veurent point faire trop lointaing sejour à Nantes

ne illuecq environ; mès prisent congiet à madamme la femme monsigneur

Carlon de Blois, qui leur donna liement et dist à son marit, present

les barons de Bretaigne: «Monsigneur, vous allés deffendre et garder

mon hiretaige et le vostre, car ce qui est mien est vostre, lequel

messires Jehans de Montfort nous empèce et a empechiet ung grant temps

à tort et sans cause, che scet Dieux et li baron de Bretaingne qui chy

sont, coumment j’en sui droiturière hiretière. Si vous pri chierement

que, sus nulle composition ne tretiet d’acort, ne voeilliés descendre

que li corps de la duché ne nous demeure.» Et li chevaliers messires

Carles de Blois li eut en couvent que ossi ne feroit il. Adonc le baisa

il et prist congiet, et le damme moult bellement li donna congiet

et à tous les barons de Bretaingne ossi, l’un après l’autre. Si se

departirent de Nantes et de là environ touttes mannierres de gens,

et prissent le chemin de Rennes. Tant s’esploita li hos monseigneur

Charlon de Blois qu’il vinrent à Rennes, et là se reposèrent et

rafreschirent deus jours. Fº 134 vº.

P. 151, l. 1: revenrons.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: retournerons.

P. 151, l. 10: son.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: droit.

P. 151, l. 15: Malatrait.--_Mss. A 15 à 17_: Malestroit. Fº 279.

P. 151, l. 16: li sires de Rocefort.--_Ms. A 15_: monseigneur de Loheac.

P. 151, l. 17: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Gargolay.

P. 151, l. 17: dou Pont.--_Ms. A 15_: le seigneur de Viezpont.--_Le ms.

A 17 ajoute_: monseigneur Olivier de Mauny. Fº 318 vº.

P. 151, l. 18: d’aultres.--_Le ms. A 17 ajoute_: bons chevaliers.

P. 151, l. 21: vingt cinq cens lances.--_Ms. B 6_: neuf cens lanches et

cinq cens archiers et mille hommes de piet parmy les pillars. Fº 640.

P. 151, l. 23: lontain.--_Mss. A_: long.

P. 151, l. 30: hiretage.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Bretaingne.

P. 152, l. 3 et 4: sus nulle... descendre.--_Ms. A 7_: à nulle...

descendre. Fº 256 vº.--_Mss. A 6, 8_: nulle... faire ne descendre. Fº

254 vº.--_Mss. A 15 à 17_: faire ne condescendre.

P. 152, l. 5: ducé.--_Le ms. A 8 ajoute_: de Bretaingne. Fº 255.

P. 152, l. 6: couvent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: convenant.

P. 152, l. 6 à 14: Adonc se parti... ennemis.--_Ms. B 6_: Che samedy

se partirent de le ville de Dignant en Bretaigne messire Charle de

Blois et sa route, et chevauchèrent vers Auroy et se vinrent logier as

plains camps de haulte nonne à une petitte lieuwe d’Auroy et de leurs

ennemis. Fº 640.

P. 152, l. 11: Rennes.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Vennes.

P. 152, l. 13: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 18_: couvine.

P. 152, l. 14: ennemis.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: et aviser aucun

lieu souffisant pour combatre leurs ennemis, ou cas qu’ilz trouveroient

tant ne quant de leur avantage sur eulx. Et là furent dites et

pourparlées pluseurs paroles et langages, à cause de ce, des chevaliers

et escuiers de France et de Bretaigne qui là estoient venus pour aidier

et conforter messire Charles de Blois qui estoit moult doulz et moult

courtois, et qui par adventure se feust voulentiers condescendu à paix

et eust esté content d’une partie de Bretaigne à peu de plait. Mais,

en nom Dieu, il estoit si boutez de sa femme et des chevaliers de son

cousté, qu’il ne s’en povoit retraire ne dissimuler.

§ =532=. Entre Rennes.--_Ms. d’Amiens_: Entre Rennes et Auroi, où

li sièges des Englès estoit, a huit lieuwes. Les nouvelles en l’ost

englesce vinrent que messire Carles de Blois aprochoit durement et

amenoit droite fleur de gens d’armes, et estoient bien vingt cinq cens

lanches, chevaliers et escuiers, et plus de trois mil d’autres gens

à mannierre de bringans. Si tost que ces nouvelles furent venues en

l’ost, elles s’espardirent partout. Si coummenchièrent chil compaignon

à remettre leurs armures à point et à reparer et ordounner tout leur

harnas, car bien savoient qu’il se combateroient, et li pluisseur ossi

en avoient grant desir. Adonc se traissent à consseil les cappittainnes

de l’host: li comtes de Montfort premierement, messires Jehans Camdos,

par qui tout s’ordonnoit, messires Robers Canolles, messires Oliviers

de Clichon, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Gautiers Huet

et messires Hues de Cavrelée. Si regardèrent chil chevalier, par le

consseil et avis li uns de l’autre, qu’il se trairoient au matin hors

de leurs logeis et prenderoient tierre et place sour les camps, et

l’aviseroient de tous asens, pour mieux avoir ent le connissanche.

