_Voltaire entretient une correspondance plus suivie avec
Richelieu: comment il félicite son «héros» de son esprit de
tolérance.--Préoccupations de Richelieu en matière de théâtre.--Mme
Favart, le Maréchal de Saxe et le Maréchal de Richelieu.--Conflit
avec l’archevêque de Paris.--Richelieu fréquente volontiers à
l’Académie.--Un incident de séance.--Brouille passagère du Maréchal
avec Voltaire.--Élections académiques: nomination du Maréchal
de Belle-Isle.--Réforme des statuts académiques.--Intervention
de Louis XV contre Piron.--Difficultés de Richelieu avec l’abbé
d’Olivet.--Roueries électorales._
Par une coïncidence digne d’être notée, la correspondance, jusqu’alors
très espacée, de Voltaire avec Richelieu, devient plus fréquente et
plus suivie, depuis l’heure où le Maréchal, en froid avec la Cour, ne
fait plus mystère à son adulateur de ses griefs contre elle. Mais, si
nous avons les lettres que Voltaire adressait à son «héros», celles
qu’il en recevait (et elles étaient encore assez nombreuses) ont
disparu, comme tant d’autres documents précieux, des papiers du «Vieux
Malade de Ferney». La perte est regrettable; car, bien qu’incorrecte et
négligée, le peu de prose--non officielle--qu’on possède de Richelieu,
n’est pas dépourvue d’intérêt, d’originalité, ni même d’esprit.
Le Maréchal avait un fonds sérieux d’affection pour Voltaire, qui lui
ressemblait (celui-ci l’a souvent écrit), «si fort en laid»; mais
cette tendresse était agressive, à la façon de l’amitié de ces hommes
illustres qui caressaient leurs familiers en leur pinçant l’oreille
jusqu’au sang. Voltaire se plaignait d’ordinaire doucement; mais
parfois aussi la griffe léonine emportait le morceau; et la colère du
blessé, s’exhalant dans le sein d’amis discrets, traitait le bourreau
de «vieille poupée», sans préjudice d’autres aménités du même goût.
Donc, à partir de 1751, et pendant vingt-cinq années consécutives,
cette correspondance ne chômera pas, au moins du côté de Voltaire,
correspondance trop souvent monotone, car le poète réclame
perpétuellement de son grand ami qu’il fasse jouer un peu partout
son répertoire tragique, ou bien se répand en lamentations, comme un
autre Jean-Jacques, sur les persécutions dont il est accablé. Mais,
en revanche, il apporte une contribution importante à la biographie
de Richelieu, nous renseigne sur la vie provinciale du gouverneur du
Languedoc et de la Guyenne, sur ses goûts littéraires et artistiques,
sur sa famille et ses amis.
La lettre du 31 août 1751 est démesurément longue comme celle de 1750.
«Vous avez, dit-elle, les mêmes bontés pour mes musulmans que pour vos
calvinistes des Cévennes. Dieu vous bénira d’avoir protégé la liberté
de conscience. Faire jouer le prophète Mahomet à Paris et laisser prier
Dieu en français chez vos montagnards du Languedoc, sont des choses qui
m’édifient merveilleusement!»
C’était à peu près la réponse prêtée à Richelieu, quand on s’étonnait
à Montpellier qu’il n’adoptât pas les mesures mesquines et vexatoires
prescrites par le ministre Saint-Florentin contre les protestants:
«Je m’embarrasse fort peu que les hommes prient Dieu à leur manière,
pourvu qu’ils ne troublent pas l’ordre public.»
A cette époque où la tolérance n’avait pas encore pris racine dans les
sphères gouvernementales, le mot pouvait paraître hardi; et l’on se
demande s’il n’était pas un écho des causeries voltairiennes.
La lettre du 31 août rappelle encore les prétendues persécutions (il
en était cependant de réelles) exercées contre le philosophe et sur
lesquelles il revient toujours si complaisamment; mais il donne une
place autrement considérable à son futur _Siècle de Louis XIV_ où,
dit-il, aucun contemporain «vivant» n’est nommé, sauf Richelieu et
Belle-Isle. C’est une de ses formes de flatterie indirecte à l’adresse
du Maréchal: il sait cependant lui plaire bien plus encore, quand il
lui écrit: «Vous me dites que vous devenez vieux, vous ne le serez
jamais... Vous êtes aussi respectable dans l’amitié que vous avez
été charmant dans l’amour.» Mais Richelieu, toujours taquin, avait
renouvelé sa question: «Pourquoi êtes-vous en Prusse?» Et Voltaire
de reprendre son antienne sur la clef de chambellan, la croix, la
pension et surtout «la vie délicieuse» à Berlin, chez Frédéric. Puis
aussitôt la contre-partie dont il est facile de saisir le sous-entendu:
«Qu’importe à un roi de France un atome de plus ou de moins comme moi?»
