P. 169, l. 9: le.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant.

P. 169, l. 12 et 13: en le cache.--_Ms. A 8_: sur la place. Fº 259 vº.

P. 169, l. 13: huit.--_Le ms. A 8 ajoute_: grosses.

P. 169, l. 14: Rennes.--_Mss. A 11 à 14_: Vannes.

P. 169, l. 13 à 22: cache... octembre.--_Ms. B 6_: Et dura la chache

huit lieues jusques ens ès portes de la chité de Rennes, car ly Englès

montèrent à cheval qui les poursievirent jusques au vespre. Et là eult

messire Jehan Candos, par l’aide de ses gens, pour trois cens mille

frans de bons prisonniers; car il eult messire Bertran de Claykin, le

conte d’Auchoire, le conte de Joni et plus de quarante chevaliers.

Ceste belle aventure avint au conte Jehan de Montfort en Bretaigne,

assés priès du castiel d’Auroy, en l’an de grace mil trois cens

soissante quatre, le lundy devant le Saint Mikiel. Fº 648.

P. 169, l. 20: d’Auroy.--_Ms. A 17_: du noble chasteau d’Aurroy que le

vaillant roy Artur fist jadis faire et fonder. Fº 325.

§ =540=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le grant desconfiture, si

comme vous avés oy, et le place toutte delivrée, li chief des seigneurs

englès et bretons d’un lés retournèrent et n’entendirent plus au

cachier, mès en laissièrent couvenir leurs gens. Si se traissent d’un

lés li comtes de Montfort, messires Jehans Camdos, messires Robers

Canolles, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Mahieux de

Gournay, messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée, messires

Jehans Bourssier et li autre chevalier. Et s’en vinrent ombriier

desoubs une longhe haye, un petit enssus de là où li bataille avoit

estet, et missent touttes leurs bannierres et pennons en celle

haie, pour leurs gens requeillier et radrechier. Et coummenchièrent

leur menestrel à corner et à piper, et li signeur se desarmèrent

et esventèrent ung petit, car moult avoient chaut pour le traveil

de combattre et de cachier. Et burent li aucun qui avoient vin en

bouteilles et en flascons. Entroes qu’il estoient en cel estat, li

sires de Clichon revint, se bannierre devant lui, qui le plus avoit

poursieuwois ses ennemis. A painnes s’en estoit il pous partir, tant

avoit estet aïrés et enflammés sus yaulx. Et ramenèrent ses gens grant

fuison de prisonniers et par especial son oncle le viscomte de Rohem.

Si se traist erramment li dis messires Oliviers de Clichon deviers

le comte de Montfort, qu’il tenoit pour seigneur et pour chief, et

descendi à piet avoecq les autres.

A ce donc ne savoient il riens encorres que messires Carles de Blois

fust mors; mes il avoient envoiiet leurs hiraux par le campaingne

regarder as ungs et as autres, et pour triier les seigneurs hors des

autres et savoir liquel y estoient mort. Si fu là raporté au comte de

Montfort, et dist ensi li chevaliers qui l’en raporta les nouvelles:

«Monseigneur, loés Dieu et regraciés de le belle journée que vous avés,

car messires Carles de Blois, vostres adverssaires, est demourés mors

sur les camps.» Et quant li comtes de Montfort l’entendi, si dist qu’il

volloit venir de ceste part et [le] veoir ossi bien mort que vif. Si

vint là où messires Carles gisoit, et vinrent avoecq lui pluisseur des

seigneurs et chevaliers qui là estoient. Si le trouvèrent environnet

de grant fuisson de mors, chevaliers et escuiers, et une hace desoubs

lui, dont il s’estoit combatus, et ossi de ses ennemis englès et

bretons mors aucuns. Se le fist li comtes de Montfort retourner le

viaire dessus, car il gisoit en dens. Et quant il le vit ou viaire, si

fu tous penssieux et prist à larmiier et dist: «Ha! monseigneur Carle,

monseigneur Carle, biaus cousins, com par vostre opinion maintenir sont

grant meschief avenu en Bretaigne! Se Dieux m’aït, il me desplaist

que je vous treuve enssi, se estre pewist autrement.» Adonc le tira

arière messires Jehans Camdos et li dist: «Sire, sire, partons de

chy et regraciiés Dieu de le belle aventure que vous avés; car, sans

le mort de cesti, ne poyés vous venir à l’iretaige de Bretaingne.»

Adonc ordounna là li comtes de Montfort que il fust tantost mis en un

sarqu et aportés à Rennes, et il fu fait presentement si comme il le

coumanda. Fºs 136 vº et 137.

P. 170, l. 1: Tanton.--_Mss. A 1 à 6, 15, 18, 19_: Tancon.

P. 170, l. 2: aultre.--_Le ms. A 17 ajoute_: seigneurs et chevaliers.

Fº 326.

P. 170, l. 2: ombriier.--_Ms. A 17_: umbraier.

P. 170, l. 2 et 3: dou lonch d’une.--_Ms. A 6_: delez une. Fº 258

vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: devant une.

P. 170, l. 12: l’iretage.--_Ms. A 15_: le bel hiretaige.--_Ms. A 17_:

le noble heritaige.

P. 170, l. 20: plus de gré.--_Mss. A_: plus grant gré.

P. 170, l. 21: En.--_Ms. A 15_: A.--_Ms. A 17_: Entre.

P. 170, l. 22: enflamés.--_Le ms. A 17 ajoute_: d’ire et de mautalent.

P. 170, l. 24: partir.--_Le ms. B 6 ajoute_: et voelt on dire que en

chest jour de se propre main il en ochist et abaty plus de soixante. Fº

649.

P. 170, l. 25: se retraist.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: se traisent.

P. 171, l. 1: chercié.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cerchié.

P. 171, l. 11: d’une.--_Ms. A 8_: à. Fº 260.

P. 171, l. 20: regracions.--_Ms. B 4 et mss. A_: regraciés.

P. 171, l. 21: avés.--_Le ms. A 15 ajoute_: qu’il vous a hui

donnée--_Le ms. A 17 ajoute_: aujourd’ui eue.

P. 171, l. 21: poiés.--_Mss. A_: poviez.

P. 171, l. 28: en.--_Mss. A_: ou pays de.

P. 171, l. 29: maint grant et biel.--_Ms. A 8_: pluseurs.--_Ms. A 15_:

pluseurs beaus.--_Ms. A 17_: moult de beaus.

P. 171, l. 29: miracle.--_Le ms. B 6 ajoute_: et cante on de luy ensy

que d’un martir, car il morut vaillanment en defendant et gardant son

hiretaige. Fºs 649 et 650.

§ =541=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ceste ordounnanche et que tout

li mort furent desvesti et que leurs gens furent repairiet de le cache,

il se traissent vers leurs logis dont au matin il s’estoient parti. Si

se desarmèrent et aisièrent de chou qu’il eurent, il avoient assés de

quoy, et entendirent à leurs prisonniers et fissent appareillier les

navrés et les blechiez; et les leurs meysmement qui estoient navret

et blechiet, fissent il remettre à point. Quant ce vint le lundi au

matin, li comtes de Montfort fist assavoir sus le pays et à chiaux de

Rennes et des villes environ, qu’il leur dounnoit trieuwez troix jours,

pour ensepvelir les mors et venir querre les corps des gentilz hommes:

laquelle ordounnanche on le tint à belle et à bonne, et se tint par

devant Auroy et dist que point ne s’en partiroit, se l’aroit.

Ces nouvellez s’espardirent en pluisseurs lieux et en pluisseurs pays,

coumment li comtez de Montfort, par le consseil et confort des Englès,

avoit obtenu le place contre monseigneur Carlon de Blois, et li mort et

desconfi, et mort et pris toutte le fleur de Bretaingne. Si en avoient

messires Jehans Camdos et messires Oliviers de Clichon grant huée. Et

disoit li coumune renoumée que par leur fait, avoecques le reconfort de

l’arrieregarde monseigneur Hue de Cavrelée, avoit estet la besoingne

achievée. De ces nouvellez furent tout li amit et li comfortant

monseigneur Carlon de Blois courouchiet, che fu bien raisons, et tout

cil de par le comte de Montfort, resjoy...

Bien est voirs que li roys Carles de Franche fu mout courouchiés de

le desconfiture qui fu devant Auroy et bien y eut cause, car ses

royaummes en fu grandement afoiblis, et par especial il regreta

grandement le mort de monseigneur Carlon de Blois, son cousin, le prise

de monseigneur Bertran de Claiequin, le mort et le prise des bons

chevaliers qui là avoient estet. Si envoiea tantost li roys le duc

d’Ango, son frère, deviers les marches de Bretaingne, pour recomforter

et conssillier le pays, qui moult estoit desolés et esbahis, et par

especial celle qui s’appelloit duçoise et hiretière de Bretaingne; car

elle veoit son marit monseigneur Carle de Blois mort et ses deus fils

emprisonnés en Engleterre, Jehan et Ghui. Si vint li dus d’Ango, qui

avoit sa fille à femme, par deviers lui, et le recomforta et consseilla

che qu’il peult, et li proummist qu’il se feroit cause et chiés de le

guerre contre le comte de Montfort. Encorres avoit la damme un petit

fil qui estoit appellés Henris, c’estoit tous ses recomfors; mès quant

la damme examinoit bien touttes ses besoingnes, elle se veoit bien en

dur parti. Si ploroit et regretoit ses amis, et bien avoit cause, enssi

comme vous orés chy apriès. Fº 137 rº et vº.

P. 171, l. 31: que.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: tous.

P. 172, l. 3: eurent.--_Mss. A 15 à 17_: avoient.

P. 172, l. 14: le.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: fort.

P. 172, l. 15: d’Auroy.--_Le ms. A 15 ajoute_: que le roy Artur fist

jadis faire et fonder. Fº 285.

P. 172, l. 19: par le... Englès.--_Les mss. A ajoutent ces mots qui

manquent dans le ms. B 1._

P. 172, l. 22: fleur.--_Les mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17 ajoutent_: de la

chevalerie.

P. 172, l. 27: li Breton.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et les

Anglois.

P. 172, l. 30: li rois.--_Le ms. A 17 ajoute_: Charles. Fº 327.

P. 173, l. 2: chevalier.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: et escuiers.

P. 173, l. 28: Douvres.--_Le ms. B 6 ajoute_: et vinrent si à point que

le roy d’Engleterre et ses trois filz, le duc de Clarenche, le duc de

Lenclastre, le conte de Canterbruge, estoient à Douves pour festier

le conte Loys de Flandres qui là estoit arivés pour le cause de ung

mariage aidier à parfaire, qui estoit commenchiet entre monsigneur

Aimmon, conte de Cantbruge, et le fille du conte de Flandres. Fº 651.

P. 173, l. 30: hiraut.--_Les mss. B 3, 4 et les mss. A ajoutent_: et li

donna le nom de Windesore et moult grant pourfit.

P. 173, l. 32: je fui.--_Le ms. A 17 ajoute_: depuis moult suffisanment

informé.

§ =542=. Il est bien voirs.--_Ms. d’Amiens_: Si escripsi li comtes

de Montfort ceste avenue en pluisseurs lieux et par especial au roy

Edouwart d’Engleterre, qu’il tenoit et appelloit père, car il avoit euv

sa fille en mariaige. Si vinrent ces nouvelles au dit roy au cinqime

jour de le bataille à Douvres. Et emporta lettres de creanche ungs

varlès poursiewans armes, qui avoit estet à le bataille et que li roys

englès fist tantost hiraut, et li dounna le nom de Windesore, et moult

grant prouffit: par lequel hiraut noummet Windesore je fui enfourmés

de ceste bataille et de l’ordounnanche, si comme vous avés oy chy

dessus recorder, car j’estoie à Douvres au jour qu’il y vint et que les

nouvellez y furent premierement sceuwes. Et le cause pourquoy li roys

englès estoit adonc là et grant fuison des seigneurs d’Engleterre, je

le vous diray.

En ce tamps que chilx hiraux Windesore ariva là à Douvres, estoit là

venus li roys d’Engleterre, avoecq lui li dus de Lancastre et messires

Aimmons, comtes de Cambruge, si doi fil, et grant fuison de seigneurs

d’Engleterre, telz que le comte d’Arondel, le comte de Salebrin, le

comte de Herfort, le jone comte de Pennebrucq, le jone comte de le

Marce, monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur Despenssier, le

seigneur de le Ware, monseigneur Ricart de Pennebruge, monseigneur

Alain de Boukesele, monseigneur Richart Sturi, le seigneur de Ferières,

monseigneur Thummas de Grantson et pluisseurs autres seigneurs, barons

et chevaliers, pour festiier le comte Loeys de Flandres, je vous diray

cause pourquoy.

A che donc assés nouvellement avoit estet tretiez li mariaiges de

monseigneur Ainmon, comte de Cantbruge, filz au roy d’Engleterre, et de

madamme Marie, fille au comte Loeys de Flandres, qui estoit veve dou

jone duc de Bourgoingne, si comme chy dessus est registré. Si estoient

là assamblé cil seigneur pour ordounner mariaige et assigner ce que

chacuns devoit avoir. Li roys d’Engleterre donnoit à son fil le comté

de Pontieu, le comté de Ghines, le terre de Melch et de Oye, et telz

drois qu’il entendoit à avoir en le comté de Haynnau, de Hollande et de

Zellandez, qu’il ne faisoit mies adonc petis, de par madamme la roynne

Phelippe, sa femme, qui fille avoit estet au comte de Haynnau, enssi

que vous savés. Si furent là chil seigneur d’Engleterre et de Flandres

en grans reviaux et en grans esbatemens l’espasse de quatre jours,

et y eut grans disners et biaux et bien ordounnés. Et leur vinrent

ces nouvelles certaines de Bretaingne, dont ils furent mout resjoy,

especialment li roys englès et li comtes de Flandres, li roys englès

pour ce qu’il avoit toudis fait chief et partie de ceste gerre avoecq

le comte de Montfort, liquelx comtes avoit eu sa fille espousée, et li

comtes de Flandrez, pour tant que il est cousins germains au comte de

Montfort.

