NOUS POURRONS NOUS DONNER LE LUXE D'UN GARÇON!

Par les cornes de tous les diables de l'impureté! par l'âme de Tibère

et du marquis de Sade! que feront-ils donc pendant tout ce temps-là?

Faut-il salir ma plume avec les noms de tous les vices auxquels ils

seront obligés de s'adonner pour accomplir leur vertueux programme? Ou

bien le poète espère-t-il persuader à ce gros public de petites gens

que les deux époux vivront dans une chasteté parfaite? Voudrait-il par

hasard les induire à prendre des leçons des Chinois économes et de M.

Malthus?

Ainsi il y a une cohue de poètes abrutis par la volupté païenne, et

qui emploient sans cesse les mots de _saint, sainte, extase, prière,

etc..._, pour qualifier des choses et des êtres qui n'ont rien de

saint ni d'extatique, bien au contraire, poussant ainsi l'adoration

de la femme jusqu'à l'impiété la plus dégoûtante. L'un d'eux, dans

un accès d'érotisme _saint_, a été jusqu'à s'écrier: _ô ma belle

catholique!_ Autant salir d'excréments un autel. Tout cela est d'autant

plus ridicule que généralement les maîtresses des poètes sont d'assez

vilaines gaupes, dont les moins mauvaises sont celles qui font la soupe

et ne payent pas un autre amant.

À côté de l'école du _bon sens_ et de ses types de bourgeois corrects

et vaniteux, a grandi et pullulé tout un peuple malsain de grisettes

sentimentales, qui, elles aussi, mêlent Dieu à leurs affaires, de

Disettes qui se font tout pardonner par _la gaieté française_, de

filles publiques qui ont gardé je ne sais où une pureté angélique,

etc... Autre genre d'hypocrisie.

Le vice est séduisant, il faut le peindre séduisant; mais il traîne

avec lui des maladies et des douleurs morales singulières; il faut les

décrire.

Exprimez-vous la crainte, la tristesse de voir l'espèce humaine

s'amoindrir, la santé publique dégénérer par une mauvaise hygiène, il

y aura à côté de vous un poète pour répondre: «Comment voulez-vous que

les femmes fassent de beaux enfants dans un pays où elles adorent un

vilain pendu!»--Le joli _fanatisme!_

...Et la brûlante Sapho, cette patronne des hystériques.

Est-ce Vénus Aphrodite ou Vénus Mercenaire qui soulagera les maux

qu'elle vous aura causés? Toutes ces statues de marbre seront-elles des

femmes dévouées au jour de l'agonie, au jour du remords, au jour de

l'impuissance?

J'admets tous les remords de saint Augustin sur le trop grand plaisir

des yeux. Le danger est si grand que j'excuse la suppression de l'objet.

HÉGÉSIPPE MOREAU.--Ce n'est pas la volupté de l'épicurien, c'est plutôt

la sensualité claustrale, échauffée, du cuistre, sensualité de prison

et de dortoir. Ses badinages amoureux ont la grossièreté d'un collégien

en vacances. _Lieux communs de morale lubrique_, rogatons du dernier

siècle qu'il réchauffe et qu'il débite avec la naïveté scélérate d'un

enfant ou d'un gamin.

La femme est non seulement un être d'une beauté suprême, comparable

à celle d'Ève ou de Vénus; non seulement, pour exprimer la pureté de

ses yeux, le poète empruntera des comparaisons à tous les meilleurs

réflecteurs et à toutes les plus belles cristallisations de la nature,

mais encore faudra-t-il doter la femme d'un genre de beauté tel

que l'esprit ne peut le concevoir que comme existant dans un monde

supérieur. Or, si je me souviens qu'en trois ou quatre endroits de ses

poésies Banville, voulant orner des femmes d'une beauté non comparable

et non égalable, dit qu'elles ont des _têtes d'enfant._ C'est là

une espèce de trait de génie particulièrement lyrique, c'est à dire

amoureux du surhumain. Il est évident que cette expression contient

implicitement cette pensée que le plus beau des visages humains est

celui dont l'usage de la vie, passion, colère, péché, angoisse, souci,

n'a jamais terni la clarté ni ridé la surface. Tout poète lyrique, en

vertu de sa nature, opère fatalement un retour vers l'Eden perdu.