Et, cette fois, il n’est plus question de ces salamalecs qu’il priait
Richelieu de mettre aux pieds de Mme de Pompadour. Il a dû deviner ou
apprendre que le «héros» et la favorite étaient en délicatesse.
Mais, pour le courtisan qu’était le Maréchal, l’éloignement, qu’il
s’était imposé, d’un foyer d’intrigues--hier encore son véritable
élément--lui semblait le plus cruel des maux. Aussi, pour tromper son
ennui et donner libre carrière à ce besoin d’activité, qui était pour
lui une seconde nature, se dépensait-il en besognes de toutes sortes,
avec plus de fougue que d’esprit de suite, au gré de cette humeur
tatillonne, dont les boutades déconcertaient ses plus zélés partisans.
Il avait le goût des lettres et des arts: le théâtre surtout avait
ses préférences et Voltaire le savait bien, quand il l’entretenait
jusqu’à satiété de ses pièces, qu’il lui en soumettait le plan, les
scènes et les actes, qu’il lui demandait ses conseils ou sa critique
et qu’il finissait par les lui faire jouer à Paris, à Versailles, ou à
Fontainebleau. Bien mieux, il en obtenait l’interdiction des parodies
de ses tragédies, comme, par exemple, celle de _Sémiramis_, qui devait
être représentée sur le théâtre de la Cour[411].
[411] _Lettres de Mme du Châtelet_ (édition Asse, 1875). Lettre
de Cirey, du 13 janvier 1749.
Depuis que Mme de Pompadour s’était improvisée ordonnatrice des
spectacles des Petits Appartements, Richelieu s’était rejeté sur les
scènes parisiennes qui étaient sous la surveillance des premiers
gentilshommes de la Chambre. C’est ainsi qu’il avait eu à connaître
des désordres survenus à la Comédie Italienne, après la détention de
Mme Favart, victime des persécutions et des violences du Maréchal de
Saxe. Ce glorieux soudard n’avait pu pardonner à la sémillante actrice
de lui résister. Il l’avait fait suivre, traquer et finalement enlever
par l’inspecteur de police Meusnier qui l’avait internée dans un
couvent[412]. Les habitués de la Comédie Italienne, dont Mme Favart
était pensionnaire, sur la recommandation de Richelieu, avaient
attribué l’infortune de l’étoile à la jalousie d’une de ses compagnes,
Coraline, et, pour punir celle-ci, avaient monté contre elle une
formidable cabale. Dans une lettre qu’il écrivait à Mme Favart, Maurice
de Saxe lui représentait Richelieu exaspéré contre elle, le lieutenant
de police lui ayant affirmé qu’elle était l’auteur de tout ce tumulte;
mais ce bon apôtre de Maurice de Saxe en avait pris, disait-il, la
défense et raconté au Maréchal que Mme Favart avait cherché, au
contraire, à calmer les spectateurs de l’amphithéâtre par ce «fort bon
propos»:
[412] MEUSNIER: Manuscrit trouvé à la Bastille, 1789.
--«Messieurs, je vous suis obligée, mais vous me faites plus de mal que
de bien.»
Et Richelieu, persuadé par Maurice de Saxe, avait mis l’émeute sur
le compte de Coraline, mais plutôt encore sur celui du comédien
Rochard qu’il se proposait d’envoyer au For Levêque, dès son retour de
Fontainebleau[413].
[413] _Mémoires et correspondance_ de FAVART, édités par son
petit-fils et par Dumolard (1808), t. I, préface, pp. LV et
suiv.
Il faut reconnaître toutefois que si les exigences de son humeur
capricieuse et de son esprit pointilleux rendaient souvent difficiles
ses rapports avec ses justiciables du théâtre, il savait défendre, à
l’occasion, non moins obstinément, leurs intérêts professionnels. En
février 1751, l’archevêque de Paris vint supplier le roi d’accorder,
comme droit des pauvres, à l’Hôpital Général, le quart des recettes
de l’Opéra et des Comédies, soit cent mille écus. Richelieu, alors
premier gentilhomme en exercice, s’y refusa: il voulait que cette somme
fût mise en réserve pour les embellissements des trois théâtres et les
gratifications du personnel. Louis XV, afin de trancher le conflit,
abandonna les cent mille écus au prélat, mais prit sur d’autres fonds
la restitution réclamée par Richelieu[414].
[414] _Journal_ de LUYNES, t. XI, p. 37.--Favart raconte, dans
une de ses lettres au comte de Durazzo (25 décembre 1761),
une scène à peu près semblable qui se passa au «Conseil des
dépêches, où se discutait la grande affaire de l’Opéra-Comique».
