Tableau VII

_Comparaison des provinces autrichiennes au point de vue du suicide et

de la race._

/*

+--------------------------------+------------+----------------------+

| | SUR 100 | TAUX DES SUICIDES |

| | habitants | par million. |

| | combien | |

| |d'Allemands.| |

+-----------+--------------------+------------+---+------------------+

| |Autriche inférieure.| 95,90 |254| |

| Provinces +--------------------+------------+---+ |

| |Autriche supérieure.| 100 |110| Moyenne |

| purement +--------------------+------------+---+ |

| | Salzbourg | 100 |120| 106. |

|allemandes.+--------------------+------------+---+ |

| | Tyrol transalpin | 100 |88 | |

+-----------+--------------------+------------+---+------------------+

| | Carinthie | 71,40 |92 | |

|En majorité+--------------------+------------+---+ Moyenne |

| | Styrie | 62,45 |94 | |

|allemandes.+--------------------+------------+---+ 125. |

| | Silésie | 53,37 |190| |

+-----------+--------------------+------------+---+--------+---------+

|À minorité | Bohême | 37,64 |158| | |

| +--------------------+------------+---+ Moyenne| |

| allemande | Moravie | 26,33 |136| | |

| +--------------------+------------+---+ 140. | |

|importante.| Bukovine | 9,06 |128| |Moyennes |

+-----------+--------------------+------------+---+--------+ |

| | Galicie | 2,72 |82 | | des |

| +--------------------+------------+---+ | |

|À minorité | Tyrol cisalpin | 190 |88 | |2 groupes|

| +--------------------+------------+---+ | |

| allemande | Littoral | 1,62 |38 | | 86. |

| +--------------------+------------+---+ | |

| faible. | Carniole | 6,20 |46 | | |

| +--------------------+------------+---+ | |

| | Dalmatie | ----- |14 | | |

+--------------------------------------------------------------------+

*/

Il nous est impossible d'apercevoir dans ce tableau, que nous empruntons

à Morselli lui-même, la moindre trace de l'influence allemande. La

Bohême, la Moravie et la Bukovine qui comprennent seulement de 37 à 9 %

d'Allemands ont une moyenne de suicides (140) supérieure à celle de la

Styrie, de la Carinthie et de la Silésie (125) où les Allemands sont

pourtant en grande majorité. De même, ces derniers pays, où se trouve

pourtant une importante minorité de Slaves, dépassent, pour ce qui

regarde le suicide, les trois seules provinces où la population est tout

entière allemande, la Haute-Autriche, le Salzbourg et le Tyrol

transalpin. Il est vrai que l'Autriche inférieure donne beaucoup plus de

suicides que les autres régions; mais l'avance qu'elle a sur ce point ne

saurait être attribuée à la présence d'éléments allemands, puisque

ceux-ci sont plus nombreux dans la Haute-Autriche, le Salzbourg et le

Tyrol transalpin où l'on se tue deux ou trois fois moins. La vraie cause

de ce chiffre élevé, c'est que l'Autriche inférieure a pour chef-lieu

Vienne qui, comme toutes les capitales, compte tous les ans un nombre

énorme de suicides; en 1876, il s'en commettait 320 par million

d'habitants. Il faut donc se garder d'attribuer à la race ce qui

provient de la grande ville. Inversement, si le Littoral, la Carniole et

la Dalmatie ont si peu de suicides, ce n'est pas l'absence d'Allemands

qui en est cause; car, dans le Tyrol cisalpin, en Galicie, où pourtant

il n'y a pas plus d'Allemands, il y a de deux à cinq fois plus de morts

volontaires. Si même on calcule le taux moyen des suicides pour

l'ensemble des huit provinces à minorité allemande, on arrive au chiffre

de 86, c'est-à-dire autant que dans le Tyrol transalpin, où il n'y a que

des Allemands, et plus que dans la Carinthie et dans la Styrie où ils

sont en très grand nombre. Ainsi, quand l'Allemand et le Slave vivent

dans le même milieu social, leur tendance au suicide est sensiblement la

même. Par conséquent, la différence qu'on observe entre eux quand les

circonstances sont autres, ne tient pas à la race.

Il en est de même de celle que nous avons signalée entre l'Allemand et

le Latin. En Suisse, nous trouvons ces deux races en présence. Quinze

cantons sont allemands soit en totalité, soit en partie. La moyenne des

suicides y est de _186_ (année 1876). Cinq sont en majorité français

(Valais, Fribourg, Neufchâtel, Genève, Vaud). La moyenne des suicides y

est de _255_. Celui de ces cantons où il s'en commet le moins, le Valais

(10 pour 1 million) se trouve être justement celui où il y a le plus

d'Allemands (319 sur 1,000 habitants); au contraire, Neufchâtel, Genève

et Vaud, où la population est presque tout entière latine, ont

respectivement 486, 321, 371 suicides.