Si fu enssi segnefiiet parmy leur host que chacun fust à l’endemain

appareilliés et mis en aroy, si comme pour combattre. Ceste nuit

passa. L’endemain vint, qui fu par un samedi, que Englès et Bretons

yssirent hors de leurs logeis et s’en vinrent moult faiticement et

moult ordonneement enssus dou castel, et prissent place et terre, et

dissent que là atenderioent il leurs ennemis. Droitement enssi que

environ primme, messires Carles de Blois et toutte sen host vinrent,

qui s’estoient parti le venredi de le cité de Rennes, et avoient celle

nuit jut à troix lieuwes priès d’Auroi. Si estoient les gens monsigneur

Charlon de Blois le mieux ordounné et le plus faiticement que on peuist

veoir ne deviser, et chevauchoient ossi serré que on ne pewist jetter

ung estuef qu’il ne cheist sus pointe de glave ou sur bachinet. Et

venoient en cel estat tout le pas, chacuns sires avoecq ses gens et

desoubz se bannierre. Si trestost qu’il virent les gens le comte de

Montfort, il s’arestèrent tout quoy et regardèrent et advisèrent terre

et place à l’avantage, pour yaux traire. Si se missent de ce costé, le

visaige viers les ennemis et tout à piet, car il veoient ossi leurs

ennemis en tel estat, et ordonnèrent leurs batailles li ung et li

autre, enssi que pour tantost combattre. Fºs 134 vº et 135.

P. 152, l. 15: Rennes.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Vennes.

P. 152, l. 22: joiant.--_Mss. A_: joyeux.

P. 152, l. 30: conseil.--_Le ms. A 17 ajoute_: les Anglois et Bretons

et aussi le dit conte.

P. 153, l. 1: Cavrelée.--_Mss. A 15 à 17_: Carvalay.

P. 153, l. 2: Hués.--_Ms. A 17_: de Manny.

P. 153, l. 8: avoir ent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en avoir.

P. 153, l. 14: logeis.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: boys. Fº 255.

P. 153, l. 15: ensus.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: arrière.

P. 153, l. 18: que entours.--_Mss. A 15 à 17_: comme à.

P. 153, l. 22: [d’Auroy].--_Ms. B 1_, t. II, fº 195 vº: d’yaus.

_Mauvaise leçon._

P. 153, l. 24: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.

P. 153, l. 26: estuef.--_Les mss. A ajoutent_: entre eulz. Fº 257.

P. 153, l. 30 et 31: desroyer.--_Mss. A 8, 17_: desreer.

P. 154, l. 4: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.

§ =533=. Messires.--_Ms. d’Amiens_: Messires Carles de Blois, par

le consseil de monseigneur Bertran de Claiequin, qui estoit là

ungs grans chiés et mout creus et alosés des barons de Bretaingne,

ordounna ses batailles et en fist troix et une arieregarde. Si me

samble que messires Bertrans eult la première, avoecq grant fuison

de bons chevaliers et escuiers de Bretaingne. La seconde eut li

comtes d’Auçoire, li comtes de Joni, avoecq grant fuison de bons

chevaliers et escuiers de Franche. La tierce eut messires Carlez

de Blois, avoecq pluisseurs haux barons de Bretaingne, le viscomte

de Rohem, le seigneur de Lion, monseigneur Carle de Dinant et des

autres qui se tenoient dallés lui. En l’arieregarde estoient li

sires de Rais, li sires d’Avaugor, li sires dou Pont et li sirez de

Tournemine. Si avoit en chacune bataille bien mil combatans. Là alloit

messires Carles de Blois, de bataille en bataille, priier et amonester

chacun moult bellement qu’ils volsissent y estre loyal et preudomme

et bon combatant, et retenoit que c’estoit sus son droit qu’il se

combatoient. Si liement et si doucement les prioit et amonestoit, que

chacuns en estoit tous recomfortés. Et li disoient de grant vollenté:

«Monseigneur, ne vous doutés, car nous demorrons dallés vous.» Or vous

parlerons dou couvenant des Englès et des Bretons de l’autre costet, et

comment il ordonnèrent leurs batailles. Fº 135.

P. 154, l. 8: chiés.--_Ms. A 17_: capitaine.

P. 154, l. 8: alosés.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: louez.

P. 154, l. 15: grigneur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: meilleur.

P. 154, l. 19: Malatrait.--_Le ms. A 15 ajoute_: monseigneur de

Tournemine. Fº 280.

P. 154, l. 20: aultre.--_Le ms. A 17 ajoute_: barons, chevaliers et

escuiers que je ne sçay pas touz nommer.

P. 154, l. 21: Rieus.--_Le ms. A 15 ajoute_: le sire de Quintin, le

sire de Combour, le seigneur de Rochefort et plusieurs autres. Fº 280.

P. 154, l. 27: retenoit.--_Ms. A 17_: prenoit.

P. 154, l. 30: avoient tout en couvent.--_Ms. A 8_: avoient

promis.--_Mss. A 15 à 17_: promistrent.