Apriès ces festes et ces reviaux qui furent à Douvres, prist li comtes

Loeis de Flandres congiet au roy et as barons d’Engleterre, et rapassa

le mer et vint à Calais. Si le raconvoiièrent li dus de Lancastre et

li comtes de Cantbruges et les en mena li comtes de Flandres avoecq

lui en Flandres pour jewer et esbattre, et furent à Yppre, à Brughes

et à Ghand, et partout si bien venu et si bien recheu. Endementroes

ordounna li roys englès grans messaiges pour envoiier deviers le pappe

Urbain [cinqime[483]] pour dispensser che mariaige, car il estoient

moult prochain de linaige; car autrement sans dispenssations n’avoit

li comtes de Flandres acordé sa fille au roy d’Engleterre. Or nous

soufferons nous à parler de ceste matère, et revenrons au comte de

Montfort et dirons coumment il persevera.

[483] _Le manuscrit d’Amiens porte_: «VIe». _Mauvaise leçon._

P. 174, l. 7: devant.--_Le ms. A 17 ajoute_: de la ditte bataille

d’Aurroy.

P. 174, l. 17: conseil.--_Le ms. A 17 ajoute_: qui illecques se

tenoient, lesquelz le reçurent moult grandement et moult honorablement,

ainsi qu’il appartenoit à un tel prince et si grant seigneur. Fº 327 vº.

P. 174, l. 18: l’avoit.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 8 à 14, 18 à 23_:

l’avoient.

P. 174, l. 20: besongne.--_Ms. A 17_: grant bataille.

P. 174, l. 26 à 28: Et donna... pourfit.--_Ces lignes manquent dans

les mss. B 3, B 4 et dans les mss. A._

P. 174, l. 30: trois.--_Ms. A 17_: quatre ou cinq.

P. 175, l. 3: Aymons.--_Le ms. A 17 ajoute_: son frère.

P. 175, l. 6: Bruges.--_Le ms. B 6 ajoute_: et à Gand et en pluiseurs

bonnes villes et s’y tinrent bien ung mois, et puis s’en retournèrent

en Engleterre. Fº 652.

§ =543=. Li contes.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le bataille et le grant

desconfiture qui fu devant Auroy, où toutte li fleur de Bretaingne fu

morte et prise, li comtes de Montfort se tint à son siège, et dist

qu’il ne s’en partiroit jusques à tant qu’il l’aroit. Et envoiea dire

à chiaux dou castiel que, se il se volloient rendre bellement à lui et

recepvoir à seigneur, il leur pardonroit son mautalent et les lairoit

joïr et possesser de tout chou qu’il avoient en le fortrèche. Chil

d’Auroy se conssillièrent et regardèrent coumment leurs sirez estoit

mors, et tout li baron de Bretaingne de leur costé, mort et pris,

meysmement pris leur capittainne, Henris de le Sauternelle, et grant

fuisson de bons compaignons qui le fortrèce avoient aidiet à deffendre

et à garder en avant. Si ne veoient nul apparant de comfort de nul

costé, siques, tout examinet et consideré le bien et le mal, il se

rendirent et rechurent le comte de Montfort à seigneur et à souverain.

Et entra li dis comtes en le ville et ou castiel d’Auroy à grant

solempnité, et li fissent tout feaulté et houmage.

Quant il eut pris le possession dou castiel et de toutte le terre, il

eut consseil qu’il se trairoit devant le bonne ville de Jugon à touttes

ses hos, et pria affectueusement à monseigneur Jehan Cambdos qu’il

volsist demourer avoecq lui; car de son consseil et de sen ayde avoit

il grant mestier. Messires Jehans Camdos li otria, et ossi fissent tout

li Englès pour l’amour de lui. Si s’en vinrent li comtes de Montfort et

touttes ses hos devant Jugon et l’environnèrent tout autour, et dissent

qu’il ne s’en partiroit, si l’aroient. Et ordonnèrent li seigneur

d’Engleterre qu’il ne ranchonneroient nuls de leurs prisonniers jusques

à tant que leur guerre seroit achievée. Si furent envoiiet messires

Bertran de Claiequin, li comtes d’Auchoire, li comtes de Joni, li sirez

de Rays, li sires de Rieus, li sirez de Tournemine et bien soissante

chevaliers tous prisounniers, à monseigneur Jehan Camdos et à ses gens,

en Poito, et espars en pluisseurs lieux, les ungs à Plasac, les autres

à Niort, les autres à Pons ou à Saintes ou à Lusegnon ou en le Rocelle

ou à Saint Jehan l’Angelier. Enssi fissent tout li autre de leurs

prisonniers, mes il leur faisoient courtoise prison et les recreoient

sus leurs fois bellement sans tenir enfremés, ne loiier en fers ne en

buies, et toudis se tenoit li sièges devant Jugon.

Quant chil de Jugon virent le puissanche et l’effort dou comte de

Montfort et que nul ayde ne leur apparoit, si n’eurent mies consseil

d’iaux longement tenir, mès se rendirent, et tinrent le dit comte à

seigneur et li fissent feaulté et hoummaige. Si entra li dis comtez

en le [ville de Jugon] et souverains: enssi se faisoit il noummer et

escripre. Et remua tous offisciiers et y mist gens à sen ordounnanche,

et puis se parti de Jugon. Quant il s’i furent rafresci environ cinq

jours, il s’en vinrent devant le bonne ville de Dignant. Là mist il

grant siège et qui dura bien avant en l’ivier, car la ville est forte

et estoit adonc bien garnie. Et ossi li dus d’Ango leur mandoit qu’il

les recomforteroit sans faulte. Ceste esperanche les fist tenir moult

longement et endurer et souffrir tamaint assault. Finablement, quant

il virent qu’il n’aroient point de secours et que leurs pourveanches

amenrissoient, il se composèrent et acordèrent as tretiés dou comte de

Montfort. Et se rendirent par composition que, se dedens deux mois en

avant, plus fors de lui apparoit en Bretaigne, qui le boutast huers par

forche d’armes ou autrement, de le partie monseigneur Carlon de Blois à

qui il avoient fait feaulté et houmaige, il estoient quitte et absols

de leur tretiet; autrement, les deux mois acomplis, il le tenoient à

duch et à seigneur.

Li comtes de Montfort leur acorda vollentiers, et envoiea douze

hommes de le ville de Dignant, tous des plus riches, qui furent

cran et hostaiges pour aemplir ces couvens, en le cité de Vennes,

et puis chevaucha avant et vint droit devant le ville et le cité de

Campercorrentin. Et i ariva toutte sen host où il avoit plus de quinze

mil hommes, et tous les jours li croissoient gens qui li venoient

d’Engleterre et d’autres pays, qui queroient et demandoient les armes,

et il ne les savoient bonnement où avoir fors en Bretaingne. Enssi

asega li comtes de Montfort le chité de Campercorrentin, qui est moult

belle et mout forte. Et y avoit adonc très bonne gens et qui bien

s’aquitèrent de le garder, car li sièges y fu mout longement, et petit

y fissent de leur prouffit, tant qu’il y sissent, en assallant et en

escarmuchant chiaux de dedens. Fºs 137 vº et 138.

P. 175, l. 10: Auroy.--_Ms. A 17_: le fort chasteau d’Auroy que le

vaillant roy Artur fit faire et fonder jadis. Fº 328.

P. 175, l. 13: de le Sauternèle.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: de Sautemelle.

P. 175, l. 14: et toute le fleur.--_Ms. B 6_: et plus de quarante. Fº

650.

P. 175, l. 24: le.--_Le ms. A 17 ajoute_: belle.

P. 175, l. 30: vinrent.--_Mss. A_: vint.

P. 176, l. 1: trois.--_Ms. A 15_: quatre. Fº 286.

P. 176, l. 6: herriier.--_Mss. A 15 à 17_: harier.

P. 176, l. 11: chemina.--_Mss. A_: chevaucha.

P. 176, l. 11 et 12: Dignant.--_Mss. A 15 à 17_: Dinan.

P. 176, l. 14 à 16: li dus... faire.--_Ms. A 17_: le duc Charles de

Blois si leur avoit moult bien dit que ilz se tenissent ainsi comme

bonnes gens devoient faire.

P. 176, l. 16 et 17: conforteroit.--_Ms. A 17 ajoute_: tantost.

P. 176, l. 17: fist.--_Le ms. A 17 ajoute_: longuement.

P. 177, l. 4: nesun.--_Mss. A_: nul.

P. 177, l. 10: le pays de Bretagne.--_Ms. A 15_: le bon pais de

Bretaingne.--_Ms. A 17_: tout le demourant du bon pais de Bretaingne.

§ =544=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Or avint enssi, entroes que on seoit

devant Campercorrentin, que li roys de Franche avoit eus pluisseurs

conssaux, pourpos et ymaginations depuis le bataille d’Auroy et le mort

son cousin monseigneur Carle de Blois, je vous diray sus quel estat. Li

conssaux dou roy de Franche regardoient que li comtez de Montfort avoit

mort et desconffit celi qui se tenoit et escripsoit dus de Bretaingne,

et que tous li pays avoit ossi ou li plus et tenoit à seigneur, et

avoecq lui tous les barons, chevaliers et escuiers de Bretaingne, et

estoit maintenant durement fors ens ou pays, car il avoit l’acord et

l’ayde des Englès qui lui faisoient sa guerre, et prendoit villes,

chités et castiaux en Bretaingne, et estoit bien tailliés dou prendre,

car nulx n’aloit au devant: lesquelles villes, chités et castiaux

vorroit tenir par concquès et mettre hors du demainne, ressort et

hoummaige de Franche. Dont, pour ce peril escieuwer, il fu regardé

et avisé en Franche et remoustré au roy Carle finablement qu’il

n’avoit que faire de gueriier contre le comte de Montfort pour la

duché de Bretaingne, ne de perdre le serviche et l’oummaige d’un si

grant pays comme Bretaingne est; car telle estoit li entention dou

comte de Montfort que, se il le conqueroit par forche, il le voroit

tenir à tousjours mès sans houmage et sans resort. Ossi il avoit et

tenoit bonne pais au roy d’Engleterre: si ne pooit y estre que haynne,

mautalens et dissentions ne s’esmeuissent entre leurs gens, ens en cas

que chacuns voroit faire partie pour son amy, enssi que devant avoit

esté; et, se fortune avoit comforté et eslevet le comte de Montfort, on

li souffresist.

Si furent tretiet de pès mis avant, et regardé quelx gens s’en

ensonnieroient. Or m’est advis que li arcevesques de Rains, li sires

de Craan et messires Boucicaux, marescaux de Franche, en furent

cargiet de par le roy et le consseil de Franche. Et vinrent chil

seigneur en Bretaingne deviers le comte de Montfort, monseigneur

Jehan Camdos et les autres de son consseil, qui se tenoient à siège

devant Campercorrentin, et li remoustrèrent bellement et sagement sus

quel estat li roys de France les envoyeoit là et coumment c’estoit li

vollentés dou roy de Franche que li comtes de Montfort demourast dus

de Bretaingne à perpetuelité, parmi tant qu’il le tenist en foy et en

hoummage dou dit roy, enssi que li autre duc en avant l’ont tenu de

le courounne de Franche. Avoecq tout ce, messires Oliviers de Clichon

devoit ravoir toutte se terre entierement, et tout chil qui de l’acort

le comte de Montfort avoient esté, et leur estoient pardounné tout

mautalent. Chilx tretiés se coummencha à entamer, mès il ne fu mies si

tost conclus, quoyque li comtez de Montfort y entendesist vollentiers;

car il avoit si grans alianches au roy englès, qu’il n’en vot riens

faire sans son acord, et lui segnefia tout l’estat dou tretiet, et li

envoiea par deux de ses chevaliers où il avoit moult grant fianche.

Quant li roys d’Engleterre l’entendi, se s’i acorda assés legierement

et le loa bien au comte de Montfort qu’il le fesist. Se retournèrent li

chevalier qui envoieyet avoient estet en Engleterre, et dissent à leur

seigneur tout ce que li roys englès en avoit respondut.

Si fu assés tost apriès li pais acordée et confremmée devant

Campercorrentin. Et entra li comtes de Montfort en le ditte chité comme

dus, et fu en avant tenus et noummés dus de Bretaingne, et rechupt

les fois et les hoummaiges des gentils hommes de Bretaingne, barons,

chevaliers et escuiers, et de toutte la ducé entirement. Et s’en

parti la femme monseigneur Carle de Blois et vint à Paris, et eut, par

l’ordounnanche de le pès environ vingt mil florins bien assignés par

an en Bretaingne, une comté et terre c’on dist de Pentèvre. Et dubt,

avoecques tout chou, li comtes de Montfort mettre grant painne à le

delivrance de ses cousins, les enfans monseigneur Carle de Blois, qui

estoient prisonnier en Engleterre. Et, se li comtes de Montfort, noumés

dus de Bretaingne, moroit sans avoir hoir de loial mariaige, la duché

devoit retourner as hoirs monseigneur Carlon de Blois. Enssi vint li

comtes Jehans de Montfort à l’iretaige de Bretaingne pour quoy il avoit

tant gueriiet, et li comtes ses pères et madamme sa mère et messires

[Oliviers] de Clichon ossi. Et tout li autre chevalier et escuier ossi

qui avoient estet de son acord, tout leur fu rendu et restitué, et

encorres grans nombre d’argens pour leur arrierages. Fº 138.