L’Archevêque de Paris était intervenu en faveur du spectacle
forain, appuyé par le Procureur général et les administrateurs
des hôpitaux. Et comme le roi s’étonnait, sur le mode badin,
qu’un prince de l’Église devînt l’avocat d’histrions qu’il
avait l’habitude d’excommunier, Richelieu dit à son tour: Ne
trouvez pas mauvais, Monsieur l’Archevêque, que les Comédiens
italiens et l’Opéra-Comique vous fassent assigner pour déduire
vos raisons. Un instant déconcerté, le prélat finit par avouer
qu’un spectacle de plus était un supplément de bénéfices pour
les pauvres, au profit desquels on prélevait le quart des
recettes. Choiseul, qui assistait à l’entretien, s’y montrait
aussi indifférent que le roi. «J’ai fait mon incorporation
militaire, dit-il; qu’on fasse, si l’on veut, l’incorporation
comique.» (Il s’agissait de la fusion de l’Opéra-Comique avec
le Théâtre Italien, réalisée en 1762.) Et Favart conclut que
«le sublime projet» a dû échouer.
Chez cet homme, qui s’estimait l’héritier de la pensée du Cardinal,
s’était ancrée, comme le sentiment du véritable devoir, la
préoccupation d’assurer la conservation des idées et des œuvres de
l’illustre ancêtre. Il savait de quelle protection le premier ministre
de Louis XIII avait encouragé le développement des lettres et des
arts, et combien il aimait les jeux du théâtre. Son petit-neveu
leur fut propice. Par la même raison, il se crut indispensable aux
destinées et à la gloire de l’Académie Française. Il en suivait aussi
assidûment que possible les travaux, se mêlait aux discussions de
ses collègues, partageait et même provoquait leurs querelles. Il
recherchait l’honneur d’être leur interprète, quand il s’agissait de
présenter au roi les compliments de l’Académie; mais il ne remplissait
pas toujours brillamment cet office. Chargé, en 1749, de féliciter
le Souverain à l’occasion de la paix, il avait prié Voltaire de lui
rédiger une harangue appropriée à la circonstance; et, par réciprocité,
il lui avait promis de remettre au prince le _Panégyrique de Louis XV_,
flatterie délicate du poète qui lui vaudrait peut-être de rentrer en
grâce. Au jour dit, le 21 février, Richelieu commence, d’une voix
assurée, son compliment: il parle des «bouches de la Renommée qui
publient les victoires du roi[415]», mais, soudain, il pâlit, balbutie
et reste court[416]; il entend murmurer, à côté de lui, et avant même
qu’il ne les prononce, les phrases de son propre discours; il voit la
figure de Maurepas s’éclairer d’un sourire narquois[417]. Mais cette
défaillance ne dure que quelques secondes; il improvise une autre
harangue, soufflé par son confrère l’abbé d’Olivet; et d’Argenson
reconnaît qu’il se tire adroitement de ce mauvais pas: «Ce grand
courtisan témoigne par là qu’on ne s’avance auprès du roi qu’en lui
montrant beaucoup d’amour[418].»
[415] _Journal_ de LUYNES, t. IX, p. 338.
[416-418] _Mémoires_ d’ARGENSON, t. V, p. 396, 22 février.
[417] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254.
Toutefois il se garde bien de présenter au roi le _Panégyrique de
Louis XV_, qu’il retourne à l’auteur avec un mot acerbe. Voltaire,
furieux, arrache de son cabinet une apothéose de Richelieu, exécutée
par Baudouin, la piétine et la livre aux flammes. Une explication
devenait nécessaire: le Maréchal apprend que Mme de Boufflers avait
eu l’indiscrétion de prendre copie du discours chez la belle Émilie
et d’en communiquer étourdiment le texte. Et bientôt, réunis dans une
maison tierce, les deux compères s’embrassaient le plus cordialement du
monde[419].
[419] DESNOIRESTERRES: _Vie de Voltaire_, t. III, p. 254.
Richelieu se donnait corps et âme aux élections académiques; son esprit
d’intrigue y trouvait un aliment nouveau. Dans le mois de juin de cette
même année 1749, il avait proposé à l’Académie de choisir son ami le
Maréchal de Belle-Isle pour succéder à feu Amelot: et Belle-Isle,
sans se déranger autrement, avait écrit au Directeur qu’il était très
flatté du grand honneur, etc., etc... Mais, déjà, en ce temps-là, les
Immortels aimaient qu’un candidat se dérangeât pour solliciter leurs
suffrages: démarche qu’avaient consentie deux concurrents, Poncet de
la Rivière, évêque de Troyes et Montazet, évêque d’Autun. La Cour
les avait départagés en fixant son choix sur Belle-Isle. Duclos, le
secrétaire perpétuel, souvent bourru jusqu’au cynisme, prétendit que
personne «ne connaissait» le Maréchal, attendu que celui-ci n’avait
écrit, pour poser sa candidature, qu’au seul Directeur. Belle-Isle n’en
fut pas moins élu à l’unanimité[420].