§ =534=. Messires Jehans.--_Ms. d’Amiens_: Messires Jehans Camdos, qui

estoit cappitainnes et regars et souverains dessus yaux tous, quoyque

li comtez de Montfort en fuist chiés, car li roys englès li avoit enssi

escript et mandet que souverainnement il entendesist à son fil le comte

de Montfort, prisoit durement en coer et à ses gens ossi l’ordounnance

et l’aroy des Franchois, et veoit bien, se combattre les couvenoit,

enssi qu’il esperoit bien que che feroit, qu’il ne l’aroient mies

d’avantaige. Et disoit enssi messires Jehans Camdos que oncques en sa

vie il n’avoit veu gens mieux arés, ne en si couvignable couvenant

que li Franchois estoient. Si se vot ordounner seloncq chou et fist

trois batailles et une arieregarde, et mist en le premierre monseigneur

Robert Canolle, monseigneur Gautier Huet et monseigneur Richart Burlé;

en le seconde, monseigneur Olivier de Clichon, monseigneur Mahieu de

Gournay et monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt. La tierce, il ordounna

au comte de Montfort, et demoura dallés lui. Et avoit en chacune

bataille cinq cens hommes d’armes et trois cens archiers.

Quant ce vint sus l’arrierregarde, il appella monseigneur Hue de

Cavrelée et li dist ensi: «Messire Hues, vous ferés l’arrieregarde et

arés cinq cens combatans, et vous tenrés sus elle et recomforterés

nos batailles là où vous les verrés branler: et ne vous partirés ne

bougerez de vostre establissement pour cose qui aviegne, s’il ne

besoingne, fors en l’estat que je vous ai dit.» Quant li chevaliers

entendi messire Jehan Camdos, si fu mout courouchiés et respondi en tel

manière: «Sire, sire, bailliés ceste arrieregarde à ung autre c’à moy,

car je ne m’en quier ja à ensonniier; mès en quelle manierre m’avés

vous desveu que je ne soie ossi bien tailliés de moy combattre tout

devant et des premiers ossi bien c’uns autrez?» Dont respondi messires

Jehans Camdos moult aviseement et dist: «Messire Hue, messire Hue, je

ne vous estaublis mie en l’arrieregarde pour cose que vous ne soiiés

ossi bons chevaliers et ossi seurs que nulx qui soit sour le place.

Et say bien que très vollentiers vous vos combateriés des premiers;

mès je vous y ordounne pour tant que vous estez ungs sages et avisés

chevaliers, et se couvient que li ungs y soit et le face. Si vous pri

chierement que vous le voeilliés faire, et je vous ay en couvent, se

vous le faittez, nous en vaurons mieux et y acquerrons haute honneur.

Et le première priière et requeste, quelle qu’elle soit, je le vous

acorderay.» Encorres s’escuza li chevaliers et dist: «Sire, ordounnés

y ung autre, car je me voeil combattre tout des premiers.» De ceste

responsce fu messires Jehans Camdos moult courouchiés, et le reprist

et dist: «Messire Hue, or regardés et eslisiés. Ou il couvient que

vous y allés et le fachiés, ou il couvient que je y voise et le fache.

Et par ma teste, se je ne quidoie que honneurs et prouffis ne nous en

deuist venir de vous plus que d’un aultre, je ne vous en requerroie

ja.» Quant messire Hue de Cavrelée se vit si constrains et apressés de

monsigneur Jehan Camdos, si ne l’oza courouchier ne plus escondire,

et dist: «Sire, sire, ce soit ou nom de Dieu et de saint Jorge, et je

l’emprench volentiers.» Dont prist messires Hues de Cavrelée ceste

bataille, et se traist tout enssus des autres sus elle et se mist en

bonne ordounnanche. Fº 135.

P. 155, l. 5: quoique.--_Ms. A 17_: non contrestant que Fº 320.

P. 155, l. 9: il.--_Ms. A 17_: le comte de Montfort.

P. 155, l. 11: aucuns.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: bons.

P. 155, l. 13: couvenant.--_Ms. A 15_: couvine.

P. 155, l. 15: hui.--_Ms. A 17_: aujourd’ui.

P. 155, l. 23: entente.--_Mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17_: entencion.

P. 155, l. 30: Richart Burlé.--_Ms. A 17_: Thomas Brulé. Fº 320 vº.

P. 156, l. 4: trois cens.--_Ms. A 17_: quatre cens.

P. 156, l. 5: Cavrelée.--_Ms. A 15 à 17_: Carvallay.

P. 156, l. 7: cinq cens.--_Ms. B 6_: trois mille. Fº 644.

P. 156, l. 8: vo.--_Mss. A_: vostre.

P. 156, l. 10: besongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: besoing.

P. 156, l. 10: ouvrent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: euvrent.

P. 156, l. 17 et 18: ensonniier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: embesoingnier.

P. 156, l. 18: chiers.--_Mss. A 15 à 17_: beau.

P. 156, l. 19: estat.--_Le ms. A 17 ajoute_: ne en quel lieu ou place.

Fº 321.

P. 156, l. 19: desveu.--_Ms. A 17_: veu deffaillir.

P. 156, l. 25: bons.--_Ms. A 17_: meilleurs.

P. 156, l. 29: li uns.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de nous deux.

P. 157, l. 8: ces.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: nouvelles.

§ =535=. Enssi.--_Ms. d’Amiens_: Ensi ce samedi au matin, qui fu le

huitime jour dou mois d’octembre l’an mil trois cens soissante quatre,

furent ces batailles ordounnées l’une devant l’autre, en ung biau

plain, assés priès d’Auroy en Bretaingne. Si vous di que c’estoit moult

belle cose à veoir et à comsiderer, car on y veoit bannières, pennons

parés et armoiiés moult ricement de tous costés. Et par especial li

Franchois estoient si faiticement et si souffisamment ordonné, que

c’estoit ungs grans deduis dou regarder.