P. 177, l. 12 et 13: abstraint.--_Ms. A 8_: estraindi. Fº 251

vº.--_Mss. A 15 à 17_: contraingnit, contraingnoit.

P. 177, l. 28: taions.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ayeul.

P. 178, l. 22: moiiens.--_Mss. A_: messages.

P. 181, l. 1: laiier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: laissier.

P. 181, l. 16: de.--_Le ms. A 17 ajoute_: la noble conté de.

P. 181, l. 17: frans.--_Ms. B 6_: florins. Fº 656.

§ =545=. Avoech.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès, se maria li dus de

Bretaingne à l’ainnée fille madamme la princesse de Galles, que elle

avoit eue de monseigneur Thummas de Hollandes.

Si se coummenchièrent li baron, li chevalier et li escuier, qui avoient

estet pris à le bataille d’Auroy, à ranchounner et a yaulx delivrer

petit à petit; mès messires Bertrans de Claiequin ne le fu mies si

trestost, car on lui demandoit plus de cent mille frans. Toutteffois,

quant il se mist à finanche, messires Jehans Camdos en eult cent mille

tous appareilliés.

Encorres avint, en cel yvier que li paix de Bretaingne fu ordonné[e]

et confremmée, de quoy tous li pays looit Dieu à jointes mains, car il

avoient eu et porté le guerre le tierme de vingt trois ans continuelx,

que li roynne Jehanne, ante au roy de Navare, et li roynne Blanche,

soer au dit roy, et li captaus de Beus, qui estoit prisounniers à

Paris, enssi que vous savés, avoecq aucuns bons seigneurs de Franche,

s’ensonniièrent de le pais entre le roy de Franche et le roy de

Navare. Si fu tant pourparlée et demenée que elle se fist. Et fu li

captaus de Beus quittes de se prison, et demourèrent au roy de Franche

Mantes et Meulent. Si eut li rois de Navarre, par le composition de

le pais, soissante mil francs, et messires Loeys de Navarre, quarante

mil, pour aucuns castiaux qu’il avoit en Normendie, qu’il vendi et

rendi au roy de Franche. Et se parti assés tost apriès pour aller ent

à Naples et pour espouser le fille à le roynne de Napples. Si se mist

li dis messires Loeis de Navare hors dou royaumme de Franche en grant

aroy, mès il mourut sus le voiaige. Dieux en ait l’ame, car il fu moult

gentil et courtois chevaliers. Fº 138.

P. 182, l. 23: Nemouses.--_Mss. A_: Nemox, Nemoux.

P. 183, l. 6: virgonda.--_Ms. A 8_: vergoingna. Fº 262 vº.

P. 183, l. 9: chevalier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: escuier.

P. 183, l. 14: li rois.--_Le ms. A 17 ajoute_: de France.

P. 183, l. 14 et 15: aultres chastiaus en Normendie.--_Ms. B 6_:

aultres hiretaiges et le baronnie de Montpellier qui depuis luy fu

retollue. Fº 657.

P. 183, l. 19: France.--_Le ms. A 17 ajoute_: son cousin.

P. 183, l. 20: florins.--_Mss. A_: frans.

P. 183, l. 22: dame.--_Mss. A_: royne.

P. 183, l. 23: pechiés.--_Mss. A_: deffautes.

P. 183, l. 23: car.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: il fut moult

vaillant homme d’armes à son temps et. _Ms. A 17_, fº 331.

P. 183, l. 23: moult.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant et.

P. 183, l. 16 à 23: En ce temps... chevaliers.--_Ms. B 6_: En che

tamps, fu fait le mariaige du jonne sire de Couchy [avecques madame

Ysabel, fille au roy Edouart], et fu quite de sa foy et de se prison

et s’en alla en chelle année en Pruse, et l’esté après il retourna en

Engleterre et espousa ens ou castiel de Windesore la dessus dite damme.

Sy vous dy que as noches il y eult grant feste et grant solempnité. Fº

657.

§ =546=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce temps estoient les

Compaignies si grandes en Franche que on ne savoit que faire; car

les guerres dou roy de Navarre et de Bretaingne estoient fallies.

Si avoient apris chil compaignon qui poursieuwoient les armes, à

pillier et à vivre d’avantaige sus le plat pays, et ne s’en pooient

ne volloient detenir ne astenir. Et tous leurs retours estoient en

Franche, car il n’osoient demorer en la duché d’Acquittainne, la terre

dou prinche, ne on ne leur euist mies souffert.

Et ossi li plus grant partie des cappitainnes estoient gascon et

englès, homme tenant dou roy d’Engleterre et dou prinche. De quoy li

roys de Franche et tous li royaummes se contentoit mal. Et si ne le

pooient autrement amender, car ces Compaignes estoient si fort et si

esrami de mal faire, que on ne savoit auquel entendre, pour yaux bouter

hors dou royaumme de Franche. Fº 138 vº.

P. 184, l. 12: Nequedent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Neantmoins.

P. 184, l. 13: ensus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: arrière.

P. 184, l. 19: un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: vaillant.

P. 184, l. 20 et 21: ensonniiés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: embesoigniez.

P. 184, l. 28: assentir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: consentir.

§ =547=. Quant li papes.--_Ms. d’Amiens_: Si regardèrent li papes et

li cardinal qu’il y avoit ung roy en Espaigne qui s’appeloit damps

Pierres, plains de mervilleuses oppinions, et estoit durement rebelles

as coummandemens et ordounnanches de l’Eglise et volloit sousmettre

tous ses voisins crestiens, especialement le roy d’Arragon, qui estoit

bons et catoliques, et li avoit tolut grant partie de se terre. Avoecq

tout chou, chils roys dans Pierres d’Espaingne avoit trois frerres

bastars dou bon roy Alphons, qui fu si vaillans homs, dont li uns

avoit nom Henris; li secons, dan Tilles; et li tiers, Sanssez. Chils

roys Pierres les hayoit durement et ne les pooit veoir dallés lui, mès

vollentiers par pluiseurs fois les ewist mis à fin et decollés, se il

les ewist tenus. Si estoient il moult grant gentilhomme de par leur

mère, mieux de par leur père. Et avoit mis chilx roys Pierres leur mère

à mort diviersement et sans cause: dont moult desplaisoit as enffans et

à pluisseurs haus barons et chevaliers de leur linage et dou royaumme

de Castille. Et estoit si crueux et si plains d’oreur et d’austereté,

que tout si homme le cremoient et resongnoient et le hayoient, se

moustrer il l’osassent. Et avoit, si comme famme couroit, fait morir

une très bonne damme qu’il avoit eue à femme, fille au duc Pierre de

Bourbon qui demoura à Poitiers, et sereur à le roynne de Franche et as

autrez: celles de Savoie, de Halcourt et de Labreth, dont moult il

depslaisoit à tous le linage de le damme, qui est uns des plus nobles

dou monde.

Encorres couroit famme sus ce roy d’Espaingne, de ses gens meysmes,

que il s’estoit amiablement composés au roy de Grenade et au roy de

Bellemarine, qui estoient ennemy de Dieu et incredule. Et se doubtoient

ses gens que il ne fesist aucuns griefs et molestés en son pays et ne

violast les eglises, car ja retolloit et prendoit les biens de l’Eglise

et constraindoit les prelas et les varlès de Dieu par mannierre de

tirandise. Dont, quant li papes et li collèges de Romme oïrent ces

complaintes et furent enssi enfourmé sour lui, si ne le veurent mies

conssentir, que trop grant meschief n’en avenist. Si fu, à le requeste

de ses frerres et des nobles de son pays, amonesté qu’il venist en

court de Romme, pour lui laver de ses pechiés et excuzer de ses oribles

fais dont il estoit amis. Mès il, comme orgilleus et presumsieux,

n’y daigna ne vot venir, mès persevera toudis en son peciés. Si fu

publicquement excumeniiés en court de Romme comme incredules, et mist

li Sains Pères tout le royaumme d’Espagne en le main de Henry, frère

bastart à ce roy Pière, et le legitima à tenir royaumme et hiretaige,

et li proummist grandement à lui aidier. Ossi fist li roys de Franche,

qui moult amoit che Henri; car il l’avoit toudis vollentiers servi

loyaument en ses guerres, par terre et par mer.

Si fu en ce tamps mandés li roys Pières d’Arragon en Avignon, et li

fu remoustret en quel vollenté on estoit de confondre et exilier che

roy dan Pière d’Espaigne, qu’il rebutoient pour bougre et mauvais

crestiien. Li roys d’Arragon y entendi vollentiers, car il le haioit

durement, et offri à ouvrir son pays et tous les destrois d’Arragon

pour entrer en Espaingne sans dangier. Ceste offre rechuprent en grant

gré li Eglise et Henris li Bastars d’Espaingne. Si fu adonc regardé

et advisé, pour mettre hors les Compaignes dou royaumme de Franche,

que on y aideroit à delivrer monseigneur Bertran de Claiequin. Chils

avoit bien tous les Bretons de son acord et les menroit là où il

voroit. Et li comtes Jehans de le Marche, filz jadis à ce gentil

chevalier monseigneur Jaquemon de Bourbon, se feroit ungs grans chiés

en ce voiaige, pour contrevengier le mort de se cousine germainne la

roynne d’Espaingne, que li roys Pières, si comme fammes couroit, avoit

estainte et fait morir. Et ossi messires Anthonnes, sirez de Biaugeu,

uns moult appers chevaliers et assés grans sires, s’en feroit chiés

avoecques les deux dessus dis. Adonc fu traitie li redemption de

monseigneur Bertran de Claiequin, et fu ranchounnés à cent mil frans.

Et en paiièrent li pappes et li collèges, li roys de Franche et Henris

li Bastars qui s’appelloit adonc comtes d’Esturges, chacun se part. Si

fu ossi chilx voiaiges segnefiiés à monseigneur Jehan Camdos, et en

fu grandement priiés qu’il en volsist y estre l’un des chiés; mès il

s’escuza et n’y vot mies adonc aller.

Si en furent priiet et mandet aucun bon chevalier dou prinche, dont

li aucun y alèrent et li autre s’escusèrent. Toutteffois, messires

Ustasses d’Aubrecicourt, messires Hues [de] Cavrelée, messires

Gautiers Huet, messires Robers Ceni et messires Perducas de Labret s’i

acordèrent à aller. Et furent adonc mandet touttes les capitainnes des

Compaignes, c’est assavoir: Briqet, Carsuelle, Naudon de Bagerant,

Aimmenon de l’Ortige, Ouri l’Alemant, Batillier, Espiote, le bourch

Kamus, le bourc de Bretuel, le bourc de Lespare et pluisseurs autres

qui vinrent en Auvignon. Et furent si bien prechiet et tant priiet

qu’il s’acordèrent à aller en ce voiaige et amener avoecq yaux touttes

leurs routtez, où il avoit plus de trente mil hommes, parmy grant

argent qu’il eurent et que Henris ossi leur proummist, se il pooit

venir à sen entente et qu’il fust roys de Castille. Adonc, quant tout

fu acordé, ces cappittainnes, pour encoulourer et enbellir leur guerre,

envoiièrent de par yaulx tous certains messaiges deviers le roy dan

Pière d’Espaingne, que il volsist ouvrir les pas de son royaumme et

aministrer vivrez et pourveancez as pelerins de Dieu qui avoient empris

et par devotion d’entrer et aller en Grenade sur les incredullez. Quant

li roys dams Pières oy les nouvelles, si n’en fist que rire et respondi

qu’il n’en feroit riens.

Dont s’esmurent cil seigneur, ces gens d’armes et touttes ces

Compaignes environ le Toussains l’an mil trois cens soissante cinq.

Et se dubrent tout trouver à Montpellier, à Besiers et à Nerbonne

et sus le pays de Franche là environ qui leur estoit ouvers et

appareilliés. Et passèrent petit à petit le royaumme de Franche et

parmy Parpegnant, qui est la première chité dou royaumme d’Aragon, et

partout trouvoient il vivres à grant fuison. Si en avoient pour leurs

deniers grant marchié; mès les routtes de Compaignes ne se pooient

tenir de toudis pillier et rober, car il n’avoient point apris à paiier

leurs menus frès par les hostelx où il logoient. Si fissent mout de

maux partout où il converssoient. Tant esploitièrent cil seigneur de

Franche: premierement messires Jehans de le Marche, fils qui fu à

monseigneur Jaque de Bourbon, messires Bertrans de Claiequin, li sires

de Biaugeu, messires Ernoulx d’Audrehen, li Bèghes de Vellainnes,

messires Jehans de Noefville, li Bèghes de Villers, li Alemans de Saint

Venant, messires Gauvains de Bailloel, messires Jehans de Bergettes et

pluisseur autre bon chevalier et escuier de Franche, de Bourgoingne,

d’Artois et de Picardie; et de le prinçauté: messires Ustasses

d’Aubrecicourt, messires Mahieux de Gournay, messires Hues de Cavrelée,

messires Jehans de Brues, messires Robers Ceni et tout cil qui

conduisoient les Compaignes, qui passèrent tout le royaume d’Arragon

et les pors outre Arragon et le grosse aige qui depart Castille et

Arragon, et reconquisent toutte le terre que li roys dans Pières de

Castille avoit de jadis concquis sus le royaumme d’Aragon.

