M. Mazure dit avec solennité:

--Je suis républicain, jacobin, terroriste... et patriote. J'admets

qu'on guillotine les généraux, mais je ne permets pas qu'on discute les

décisions de la justice militaire.

--Vous avez raison, dit M. de Terremondre, car si une justice est

respectable, c'est bien celle-là. Et je puis vous assurer, connaissant

l'armée, qu'il n'y a pas de juges aussi indulgents et aussi capables de

pitié que les juges militaires.

--Je suis heureux de vous l'entendre dire, répliqua M. Bergeret. Mais

l'armée étant une administration comme l'agriculture, les finances ou

l'instruction publique, on ne conçoit pas qu'il existe une justice

militaire quand il n'existe ni justice agricole, ni justice financière,

ni justice universitaire. Toute justice particulière est en opposition

avec les principes du droit moderne. Les prévôtés militaires paraîtront

à nos descendants aussi gothiques et barbares que nous paraissent à nous

les justices seigneuriales et les officialités.

--Vous plaisantez, dit M. de Terremondre.

--C'est ce qu'on a dit à tous ceux qui ont prévu l'avenir, répondit M.

Bergeret.

--Mais si vous touchez aux conseils de guerre, s'écria M. de

Terremondre, c'est la fin de l'armée, c'est la fin du pays!

Opinions sociales · 第 53 / 64 题