Or vous di que, entroes qu’il ordonnoient et advisoient leurs batailles

et leurs besoingnes, li sires de Biaumanoir, ungs grans barons et rices

de Bretaingne, aloit de l’un à l’autre, traitant et pourparlant de le

pais, car vollentiers l’i euist veut, s’il pewist, et s’en ensonnioit

en bonne manière. Et le laissoient li Englès et li Breton de Montfort

aller et venir et parlementer à monseigneur Jehan Camdos et au comte

de Montfort, pour tant qu’il estoit prisounniers par deviers yaux et

qu’il ne se pooit armer. Si mist, che samedi, maint pourpos et tamainte

parchon avant, pour venir à pès, mès nulle ne s’en fist. Et tint les

batailles en cel estat jusquez à nonne, et prist une souffrance à durer

tout le jour et toutte le nuit et l’endemain jusques soleil levant

entre les deus hos. Si se retraist chacuns à son logeis bellement

et faiticement, et se aisièrent de ce qu’il eurent. Che samedi au

soir, yssi li cappittainne d’Auroy hors dou castiel et de le ville à

quarante armurez de fer, liquels s’appelloit Henris de Sauternelle,

et estoit ungs bons escuiers et qui loyaument s’estoit acquités

enviers monsigneur Carlon de Blois de garder le forterèce d’Auroy.

Si le rechupt li dis messires Carles moult liement, et li demanda

de l’estat dou castiel: «En nom Dieu, monsigneur, dist li escuiers,

Dieu merchi, si sommez encorrez bien pourveu pour le tenir deus mois,

s’il besoigne.»--«Henry, Henry, respondi messires Carlez, demain, se

il plaist à Dieu, serés vous delivrés dou siège ou par accord ou par

bataille.»--«Sire, ce dist li escuiers, Dieux y ait part, qui vous

doinst victore contre vos ennemis!»

Enssi se passa chilx samedis toutte nuit. Et menèrent li Franchois

grant joie et grant revel, et d’autre part ossi fissent li Englès.

Et requissent li aucun compaignon et priièrent moult especialment à

monsigneur Jehan Camdos qu’il ne volsist mie consentir que nus tretiés

ne nulx acors de pès se fesist, car il avoient tout despendu et aleuwet

et estoient povre: si volloient par le bataille ou tout parperdre ou

recouvrer, et messires Jehans Camdos leur eut en couvent. Fº 135.

P. 157, l. 25: plains.--_Le ms. A 17 ajoute_: les autres, en une grant

lande et longue. Fº 321 vº.

P. 158, l. 4: de l’un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: host.

P. 158, l. 5: l’i euist veu.--_Ms. A 17_: il eust veu certain acord

entr’eulx.

P. 158, l. 23: Sauternelle.-_-Mss. A 3, 15 à 17_: Hauternelle,

Hanternelle. Fº 256 vº.--_Ms. B 6_: Sautrelle. Fº 640.

P. 158, l. 25: lanches.--_Mss. A 15 à 17_: hommes d’armes.

P. 158, l. 29: li chastelains.--_Mss. A 8, 15 à 17_: li escuiers.

P. 159, l. 18: à ce Henri.--_Ms. A 17_: à son escuier.

P. 159, l. 19: nuitie.--_Mss. A 8, 15 à 17_: nuit.

P. 159, l. 24: tout aleuet et.--_Mss. A 8, 15 à 17_: tout le leur.

P. 159, l. 25: parperdre ou recouvrer.--_Ms. A 17_: tout perdre ou tout

gainnier ou au moins aucune chose recouvrer. Fº 322.

P. 159, l. 25: ou.--_Le ms. A 15 ajoute_: aucune chose.

P. 159, l. 26: en couvent.--_Ms. A 15_: en couvenant.--_Ms. A 17_:

encouvenancié.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et le leur promist ainsi.

§ =536=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Quant ce vint le diemenche

au matin, chacuns en sen host s’appareilla, vesti et arma. Si dist

on pluisseurs messes en l’ost le dit monsigneur Carle de Blois, et

s’acumenia qui acumeniier vot, et ossi fissent il en l’ost le comte

de Montfort. Ung petit après soleil levant, se retraist chacuns en se

bataille et en son arroy, enssi qu’il avoient estet le jour devant.

Assés tost apriès, revint li sirez de Biaumanoir, qui portoit lez

tretiez et qui vollentiers les ewist acordés, s’il peuist, et s’en

vint premier à chevauchant deviers monsigneur Jehan Camdos, qui yssi

de se bataille et laissa le comte de Montfort, et vint sus les camps

contre le dit seigneur de Biaumanoir pour li faire une briefve response

et pour son corps garder, car il avoit oy dire et jurer les Englès

que, se il venoit plus avant pour tretier ne porter pès ne acort, il

l’ociroient.