Quant li roys d’Espaingne entendi ces nouvelles, que Franchois, Englès,

Gascon et Breton estoient entré en son pays si efforceement que

riens ne duroit devant yaux, si en fu durement courouchiez, et dist

qu’il y meteroit remède et en chaceroit hors tous chiaux qui entré y

estoient. Si fist ung moult grant mandement par tout son royaumme;

mès il estoit si hays des frans et des villains que trop peu de gens

y obeirent. Encorres plus avant, quant il dubt chevauchier contre ses

ennemis, il trouva que tout le relenquirent et se traissent deviers le

bastart son frère Henri, et le couvint partir et fuir à virgongne, ou

il ewist estet pris à mains, et s’en vint à Seville, le milleur chité

de toutte Espaingne. Quant il y fu venus, il ne se senti mies trop

asseur, mès fist toursser et mettre en nefs et en kalans tout son grant

tresor qu’il avoit de lonch tamps là assamblé, et mist ens ès nefs

sa femme et ses enfans, et se parti à privée mesnée, tous desbaretez

et descomfortés, avoecques lui un grant baron d’Espaigne qui oncques

ne se vot desloyauter enviers lui, que on appelloit dan Ferrant de

Castres, sage chevalier et hardi durement. Si ariva enssi li roys dans

Pières, à privée mesnée et comme ungs hommes desconfis et desbaretés,

en Galisse, à ung port c’on dist le Caloigne, où il y a fort castiel

durement. Si se bouta laiens à sauveté, son tresor, sa femme et ses

enffans et dan Ferrant de Castres tant seullement avoecques lui. Or

vous dirons de Henry son frère, qui entrés estoit en Espaigne à tout

grant puissanche, coumment il persevera. Fºs 138 vº et 139.

P. 185, l. 6: mouteplioient.--_Mss. A_: multiplioient.

P. 185, l. 9: un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: mauvais.

P. 185, l. 10: opinions.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: faulses et

mauvèses.

P. 185, l. 12: sousmettre.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et subjuguer.

P. 185, l. 14: estoit.--_Le ms. A 17 ajoute_: moult vaillant prince et.

P. 185, l. 17: cilz.--_Le ms. A 17 ajoute_: mauvais.

P. 185, l. 21: Sanses.--_Le ms. A 17 ajoute_: ou Sanson.

P. 185, l. 25: dou.--_Le ms. A 17 ajoute_: vaillant.

P. 185, l. 25: très.--_Mss. A 8, 15 à 17_: dès.

P. 186, l. 4: fames.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et commune

renommée.

P. 186, l. 9: de austerité.--_Mss. A 8, 15 à 17_: d’auctorité. Ms. A

17, fº 332 vº.

P. 186, l. 10: cremoient.--_Mss. A 8, 15_: doubtoient. Fº 263 vº.--_Ms.

A 17_: craingnoient.

P. 186, l. 21: Tramesainnes.--_Ms. A 8_: Tresmesaines.

P. 186, l. 25: prelas.--_Les mss. A ajoutent_: de sainte eglise.--_Le

ms. B 6 ajoute_: car il tenoit que evesques, que prelas, que abbés,

plus de six vingt prisonniers. Fº 658.

P. 187, l. 5: amis.--_Mss. A 8, 15_: encoulpez.--_Ms. A 17_: à court

encoulpez.

P. 187, l. 14: concitore.--_Mss. A_: consistoire.

P. 187, l. 23: de bouche de.--_Mss. A 15 à 17_: debouté du.

P. 188, l. 3: li Bastars.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de Castelle.

P. 188, l. 4: delivrance.--_Ms. B 6 ajoute_: il s’en ala en Avignon,

et là ly fu remoustré quelle cose il avoit à faire: se s’y acorda

legierement et vollentiers. Fº 660.

P. 188, l. 14: si y alèrent... dou prince.--_Ms. B 6_: encore revinrent

à ches gens d’armes grant confort de la terre du prinche, plus de trois

cens lanches. Fº 663.

P. 188, l. 17: Huet.--_Le ms. B 6 ajoute_: messire Hues de Hastinghes,

messire Gaillars Vighier et Gaillart de le Mote, messire Robert Cheni,

messire Robert Brickés et Jehan Carsuelle, Bernart de le Salle, David

Hollegrave et moult d’autres bonnes gens. Sy se trouvèrent en la chité

de Nerbonne et là environ. Sy passèrent oultre devers Parpignant, le

première chité à che costé du roialme d’Aragon. Fº 663.

P. 188, l. 20: le Marce.--_Le ms. A 15 ajoute_: avoit adonc assez

pou veu et.--_Le ms. B 6 ajoute_: aisnés filz de jadis de monsigneur

Jacques de Bourbon. Fº 661.

P. 188, l. 29: Villers.--_Mss. A_: Villiers.

P. 189, l. 5: nommer.--_Le ms. B 6 ajoute_: Tous les Bretons estoient

avecques messire Bertran de Claikin. Là estoient messire Olivier de

Mauny, messire Jehans de Malatrait, Pierres d’Ansenis, Guillames du

Bruel, Aliet de Thalay et Thiebaut du Pont. Fº 661.

P. 189, l. 12 à 16: messires Robers Briquet... Perrot de Savoie.--_Le

ms. B 6 ajoute_: messire Perducas de Labreth, Richars Tanton,... le

sire d’Aubeterre, Guiot dou Pin et Perrot de Bray.

P. 189, l. 13: Carsuelle.--_Mss. A 15 à 17_: Cressuelle.

P. 189, l. 13: Lamit.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Maleterre,

breton. Fº 289 vº.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Saint Melair. Fº 333 vº.

P. 189, l. 15: Batillier.--_Mss. A 15 à 17_: Bataillié, breton.

P. 189, l. 15: Espiote.--_Mss. A 15 à 17_: Lespiote.

P. 190, l. 10 et 11: et se hastèrent... peurent.--_Ms. B 6_: sy se

commenchèrent à esmouvoir environ Noel et à prendre le chemin devers

Parpignant et Arragon. Fº 662.

P. 190, l. 19: de force.--_Ms. B 6_: Tant esploitèrent ches gens

d’armes, qui bien estoient quarante mille, que il passèrent à Vallenche

le Grant.

P. 190, l. 30 et 31: Bourghegnon.--_Le ms. B 6 ajoute_: Thiois,

Flament, Gascon et gens de toutes nations. Fº 664.

P. 191, l. 14: Henri.--_Le ms. B 6 ajoute_: et l’avoient couronné roy

en le chité de Burges. Fº 665.

P. 191, l. 20: la milleur cité.--_Ms. B 6_: la darenière et le plus

lontaigne [ville] de son royalme. Fº 664.

P. 191, l. 22: calans.--_Mss. A 8, 15 à 17_: coffres. Fº 265.

P. 191, l. 22: tresor.--_Le ms. B 6 ajoute_: mais il en perdy plus

trois fois qu’il n’en peuist rassambler, car il avoit son grant tresor

en pluiseurs villes et castiaulx parmi le royalme de Castille. Fº 664.

P. 191, l. 25: homs.--_Mss. A 15 à 17_: chevalier.

P. 191, l. 27: durement.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et entrues concquist

le roy Henry à pau de fait tout le royalme de Castille et le royalme

d’Espaigne, de Lion, de Toullette, de Corduan et de Seville, et

devinrent tous si homme et ly jurèrent foy et obeisanche à tousjours

mais. Fº 665.

P. 192, l. 1: comment.--_Le ms. A 15 ajoute_: comment il se maintint et

comment il persevera après. Fº 290.

§ =548=. Ensi que.--_Ms. d’Amiens_: Enssi que j’ay dit devant, chilx

roys dans Pières estoit si hays par tout le royaume de Castille que, si

tost que li comte, li baron et li chevalier virent Henri, son frère,

là venir à tout si grant puissanche, tout se traissent par deviers

lui et le rechuprent à seigneur, et chevaucièrent par tout avoecq

lui, et fissent ouvrir chités, villes, bours et castiaux et touttes

mannierres de gens faire hoummaiges et criier: «Vive Henri, et muire

dans Pières qui nous a esté si cruels et si pervers!» Et amenèrent li

seigneur d’Espaingne le dit bastart Henry, c’est assavoir: messires

Gomès Garille, li grans maistrez de Caletrave et li maistrez de

Saint Jaqueme, à Asturghes, et le couronnèrent à roy et li fissent

tout feaulté et hoummaige, et le tinrent à seigneur, et li jurèrent,

present les chevaliers de Franche et d’Engleterre, que jammais il ne li

fauroient, ne pour à morir ne le relenquiroient. Fº 139.

P. 192, l. 5: en cor.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en chief.

P. 192, l. 17: hausters.--_Ms. A 8_: mal. Fº 265.--_Ms. A 15_: et nous

a fait tant de maulx.--_Ms. A 17_: très mauvais.

P. 192, l. 26: morroient.--_Le ms. A 17 ajoute_: et vivroient avecques

lui.

P. 193, l. 5: Bretons.--_Le ms. A 17 ajoute_: Picars et Bourgongnons.

Fº 335.

§ =549=. Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Si se tinrent en Asturges

environ quinze jours. Et puis chevaucièrent viers Burs, qui s’ouvri

tantost contre le roy Henri, et puis s’en allèrent viers Seville. Mais

il s’adrecièrent parmy le royaumme de Portingal, conquerant villes,

chités et castiaux, ne nus ne se tenoit contre yaux, car il estoient

plus de soissante mil hommes, tous armés et bien montés. Et avoient

bien entention ces gens, mès que il ewissent soubmis le royaume de

Castille en le vollenté dou roy Henri, que de passer oultre et aller

ou royaumme de Grenade et de Bellemarine, et moult s’en doubtoient li

Sarrazin et li royaummes de Tramesainnes.

Entroes que li roys Henris chevauchoit parmy Castille et concqueroit

tout le pays par le puissanche des bonnes gens d’armes qu’il avoit

amenés, dont messires Jehans de Bourbon, comtez de le Marche,

messires Bertrans de Claiequin, li sires de Biaugeu, messires Ernouls

d’Audrehen, li sires de Cavrelée, messires Ustasses d’Aubrecicourt

estoient chief avoecq chiaux des Compaignes, li rois dans Pierres qui

se tenoit à le Caloigne sus mer ou royaumme de Galisse, tous esbahis et

desconfortés, s’avisa, par l’enort de son chevalier Ferrant de Castres,

qu’il envoieroit lettrez et messages deviers son cousin le prinche de

Galles, qui se tenoit en le duché d’Acquitainne, en lui segnefiant et

priant que, pour Dieu, par aumone et par pité et ossi par linage, il le

volsist aidier et conforter contre son frère le bastart et les mauvais

traïteurs de son royaumme d’Espaingne qui l’avoient deshiretet. Ces

lettrez furent mout humblement et piteusement escriptes et envoiiées

deviers le prinche de Galles, qui se tenoit à Bourdiaux. Quant li

prinches vit les messages qui li presentèrent en jenoulx les lettres

de par son cousin le roy d’Espaingne, il les fist lever et les rechupt

mout doucement, et puis ouvri les lettres et les lisi, de chief en cor,

pour mieux entendre, par trois fois.

Quant il eut ces lettres bien leuwes et entendues, il appella

monseigneur Jehan Camdos et monseigneur Thumas de Felleton. Chil

estoient compaignon et de son consseil li plus secret. Si leur lisi

de rechief les lettres et leur en demanda consseil. Adonc chil doi

chevalier, qui mout estoient sage et vaillant homme, regardèrent l’un

l’autre sans mot dire, et li prinches les rappella et pria qu’il

l’en volsissent conssillier. Lors respondi messires Jehans Candos

et dist: «Monseigneur, qui trop embrache mal estraint. Il est bien

voirs que vous estes li uns des prinches du monde li plus prisiés, li

plus doubtez et li plus honnourés, et tenés par dechà le mer grant

seignourie et noble hiretaige, Dieu merchi, bien et en pais; ne il

n’est nuls roys, tant soit puissans, qui vous osast courouchier, tant

estes vous renommés de bonne chevalerie, de grace et de fortunne: si

vous deveroit par raison souffire ce que vous avés et non acquerre nul

ennemy. Il est bien voirs que chils roys dans Pières de Castille, qui

maintenant est boutés hors de son royaumme, a esté tousjours ungs rois

crueux et hausters et plains de mervilleuses senvelles, et par lui ont

estet fait et eslevé tamaint mal en son royaumme, et tamains gentilz

hommes decollés et mors sans raison, pourquoy il s’en troeuve ores

decheus. Avoecq tout ce, il est ennemis à l’Eglise et excumeniiés dou

Saint Père, et est reputés comme ungs tirans. Si vous pri, monseigneur,

voeilliés le laissier couvenir et hostés ent vostre argu, et emploiiés

le ailleurs, car en cesti ne voi ge pas de raisonnable emprise pour

vous: autrement je ne vous saroie consillier.»

Quant li prinches de Galles eut oy monseigneur Jehan Camdos enssi

parler, si crolla le chief et dist: «Camdos, Camdos, j’ay bien veu

le tamps, fust à tort, fust à droit, que vous m’ewissiés autrement

conssilliet.» Adonc se retourna il deviers monseigneur Thummas de

Felleton et li demanda: «Messire Thummas, et vous, qu’en dittes?»

