Fanfan Lazette était un mauvais sujet qui faisait le désespoir de ses
parents, qui se moquait des sermons du curé, qui semait le désordre
dans la paroisse et qui--conséquence fatale--était la coqueluche de
toutes les jolies filles des alentours.
Le père Lazette l'avait mis au collège de L'Assomption, d'où il
s'était échappé pour aller à Montréal l'aire un métier quelconque. Et
puis il avait passé deux saisons dans les chantiers et était revenu
chez son père qui se faisait vieux, pour diriger les travaux de la
ferme.
Fanfan était un rude gars au travail, il fallait lui donner cela, et
il besognait comme quatre lorsqu'il s'y mettait; mais il était
journalier, comme on dit au pays, et il faisait assez souvent des
neuvaines qui n'étaient pas toujours sous l'invocation de saint
François-Xavier.
Comme il faisait tout à sa tête, il avait pris pour habitude de ne
faire ses pâques qu'après la période de rigueur, et il mettait une
espèce de fanfaronnade à ne s'approcher des sacrements qu'après que
tous les fidèles s'étaient mis en règle avec les commandements de
l'Église.
Bref, Fanfan était un luron que les commères du village traitaient de
_pendard_, que les mamans qui avaient des filles à marier
craignaient comme la peste et qui passait, selon les lieux où on
s'occupait de sa personne, pour un bon diable ou pour un mauvais
garnement.
Pierriche Desrosiers et Maxime Sanssouci se levèrent pour lui
souhaiter la bienvenue et pour l'inviter à prendre un coup, qu'il
s'empressa de ne pas refuser.
--Et maintenant, Fanfan, raconte-nous ton histoire de bête à
grand'queue. Maxime veut faire l'incrédule et prétend que tu veux
nous en faire accroire.
--Ouidà, oui! Eh bien, tout ce que je peux vous dire, c'est que si
c'eût été Maxime Sanssouci qui eut rencontré la bête au lieu de moi,
je crois qu'il ne resterait plus personne pour raconter l'histoire,
au jour d'aujourd'hui.
Et, s'adressant à Maxime Sanssouci:
--Et toi, mon p'tit Maxime, tout ce que je te souhaite, c'est de ne
jamais te trouver en pareille compagnie; tu n'as pas les bras assez
longs, les reins assez solides et le corps assez raide pour te tirer
d'affaire dans une pareille rencontre. Écoute-moi bien et tu m'en
diras des nouvelles ensuite.
Et puis:
--André, trois verres de Molson réduit.