L'Histoire de France de M. Guizot en est à son troisième volume. Ce
volume ne le cède en rien aux deux qui l'ont précédé. On y retrouve la
même clarté et la même élégance dans l'exposition des faits. C'est la
même intelligence nette et vive qui en éclaire les points obscurs, le
même esprit ferme qui en dégage la moralité. Il commence avec François
Ier pour finir avec Henri IV. Cette période est l'une des plus
intéressantes et des plus dramatiques de notre histoire nationale.
D'abord c'est du commencement du XVIe siècle que date la Renaissance.
Non que le moyen Age ait été une époque de stérilité et de décadence. Il
a son encyclopédiste, le moine Vincent de Beauvais; ses philosophes,
Gerbert, Abélard, Bernard, Robert de Sorbon; il a ses prosateurs,
Villehardouin, Joinville, Froissart, Commynes. Mais au moment où nous
sommes parvenus, une grande révolution a lieu dans la marche de notre
génie national. Il quitte sa voie propre, originale, pour
[Illustration: Vincent de Beauvais.]
s'engager dans celle de l'imitation, où vont le pousser peuples et
princes, également affolés des oeuvres et des gloires des sociétés de la
Grèce et de Rome, remises en honneur. C'est encore à cette époque que
remonte la révolution religieuse opérée par Luther en Allemagne, Zwingle
en Suisse et Calvin à Genève et en France, révolution qui alluma tant de
guerres dans ce dernier pays, et, au nom de Dieu, y fit commettre tant
de crimes. Deux figures se détachent au point culminant de cette lugubre
époque, les héros de la Saint-Barthélemy, Charles IX et Catherine de
Médicis. Que de nobles victimes tombées à côté de l'amiral de Coligny,
dans cette nuit sanglante! On sait que ce n'est qu'en abjurant le
protestantisme que le prince de Condé et celui qui devait être Henri IV
purent sauver leur vie. Mais le Béarnais n'était pas homme à se laisser
lier par cet acte obtenu par la violence. Sous une apparente bonhomie,
c'était un esprit fin, rusé, souple au besoin, peu scrupuleux sur
l'emploi des moyens, et allant avec une invincible ténacité à son but,
qui était la conquête du royaume et de la royauté. Et lorsque parvenu au
pied du trône, il mil à interroger sa conscience pour savoir si elle lui
[Illustration: Abjuration de Henri IV.]
permettait d'en escalader les marches, il trouva tout naturellement que
«Paris valait bien une messe». Un de nos dessins se rapporte à cette
seconde abjuration du roi Henri, qui eut lieu le dimanche 25 juillet
1593. Le roi est représenté se rendant en grande pompe à l'église
Saint-Denis. Arrivé avec toute sa suite devant le grand portail, il y
fut reçu par l'archevêque de Bourges, Regnault de Beaune, et tous les
religieux de l'abbaye.--Qui êtes-vous? lui demanda l'archevêque, qui
officiait.--Je suis le roi.--Que demandez-vous?--Je demande à être reçu
dans le giron de l'église catholique, apostolique et romaine.--Le
désirez-vous?--Oui, je le veux et le désire. A cette parole, le roi se
mit à genoux et fit la profession de foi convenue. Tout était fini et
Henri IV, suivant son expression, «avait fait le saut périlleux». Par
cet acte et la trahison de Brissac, le nouveau roi, mis en possession du
trône, eut vite réduit sous son obéissance la Bourgogne, la Picardie et
la Bretagne, qui seules refusaient de se soumettre. Libre désormais de
soucis de ce côté, il travailla alors énergiquement à la restauration de
l'autorité royale, et par diverses mesures: la destruction des
franchises municipales, les rigueurs de la censure royale,
l'asservissement du parlement et la réforme universitaire, il prépara et
rendit possible la monarchie despotique de Richelieu et de Louis XIV.
Seize ans plus tard, passant dans la rue de la Ferronnerie en son
carrosse où il se trouvait avec MM. de Montbazon et d'Epernon, il
tombait frappé de deux coups de couteau par Ravaillac. Malherbe, alors
attaché au service d'Henri IV, a raconté dans une lettre cet abominable
assassinat. «Tout aussitôt, écrit-il, le carrosse tourna vers le Louvre.
Le roi fut porté en haut par M. de Montbazon, le comte de Curzon en
Quercy et mis sur le lit de son cabinet, et sur les deux heures porté
sur le lit de sa chambre, où il fut tout le lendemain et le dimanche. Un
chacun allait lui donner de l'eau bénite. Je ne vous dis rien des pleurs
de la reine; cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, je crois
qu'il ne pleura jamais tant qu'à cette occasion.» Tels sont les
événements retracés dans le troisième volume de l'_Histoire de France_
de M. Guizot. Nous avons dit combien attachante en est la lecture; nous
n'y reviendrons pas. Ajoutons que ce volume qui, on le sait, sort de la
librairie Hachette, est magnifiquement illustré de soixante-quatorze
gravures dessinées sur bois par M. de Neuville.
[Illustration: Abélard.]
[Illustration: Charles IX et Catherine de Médicis. Gravures extraites de
l'_Histoire de France racontée à mes petits-enfants_, par M. Guizot.
(Hachette et Cie, éditeurs.)]
UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L INSURRECTION CARLISTE