Canal de Languedoc.--Motifs qui en faisaient solliciter
l'ouverture.--Proposition faite à Colbert par Riquet
(1663).--Difficultés à surmonter.--Le gouvernement discute la
question de savoir si le canal doit être fait par l'État ou par un
particulier.--Raisons qui font adopter ce dernier parti.--Riquet
est en butte à l'envie et au dénigrement de ses
concitoyens.--Colbert lui témoigne une véritable amitié.--Dépense
totale du canal.--Vers de Corneille à ce sujet.--Canal d'Orléans.
Parmi les travaux dont les _Comptes des bastiments du roy_ font
connaître la dépense, il en est un que Colbert prit sous sa protection
spéciale et auquel il tint à honneur d'associer son nom; c'est le canal
de Languedoc, travail gigantesque dont Charlemagne lui-même semble avoir
entrevu les admirables résultats, et qui avait déjà donné lieu, sous
François Ier, Charles IX, Henri IV et Louis XIII, à des projets
discutés en Conseil. Plusieurs motifs d'une grande importance étaient
cause que l'on souhaitait vivement l'exécution de ce canal. Tous ceux
qui en avaient étudié le projet faisaient observer avec raison que, par
ce moyen, les marchandises de l'Océan et de la Méditerranée pourraient
être transportées de l'une à l'autre mer en évitant de passer par le
détroit de Gibraltar, où les navires couraient beaucoup de danger; qu'en
cas de disette en Languedoc ou dans la Guyenne, il serait très-aisé de
faire arriver les grains dans celle de ces contrées qui en manquerait;
que le Haut-Languedoc où les blés abondaient en verserait presque sans
frais dans le Bas-Languedoc, beaucoup moins favorisé, sous ce rapport,
et que celui-ci enverrait en échange, par la même voie, ses vins et tout
ce qu'il tirait de son commerce avec la province de Lyon. On ajoutait
encore, et c'était une raison déterminante dans les idées du temps, que
les étrangers qui feraient le commerce de transport de l'une à l'autre
mer laisseraient des sommes considérables à la province. Enfin, à toutes
ces considérations où les intérêts matériels étaient seuls en jeu, s'en
joignait une dernière d'une autre nature, mais qui n'exerçait pas une
moindre influence sur les esprits. On disait que les Romains eux-mêmes,
si vantés pour leurs travaux, n'avaient rien fait de comparable au canal
qu'il s'agissait d'exécuter, et qu'il en reviendrait non-seulement
beaucoup de profit, mais aussi beaucoup d'honneur à la nation qui les
aurait surpassés près des lieux mêmes où ils avaient laissé la plus
forte empreinte de leur passage et de leur grandeur[290].
Jamais, en effet, entreprise plus magnifique et plus séduisante n'avait
été proposée à un ministre ami des grandes choses. Quatorze lieues
seulement séparent l'Aude et la Garonne, dont l'une se jette, comme on
sait, dans la Méditerranée, l'autre dans l'Océan, et il semblait au
premier abord que la jonction de ces rivières au moyen d'un canal ne
présentait pas des obstacles insurmontables. Bien plus, toutes les fois
que le projet avait été étudié, soit par les États, soit à la requête du
gouverneur, on l'avait déclaré exécutable; mais cette possibilité de le
mener à bonne fin laissait probablement beaucoup de doute dans les
esprits; car, malgré les avantages qu'on espérait en retirer, le canal
de Languedoc était encore à l'état de projet au commencement de l'année
1662.
Il y avait alors dans les gabelles de cette province un homme que la
nature avait fait un grand géomètre. Possesseur de quelques terres au
pied d'une montagne, principal empêchement à l'ouverture du canal de
jonction des deux mers, il cherchait depuis plusieurs années le moyen de
surmonter cet obstacle. Après plusieurs essais faits en petit dans sa
propriété, essais dont les traces ont été religieusement conservées par
ses descendants, Pierre-Paul de Riquet, seigneur de Bonrepos, d'une
famille noble originaire de Provence, crut enfin avoir trouvé ce moyen,
et fit part de son projet à Colbert dans une lettre où respire une
bonhomie charmante:
«Vous vous étonnerez, dit-il, que j'entreprenne de parler d'une
chose qu'apparemment je ne connois pas, et qu'un homme de gabelle
se mêle de nivelage. Mais vous excuserez mon entreprise lorsque
vous saurez que c'est de l'ordre de Monseigneur l'archevêque de
Toulouse que je vous écris[291].»
