Deux exemples me sautent déjà à la mémoire. L'un des plus orgueilleux
soutiens de l'honnêteté bourgeoise, l'un des chevaliers du _bon sens_,
M. Émile Augier, a fait une pièce, _La Ciguë_, où l'on voit un jeune
homme tapageur, viveur et buveur, un parfait épicurien, s'éprendre à
la fin des yeux purs d'une jeune fille. On a vu de grands débauchés
jeter tout d'un coup tout leur luxe par la fenêtre et chercher dans
l'ascétisme et le dénûment d'amères voluptés inconnues. Cela serait
beau, quoique assez commun. Mais cela dépasserait les forces vertueuses
du public de M. Augier. Je crois qu'il a voulu prouver qu'à la fin il
faut toujours _se ranger_, et que la vertu est bien heureuse d'accepter
les restes de la débauche.
Écoutons Gabrielle, la vertueuse Gabrielle, supputer avec son vertueux
mari combien il leur faut de temps de vertueuse avarice, en supposant
les intérêts ajoutés au capital et portant intérêt, pour jouir de dix
ou vingt mille livres de rente. Cinq ans, dix ans, peu importe, je
ne me rappelle pas _les chiffres du poète._ Alors, disent les deux
honnêtes époux: