Un célèbre criminologiste italien, M. Garofalo, dans un ouvrage récent,
estime au chiffre de 15.000 à 16.000 le nombre des affaires d'homicide
soumises annuellement aux juges d'instruction en Russie. En France, la
moyenne annuelle de 1896 à 1900, a été de presque 1.200. En Italie, en
1899, on a dénoncé 3.587 crimes. Au total, le chiffre moyen annuel des
condamnés pour meurtre, assassinat, parricide, infanticide et
empoisonnement pourrait être évalué à 10.000 pour l'Europe, moins la
Pologne, le Caucase et la Turquie. Et l'on sait que les condamnations ne
représentent qu'un peu plus du tiers des criminels.
D'autre part, on a calculé que sept nations d'Europe (France, Allemagne,
Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie, Russie et Espagne) dépensent à
elles seules près de 222 millions par an, rien que pour l'entretien des
prisonniers et pour l'administration des prisons. Si l'on ajoutait à ces
frais ceux des agents de la sûreté, on atteindrait des chiffres énormes.
Par contre, les détenus ne produisent guère que 20 millions de francs,
soit le neuvième de la dépense dont ils sont l'occasion.
M. Garofalo, en présence de ces chiffres, pense qu'il y aurait profit à
chercher un moyen d'utiliser l'activité mentale des criminels, en les
plaçant dans des milieux capables de modifier heureusement cette
activité et non, comme on le fait toujours, dans des prisons ou des
bagnes, où on les condamne à perpétuité à conserver leur mentalité de
criminels.