Riquet raconte ensuite à Colbert que l'archevêque de Toulouse, l'évêque
de Saint-Papoul et plusieurs autres personnes de condition sont allées
sur les lieux avec lui; qu'ils en sont revenus persuadés de la vérité de
ce qu'il leur avait dit sur la possibilité de faire le canal, et l'ont
engagé à lui soumettre la relation qu'il envoie, «mais en assez mauvais
ordre; car n'entendant ni grec ni latin, et sachant à peine parler
français, il ne peut pas s'expliquer sans bégayer.»
Quant au projet, la difficulté principale avait toujours été d'amener
assez d'eau à un point de partage appelé les _Pierres Naurouse_, élevé
de plus de cent toises au-dessus du niveau des deux mers, et d'où l'eau
pût être dirigée de l'un ou de l'autre côté du canal avec assez
d'abondance pour l'alimenter. Riquet trouva le moyen de ramasser
plusieurs ruisseaux considérables, auxquels on n'avait pas même songé
avant lui, à cause de leur éloignement, et de les utiliser, malgré des
obstacles matériels, en apparence insurmontables, que présentaient les
escarpements de la _Montagne Noire_, aux pieds de laquelle les Pierres
de Naurouse étaient situées. Dès lors le succès de l'entreprise fut
assuré. Bientôt après, l'archevêque de Toulouse présenta Riquet à
Colbert. Cependant, plusieurs années se passèrent avant qu'on se mît à
l'oeuvre. Comme les États de Languedoc devaient contribuer à la dépense,
ils nommèrent des commissaires pour vérifier le projet de Riquet, et il
fut décidé que celui-ci ferait d'abord une rigole d'essai. Cet essai
devait coûter 200,000 livres. Plein de confiance dans son plan, Riquet
n'hésita pas à faire cette dépense.
«Mais en ce cas, Monseigneur, écrivait-il à Colbert le 27 novembre
1664, mettant en risque mon bien et mon honneur, à défaut de
réussite, il me semble raisonnable, par contre-coup, que j'acquière
un peu de l'un et un peu de l'autre en cas que j'en sorte
heureusement. J'espère être à Paris dans le mois de janvier
prochain... Et ce sera alors, Monseigneur, que je me donnerai
l'honneur de vous dire mieux de bouche mes sentiments à ce sujet.
Vous les trouverez raisonnables, assurément; car j'affecterai de
vous porter des propositions de justice, et, par conséquent, de
votre goût; et en cela, je suivrai mon naturel franc et libre, et
point chicannier[292].»
Riquet vint donc à Paris, et, le 25 mai 1665, il obtint par lettres
patentes le droit de travailler _aux rigoles nécessaires pour faire
l'essai de la pente et de la conduite des eaux_. Deux mois après, cet
essai touchait à son terme, et l'infatigable ingénieur écrivait à
Colbert que bien des gens seraient surpris du peu de temps qu'il y
aurait employé et de la faible dépense qui en résulterait; qu'au surplus
la réussite était infaillible, mais d'une manière toute nouvelle et à
laquelle ni lui ni personne n'avait songé jusqu'alors; car le chemin où
il passait maintenant lui était toujours demeuré inconnu, quelque soin
qu'il eût mis à le découvrir; que la pensée lui en était venue à
Saint-Germain, et que sa rêverie s'était trouvée juste, le niveau ayant
confirmé ce que son imagination lui avait dit à deux cents lieues de là.
Colbert répondit le 14 août suivant à cette lettre qu'il était très-aise
de voir l'espérance où était Riquet concernant le _grand dessein de la
jonction des deux mers_, qu'outre la gloire qui en reviendrait à son
auteur le roi lui en saurait beaucoup de gré, son intention étant de
faire exécuter le canal par ses soins de préférence à tous autres;
qu'ainsi, une fois la rigole d'essai achevée, il pourrait se mettre en
route pour Paris, en ayant soin toutefois de bien discuter les moyens,
que l'on aurait en main pour faire trouver au roi les fonds nécessaires,
afin que, ces moyens étant bien digérés, on pût les lui proposer sans
retard[293].
Tout semblait donc marcher au gré de Riquet, mais de nouvelles épreuves
lui étaient encore réservées. La dépense du canal avait d'abord été
évaluée à 6 millions environ, et ni le roi ni Colbert ne voulaient y
affecter une pareille somme. Cependant, vers la même époque, le roi
dépensait en bâtiments, dans une seule année, 6,242,828 livres[294]. Le
prince de Conti, gouverneur du Languedoc, fit alors un appel aux États
et les excita à s'associer à l'exécution du canal, leur promettant que,
«de son côté, Louis XIV retrancherait des dépenses nécessaires ailleurs,
pour y contribuer de l'argent de son trésor royal.» Rendus défiants par
l'expérience, et craignant que les sommes qu'ils auraient votées ne
fussent appliquées à d'autres objets, les États déclarèrent, le 26
février 1666, qu'ils ne pouvaient, ni pour le présent ni pour l'avenir,
participer à la dépense des ouvrages du canal. Heureusement, Riquet
n'était pas à bout d'expédients. Il proposa de faire procéder à la
construction du canal en donnant à l'entrepreneur la faculté de prendre
toutes les terres nécessaires, lesquelles seraient payées par le roi,
après estimation. Au moyen de ces acquisitions, on pourrait ériger un
fief considérable, comprenant le canal, ses rigoles et chaussées, depuis
la Garonne jusqu'à ses dégorgements dans la Méditerranée y compris le
canal d'alimentation, depuis la Montagne Noire, où il prenait naissance,
jusqu'aux Pierres de Naurouse. Les possesseurs de ce fief en jouiraient
à perpétuité, et ils auraient, entre autres droits, le pouvoir exclusif
de construire sur les bords du canal un château, des moulins, des
magasins pour l'entrepôt des marchandises, etc., etc.
Avant de statuer sur la proposition de Riquet, une question d'une
extrême importance, et qui s'est souvent représentée depuis,
principalement dans ces dernières années, fut agitée dans le Conseil.
Convenait-il aux intérêts de l'État que le roi gardât la propriété du
canal pour le faire exploiter, soit en régie, soit en ferme, ou bien,
était-il préférable de l'abandonner à des particuliers? A la suite d'une
longue délibération sur les détails de laquelle les archives du canal
de Languedoc ont conservé de précieux renseignements, la question fut
résolue dans le dernier sens. La majorité du Conseil fut d'avis qu'un
ouvrage qui exigeait une attention continuelle et des dépenses
journalières ne pouvait être confié sans inconvénient à une régie
publique, qu'il était bien plus avantageux et plus sûr d'en laisser la
conduite à un particulier, de l'intéresser fortement à la prospérité de
l'entreprise en lui en donnant la propriété, et _de mettre ainsi
l'intérêt public sous la sauvegarde de l'intérêt personnel_. De cette
manière, ni un embarras momentané dans les finances, ni les malheurs de
l'État, si les circonstances devenaient contraires, ne pouvaient faire
craindre d'interruption dans les travaux, et l'on assurait en même temps
la solidité, l'entretien et l'amélioration du canal. Décision pleine de
raison, de sagesse, dont Colbert fut sans doute l'âme, et sans laquelle
le canal de Languedoc, vingt fois abandonné, repris, interrompu, n'eût
peut-être été achevé qu'un siècle plus tard!
La proposition de Riquet fut donc acceptée et régularisée ensuite par un
édit du mois d'octobre 1666. Riquet acheta le nouveau fief à condition
qu'il n'en pourrait être dépossédé que moyennant remboursement de toutes
les sommes dépensées par lui, et il s'engagea à employer le produit du
fief à la construction du canal. En même temps, le roi fixa les droits
qui seraient perçus pour le transport des marchandises sur le canal, et
ordonna, pour subvenir aussi aux dépenses, la création d'un certain
nombre d'offices de regrattiers et vendeurs de sel, ainsi que la vente
de plusieurs autres petits droits. Les États seuls résistaient encore;
ils ne votèrent des fonds que lorsqu'ils virent l'oeuvre en cours
d'exécution, le succès assuré, et ces fonds furent principalement
destinés à racheter les charges, très-onéreuses à la contrée, dont
Colbert avait abandonné le produit à l'entrepreneur du canal.
