CHAPITRE II

Rapports du suicide avec les autres phénomènes sociaux.

Puisque le suicide est, par son élément essentiel, un phénomène social,

il convient de rechercher quelle place il occupe au milieu des autres

phénomènes sociaux.

La première et la plus importante question qui se pose à ce sujet est de

savoir s'il doit être classé parmi les actes que la morale permet ou

parmi ceux qu'elle proscrit. Faut-il y voir, à un degré quelconque, un

fait criminologique? On sait combien la question a été discutée de tout

temps. D'ordinaire, pour la résoudre, on commence par formuler une

certaine conception de l'idéal moral et on cherche ensuite si le suicide

y est ou non logiquement contraire. Pour des raisons que nous avons

exposées ailleurs[309], cette méthode ne saurait être la nôtre. Une

déduction sans contrôle est toujours suspecte et, de plus, en l'espèce,

elle a pour point de départ un pur postulat de la sensibilité

individuelle; car chacun conçoit à sa façon cet idéal moral qu'on pose

comme un axiome. Au lieu de procéder ainsi, nous allons rechercher

d'abord dans l'histoire comment, en fait, les peuples ont apprécié

moralement le suicide; nous tâcherons ensuite de déterminer quelles ont

été les raisons de cette appréciation. Nous n'aurons plus alors qu'à

voir si et dans quelle mesure ces raisons sont fondées dans la nature de

nos sociétés actuelles[310].

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 108 / 163 题