Siques, si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à lui,

il li dist: «Sire de Biaumanoir, sire de Biaumanoir, je vous avisse

que vous ne venés meshui plus avant; car nos gens dient qu’il voellent

combattre et qu’il vous ochiront, s’il vous puevent enclore entre

yaulx. Et dittes à monsigneur Carle de Blois que messires se voelt

combattre et qu’il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s’il n’est

plainement dus de Bretagne.» Quant li sires de Biaumanoir entendi

Camdos enssi parler, si fu mout courouchiez et dist: «Camdos, Camdos,

ce n’est mie li entente de monseigneur qu’il n’ait plus grant desir

de combattre, et touttez ses gens, que vous n’aiiés, et ont toudis

eu. Et che que je m’en sui ensonniiés jusc’à ores, je l’ay fait en

espèce de bien et pour tant que je voy, d’un lez et de l’autre, grant

fuison de bonne chevalerie de ce pais qui ne se poront combattre que

grans meschief n’en viegne; et puisqu’il faut qu’il aviegne, Dieus

voeille aidier le droit, car li ungs des deux chiés demourra hui dus de

Bretaigne.»

Adonc s’en retourna il vistement deviers monsigneur Carlon de Blois, et

Camdos deviers le comte de Montfort, qui li demanda tantost quel cose

li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au contraire,

pour li enflammer et courouchier: «Quel cose? Sire, je le vous diray.

Messires Carlez de Blois vous mande que sans raison on tretie ne

parolle de nulle pès; car il demourra ducs de Bretaingne, et n’y

arés riens: ossi nul droit n’y avés de riens avoir, et tout ce vous

remoustr[er]a il tantost par force d’armes. Or en regardez que vous en

voullés faire, se vous vous voullés combattre.»--«Par me foy, dist li

comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez passer avant nos bannières,

ou nom de Dieu et de saint Gorge.» Depuis n’y eut riens tretiet ne

parlementet entre les deux hos; car li sirez de Biaumanoir revint

tantost deviers monseigneur de Blois, et li dist le responce de Camdos

telle que vous avez oye. Dont messires Carles tendi ses mains vers le

chiel, en regraciant Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie

qu’il veoit dallés lui, et puis dist: «Passés avant, bannierrez, ou nom

de Dieu et de monsigneur saint Yve.» Fº 135 vº.

P. 160, l. 1: se acumenia... veult.--_Ms. A 8_: se commenièrent

ceulx qui vouldrent. Fº 257.--_Ms. A 15_: s’accommunièrent ceulx qui

vouldrent. Fº 281 vº.--_Ms. A 17_: se acommissèrent tous ceuls qui

vouldrent.--_Le ms. B 6 ajoute_: et puis burent un cop et s’armèrent.

Et se tirèrent tout sur les camps au devant de leurs ennemis ossy

serreement comme on povoit, les lanches contremont et grandes haches

forgies à Paris et ailleurs pendant à leur costé. Et s’en vinrent ensy

tout à piet en une plache au trait de trois arbalestres près de leurs

ennemis. Fº 641.

P. 160, l. 8: à.--_Mss. A_: en.

P. 160, l. 10: vei.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: venir.

P. 160, l. 21: pri.--_Ms. A 15_: avise.

P. 160, l. 29: le painne.--_Mss. A_: la place.

P. 161, l. 2: s’enfelleni.--_Mss. A 8, 15_: s’enfelonni.--_Ms. A 17_:

s’afelonnit.

P. 161, l. 2: courouciés.--_Le ms. A 17 ajoute_: et tant que, se il

eust esté armé comme monseigneur Chandos estoit, pour certain ilz

eussent commencé la bataille. Fº 322 vº.

P. 161, l. 3: monsigneur.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Charles de

Blois.

P. 161, l. 15: Bretagne.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: aujour d’uy.

P. 161, l. 16: le painne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la place.

P. 161, l. 25: si fisent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se passèrent.

P. 161, l. 28: grosse.--_Mss. A 8, 15 à 17_: orguilleuse.

P. 162, l. 2: hui.--_Mss. A 8, 15 à 17_: au jour d’ui.

P. 162, l. 2: font.--_Mss. A 6, 8_: distrent.--_Ms. A 17_: le scèvent

bien. Fº 323.

P. 162, l. 4: banières.--_Ms. A 15_: et pennons et toutes manières de.

Fº 282.

§ =537=. Un petit.--_Ms. d’Amiens_: Ung petit devant l’eure de primme,

s’aprocièrent les batailles. Dont ce fu très belle cose à regarder,

si comme je l’oy dire à chiaux qui y furent et qui veu les avoient,

car li Franchois estoient ossi serré et ossi joint que on ne pewist

mies jetter une pomme que elle ne cheyst sus un bachinet ou sus une

lanche. Et portoit chacuns hommes d’armes son glaive droite devant lui,

retaillie enssi que de cinq piés, et une hace forte et dure et bien

acerée, chacuns sus son col ou sus sen espalle. Et s’en venoient enssi

tout bellement le pas, chacuns sirez en son arroi et entre ses gens, et

se bannierre ou se pennon devant lui, enfourmés de savoir quel cose il

devoit faire. Et, d’autre part, li Englès estoient très bien et très

faiticement ordonné.