Pour permettre au facteur ethnique de mieux manifester son influence si

elle existe, nous avons cherché à éliminer le facteur religieux qui

pourrait la masquer. Pour cela, nous avons comparé les cantons allemands

aux cantons français de même confession. Les résultats de ce calcul

n'ont fait que confirmer les précédents:

_Cantons suisses._

/*

+---------------------+-----------+---------------------+------------+

|Catholiques allemands|87 suicides|Protestants allemands|293 suicides|

+---------------------+-----------+---------------------+------------+

| ---- français |83 ---- | ---- français |456 ------ |

+---------------------+-----------+---------------------+------------+

*/

D'un côté, il n'y a pas d'écart sensible entre les deux races; de

l'autre, ce sont les Français qui ont la supériorité.

Les faits concordent donc à démontrer que, si les Allemands se tuent

plus, que les autres peuples, la cause n'en, est pas au sang qui coule

dans leurs veines, mais à la civilisation au sein de laquelle ils sont

élevés. Cependant, parmi les preuves qu'a données Morselli pour établir

l'influence de la race, il en est une qui, au premier abord, pourrait

passer pour plus concluante. Le peuple français résulte du mélange de

deux races principales, les Celtes et les Kymris, qui, dès l'origine, se

distinguaient l'une de l'autre par la taille. Dès l'époque de Jules

César, les Kymris étaient connus pour leur haute stature. Aussi est-ce

d'après la taille des habitants que Broca a pu déterminer de quelle

manière ces deux races sont actuellement distribuées sur la surface de

notre territoire, et il a trouvé que les populations d'origine celtique

sont prépondérantes au sud de la Loire, celles d'origine kymrique au

nord. Cette carte ethnographique offre donc une certaine ressemblance

avec celle des suicides; car nous savons que ceux-ci sont cantonnés dans

la partie septentrionale du pays et sont, au contraire, à leur _minimum_

dans le Centre et dans le Midi. Mais Morselli est allé plus loin. Il a

cru pouvoir établir que les suicides français variaient régulièrement

selon le mode de distribution des éléments ethniques. Pour procéder à

cette démonstration, il constitua six groupes de départements, calcula

pour chacun d'eux la moyenne des suicides et aussi celle des conscrits

exemptés pour défaut de taille; ce qui est une manière indirecte, de

mesurer la taille moyenne de la population correspondante, car elle

s'élève dans la mesure où le nombre des exemptés diminue. Or il se

trouve que ces deux séries de moyennes varient en raison inverse l'une

de l'autre; il y a d'autant plus de suicides qu'il y a moins d'exemptés

pour taille insuffisante, c'est-à-dire que la taille moyenne est plus

haute[59].

Une correspondance aussi exacte, si elle était établie, ne pourrait

guère être expliquée que par l'action de la race. Mais la manière dont

Morselli est arrivé à ce résultat ne permet pas de le considérer comme

acquis. Il a pris, en effet, comme base de sa comparaison, les six

groupes ethniques distingués par Broca[60] suivant le degré supposé de

pureté des deux races celtiques ou kymriques. Or, quelle que soit

l'autorité de ce savant, ces questions ethnographiques sont beaucoup

trop complexes et laissent encore trop de place à la diversité des

interprétations et des hypothèses contradictoires pour qu'on puisse

regarder comme certaine la classification qu'il a proposée. Il n'y a

qu'à voir de combien de conjectures historiques, plus ou moins

invérifiables, il a dû l'appuyer, et, s'il ressort avec évidence de ces

recherches qu'il y a en France deux types anthropologiques nettement

distincts, la réalité des types intermédiaires et diversement nuancés

qu'il a cru reconnaître est bien plus douteuse[61]. Si donc, laissant de

côté ce tableau systématique, mais peut-être trop ingénieux, on se

contente de classer les départements d'après la taille moyenne qui est

propre à chacun d'eux (c'est-à-dire d'après le nombre moyen des

conscrits exemptés pour défaut de taille) et si, en regard de chacune de

ces moyennes, on met celle des suicides, on trouve les résultats

suivants qui diffèrent sensiblement de ceux qu'a obtenus Morselli:

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 32 / 163 题