Le génie et la persévérance de Riquet avaient donc enfin gain de cause.
Dans l'espace de six ans, toute la partie du canal située entre le point
de partage des Pierres de Naurouse et la Garonne fut achevée. Le
protecteur de Riquet, celui qui l'avait adressé et présenté à Colbert,
l'archevêque de Toulouse, s'embarqua un des premiers à Naurouse pour se
rendre dans sa métropole. Cette consécration du succès fut une réponse
éclatante à la calomnie et à l'envie qui depuis longtemps s'acharnaient
contre Riquet. En effet, comment eût-on pardonné à un homme du pays
d'avoir entrepris une oeuvre semblable? Le vieux proverbe à l'adresse des
localités haineuses et jalouses se vérifia donc encore une fois.
«Si vous voulez écouter les gens du pays, dit une relation
contemporaine, vous n'en trouverez presque point qui ne vous
soutiennent que l'entreprise du canal n'aura aucun succès. Car,
outre les préjugés de l'ignorance, plusieurs en parlent par
chagrin, peut-être parce que, pour faire le canal, on leur a pris
quelque morceau de terre dont ils n'ont pas été dédommagés au
double et au triple, selon qu'ils se l'étoient proposé. Il y a
d'ailleurs des esprits bourrus qui vous diront la même chose parce
qu'ils sont accoutumés à désapprouver tout ce qui s'entreprend
d'extraordinaire. Il s'en trouve même d'assez mal tournés pour en
parler mal, par l'envie et la jalousie qu'ils ont contre le mérite
et le bonheur du sieur Riquet; et enfin, comme il y a peu de
personnes dans cette province qui soient versées en ces sortes de
matières et qui aient l'intelligence de ces travaux, plusieurs n'en
parlent que comme ils en entendent parler aux autres, et, comme il
y a toujours des mécontents, ces ouvrages ne manquent pas de
contradicteurs. Après que l'on a vu que la rigole a porté les eaux
de la Montagne-Noire au bassin de Naurouse, personne n'a plus douté
de la possibilité de l'entreprise. Tout le venin s'est porté alors
du côté des travaux, et on les a décriés de telle sorte que c'est
merveille de trouver un homme qui ne soit pas prévenu de
l'impression que cette entreprise ne réussira jamais[295].»
Heureusement, les clameurs de l'envie ne troublèrent pas Riquet.
Toujours absorbé par les divers ouvrages du canal, il modifiait,
améliorait son premier plan, voulait tout voir, être partout, et, dans
sa sollicitude, ne se croyait pas suffisamment remplacé par douze
inspecteurs généraux qui dirigeaient et surveillaient les travaux sous
ses ordres. Souvent douze mille hommes y étaient employés à la fois.
Ils étaient divisés en plusieurs ateliers. Chaque atelier avait un chef,
sous lequel étaient cinq brigadiers, et chaque brigadier conduisait
cinquante travailleurs. Riquet était aussi secondé par son fils aîné, à
qui Colbert témoigna de l'amitié. En même temps, il s'était chargé de
grands travaux que le roi avait résolu de faire exécuter au port de
Cette, où, par suite d'une modification du premier projet, le canal
devait aboutir. Cependant, les fonds qu'on lui avait promis se faisaient
souvent attendre; alors, pour ne pas interrompre les travaux, Riquet
avançait tout son bien et empruntait de tous côtés. Puis, il écrivait
que l'intendant de la province l'estimait bien malheureux d'avoir trouvé
l'art de détourner les rivières et de ne savoir pas arracher tout
l'argent nécessaire pour ses grands et importants travaux; mais que son
entreprise était le plus cher de ses enfants, qu'il y recherchait la
gloire et non le profit, souhaitant avant tout de leur laisser, non de
grands biens, mais de l'honneur. Une autre fois, Riquet exprimait la
même pensée dans des termes qui le révèlent tout entier et le font
aimer. «Je regarde, disait-il à Colbert, mon ouvrage comme le plus cher
de mes enfants: _ce qui est si vrai qu'ayant deux filles à établir,
j'aime mieux les garder encore chez moi quelque temps, et employer aux
frais de mes travaux ce que je leur avais destiné pour dot_.» On voit
avec plaisir Colbert apprécier ce noble caractère comme il méritait de
l'être. En 1672, Riquet fut gravement malade. Le ministre lui écrivit la
lettre, suivante empreinte d'une véritable affection pour l'illustre
ingénieur.