Adonc fu messires Thummas de Felleton, qui estoit grans senescaux

d’Acquittainne, tous honteux, et ne vot mies desdire Camdos, ne ossi

courouchier le prinche oultre se vollenté; si respondi bien et à point

et dist: «Monseigneur, vos coers est si grans et si nobles, qu’il ne

tent fors à toutte honneur et à haute parfection. Et ceste emprise dont

vous nos mouvés maintenant, est si grande et si noble que, se nous tant

seullement le vous conssillons et acordions à faire, espoir ne seroit

ce mei li acors dou roy d’Engleterre, vostre père, ne de son consseil,

ne li acors ne li conssaux des barons et des chevaliers d’Acquittainne.

Si voeilliés ces coses mettre en souffranche et mander le comte

d’Ermignach, le seigneur de Labreth, le seigneur de Pummiers, le

seigneur de Lespare, cesti de Courton, cesti de la Barde, le comte de

Pierregorch et les barons de Gascoingne, qui sont vo feable chevalier,

par lesquelx il appertient assés que ceste cose soit demenée, et

seloncq ce qu’il vous consseilleront, vous ouverés.»--«En nom Dieu,

respondi li prinches, enssi sera fait.» Si fu ordonné de par le prinche

d’escripre et de mander tous les barons et les saiges [hommes] de la

duché d’Acquitainne, et de y estre à Bourdiaux dedens un jour qui y fu

mis, et furent tenu li messagier dou roy d’Espaigne tout aise, et leur

fu respondu qu’il ne pooient avoir responsce.

A che consseil, qui fu assignés en le bonne chité de Bourdiaux,

vinrent tout li comte, li viscomte, li baron et li sage chevalier

d’Acquittainne, tant de Poito, de Saintonge comme de Gascoingne. Là

eult grant consseil et grant parlement. Et là remoustra li prinches,

qui fu moult sages chevaliers et bien enlangagiés, coumment li rois

d’Espaigne li prioit et requeroit, pour Dieu et par pité, qu’il le

volsist conforter contre son frère le bastart, qui l’avoit deshireté.

Or dist li prinches de Galles là plus avant, en coulourant les

besoingnes dou roy dan Pière, car il dist enssi: «Biau seigneur, il est

bien voirs que tout roy et enfant de roy doient legierement descendre à

tels priières, ou kas qu’il en sont priiés et requis; car c’est contre

droit et raison d’un bastart courounner et tenir terre et royaumme, et

que nuls sirez ne s’i devoit assentir, et qui le fait ou a fait, il

erre maisement. Et est tout vray, dist li prinches, que monseigneur mon

père et li roys dans Pières ont certainnes aloieanches et confirmations

enssamble, pour quoy nous y sommes mout tenu à adrechier et ce roy

deshireté conssillier. Si vous pri que vous en voeilliés dire vostre

entente, car nous avons bonne vollenté de lui aidier, se nous le veons

ne trouvons en vous.»

Adonc respondi li comtes d’Ermignach, qui estoit li plus grans de

toutte Gascoingne et dist: «Monseigneur, nous ne voulions mie ne poons,

se il plaist à Dieu, vostre bon pourpos brisier ne estaindre; et moult

honnourablement vous nous moustrés et parlés de cesti voiaige. Si

consseille, mès que ce soit li acors et li conssaux des barons qui

sont chy, que vous envoiiés querre le roy dant Pière par aucuns de

vos chevaliers, à le Caloigne là où il se tient, et, lui venu deviers

vous, si nous remandés: nous orons et verons quel cose il volra dire,

ossi toutte vostre bonne vollenté et la besoingne enssi que elle se

porte. Maintenant, voeilliés le escripre et cargier à deux ou trois

chevaliers de vostre consseil, qui s’en voissent en Engleterre et qui

le remoustrent au roy vostre père et à son consseil. Si sarons qu’il

en voront respondre; car, monseigneur, qui voelt emprendre un si grant

fait que d’un roy couronnet deshireter, et [un roy] hay et escachiet

de ses hommes remettre par force en son pays, et en si grant royaumme

comme celi d’Espaigne, et bouter hors celi qui en tient le possession

par l’acort et consentement de tout le pays et de ses voisins le roy

d’Aragon et le roy de Navarre, il ne se puet trop bien fonder ne

enfourmer, ne avoir bon consseil, ne examiner touttes besoingnes, ne

quel fin elles puevent prendre.»

Li conssaux le comte d’Ermihnach fu vollentiers oys et creus, et dist

chacuns plainnement: «Il parolle bien.» Meismement li prinches dist

qu’il le feroit enssi. Là furent ordonné liquel yroient en Galisse

pour querre le roy dan Pière. Si y furent noummet messires Thumas de

Feleton, messires Richars de Pontcardon, messires Noel Lorink, messires

Simons de Burlé et messires Guillaummes Toursiaus, et devoient estre

douze nefs cargies de gens d’armes et d’archiers. Et chil qui yroient

en Engleterre, che furent: li sires de le Ware, messires Jehans de

Pumiers et li sires de Muchident. Si se ordonna et appareilla chacuns

au plus tost qu’il peut, et vinrent li Englès qui devoient aller en

Espaingne, à Bayone, et ordonnèrent leurs vaissiaux et leurs gens et

les cargièrent de touttes pourveanches, et li autre s’en alèrent en

Engleterre.

Endementroes que ces ordounnanches, chil voiaige et chil parlement se

faisoient, concquist li roys Henris toutte Castile; et n’y demoura

bourcq, chité, ville, castiel ne maison, qui ne fuist obeissans à lui,

et tout li comte, li baron et li chevalier de Portingal, de Corduan,

de Seville, de Galisse et de Castille. Et n’osa li roys dans Pières

plus demourer à le Caloingne, mès carga ses vaissiaux de son tresor et

de ses enffans, et s’en vint sus l’aventure de Dieu à Baïone, et ariva

au port de Bayone droitement quant cil, qui le devoient aler querre,

devoient partir. Si furent mout resjoy de se venue et le requeillièrent

mout liement, et le segnefiièrent tantost au prinche. Fºs 139 vº et 140.

P. 194, l. 4: en istance.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en entencion.

P. 194, l. 12 et 13: messires Oliviers de Mauni.--_Ms. A 15_: et son

nepveu monseigneur Olivier de Mauny. Fº 291.

P. 194, l. 17: pays.--_Le ms. A 17 ajoute_: par grant assentement et

comme le plus digne et suffisant de tous ceuls qui là estoient. Fº 335

vº.

P. 194, l. 21: ens ou.--_Mss. A 8, 15 à 17_: dedens le.

P. 194, l. 23: seulement.--_Le ms. A 17 ajoute_: qui onques, pour nulle

fortune qui lui advenist, ne le voult onques laissier.

P. 195, l. 23: cremus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: crains.

P. 196, l. 1 et 2: demandèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_:

nouvelles.

P. 196, l. 6: Saint Andrieu.--_Ms. A 17_: Saint André.

P. 197, l. 6: aise.--_Le ms. A 11 ajoute_: et furent de vins et de

viandes moult grandement servis.

P. 197, l. 8: busioit.--_Ms. A 8, 15 à 17_: pensoit.

P. 198, l. 4: le Calongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la Colongne, la

Coulongne.

P. 198, l. 29: cremeur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: doubte.

P. 199, l. 10 et 11: se il besongnoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se mestier

estoit.

§ =550=. La venue.--_Ms. d’Amiens_: Quant li prinches sceut que li roys

dans Pières estoit descendus à Bayonne, si en fu moult resjoys, et

monta tantost à ceval à belle compaignie des siens, car il tenoit grant

estat et noble et fuison de chevaliers de son hostel. Si s’en vint en

le bonne chité de Baïonne, et trouva le roy dan Pière qu’il desiroit

mout à veoir, et monseigneur Ferrant de Castres. Si y eut entre yaux

grans recongnissanches et grans aprocemens d’amours. Et honnouroit li

prinches, qui moult bien le savoit faire, mout grandement le roy dant

Pière. Et li roys dans Pières s’umelioit ossi très benignement deviers

lui, et li remoustroit moult piteusement ses besoingnes et en quel

dangier il estoit encheus. Li prinches le recomfortoit bellement et

sagement, et li proumetoit comfort et ayde contre ses malvoeillans:

«Sire et biaux cousins, disoit li roys d’Espaigne, je say bien que vous

estes li sire ou monde par qui je puis avoir le plus grant comfort. Et

se vous me remetés en mon hiretaige, je vous proumeth que je vous en

donray si bonne part que vous en serés tous comptens, et feray vostre

fil Edouwart, roy de Galisce, et departiray mon grant tresor, que j’ay

encorres par de delà, si avant à tous vos hommes, que je demourray

leurs amis.» Fº 140.

P. 199, l. 23: vuida hors.--_Mss. A 15 à 17_: issit hors, issit. Fº 267.

P. 200, l. 10: relenqui.--_Le ms. B 6 ajoute_: et par especial d’un

traitre de Castille qui tout avoit pourcachiet, qui s’apelloit Gomès

Garils. Fº 669.

P. 201, l. 7: rusé.--_Mss. A_: bourde.

P. 201, l. 9: trop.--_Ms. A 17_: tout. Fº 338 vº.

P. 201, l. 10: mal.--_Ms. A 15_: pou. Fº 292 vº.

P. 201, l. 22: austères.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hautains.

P. 201, l. 23: mervilleuses.--_Ms. A 17_: mauvaises.

P. 202, l. 20 et 21: derrière.--_Mss. A 8, 15 à 17_: deceus.

P. 203, l. 10: en un.--_Ms. A 15_: en une oppinion. Fº 293.--_Ms. A

17_: en un propos.

P. 203, l. 19: repus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cachiez.

P. 203, l. 19: enfermés.--_Ms. A 15_: mucié.

P. 204, l. 10: conseil.--_Le ms. A 15 ajoute_: qui l’excusa bien et

saigement envers le prince.

§ =551=. A ce parlement.--_Ms. d’Amiens_: Enssi furent il à Baïonne

tant que li prinches oy nouvelles dou roy d’Engleterre, son père, et

que li chevalier revinrent, que là envoiiés y avoit. Si estoit bien

li acors dou roy d’Engleterre et de tous les Englès que li prinches,

ou nom de Dieu, empresist ce voiaige et remesist le roy d’Espaigne en

son royaumme. Et li mandoient encorres li roys englès et ses conssaux

qu’il n’espargnast mies or ne argent ne gens d’armes, pour bien et

honnourablement parfurnir son voiaige, car il l’en liveroient assés.

De ces nouvelles fu li prinches de Galles, qui estoit adonc en le

fleur de se jonèce, durement liés, et ossi furent tout li chevallier

d’Engleterre qui estoient dallés li, messires Jehans Camdos, messires

Thumas de Felleton, messires Richars de Pontchardon et tout li autres.

Fº 140.

P. 204, l. 14: Quersin.--_Mss. A 15 à 17_: Caoursin.

P. 205, l. 9: Assés tost.--_Mss. A 8, 17_: Adonques.

P. 205, l. 16: montèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: à cheval.

P. 205, l. 18: demandèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: nouvelles.

P. 205, l. 28: sages.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: hommes.

P. 206, l. 3: vint à.--_Le ms. A 17 ajoute_: à Londres et se loga à.

P. 206, l. 6: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Gautier.

P. 206, l. 7: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Thomas.

P. 206, l. 8: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Jehan.

P. 206, l. 14: emprendre.--_Mss. A 8, 15 à 17_: entreprendre.

P. 206, l. 20: aporté les avoient.--_Mss. A 15 à 17_: les autres

portées avoient.

P. 208, l. 21 à 30 et p. 209, l. 1 à 9: Et là... ces nouvelles.--_Ms. A

17_: Si furent ordenez à aler devers lui, de par le prince, monseigneur

Jehan Chandos et monseigneur Thomas de Felleton, comme saiges et bien

enlangaigiez, pour sçavoir son entencion, et se il leur voulroit

ouvrir les pas et destroiz et donner passaige parmi son pais. Si

exploictièrent tant par leurs journées qu’ilz vindrent à Pampelune

où ilz trouvèrent le roy de Navarre qui les reçut moult liement par

semblant et festoia grandement. Si firent tantost leur messaige, de par

leur seigneur le prince, qu’il leur ot en couvenant et par son seellé

qu’il leur livreroit passaige et habandonneroit vivres, parmi iceulx

payant raisonnablement; mais il devait avoir six vins mille frans, pour

les maulx et dommaiges que le roy dam Piètre lui avoit pieça faiz en

son pais et osté par force pluseurs villes, chasteaulx appartenens à

son royaume. Et sur ce retournèrent les diz chevaliers devers le prince

auquel ilz comptèrent toutes ces nouvelles. Fº 341.

§ =552=. A ce parlement.--_Ms. d’Amiens_: Tantost apriès le revenue

des chevaliers qui envoiiet avoient estet en Engleterre, fu ordounnés

et assignés ungs grans parlemens à Bayonne, de tous les barons

et chevaliers de Poito, de Saintonge, de Roerghe, de Quersin, de

Pieregorth, de Limozin et de le terre dou prinche. Si y fu pryés

li roys de Navarre dou prinche, qu’il y volsist y estre, par

l’infourmation de monseigneur Jehan Camdos qui li dist et consseilla

qu’il le mandast, car nullement il ne pooit faire ce voiaige sans

l’acort dou roy de Navarre: liquelx roys y vint en bon arroy et amena

une partie de son conseil avoecq lui. Là furent li comtes d’Ermignach,

li sires de Labreth, ses nepveux, li comtes de Pieregorth, li comtes de

Commignes, li viscontes de Quarmaing, li sires de la Barde, li sires

de Pumiers, li sires de Courton, li captaux de Beus, li viscomtez de

Rochuwart, li sires de Lespare, messires Loeys de Halcourt, messires

Ghuichars d’Angle, li sirez de Pons, li sires de Partenay et tout li

baron d’Acquittainne.