Si s’asamblèrent premierement li bataille monseigneur Bertran de

Claiequin et li Breton de son lés, à le bataille monseigneur Robert

Canolle et monseigneur Gautier Huet. Et missent li seigneur de

Bretaingne, cil qui estoient d’un lés et de l’autre, les bannierrez des

deus dus l’un contre l’autre, et les autres batailles s’asamblèrent

enssi l’un contre l’autre. Là eut des premiers encontres grans

bouteis des lanches et fort estour et dur. Bien est voirs que li

arcier trayrent de coummenchement, mès leurs très ne greva noyent

as Franchois, car il estoient trop bien armet et fort et ossi bien

pavesciet contre le tret. Si jettèrent cil archier leurs ars jus,

qui estoient fort compaignon et legier, et se boutèrent entre ces

gens d’armes de leur costé, et puis s’en vinrent à ces Franchois qui

portoient ces haces. Si s’aherdoient à yaux de grant vollenté et

tolloient as pluisseurs leurs haces, de quoy depuis se combatirent. Là

eut fait mainte belle appertise d’armes, mainte luite, mainte prise et

mainte rescousse. Et sachiés qui estoit cëus à terre, il estoit fort

dou relever, se il n’estoit trop bien aidiés.

La bataille monseigneur Charle de Blois s’adrecha droitement à le

bataille le comte de Montfort qui estoit forte et espesse. Dallés

monseigneur Carlon de Blois estoient li sires de Lion, messires Carles

de Dinant, li viscomtez de Rohem, li sirez de Qui[n]tin, li sirez

d’Ansenis et li sires de Rocefort, et chacun sires se bannierre devant

lui. Là eut, je vous di, dure bataille et grosse et bien combatue.

Et furent chil de Montfort de coummenchement durement reboutet; mès

messires Hues de Cavrelée, qui estoit desus èle et qui avoit une belle

bataille et de bonne gent, venoit à cel endroit où il veoit ses gens

branller, ouvrir ou desclore, et les reboutoit et metoit sus par force

d’armes. Et ceste ordounnance leur valli trop grandement; car, si tost

qu’il avoit les foullés remis sus et il veoit une autre bataille ouvrir

ne branler, il se traioit de celle part, et les recomfortoit par telle

mannierre comme il est dit devant. Fºs 135 vº et 136.

P. 162, l. 6: § 537.--_Le ms. A 15 ajoute_: Mais tantost.

P. 162, l. 14: courtes mances.--_Ms. A 8_: petis manches. Fº 257

vº.--_Ms. A 15_: à bien court manche.--_Ms. A 17_: un petit manche.

P. 162, l. 17: lui.--_Le ms. A 17 ajoute_: chascun tout.

P. 162, l. 20: assamblèrent.--_Le ms. A 15 ajoute_: ces batailles. Fº

282.

P. 162, l. 21: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur

Olivier de Mauni son nepveu. Fº 323.

P. 162, l. 21: de son lés.--_Ms. A 17_: de leur costé.

P. 162, l. 27 et 28: premiers encontres.--_Mss. A 8, 15 à 17_: première

rencontre.

P. 162, l. 29: estour.--_Mss. A 8, 15 à 17_: estrif.

P. 163, l. 5: se aherdirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’adrecèrent.

P. 163, l. 7: haces.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et en y eurent plus de cinq

cens, et che parfist le desconfiture, car il ochioient les Franchois et

les Bretons de leurs haches. Fº 647.

P. 163, l. 8: faiticement.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hardiement.

P. 163, l. 10 et 11: c’estoit fort dou.--_Ms. A 15_: il ne se povoit.

§ =538=. D’autre part.--_Ms. d’Amiens_: D’autre part, se combatoient

messires Olivier de Clichon, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires

Richars Burlé, messires Jehans Bourssiers, messire Mahieux de Gournay,

à le bataille le comte d’Auchoire et dou comte de Joni, qui estoit

moult grande et moult grosse et bien estoffée de bonne gens. Là eut

fait ossi mainte belle appertise d’armes et mainte prise et mainte

rescousse. Là se combatoient Franchois et Bretons, d’un lés, mout

vaillamment et mout hardiement, des haces qu’il portaient et qu’il

tenoient.

Là fu messires Carles de Blois durement bons chevaliers, et qui

vaillamment et hardiement se combati et assambla à ses ennemis, et

ossi fist ses adversaires le comte de Montfort: chacuns y entendoit

enssi que pour lui. Là estoit messires Jehans Camdos, qui y faisoit

merveilles d’armes de son corps, car il estoit fors chevaliers et

hardis durement; si conssilloit et comfortoit le comte de Montfort en

touttes manierrez, et le faisoit passer avant et arester, quant il

veoit que tamps estoit.

D’autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires de Tournemine,

li sirez d’Avaugor, li sires de Rays, li sires de Lohiac, li sires

d’Ansenis et li autre bon chevalier de Bretaingne se combatoient mout

vaillamment et y fissent maintes belles apertises d’armes. Et tant

se combatirent que touttes ces batailles se requeillirent enssamble,

excepté li arrieregarde des Englès, dont messires Hues de Cavrelée

estoit souverains. Ceste bataille se tenoit toutdis sus costière, et ne

servoit d’autre cose fors de redrechier et mettre en conroy les leurs

qui branloient ou qui se desconfissoient.

