Tableau V[31]

_Tendance à la folie dans les différentes confessions religieuses._

/*

+-----------------------------+--------------------------------------+

| | NOMBRE DE FOUS SUR 1.000 HABITANTS |

| | de chaque culte |

| +--------------+--------------+--------+

| | Protestants. | Catholiques. | Juifs. |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Silésie (1858). | 0,74 | 0,79 | 1,55 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Mecklembourg (1862). | 1,36 | 2,0 | 5,33 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Duché de Bade (1863). | 1,34 | 1,41 | 2,24 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| " (1873). | 0,95 | 1,19 | 1,44 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Bavière (1871). | 0,92 | 0,96 | 2,86 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Prusse (1871). | 0,80 | 0,87 | 1,42 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Wurtemberg (1832). | 0,65 | 0,68 | 1,77 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| " (1853). | 1,06 | 1,06 | 1,49 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| " (1875). | 2,18 | 1,86 | 3,96 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Grand-Duché de Hesse (1864).| 0,63 | 0,59 | 1,42 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Oldenbourg (1871). | 2,12 | 1,76 | 3,37 |

+-----------------------------+--------------+--------------+--------+

| Canton de Berne (1871). | 2,64 | 1,82 | |

+--------------------------------------------------------------------+

*/

On voit que la folie est beaucoup plus fréquente chez les juifs que dans

les autres confessions religieuses; il y a donc tout lieu de croire que

les autres affections du système nerveux y sont également dans les

mêmes proportions. Or, tout au contraire, le penchant au suicide y est

très faible. Nous montrerons même plus loin que c'est la religion où il

a le moins de force[32]. _Par conséquent, dans ce cas, le suicide varie

en raison inverse des états psychopathiques_, bien loin d'en être le

prolongement. Sans doute, il ne faudrait pas conclure de ce fait que les

tares nerveuses et cérébrales pussent jamais servir de préservatifs

contre le suicide; mais il faut qu'elles aient bien peu d'efficacité

pour le déterminer, puisqu'il peut s'abaisser à ce point au moment même

où elles atteignent leur plus grand développement.

Si l'on compare seulement les catholiques aux protestants, l'inversion

n'est pas aussi générale; cependant elle est très fréquente. La tendance

des catholiques à la folie n'est inférieure à celle des protestants que

4 fois sur 12 et encore l'écart entre eux est-il très faible. Nous

verrons, au contraire, au tableau XVIII[33] que, partout, sans aucune

exception, les premiers se tuent beaucoup moins que les seconds.

3° Il sera établi plus loin[34] que, dans tous les pays, la tendance au

suicide croît régulièrement depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse la

plus avancée. Si, parfois, elle régresse après 70 ou 80 ans, le recul

est très léger; elle reste toujours à cette période de la vie deux et

trois fois plus forte qu'à l'époque de la maturité. Inversement, c'est

pendant la maturité que la folie éclate avec le plus de fréquence. C'est

vers la trentaine que le danger est le plus grand; au delà il diminue,

et c'est pendant la vieillesse qu'il est, et de beaucoup, le plus

faible[35]. Un tel antagonisme serait inexplicable si les causes qui

font varier le suicide et celles qui déterminent les troubles mentaux

n'étaient pas de nature différente.

Si l'on compare létaux des suicides à chaque âge, non plus avec la

fréquence relative des cas nouveaux de folie qui se produisent à la même

période, mais avec l'effectif proportionnel de la population aliénée,

l'absence de tout parallélisme n'est pas moins évidente. C'est vers 35

ans que les fous sont le plus nombreux relativement à l'ensemble de la

population. La proportion reste à peu près la même jusque vers 60 ans;

au delà elle diminue rapidement. Elle est donc _minima_ quand le taux

des suicides est _maximum_ et, auparavant, il est impossible

d'apercevoir aucune relation régulière entre les variations qui se

produisent de part et d'autre[36].

4° Si l'on compare les différentes sociétés au double point de vue du

suicide et de la folie, on ne trouve pas davantage de rapport entre les

variations de ces deux phénomènes. Il est vrai que la statistique de

l'aliénation mentale n'est pas faite avec assez de précision pour que

ces comparaisons internationales puissent être d'une exactitude très

rigoureuse. Il est cependant remarquable que les deux tableaux suivants,

que nous empruntons à deux auteurs différents, donnent des résultats

sensiblement concordants.

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 22 / 163 题