[420] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158.
Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu prend une
part encore plus active. L’évêque Poncet s’était représenté contre
l’abbé Leblanc, protégé par Mme de Pompadour. Mais, sur le désir de
l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat; et celui-ci cédait
la place à Vauréal, évêque de Rennes, qui était _persona grata_ à ce
Boyer, ancien prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel
Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite à sa sœur[421].
Aussi déclara-t-il, avec une singulière énergie, démentie, hélas!
par ses propres errements, que la liberté des suffrages n’était plus
exactement observée, que «certains se laissaient aller, non seulement
à faire espérer leur suffrage, mais même à solliciter des sujets à se
présenter, à aller solliciter avec eux les voix et à briguer en leur
faveur...» Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité, il
estimait que l’Académie dépendait du roi et que le monarque avait seul
qualité pour déterminer un choix. Richelieu demandait en conséquence
une nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que chacun
déclarât s’il avait promis ou non sa voix, et que les délinquants
fussent réprimandés en pleine Académie et suspendus, pendant six mois,
de leurs fonctions.
[421] _Journal_ de LUYNES, t. X, p. 158.
Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait de commenter et
d’améliorer la loi existante, d’affirmer surtout qu’un échec n’avait
rien de déshonorant: autrement personne ne voudrait plus se présenter.
L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence; et d’Olivet, qu’avait
vivement apostrophé Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une
commission chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait à sortir,
quand le Maréchal, le prenant par le bras, le ramena dans la salle des
séances, pour lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire sur
la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait prêché, le jour de
la Saint-Louis, dans la chapelle du Louvre, en présence de l’Académie.
--«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de Mirepoix.»
C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis l’abbé de Bernis, alors
solliciteur de bénéfices.
La séance avait été si orageuse, que Fontenelle, le directeur (il avait
92 ans), avait dû agiter à maintes reprises sa sonnette[422].
[422] _Journal_ de LUYNES, t. X, pp. 157-159.
Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752, «l’Académie
souhaitait que ce fût M. le Maréchal de Richelieu qui se chargeât de
présenter les nouveaux statuts au roi, pour être par lui approuvés et
devenir désormais la loi de l’Académie[423].»
[423] _Ibid._, t. XI, pp. 457-458.
En juillet 1753, une intervention directe de Louis XV dans une
élection, donnait amplement raison à la thèse de Richelieu, mais était
suivie de nouveaux conflits. Piron, soutenu par Mme de Pompadour, avait
posé sa candidature. Boyer apporta au roi, qui vraisemblablement la
connaissait déjà, l’_Ode à Priape_; et le prince manda aussitôt le
président de Montesquieu, directeur de l’Académie, pour qu’il signifiât
à ses collègues le veto royal dont était frappée la candidature de
Piron. En réponse à cette communication, Richelieu proposa (et son
avis rallia la majorité) de remettre l’élection à dix jours: on aurait
ainsi tout le temps de choisir un sujet digne de la Compagnie. Mais
d’Olivet, son contradicteur habituel, protesta contre une procédure
qu’il qualifiait «d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection
(ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela les mots _insolite_
et _indécent_ et demanda si, dans les règlements académiques, il
n’existait pas de pénalités contre des termes aussi offensants:
--«Corrigé et pardonné», dit Duclos, «voilà la loi».
Et l’Assemblée conclut que d’Olivet n’avait pas eu conscience de la
valeur des adjectifs incriminés[424].
[424] _Correspondance_ de GRIMM (édition M. Tourneux), t. II,
p. 261.
Six mois plus tard, quand il fallut choisir un successeur à de Boze,
ce fut une autre comédie, où le Maréchal joua le rôle de Scapin.
Bougainville avait toutes les chances d’être élu. Or, Richelieu, assis
à côté du Président Hénault, lui demande à quel candidat il donne sa
voix:
--«A Bougainville.
--«Je parie que non.
--«Vous vous moquez de moi, fait Hénault.»
La discussion continue jusqu’à ce que Mirabaud soit appelé à formuler
son vote. Et notre homme sort de sa poche une lettre qu’il lit aux
académiciens et par laquelle le comte de Clermont, prince du sang,
remercie les Immortels de lui avoir offert la place vacante. C’était
la carte ou plutôt le vote forcé. Et Richelieu qui réclamait en 1749
la liberté des suffrages! N’importe, il avait gagné la gageure; car
le comte de Clermont l’emportait sur Bougainville qui aurait eu la
majorité[425].
[425] _Ibid._, p. 311.