Là eut à Bayonne grans parlemens et lons, et durèrent huit jours tous

entiers. Finablement, il fu ordounné et acordé au roy dant Pière que li

prinches de Galles feroit se puissance de lui remettre en son royaumme.

Et furent là à che parlement escript tout li baron et li chevalier de

Gascoingne, de Poito et de Saintonge, à quelle cantité de gens d’armes,

de lanches et de brigans il le serviroient. Et s’obliga li prinches

enviers tous de telz sommes d’argent que leurs gages pooient valloir

et monter. Et li roys dans Pières de Castille se robliga et jura par

se foy de paiier et acquitter ent le prinche, et dou premier paiement

paiier ent aucune cose et prester ent si avant que li siens poroit

estendre, et le demorant rendre et paiier de deniers appareilliez si

tost que on l’aroit remis en Espaigne.

Et fu sceu et marchandé au roy de Navarre pour quelle quantité de

florins il ouveroit le passage parmy son pays et laisseroit passer

paisiulement touttes mannierres de gens d’armes pour entrer en

Espaingne, et leur feroit aministrer vivres et pourveanches pour vivre,

leurs deniers payans. Si me samble qu’il dubt avoir pour ceste grasce

qu’il feroit au prinche et au roy dan Pière, six vingt mil frans

franchois, et devoit tenir à tousjours mès pour son bon hiretaige et

paisieullement toutte le terre de Raincevaus et de Saint Jehan dou Piet

des Pors, qui marcist à Espaingne et à Galisse, et que li roys dans

Pières li avoit tolue de jadis. Tout chil couvent et ces ordounnanches

furent escriptes, jurées et seellées, et se parti chacuns à l’entente

de lui pourveir et apparillier pour mouvoir, quant li prinches les

semonroit, et s’en ralla chacuns sires en son pays.

Si envoiea tantost li prinches ses hiraux en Espaigne pour mander ses

chevaliers qui là estoient avoecq le roy Henri, monseigneur Ustasse

d’Aubrechicourt, monseigneur Hue de Cavrelée, monseigneur Mahieu

de Gournay, monseigneur Gautier Huet, monseigneur Jehan d’Ewrues,

monseigneur Robert Cheni et les autres, qu’il revenissent, et qu’il

avoit grand besoing d’iaux, et se partesissent bellement et sagement de

che roy bastart.

Avoecques tout chou, li prinches s’en revint à Bourdiaux et y amena le

roy dant Pière avoecq lui, et là fu il recheu moult honnourablement et

bien festiiés. Che fu environ le Saint Jehan Baptiste, l’an de grâce

Nostre Seigneur mil trois cens soissante six. Et quant li roys dans

Pières eut estet plus de quinze jours dallés monseigneur le prinche et

madamme le princesse, il prist congiet d’iaux et se parti de Bourdiaux,

et s’en revint à Bayone. Là se tint il tout le tamps, entendans à ses

besoingnes, mès il ooit souvent nouvelles dou prinche, et li prinches

de lui. Fº 140 vº.

P. 210, l. 8: six mil.--_Ms. B 6_: six vingt mille frans, lesquelz on

li devoit envoier à Panpelune, dedens le terme que le prinche volloit

partir de Bourdiaux pour aller en che voiage. Fº 672.

P. 210, l. 18 et p. 211, l. 13: Quant toutes... prince.--_Ms. A 17_:

Quant le prince eut toutes ses choses confermées et ordonnées à

Baïonne où lors il estoit et le roy dam Piètre avecques lui, et que

chascun sceut qu’il devoit faire et avoir, il donna congiet à tous

ces seigneurs qui là estoient et retourna chascun en son lieu. Et

meismement monseigneur le prince s’en revint à Bourdeaulx, et le roy

dam Piètre demoura à Bayonne.

Tantost après ce, les Compaingnes qui estoient en Castelle ouïrent les

heraulx du prince et comment il les mandoit, si ne vouldrent point

longuement illec sejourner. Et prindrent tantost congié au roy Henrri,

au plus courtoisement qu’ilz porent, sanz eulx descouvrir l’entencion

du prince. Fº 341 vº.

P. 210, l. 21: douze.--_Ms. A 15_: quatorze. Fº 295.

P. 211, l. 21: d’Evrues.--_Mss. A 8, 15 à 17_: d’Evreux.

P. 212, l. 2: dou Chastiel.--_Ms. A 15_: du Chasteau.

P. 212, l. 16: ce.--_Le ms. A 15 ajoute_: mauvais.

P. 212, l. 20: pooir.--_Le ms. A 15 ajoute_: car sur tous les princes

qui vivent aujourd’ui est il hardi chevalier et entreprenant.

§ =553=. Quant les certainnes.--_Ms. d’Amiens_: Quant les nouvelles

certainnes vinrent en Espaingne que li prinches de Galles volloit

aidier le roy dant Pière et ramenner en son pays, si en furent touttes

mannierres de gens bien esmervilliet. Nonpourquant, par samblant, li

roys Henris n’en fist nul compte; car il se sentoit fors assés de

misse et de gens, parmy chiaux qu’il prieroit et manderoit en Franche

et en Arragon, pour resister contre le prinche. Quant li chevalier

du prinche, qui remandet estoient, oïrent ces nouvelles, et qui là

sejournoient pour atendre le passaige qui se devoit faire en Grenade et

sus le royaumme de Bellemarine, dont li apparans et li coummenchemens

estoit si grans et si biaux c’à merveilles, et que, passet avoit trente

ans, on ne le vit si bien appareilliet ne si bien estoffet de touttes

coses, si en furent mout courouchiet. Nonpourquant, il n’osèrent ne

veurent mies demourer oultre le vollenté de leur seigneur le prinche;

mès prissent congiet au roy Henry, et s’escusèrent si bellement que

li roys Henris en fu tous contens, et leur dounna congiet moult

vollentiers et liement et grant fuison de biaux jeuiaux deseure tous

leurs paiemens. Et fist tant que moult amiablement se partirent de li,

et li jurèrent et proummissent, au partir, que contre tous seigneurs et

hommes il le serviroient, excepté le roy d’Engleterre et ses enfans.

Et li roys Henris dist à tous grans merchis. Si se partirent li dessus

noummet chevalier et leurs gens, et s’en revinrent, au mieux qu’il

peurent, en le prinçauté.

Devant ces nouvelles que li prinches volsist aidier le roy dan Pière,

estoient ja une partie des Compaignes yssues d’Espaigne, et leur avoit

li roys Henris dounnet congiet et paiiet les cappittainnes bien et

largement. Et ossi estoient revenus en Franche messires Jehans de

Bourbon, comtes de le Marche, et li sires de Biaugeu, mès messires

Bertrans de Claiequin et li marescaux d’Audrehen et messires Jehans de

Noefville, li Bèghes de Vellaines et pluisseurs aultres chevaliers de

Franche, estoient demouret dallés lui, et n’en volloient mies partir

jusques à tant qu’il aroient veu une partie de l’emprise dou prinche;

car petit prisoient leur concquest, se il ne le pooient deffendre et

garder contre le prinche. Fºs 140 vº et 141.

P. 213, l. 10 et 11: s’espardirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’espandirent.

P. 213, l. 3 à 9: où li rois... grant joie.--_Ms. B 6_: où le roy li

fist grant chière, et de là à Toulouse où le duc d’Ango se tenoit,

qui ossi li fist bonne chière et le rechut moult amiablement, car

moult l’amoit. Et s’en vint avecques luy par compaignie en Avignon

veoir le pappe et le colliège. Et puis vint il en Franche où le roy

le rechut à grant joie. Et là enforma messire Bertran tous chevaliers

et escuiers, qui demandoient les armes et qui desiroient à avanchier

leur honneur, que il se volsissent traire vers Castille pour mouvoir et

partir quant il se partiroit, et il aroient honneur et grant proufit.

Et pluiseurs chevaliers et escuiers, à le infourmacion de monseigneur

Bertran, descendirent et ordonnèrent leur besoigne et se partirent de

leur hostel et se mirent au chemin devers Espaigne, et ly pluiseur ossy

atendirent le dit messire Bertran. Fº 682.

P. 213, l. 14: esmervilliet.--_Ms. A 17_: moult esbahiz. Fº 342.

P. 213, l. 16: emprendoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: entreprenoit.

P. 213, l. 26: d’Arragon.--_Le ms. A 17 ajoute_: son compère et grant

ami.

P. 214, l. 3: auster.--_Ms. A 8_: hautain. Fº 270.--_Ms. A 15_:

orgueilleus.

P. 214, l. 3 et p. 215, l. 7: assegura,... contre lui.--_Ce passage

manque dans le ms. A 17._

P. 214, l. 18: geniteurs.--_Mss. A 11 à 14_: guetteurs.--_Ms. A 15_:

genneteurs. Fº 296.

P. 215, l. 12: leur renderoit.--_Ms. A 7_: li responderoit. Fº 269 vº.

P. 215, l. 19 et 20: couvignablement.--_Mss. A_: couvenablement.

P. 216, l. 1: corons.--_Mss. A 8, 15_: bous. Fº 270 vº.

§ =554=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoit li prinches

de Galles en le droite fleur de se jonèche et ne fu oncques soelés ne

lassés, depuis qu’il se coummencha premierement à armer, de gueriier ne

de tendre et emprendre tous fais honnourablez d’armes. Et encorres, à

ceste emprise dou voiaige d’Espaingne et de remettre che roy escachiet

par force d’armes en son royaumme, honneurs et pités l’en esmurent.

Et bien li remoustroit et disoit messires Jehans Camdos en requoys,

qui estoit li chevaliers dou monde que li prinches amoit et creoit le

plus, et bien le devoit faire, car il avoit grandement aidiet à faire

le prinche telx qu’il estoit, que chilx voiaiges d’Espaingne estoit

une outrageuse emprise et se metoit en aventure de perdre son pays par

deux conditions: li une si estoit que, se il estoit desconffis dou

roy Henry, enssi que les fortunnes sont mervilleuses, il avoit tant

d’ennemis de tous costés que ses pays en seroit tous perdus; au mieux

venir, il desconfesist le roy Henri et remesist che roy Pière en son

royaumme, si se trouveroit il si endebtés enviers touttes mannierres

de gens et especiaument ces Compaignes, lesquelx on ne paie mies à sen

aise, qu’il li poroient, à son retour, faire une très grande guerre et

moult adammagier sen pays. Non obstant ce, li prinches, qui conchevoit

bien toutes ces raisons, ne s’en volloit mies refroidier. Et ossi ne

li conssilloit mies messires Jehans Camdos, puisqu’il l’avoit empris,

mès li conssilloit à rompre les deux pars de se vaissiellemenche d’or

et d’argent et de tous ses jeuiaux de che metal, et faire ent forgier

florins et deniers et paiier largement les compaignons: si en seroit

mieux servis et plus vollentiers. Che consseil tint li prinches, et

fist ensi, qui mout l’avancha; car il tint, plus de sept mois, douze

mil hommes à ses gaiges, ainschois qu’il entrast en Espaigne, si comme

vous orés chy apriès. Se li couvenoit grant or et grant argent, pour

tel peuple deffretiier. En ce temps, estoit connestables de toutte la

duché d’Acquittainne et avoit esté ungs grans temps devant, messires

Jehans Camdos, et grans senescaux de tout ce pays messires Thummas

de Felleton, et marescal messires Guichars d’Angle, chils gentilx

chevaliers, et messires Estievenes de Cousenton. Fº 141.

P. 216, l. 16: soelés.--_Ms. A 7_: saoulé. Fº 270.--_Mss. A 8, 15 à

17_: saoulz. Fº 270 vº.

P. 216, l. 21 et 22: l’en esmeurent.--_Ms. A 8_: l’esmouvoient.

P. 217, l. 5: prende.--_Mss. A 8, 15_: soit. Fº 271.

P. 218, l. 3: d’armes.--_Les §§ 555 à 559 manquent dans le ms. A 17_,

fº 343.

§ =555=. Une fois.--_Ms. d’Amiens_: Une fois, estoit à Bourdiaux en

recreation li prinches de Galles, avoecq pluisseurs chevaliers de

Gascoingne, de Poito et de Saintonge et ossi dou royaumme d’Engleterre,

car il n’en estoit oncques si sevreth qu’il n’en ewist plus de quarante

dallés lui. Si tourna son chief dessus le seigneur de Labreth et li

dist: «Sire de Labreth, à quelle cantité de gens d’armes me porés vous

bien servir en ce voiaige d’Espaingne?» Li sires de Labreth fu tous

appareilliés de respondre et li dist: «Monseigneur, se je volloie

priier tous mes feables et mes amis, j’en fineroie bien jusques à mil

lanches, et toutte ma terre gardée.»--«Par mon chief, dist li prinches,

sire de Labret, c’est moult belle cose, et je doy bien aimer le terre

où j’ay un tel baron qui me puet à un besoing servir à mil lanches, et

je les retiengs tous,» dist li prinches.--«Che soit, ou nom de Dieu! ce

respondi li sires de Labreth, qui s’enclina vers lui, et tout vostre

soient.» De ceste retenue dubt depuis estre avenus grans maux, si comme

vous orés avant en l’istoire.

