Tableau VIII

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+----------------------------------+---------------------------------+

| DÉPARTEMENTS À HAUTE TAILLE. | DÉPARTEMENTS À PETITE TAILLE. |

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

| | Nombre | Taux | | Nombre | Taux |

| | des | moyen | | des | moyen |

| | exemptés | des | | exemptés | des |

| | |suicides| | |suicides|

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

| |Au-dessous| | |De 60 à | 115 |

| 1er groupe (9|de 40 pour| 180 |1er groupe |80 pour |(sans la|

| départ.) |mille | |(22 départ.).|mille |Seine |

| |examinés. | | |examinés | 101). |

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

| 2e groupe (8 | | |2e groupe (12|De 80 | |

| départ.) |De 40 à 50| 249 | départ.)... |à 100. | 88 |

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

| 3e groupe (17| | |3e groupe (14| | |

| départ.) |De 50 à 60| 170 | départ.). |Au-dessus | 90 |

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

| |Au-dessous| | |Au-dessus | 103 |

|Moyenne |de 60 pour| 191 |Moyenne |de 60 |(avec la|

|générale |mille | |générale. |pour mille|Seine). |

| |examinés. | | |examinés. |93 (sans|

| | | | | |la |

| | | | | |Seine). |

+--------------+----------+--------+-------------+----------+--------+

*/

Le taux des suicides ne croît pas, d'une manière régulière,

proportionnellement à l'importance relative des éléments kymriques ou

supposés tels; car le premier groupe, où les tailles sont le plus

hautes, compte moins de suicides que le second, et pas sensiblement

plus que le troisième; de même, les trois derniers sont à peu près au

même niveau[62], quelqu'inégaux qu'ils soient sous le rapport de la

taille. Tout ce qui ressort de ces chiffres, c'est que, au point de vue

des suicides comme à celui de la taille, la France est partagée en deux

moitiés, l'une septentrionale où les suicides sont nombreux et les

tailles élevées, l'autre centrale où les tailles sont moindres et où

l'on se tue moins, sans que, pourtant, ces deux progressions soient

exactement parallèles. En d'autres termes, les deux grandes masses

régionales que nous avons aperçues sur la carte ethnographique se

retrouvent sur celle des suicides; mais la coïncidence n'est vraie qu'en

gros et d'une manière générale. Elle ne se retrouve pas dans le détail

des variations que présentent les deux phénomènes comparés.

Une fois qu'on l'a ainsi ramenée à ses proportions véritables, elle ne

constitue plus une preuve décisive en faveur des éléments ethniques; car

elle n'est plus qu'un fait curieux, qui ne suffit pas à démontrer une

loi. Elle peut très bien n'être due qu'à la simple rencontre de facteurs

indépendants. Tout au moins, pour qu'on pût l'attribuer à l'action des

races, il faudrait que cette hypothèse fût confirmée et même réclamée,

par d'autres faits. Or, tout au contraire, elle est contredite par ceux

qui suivent:

1° Il serait étrange qu'un type collectif comme celui des Allemands,

dont la réalité est incontestable et qui a pour le suicide une si

puissante affinité, cessât de la manifester dès que les circonstances

sociales se modifient, et qu'un type à demi problématique comme celui

des Celtes ou des anciens Belges, dont il ne reste que de rares

vestiges, eût encore aujourd'hui sur cette même tendance une action

efficace. Il y a trop d'écart entre l'extrême généralité des caractères

qui en perpétuent le souvenir et la spécialité complexe d'un tel

penchant.

2° Nous verrons plus loin que le suicide était fréquent chez les anciens

Celtes[63]. Si donc, aujourd'hui, il est rare dans les populations qu'on

suppose être d'origine celtique, ce ne peut être en vertu d'une

propriété congénitale de la race, mais de circonstances extérieures qui

ont changé.

3° Celtes et Kymris ne constituent pas des races primitives et pures;

ils étaient affiliés «par le sang, comme par le langage et les

croyances[64]». Les uns et les autres ne sont que des variétés de cette

race d'hommes blonds et à haute stature qui, soit par invasions en

masse, soit par essaims successifs, se sont peu à peu répandus dans

toute l'Europe. Toute la différence qu'il y a entre eux au point de vue

ethnographique, c'est que les Celtes, en se croisant avec les races

brunes et petites du Midi, se sont écartés davantage du type commun. Par

conséquent, si la plus grande aptitude des Kymris pour le suicide a des

causes ethniques, elle viendrait de ce que, chez eux, la race primitive,

s'est moins altérée. Mais alors, on devrait voir, même en dehors de la

France, le suicide croître d'autant plus que les caractères distinctifs

de cette race sont plus accusés. Or il n'en est rien. C'est en Norwège

que se trouvent les plus hautes tailles de l'Europe (1 m. 72) et,

d'ailleurs, c'est vraisemblablement du Nord, en particulier des bords de

la Baltique, que ce type est originaire; c'est aussi là qu'il passe pour

s'être le mieux maintenu. Pourtant, dans la presqu'île Scandinave, le

taux des suicides n'est pas élevé. La même race, dit-on, a mieux

conservé sa pureté en Hollande, en Belgique et en Angleterre qu'en

France[65], et cependant ce dernier pays est beaucoup plus fécond en

suicides que les trois autres.

Du reste, cette distribution géographique des suicides français peut

s'expliquer sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir les

puissances obscures de la race. On sait que notre pays est divisé,

moralement aussi bien qu'ethnologiquement, en deux parties qui ne se

sont pas encore complètement pénétrées. Les populations du Centre et du

Midi ont gardé leur humeur, un genre de vie qui leur est propre et,

pour cette raison, résistent aux idées et aux mœurs du Nord. Or, c'est

au Nord que se trouve le foyer de la civilisation française; elle est

donc restée chose essentiellement septentrionale. D'autre part, comme

elle contient, ainsi qu'on le verra plus loin, les principales causes

qui poussent les Français à se tuer, les limites géographiques de sa

sphère d'action sont aussi celles de la zone la plus fertile en

suicides. Si donc les gens du Nord se tuent plus que ceux du Midi, ce

n'est pas qu'ils y soient plus prédisposés en vertu de leur tempérament

ethnique; c'est simplement que les causes sociales du suicide sont plus

particulièrement accumulées au nord de la Loire qu'au sud.

Quant à savoir comment cette dualité morale de notre pays s'est produite

et maintenue, c'est une question d'histoire que des considérations

ethnographiques ne sauraient suffire à résoudre. Ce n'est pas ou, en

tout cas, ce n'est pas seulement la différence des races qui a pu eu

être cause; car des races très diverses sont susceptibles de se mêler et

de se perdre les unes dans les autres. Il n'y a pas entre le type

septentrional et le type méridional un tel antagonisme que des siècles

de vie commune n'aient pu en triompher. Le Lorrain ne différait pas

moins du Normand que le Provençal de l'habitant de l'Ile-de-France. Mais

c'est que, pour des raisons historiques, l'esprit provincial, le

traditionnalisme local sont restés beaucoup plus forts dans le Midi,

tandis qu'au Nord la nécessité de faire face à des ennemis communs, une

plus étroite solidarité d'intérêts, des contacts plus fréquents ont

rapproché plus tôt les peuples et confondu leur histoire. Et c'est

précisément ce nivellement moral qui, en rendant plus active la

circulation des hommes, des idées et des choses, a fait de cette

dernière région le lieu d'origine d'une civilisation intense[66].

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 33 / 163 题