Entre les autres chevaliers bretons et englès, messires Oliviers de

Clichon fu bien veus et avisés qu’il y fist merveillez d’armes de son

corps, et tenoit une hache, mès il rompoit ces presses, et ne l’osoit

nus aprochier. Et s’enbati telle fois si avant qu’il fu en grant peril,

et eut mout affaire de sen corps en le bataille dou comte d’Auchoire

et dou comte de Joni, et trouva durement fort encontre sus lui, tant

que dou cop d’une hace il fu navrés desous et parmy le visierre de

sen bachinet au travers de l’oeil, et l’eut crevet, mès depuis fu il

rescous et remis entre ses gens en bon couvenant; et, durement aïrés

et enflammés, il se combati et y fist de le main pluisseurs belles

appertises d’armes. Là se recouvroient bataillez et bannières, qui une

heure estoient tout au bas, et tantost par bien combattre recouvroient

et estoient remis sus.

Entre les autres chevaliers, fu messires Jehans Camdos très bons

chevaliers, et vaillamment se combati, et tenoit une hace dont il

donnoit les horions si grans que nulx ne l’osoit aprochier, car il

estoit grans chevaliers et fors et bien fourmés de tous membres: si

s’en vint combattre à le bataille le comte d’Auchoire et des Franchois.

Et là eut fait maintes belles appertises d’armes. Et, par force de bien

combattre, il rompirent et reboutèrent ceste bataille bien avant et le

missent à tel meschief que briefment elle fu desconfite et touttez les

bannierrez et les pennons de ceste bataille jettés par terre, rompus

et deschirés, et li seigneur mis et contourné en grant meschief; car

il n’estoient aidiet ne comfortet de nul costé, mès estoient leurs

gens tous ensonniiés d’iaux deffendre et combattre. Là crioient chil

seigneur et leurs gens qui estoient dallés yaux, leurs ensaignes et

leurs cris, dont li aucun estoient oy et reconforté, et li autre, non,

enssi que telz besoingnes aviennent et que li cas le requiert.

Touttes fois, li comtes d’Auchoire, par force d’armes, fu durement

navrés et pris desoubs le pennon monseigneur Jehan Camdos et fianciés

prison, et li comtez de Joni ossi, et mors li sires de Prie, uns grans

bannerès de Normendie, et pluisseurs bons chevaliers de Franche et de

Normendie. Fº 136.

P. 164, l. 6: Joni.--_Mss. A 15 à 17_: Joingny.

P. 164, l. 20 et 21: ressongnies.--_Mss. A 8, 15 à 17_: redoubtez. Fº

258.

P. 164, l. 30 et 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Gargolay. Fº 324.

P. 164, l. 31: Malatrait.--_Mss. A 15 à 17_: Malestroit.

P. 164, l. 31: dou Pont.--_Mss. A 15 à 17_: de Viez Pont.

P. 165, l. 8: s’ensonnioit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’embesongnoit.

P. 165, l. 9: conroy.--_Mss. A 15 à 17_: arroy.

P. 165, l. 19 et 20: en travers.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du

visaige.

P. 166, l. 18: en sus.--_Mss. A 15 à 17_: arrière.

P. 166, l. 21: prisons.--_Mss. A 8, 15 à 17_: prisonnier.

P. 166, l. 22: [T]rie.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Prier.--_Mss.

A 8, 9_: Pie.--_Mss. B et A 7, 15 à 17_: Prie.

§ =539=. Encores.--_Ms. d’Amiens_: Encorres se combatoient les autres

batailles moult vaillamment, et se tenoient li baron en bon couvenant.

Et touttesfois, à parler loiaument d’armes, il ne tinrent mies si bien

leur pas ne leur arroy, enssi qu’il apparut, que fissent li Englès et

li Breton dou costé le comte de Montfort; et trop leur valli celle

bataille sus elle de messire Hue de Cavrelée. Quant li Englès et li

Breton de Montfort virent ouvrir et branler les Franchois, si se

confortèrent entre yaux moult grandement. Et demandèrent li pluiseur

leurs chevaux que leur garchon tenoient enssus d’iaux. Tantost il

furent monté, pourveu de haces et d’espées de Bourdiaux et en grant

vollenté de envaïr, d’ochir et de mehaignier leurs ennemis.

Et se parti adonc messires Jehans Camdos à toutte une grosse routte

des siens, et s’en vint adrechier sus le bataille monsigneur Bertran

de Claiequin, où on faisoit merveillez d’armes, mès elle estoit ja

ouverte et pluisseur chevalier et escuier mis en grant meschief. Et

encorres furent il plus, quant messires Jehans Camdos et une grosse

routte d’Englès s’i embatirent. Là eut donnet tamaint pesant horion

de ces haces, maint bachinet fendu et maint homme mort. Touttesfois,

messires Bertrans ne li sien ne peurent porter che fès. Si fu là pris

messires Bertrans d’un escuier englès desoubs le pennon monsigneur

Jehan Camdos et qui estoit de ses gens et de son hostel. Et entendi

ensi que messires Jehans Camdos prist et fiancha de sa main un baron

de Bretaingne que on appelloit le seigneur de Rays, hardi chevalier

durement.

Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue, li bataille fu enssi

que desconfite, et perdirent li autre tout leur arroy et se missent en

fuite, qui mieux mieux chacuns, exceté li vaillant chevalier et escuier

de Bretaingne, qui ne volloient mies laissier leur signeur, monsigneur

Carlon de Blois, mès avoient plus chier à morir que reprochiet leur

fust fuitte. Si se combatirent, chacuns desoubz se bannierre et se

pennon, depuis moult vaillamment et très asprement, et se rekeillirent

en pluisseurs lieux et par tropiaux chil bon chevalier et escuier

de Bretaingne, qui estoient avoecq monseigneur Carlon de Blois, et

qui, par force d’armes, volloient recouvrer le meschief qu’il leur

apparroit; mès il ne peurent.