Or retourons nous as Compaignes qui se partirent d’Espaigne par fous

et par tropiaux, quant il seurent que li prinches les remandoit et

qu’il volloit gueriier. Si vous di qu’il eurent mout de maux et moult

d’encontres, tant en Espaigne, en Arragon qu’en Kateloingne, par

gens que on nomme geniteurs, qui fuient plus tost par ces montagnes

sus cevaux, que on appelle genès, que on ne feroit en Franche ou en

Picardie, à plainne terre, sus bons ronchins. Et gettent et lanchent

chil geniteur, en fuiant et en cachant, dardes et gavrelos, dont

ils sont trop bien ouvrier. Touttesfois, en painne, en perils et en

pluisseurs mesaises qu’il eurent, il rappassèrent les montaignes

d’Arragon et de Kateloingne. Et se missent en trois parties: les unes

s’en allèrent en costiant Fois et Berne; les autres, Kateloigne et

Hermignach; et li tierche, Arragon; et descendirent deviers Toulouse

pour mieux trouver à vivre. De celle routte estoient cappittainne

messires Robers Cheni, Carsuele et Briqés.

A ce donc avoit un bon cevalier à Toulouse, qui en estoit senescaux de

par le roy de Franche, et de tous le pays toulouzain, et s’apelloit

messire Gui d’Auzai. Quant il entendi que ces Compaignes aprochoient,

et qu’il n’i avoit que une routte, espoir de trois mil combatans, et

qui encorres estoient foullet et lasset, mal vesti, mal armet, mal

montet et pis kauchiet, si dist qu’il ne volloit mies que telx gens

aproçaissent Toulouse ne le royaumme de Franche, pour yaux recouvrer,

et que il les combateroit, s’il plaisoit à Dieu. Et segnefia sen

entente à monseigneur Ammery, comte de Nerbonne, au senescal de

Karkassonne, au senescal de Biauquaire, au tresorier de Nimes et à

tous les chevaliers et escuiers de là environ, en yaux priant que il

volsissent venir aidier à deffendre le royaumme de Franche contre ces

Compaingnes qui aprochoient, ainchois qu’il moutepliassent plus ne

courussent sus leur pays. Seigneur, chevalier et escuier furent adonc

tout appareilliet de traire avant, car autrement c’ewist esté contre

leur honneur, et se queillièrent et amassèrent à Thoulouse, et bien

furent cinq cens lanches, chevaliers et escuiers, et quatre mil bidaus.

Et se missent tantost as camps par deviers Montalben, à sept lieuwes de

Bourdiaux, où ces gens se tenoient, et n’estoient non plus de deux cens

lanches, mès de l’autre pietaille avoient il assés. Fº 141.

P. 218, l. 21: a.--_Ms. A 8_: treuve. Fº 271.

P. 218, l. 27: maulz.--_Mss. A 8, 15_: meschief.

P. 218, l. 28: retournons.--_Mss. A 8, 15_: retournerons.

P. 218, l. 28 à p. 219, l. 12: Or retournons... Montalben.--_Ms. B 6_:

Quant le plus des capitaines des Compaignies, qui estoient Englès et

Gascon, entendirent que le prinche volloit aidier le roy dan Piètre

et faire ung voiaige en Espaigne pour luy remettre en possession du

royalme de Castille, sy prirent congiet le plus courtoisement qu’il

porent au roy Henry qui moult envis leur donna; mais messire Bertran de

Claikin, qui estoit connestable de Castille, luy consilia que il les

laissast en aller en nom de Dieu, car ja faisoient il moult de mauls en

Castille. Sy eurent congiet et se departirent les Englès et les Gascons

et les Allemans, et se mirent ensamble les Franchois et les Bretons et

demorèrent avec le roy Henry. Sy vous dy que ches gens de Compaigne,

qui se departirent du roy Henry pour raler devers le prinche de Gallez,

eurent moult dur tamps entre Aragon et Castelongne et en Gorre, car

le roy d’Arragon par geniteurs et par villains as destrois passaiges

leur fist faire pluiseurs contraires. Touttez fois, il retournèrent et

se trouvèrent tout en Bigore: là atendirent ilz l’un l’autre en une

chité du prinche qui s’apelle Baniers. Et là fu envoiet parler à yauls

messire Jehan Candos, de par le prinche, qui fist à yauls certains

traitiés et acors, et se mirent tous en l’obeissanche du prinche. Sy se

deurent ces Compaignes partir et retraire en la terre de Bourdelois,

assés tost après che que messire Jehan Candos fu revenus à Bourdiaus.

Ces Compaignes estoient environ quatre mille combatans, tous gens

d’eslite. Fºs 674 et 675.

P. 218, l. 29: ahers.--_Mss. A 6, 7_: aliées. Fº 269.

P. 219, l. 4: s’avalèrent.--_Ms. A 6_: s’en ala.--_Ms. A 8_: s’avala.

Fº 271 vº.

P. 219, l. 23: au conte de Nerbonne.--_Ms. A 8_: à monseigneur Aymery,

conte de Nerbonne.

P. 219, l. 31 et 32: cinq cens lances et quatre mil bidaus.--_Ms. B 6_:

bien douze mille combatans. Fº 675.

P. 219, l. 32: bidaus.--_Ms. A 15_: petaulx nommez bidaus. Fº 297 vº.

P. 220, l. 3: trouvoient.--_Mss. A 8, 15_: trouvèrent. Fº 271 vº.

§ =556=. Quant li contes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li comtes de Nerbonne

et messires Guis d’Azay, qui se faisoit souverain et meneur de

touttes ces gens d’armes, furent parti de Toulouze, il s’en vinrent

logier assés priès de Montalben, qui adonc se tenoit dou prinche; et

estoit adonc cappittaine, de par le prinche, ungs chevaliers englès

qui s’appelloit messires Jehans Trivés. Si envoiièrent chil seigneur

de Franche leurs coureurs devant Montalben, pour atraire hors ces

Compaignes qui s’i tenoient. Quant li cappitainne de Montalbain

entendi que li Franchois estoient venu à main armée et à ost devant

se fortrèche, si en fu durement esmervilliet, pour tant que la terre

estoit dou prinche. Si vint as barrières dou castiel et fist tant

que, sus trieuwes, il parla à ces coureurs et leur demanda qui là les

envoioit, et pourquoy il s’avanchoient de courir sus le terre dou

prinche, qui estoit amie et voisinne avoecq le corps dou seigneur au

royaume et au roy de Franche. Chil respondirent et dissent: «Nous ne

sommes mies cargiet si avant de vous respondre; mès, pour vous soeler,

se vous vollés venir ou envoiier deviers nos seigneurs, vous en arés

bien responsce.»--«Oil, dist li cappitainnes de Montalben, je vous pri

que vous vos retriés deviers yaux, et leur dittes qu’il m’envoient dire

plus plainnement pourquoy, sans nous deffiier, il nous guerient, et

quel cose nous leur avons fourfait, ou vous m’empetrés un sauf conduit

tant que j’aie estet deviers yaux et parlé à yaux.» Et chil dissent:

«Vollentiers.» Il retournèrent. Li sauf conduis fu acordés et aportés.

Li chevaliers vint parler au comte de Nerbonne et à monseigneur Gui

d’Azai, et leur demanda pourquoi ne à quel title il le queroient. Chil

respondirent que à lui ne à le terre dou prinche ne volloient il, fors

pais et amour: «Mès nous vollons nos ennemis cachier, où que nous

les savons.»--«Et quel sont vos ennemis ne où sont il?» respondi li

chevaliers.--«En nom Dieu, dist li comtes de Nerbonne, il sont dedens

Montalben, et se sont pilleur et robeur qui ont pilliet et robet sus le

royaumme de France. Ce ne fait mie à souffrir, ne ossi tels gens vous

ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent les bonnes gens,

sans nul title de guerre. Si les metés hors de vostre fortrèche, ou

autrement vous n’estes mies amis au royaumme de France.»--«Seigneur,

dist li cappittainne de Montalben, il est bien voirs qu’il y a laiens

gens d’armes, que monseigneur le prinche a mandés et tient à lui pour

ses gens; si n’est mies en me puissanche que d’iaux faire partir ne

wuidier. Et, se cil vous ont fait aucun desplaisir, je ne puis mie

veoir bonnement qui droit vous en fache; car ce sont gens d’armes: se

les couvient vivre où qu’il le prengent.» Dont respondi li comtes de

Nerbonne et messires Guis d’Azay: «Ce sont gens d’armes voirement telx

et quelx, qui ne sèvent vivre fors de pillage et de roberie, et qui mal

courtoisement ont chevauchiet sus nos mettes, tant que les plaintes

en sont venues jusques à nous. Si desplaist au roy de Franche que tel

pilleur et robeur keurent et ont courut en son pays; et puisque nous

savons où il se logent et herbegent, jammais ne retourons arrière, si

l’aront amendé.» Quant li cappittainnes de Montalben vit qu’il n’en

aroit autre responce, il prist congiet et se parti d’iaux, et s’en

revint arrière en le ville et dist bien as Compaignez qu’il fuissent

tout pourveu et avisé, car il ne pooit veoir nullement que li Franchois

ne les asaillissent et combatesissent hasteement. Fº 141.

P. 220, l. 12: Jehans Trivés.--_Ms. B 6_: Thumas de Wellefare, vaillant

homme. Fº 676.

P. 221, l. 7: mestres.--_Mss. A_: seigneurs.

P. 222, l. 11 et 12: la prinçauté.--_Ms. A 8_: le prince. Fº 272.--_Ms.

A 15_: la terre du prince. Fº 298.

P. 222, l. 19: le senescaudie.--_Mss. A 8, 15_: la seneschaucie.

P. 222, l. 22: traitte.--_Mss. A 8, 15_: traitres.

P. 222, l. 26: l’arons.--_Ms. A 8_: l’auront.

P. 223, l. 1: sen entente.--_Mss. A 8, 15_: son entencion.

§ =557=. Quant li compagnon.--_Ms. d’Amiens_: Quant li compaignon

entendirent che langage, si ne furent mies bien asseuret, car il

n’estoient mies bien à jeu parti contre les Franchois. Si se tinrent

sus leur garde dou mieux qu’il peurent. Or avint que, droit au cinqime

jour que ces parolles eurent esté, messires Perducas de Labreth, à

toutte une grant routte de compaignons, dubt passer par Montalben, car

li passaiges estoit par là pour entrer en la prinçauté. Si le fist

asavoir à chiaux de le ville. Quant messires Robers Ceni et li autre

compaignon qui là se tenoient pour enclos, entendirent ces nouvelles,

si en furent mout recomforté, et mandèrent tout secretement à

monseigneur Perducas de Labreth le couvenant des Franchois, et coumment

il les avoient assegiés et les manechoient durement, et quelx gens il

estoient, et quelx capitainnes ilz avoient.

Quant messires Perdukas de Labret entendi chou, si n’en fu de noient

effraés, mès requeilla ses compaignons de tous lés et s’en vint bouter

par dedens Montalben, où il fu rechups à grant joie; et encorres

l’enfourmèrent il plus plainnement dou fait, si comme vous avés oy

chy dessus. Lors eurent il d’acort que l’endemain il s’armeroient

tout à cheval, et se metteroient hors de la ville et s’adrecheroient

vers l’ost des Franchois, et leur prieroient que paisieulement les

laisseroient passer; et, s’il ne voulloient chou faire et que combattre

les couvenist, il saventu[re]roient et venderoient chierement. Tout

enssi qu’il ordonnèrent, il fissent. A l’endemain, il s’armèrent et

sonnèrent leurs trompettes, et montèrent tout à cheval et wuidièrent

hors de Montalben. Ja estoient armé li Franchois pour l’effroy qu’il

avoient veu et oy, et tous rengiés et mis devant le ville, et ne

pooient passer les Compaignes fors parmy yaux. Adonc se missent tout

devant messires Perducas de Labreth et messires Robers Cheni, et

veurent parlementer as Franchois et priier que on les laissast passer

paisieulement; mès il respondirent qu’il n’avoient cure de leurs

parlemens, et qu’il ne passeroient fors parmy les pointez de leurs

glaives et de leurs espées, et escriièrent tantost leurs cris, et

dissent: «Avant! Avant à ces pilleurs qui pillent et robent le monde et

vivent sans raison!»

Quant les Compaignes virent que c’estoit à certes, et que combattre

les couvenoit ou mourir à honte, si descendirent tantost jus de leurs

chevaux, et se rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faiticement,

et atendirent les Franchois, qui vinrent sus yaux moult hardiement, et

se missent ossi devant yaux tout à piet. Là commencièrent à traire, à

lanchier et à estechier li ung à l’autre grans cops et appers, et en

y eut pluisseurs abatus des uns et des autres, de premières venues.

Là eut grant bataille, forte et dure et bien combatue, et tamaintes

appertises d’armes faittes, tamaint chevalier et tamaint escuier

reverssé et jetté par terre. Touttesfois, li Franchois estoient trop

plus que les Compaignes, bien troy contre ung: si n’en avoient mie

le pieur parchon. Et reboutèrent à ce coummenchement les Compaignes

bien avant jusques dedens le fort de Montalben, où, au rentrer dedens,

eut maint homme mis à meschief. Et ewissent eu là les Compaignes, ce

c’adonc en y avoit, trop fort temps; mès messires Jehans Trivés, qui

cappitainnes estoit de le ville, fist armer touttes mannierres de

gens, et coummanda sus le hart que chacuns, à son loyal pooir, aidast

les compaignons et qu’il estoient homme au prinche. Dont s’armèrent

tout chil de le ville, et missent en conroy avoecques les Compaignes,

et se boutèrent en l’escarmuche. Et meysmement les femmes de le ville

montèrent en leurs logez et en leurs solliers, pourveuwes de pièrez et

de caillaux, et coummenchièrent à jetter sus ces Franchois si fort et

si royt, qu’il estoient tout ensonniiet d’iaux targier pour le get dez

pièrez, et en blechièrent pluisseurs et reculèrent par forche. Dont se

resvigurèrent li compaignon qui furent ung grant temps en grant peril,

et envaïrent fierement les François. Si vous di qu’il y eut là fait

otant de belles appertises d’armes, de prisses et de rescousses, que on

n’avoit veu en grant temps, car les Compaignes n’estoient c’un petit.