«L'amitié que j'ai pour vous, les services que vous rendez au roi
et à l'État dans la plupart des soins que vous prenez, et
l'application tout entière que vous donnez au grand travail de la
communication des mers, m'avoient donné beaucoup de douleur du
mauvais état auquel votre maladie vous avoit réduit; mais j'en ai
été bien soulagé par les lettres que je viens de recevoir de votre
fils, du 23 de ce mois, qui m'apprennent que vous êtes entièrement
hors de péril, et qu'il n'est plus question que de vous rétablir et
de reprendre les forces qui vous sont nécessaires pour achever une
si grande entreprise que celle où votre zèle pour le service du roi
vous a fait engager; et, quoique cette nouvelle m'ait donné
beaucoup de joie, je ne laisserai pas d'être en inquiétude jusqu'à
ce que je reçoive de votre main des assurances de votre bonne
santé. Ne pensez qu'à la rétablir, et soyez bien persuadé de mon
amitié et de l'envie que j'ai de procurer à vous et à votre famille
des avantages proportionnés à la grandeur de votre entreprise. Je
suis tout à vous.
«COLBERT.»
«Paris, ce 30 novembre 1672[296].»
Et, comme pour mieux marquer le vif intérêt qu'il portait à son père,
Colbert écrivait à la même date au fils aîné de Riquet:
«J'ai reçu la lettre que vous m'avez escrit le 23 de ce mois, par
laquelle vous me donnez advis de ce qui se passe dans la maladie de
M. votre père. J'ay appris avec un plaisir extrême qu'il est hors
de danger, et que sa santé va tous les jours de mieux en mieux; il
est bien important qu'il pense uniquement à se restablir, et que
vous l'empeschiez de s'appliquer au travail jusqu'à ce qu'elle soit
parfaite. Cependant je seray bien aise d'apprendre par vous ce qui
se fera pour advancer les ouvrages du canal, et pour restablir le
désordre qui est arrivé à la grande jettée du cap de Cette; mais
surtout faites-moi sçavoir soigneusement, par tous les ordinaires
que vous aurez de m'escrire, l'estat de santé de M. votre
père[297].»
Le canal du Languedoc fut entièrement achevé en 1681, six mois après la
mort de Riquet, arrivée le 1er octobre 1680. Sa longueur totale, de
Cette à la Garonne, était de cinquante-quatre lieues, et il n'avait pas
fallu moins de soixante-quinze écluses pour remédier aux inégalités du
terrain. Suivant les _Comptes des bastiments du roy_, Louis XIV aurait
contribué à la dépense pour 7,736,555 livres. Les archives du canal
établissent que cette somme n'aurait pas été versée en entier.
Voici, d'après ces archives, la récapitulation de toutes les dépenses:
l. s. d.
Fourni par le roi 7,484,051 » » } l. s. d.
----par les États du Languedoc 5,807,831 16 6 } 15,249,399 16 6
----par Riquet 1,957,517 » » }
A déduire pour les ouvrages du port de Cette et du
canal de communication de l'étang de Thau à la mer,
ouvrages que le roi se charge de faire perfectionn 1,080,000 » »
______________________
Dépense du canal suivant les arrêts de liquidation
de 1677 et de 1682 14,169,599 16 6
Mais il faut ajouter à cette somme, outre 2,110,000 livres qui furent
rejetées des travaux extraordinaires faits par Riquet, au delà de ses
engagements, le prix de construction des magasins pour l'entrepôt des
marchandises, celui des barques, hôtelleries et moulins, l'intérêt des
sommes empruntées. Le prix total du canal de Languedoc s'est donc élevé
à 17 millions environ.
Parmi les nombreuses pièces de vers qui furent faites pour célébrer le
canal des deux mers, la suivante, de Pierre Corneille, est surtout
remarquable par la pompe de l'expression et l'harmonie du rhythme. Il
est fâcheux que Corneille ait substitué le Tarn à l'Aude, et que ni le
nom de Riquet ni celui de Colbert n'aient trouvé place dans ses vers.