Là fu messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient, enclos

d’une grosse routte d’Englès qui tout se tiroient de celle part pour

aidier le bannierre monsigneur Carle à desrompre et desconfire. Si

i eut fait mainte belle appertise d’armes, et mout vaillamment se

combatirent messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient.

Et ne l’eurent mies li Englès d’avantaige, mès il estoient trop mieus

parti à ce donc que li Franchois ne fuissent. Là fu ochis, en bon

couvenant et le viaire sus ses ennemis, messire Carlles de Blois, et

dallés lui et sus son corps ungs siens filx bastars qui s’appelloit

messires Jehans de Blois, et pluisseurs autres chevaliers et escuiers

qui ne volloient mies laissier leur mestre et leur seigneur, mès

avoient plus chier à morir.

Depuis que les bannierres monseigneur Carle de Blois furent atierées,

n’y eut riens retenu, mès furent les desconfitures moult grandes de

tous costés sus les Franchois et les Bretons. Et se missent tous li

Englès à cheval, et coummenchièrent à cachier et à encauchier leurs

ennemis. Là eult, quant à le cache et à le fuitte, grant mortalité,

grant ocision et grant desconfiture, et tamaint bon chevalier et

escuier pris et mis en grant mescief. Là fu toutte li fleur de le bonne

chevalerie de Bretaigne, pour le temps et pour le journée, morte ou

prise; car peu de chevaliers ne d’escuiers d’onneur escapèrent, qu’il

ne fuissent mort ou pris.

Et par especial des banerès de Bretaingne y furent mort messires Carles

de Dignant, li sires de Lion, li sires d’Ansenis, li sirez d’Avaugor,

li sires de Lohiach, li sires de Gargoulé, li sires de Malatrait et

li sires dou Pont; et pris: li viscomtes de Rohem, li sires de Lion,

li sires de Rochefort, li sires de Rays, li sires de Rieus, li sires

de Tournemine, messires Henris de Malatrait, messires Oliviers de

Mauni et pluisseur autre bon chevalier et escuier de Bretaingne et

grant signeur; et ossi dou royaumme de France, maint bon chevalier

et escuier: li comtes d’Auchoire premierement, li comtes de Joni et

tamaint autre qui y estoient venu desous le comfort monsigneur Bertran

de Claiequin, qui y fu pris ossi.

Briefment à parler, ceste desconfiture fu moult grande et mout grosse,

et grant fuisson de bonnes gens y eut mors, tant sus les camps comme

en le cache, car elle dura huit grans lieuwes et tout le jour jusques

à le nuit. Si poés bien croire que là en dedens y avinrent pluisseur

mescief, et y eut maint chevalier et maint escuier mort et pris. Ceste

bataille, qui fu assés priès d’Auroi en Bretaingne, fu l’an de grasce

Nostre Seigneur mil trois cens soissante quatre, par un dimenche en

octembre, le jour Saint Denis et Saint Gislain. Fº 136 vº.

P. 166, l. 27: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine. Fº 258 vº.

P. 166, l. 29: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et

Anglois. Fº 324 vº.

P. 167, l. 1: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et

Anglois.

P. 167, l. 7: des siens.--_Mss. A 8, 15 à 17_: de ses gens.

P. 167, l. 8: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur

Olivier de Mauni son nepveu. Fº 325.

P. 167, l. 13: tamaint.--_Mss. A 8, 15 à 17_: maint.

P. 167, l. 18: desous.--_Le ms. A 17 ajoute_: la bannière ou.

P. 167, l. 20: un.--_Le ms. A 15 ajoute_: grant. Fº 283 vº.

P. 167, l. 22: durement.--_Le ms. A 15 ajoute_: et qui moult longuement

se combatit à monseigneur Jehan Chandos.

P. 167, l. 24: que.--_Ms. A 17_: comme du tout.

P. 167, l. 30: fuite.--_Le ms. A 15 ajoute_: vilaine.--_Le ms. A 17_:

vilaine ne honteuse.

P. 167, l. 32: très asprement.--_Ms. A 17_: appertement.

P. 168, l. 13: Blois.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: qui tua celui qui

tué avoit monseigneur Charle de Blois.

P. 168, l. 21: fin.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: de bataille et.

P. 168, l. 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Cargolay.--_Ms. A 7_:

Guergorlay.

P. 168, l. 32: dou Pont.--_Ms. A 15_: de Vielpont.

P. 169, l. 4: Tournemine.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de

Tonnoirre.--_Mss. A 1, 3 à 6, 8_: le conte de Tonnoirre.

P. 169, l. 5: Mauni.--_Le ms. A 15 ajoute_: fort chevalier et hardi

durement.

P. 169, l. 5 et 6: Riville.--_Ms. A 17_: Regneville.

P. 169, l. 6: Friauville.--_Ms. A 8_: Frauville. Fº 259.--_Mss. A 15 à

17_: Frianville.

P. 169, l. 6: d’Ainneval.--_Mss. A 1 à 8_: Rainneval.--_Mss. A 15 à

17_: Rayneval.

Chroniques de J. Froissart, tome 06/13 · 第 32 / 43 题