Si se prendoient si priès de bien faire que c’estoit merveillez, et

reboutèrent leurs ennemis, par force d’armes, tous hors de le ville.

Et avint, entroes que on se combatoit, que une routte de Compaingnes,

que li bours de Breteul et Naudon de Bagerant menoient, où il avoit

bien quatre cens combatans, se boutèrent par derière en le ville; et

avoient cevauchiet toutte le nuit en grant haste pour là estre, car

on leur avoit donnet à sentir que li Franchois avoient assegiet leurs

compaignons dedens Montalben. Si vinrent tout à point à le bataille.

Là eut de rechief grant hustin et dur, et furent li Franchois, par

ces nouvelles gens, fierement assailli et combatu. Si dura chils

puigneis et chils estours, de l’eure de tierce jusques à basse nonne.

Finalement, li Franchois furent desconfi et mis en cache, et chil

tout euwireux, qui peurent partir, monter à cheval et aller leur

voie. Là furent pris li comtes de Nerbonne, messires Guis d’Azay, li

sires de Montmorillon, messire Renaus des Huttez, messires Guillaumes

Brandins, messires Jehans Rollans, li senescaus de Carcasonne, li

senescaux de Biauquaire et plus de cent chevaliers, que de Franche,

que de Prouvenche, que des marches là environ, et mains bons escuiers

et mains riches bourgois de Toulouse, de Montpellier, de Nerbonne et

de Carcasonne. Et encorres en ewissent il plus pris, se il ewissent

cachiet, mès il n’estoient q’un peu de gens ens ou regart dez

Franchois, et tout mal monté et foiblement. Si ne s’osèrent aventurer

plus avant, mès se tinrent à chou qu’il eurent. Celle bataille de

Montalben fu le vegille Nostre Damme, en le moiienné d’aoust, l’an de

grasce mil trois cens soissante six. Fº 141.

P. 223, l. 4: li compagnon.--_Ms. A 8_: les Compaignes. Fº 272 vº.

P. 223, l. 5: asseguret.--_Mss. A_: asseurez.

P. 223, l. 10: parmi.--_Ms. A 8_: par.

P. 223, l. 25: eurent.--_Mss. A 6, 8, 15_: furent.

P. 224, l. 8 et 9: les Compagnes.--_Ms. A 8_: ces compaignons.

P. 224, l. 19: les Compagnes.--_Ms. A 8_: ces compaignons.

P. 224, l. 26: estechier.--_Mss. A 8, 15_: chacier.

P. 225, l. 11: conroy.--_Mss. A 8, 15_: arroy. Fº 273.

P. 225, l. 13: loges.--_Mss. A 8, 15_: logis.

P. 225, l. 15: roit.--_Mss. A 8, 15_: roidement.

P. 225, l. 16: ensonniet.--_Mss. A 8, 15_: embesoingniez.

P. 225, l. 18: se resvigurèrent.--_Mss. A 6, 8, 15_: se rasseurèrent.

Fº 260 vº.

P. 225, l. 24 et 25: Si se prendoient priès.--_Mss. A 6, 8, 15_: Sy se

penoit chascun.

P. 226, l. 3: sentir.--_Mss. A_: entendre.

P. 226, l. 4: dedens.--_Mss. A 6, 8, 15_: de.

P. 226, l. 7: cilz puigneis et cilz estours.--_Ms. A 6_: ces batailles.

Fº 261.--_Mss. A 8, 15_: celle bataille.

P. 226, l. 10: ewireus.--_Mss. A 6, 8, 15_: eureux.

P. 226, l. 11 à 14: li contes... Biaukaire.--_Ms. B 6_: le visconte de

Narbonne, le visconte de Thalar, le visconte de Villaine, le visconte

d’Uzez, messire Guy d’Azay et plus de cent et cinquante chevaliers

furent prins. Fº 677.

P. 226, l. 22: en le mi aoust.--_Mss. A 6, 8_: en aoust.

§ =558=. Apriès la desconfiture.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le

desconfiture et le prise des dessus dis, messires Perducas de Labret,

messires Robers Ceni, messires Jehans Trivés, messires Robers

d’Aubetière, li bours de Bretuel, Naudon de Bagerant et leur routtes

departirent leur butin et tout leur gaaing, dont il eurent grant

fuison. Et tout chil qui prisonnier avoient, il leur demouroit et en

pooient faire leur prouffit, ranchonner ou quitter, si les volloient,

dont il leur fissent très bonne compagnie, et les ranchonnèrent

courtoisement, chacun seloncq son estat et son affaire, et encorres

plus doucement par tant que ceste avenue leur estoit venu soudainement

par biau fait d’armez. Et les recrurent tous, petit s’en falli, et leur

donnèrent terme de raporter leur raenchon à Bourdiaux et ailleurs,

où bon leur sambla. Et se parti chacuns et revint en son pays, et

les Compaignes s’en allèrent deviers monseigneur le prinche, qui les

rechupt liement et les vit vollentiers, et les envoyea logier en ung

pays c’on apelle Bascle, entre lez montaignes.

Or vous diray qu’il avint de leurs prisonniers qu’il avoient ranchonnés

et recrus. Li pappes Urbains fu emfourmés de le besoingne et coumment

li comtes de Nerbonne, li senescaux de Toulouse, chilx de Biauquaire

et de Carcasonne, et li bon chevalier et escuier et les gens d’armes

de ces senescaudies avoient estet ruet jus par les Compaignes, que li

pappes tenoit en sentensce et excumeniiés et pour mauvais crestiiens,

car il destruisoient sainte crestieneté sans raison. Si deffendi à tous

chiaux qui pris avoient esté et qui raenchon devoient, sus à estre

excumeniiés, remforchiet et ragrevet et sans pardon, que de leurs

compositions il n’en payassent riens, et les dispenssa de leurs fois

et de leurs sieremens. Enssi furent quittes cil seigneur, chevalier

et escuier, qui avoient estet pris à Montalben, et n’osèrent brisier

le coummandement dou pappe. Si vint as pluisseurs bien à point, et

as Compaignes moult mal, qui s’estoient atendu à avoir argent et le

quidoient avoir pour faire leurs besoingnes, yaux armer, monter et

appareillier enssi que compaignon de gherre. Se leur vint moult à

contraire ceste ordounnanche dou pappe, et s’en complaindirent par

pluisseurs foix à monseigneur Jehan Camdos, qui estoit connestablez

d’Acquittainne et regars dessus touttez les gens d’armes, et li

priièrent qu’il leur en volsist faire avoir raison; mès il s’en

excuzoit bellement deviers yaux, et disoit que ses seignouries n’estoit

mies si avant que d’arguer ne constraindre le chief de l’Eglise, le

Saint Père qui est Dieu en terre. Enssi furent li compaignon trompet de

leurs prisounniers, mès bien leur proumetoient, se jammès resceoient en

leurs dangiers, qu’il leur feroient paiier double raenchon de deniers

appareilliés, encorres, se pour tant il pooient finner. Fºs 141 et 142.

P. 227, l. 6: avenue.--_Ms. A 7_: aventure. Fº 272.

P. 227, l. 8: petit s’en fallirent.--_Ms. A 6_: partie s’en ralèrent.

Fº 261.--_Les mss. A 6, 8, 15 ajoutent_: sur leurs foys.

P. 228, l. 14: touchoit.--_Mss. A 6, 8, 15_: tournoient Fº 271 vº.

P. 228, l. 14: pillerie.--_Le ms. A 15 ajoute_: et à villenie. Fº 300.

P. 228, l. 15: aultre cose.--_Le ms. B 6 ajoute_: Sy s’en vinrent

logier et rafreschir sur le rivière de Dourdonne et se tinrent là ung

grant tamps, du mois d’auoust jusques à l’entrée de jenvier. Fº 678.

§ =559=. Nous parlerons.--_Ms. d’Amiens_: Moult fist li prinches de

Galles grant appareil et grosses pourveanches pour aller en ce voiaige,

car il savoit bien et entendoit assés que li roys Henris se pourveoit

grandement de l’autre lés.

Or vint en celle saison à Bourdiaux, par deviers le prinche, James, li

roys de Mayogres: enssi se faisoit il nommer, mès riens n’y tenoit,

quoyqu’il en ewist estet filx dou roy, car li roys d’Aragon tenoit

et avoit tenu de loncq tamps le royaumme de Mayogres, et avoit jadis

par force conquis le pays et pris le père de ce roy et fait morir,

et son fil tenut en prison. Si en estoit escappés et allés à Naples,

et [avoit] espousé la roynne de Naples. Dont, quant il oy dire que

li prinches s’esmouvoit pour aller en Espaigne sus le roy Henry, qui

estoit d’acort au roy d’Arragon, son ennemy, si s’avisa qu’il se

trairoit deviers lui et li remousteroit ses besoingnes, et à quel tort

li roys d’Arragon li avoit ochis son père et tenoit son royaumme. Et

sentoit le prinche si grant, si noble et si puissant, que par lui

recouveroit il sen hiretaige, siques, quant il fu venus à Bourdiaux,

li prinches li fist grant chière et le rechut bellement et liement,

et li proummist qu’il feroit son plain pooir de reconcquerre le

royaumme de Mayogrez sus le roy d’Arragon, tantost apriès le voiaige

d’Espaingne. Et le retint li princhez dallés lui à une grant somme de

gens, et li asigna certainne revenue sus ses coffres pour aidier à

paiier ses menus frès, et li fist très bonne compaignie en tous estas.

Fº 142 vº.

P. 229, l. 1: Selevestre.--_Mss. A 8, 15_: Sevestre. Fº 273 vº.

P. 229, l. 2: dou Bruel.--_Ms. A 15_: de Bueil. Fº 300.

P. 229, l. 2: Lakonet.--_Ms. A 15_: Lacouet et monseigneur Eustace de

la Houssoie.

P. 229, l. 8 à 16: Ossi il... sur ce.--_Ms. B 6_: En che tamps que

li parlement sont en Engleterre par usaige, et toudis à le Saint

Miquiel, envoia le prinche de Galles lettres au roy son père et à

son consail que jusques à quatre cens lanches et mil archiers on luy

fesist envoiier, pour renforchier son armée. Le roy d’Engleterre et son

consail le firent très vollentiers, car ilz sentoient que il estoit

vaillans et bien fortuné chevalier. Sy ordonna que le frère du prinche

yroit, nommé Jehan de Lenclastre, et en prist la cherge des gens

d’armes et des archiers, et dist que il volloit aller en che voiage

aveeques son frère le prinche. De che ly seurent le roy et la roynne

et les barons d’Engleterre moult grant gré, et se ordonna et fist ses

pourveanches pour monter au havre de Hantonne et ariver en Bretaigne.

Fº 681.

P. 229, l. 13: une.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant. Fº 274.

P. 229, l. 21: ce dit.--_Ms. A 8_: du dit.

P. 229, l. 25 et 26: moullier.--_Mss. A_: femme. _Ms. A 7_, fº 272 vº.

P. 229, l. 31: avoit son père mort.--_Mss. A 8, 15_: avoit fait morir

son père.

P. 230, l. 4: plaisirent.--_Mss. A 6, 8, 15_: pleurent.

P. 230, l. 5: en le cité de Bourdiaus.--_Ms. B 6_: en l’eglise des

Augustins dehors les murs de Bourdiauls. Fº 680.

P. 230, l. 30: pluiseurs.--_Le ms. A 8 ajoute_: consaulx et.

P. 231, l. 4: Dieu.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: entreprendre et.

P. 231, l. 11: poeent.--_Mss. B 4, A 15_: pevent. Fº 272.--_Ms. A 7_:

povoient. Fº 273.--_Mss. A 6, 8_: pourroient.

P. 231, l. 15: faire.--_Les mss. A 6, 8, 15 ajoutent_: leur exploit et.

P. 232, l. 1: aïr.--_Mss. A 6, 8, 15_: courroux.

P. 232, l. 4: le.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: lui, li.

P. 232, l. 13: manières.--_Mss. A_: estas.

P. 232, l. 22: ce sace.--_Mss. A 6, 8, 15_: ce scay je.

P. 233, l. 5: le ponée.--_Mss. A 1 à 7_: la pensée.--_Ms. B 3_: la

manière. Fº 286.--_Ms. B 4_: l’estat. Fº 272 vº.--_Ms. A 15_: les

posnées. Fº 301.

P. 233, l. 6: amirent... ont amiré.--_Ms. B 4 et mss. A_: aiment, ont

aimé.--_Ms. B 3_: prisent... ont prisé.

P. 233, l. 28 et 29: grignes.--_Ms. B 3_: haynes. Fº 286.

P. 234, l. 5: ne chierirent.--_Mss. A 1 à 6, 8, 11 à 29_: n’amèrent.

P. 234, l. 8: cose.--_Le ms. A 15 ajoute_: pour lors. Fº 301 vº.

Chroniques de J. Froissart, tome 06/13 · 第 33 / 43 题