La nauséabonde niaiserie de la femme, etc...

Phèdre en paniers a ravi les esprits les plus délicats de l'Europe; à

plus forte raison, Vénus, qui est immortelle, peut bien, quand elle

veut visiter Paris, faire descendre son char dans les bosquets du

Luxembourg.

...La grâce éternelle qui coule des lèvres et du regard de la femme...

Grâce à une opération d'esprit toute particulière aux amoureux quand

ils sont poètes, ou aux poètes quand ils sont amoureux, la femme

s'embellit de toutes les grâces du paysage, et le paysage profite

occasionnellement des grâces que la femme aimée verse à son insu sur le

ciel, sur la terre et sur les flots.

Quelle est la donnée la plus usée, la plus prostituée, l'orgue de

Barbarie le plus éreinté?

L'Adultère.

L'imagination, faculté suprême et tyrannique, substituée au cœur, ou à

ce qu'on appelle le cœur, d'où le raisonnement est d'ordinaire exclu,

et qui domine généralement dans la femme comme dans l'animal.

L'hystérie! Pourquoi ce mystère physiologique ne ferait-il pas le

fond et le tuf d'une œuvre littéraire, ce mystère que l'Académie de

médecine n'a pas encore résolu, et qui, s'exprimant dans les femmes par

la sensation d'une boule ascendante et asphyxiante (je ne parle que du

symptôme principal), se traduit chez les hommes nerveux par toutes les

impuissances et aussi par l'aptitude à tous les excès?

En somme, Madame Bovary est vraiment grande, elle est surtout

pitoyable, et, malgré la dureté systématique de Flaubert, qui

a fait tous ses efforts pour être absent de son œuvre et pour

jouer la fonction d'un montreur de marionnettes, toutes les femmes

_intellectuelles_ lui sauront gré d'avoir élevé la femelle à une si

haute puissance, si loin de l'animal pur et si près de l'homme idéal,

et de l'avoir fait participer à ce double caractère de calcul et de

rêverie qui constitue l'être parfait.

Je ne dirai certainement pas comme le Lycanthrope d'insurrectionnelle

mémoire, ce révolté qui a abdiqué: «_En face de toutes les platitudes

et de toutes les sottises du temps présent, ne nous reste-t-il pas le

papier à cigarettes et l'adultère?_» Mais j'affirmerai qu'après tout,

tout compte fait, même avec des balances de précision, notre monde

est bien dur pour avoir été engendré par le Christ, qu'il n'a guère

qualité pour jeter la pierre à l'adultère; et que quelques minotaurisés

de plus ou de moins n'accéléreront pas la vitesse rotatoire des

sphères et n'avanceront pas d'une seconde la destruction finale des

univers.--Il est temps qu'un terme soit mis à l'hypocrisie de plus

en plus contagieuse, et qu'il soit réputé ridicule pour des hommes

et des femmes, pervertis jusqu'à la trivialité, de crier: haro!

sur un malheureux auteur qui a daigné avec une chasteté de rhéteur

jeter un voile de gloire sur des aventures de table de nuit, toujours

répugnantes et grotesques, quand la poésie ne les caresse pas de sa

clarté de veilleuse opaline.

...Si remarquable, si plein de désolation, si véritablement _moderne_,

où la future adultère--car elle n'est encore qu'au commencement du

plan incliné, la malheureuse!--va demander secours à l'Église, à la

divine Mère, à celle qui n'a pas d'excuses pour n'être pas toujours

prête, à cette Pharmacie où nul n'a le droit de sommeiller! Le bon curé

Bournisien, uniquement préoccupé des polissons du catéchisme qui font

de la gymnastique à travers les stalles et les chaises de l'église,

répond avec candeur: «Puisque vous êtes malade, Madame, et puisque M.

Bovary est médecin, _pourquoi n'allez-vous pas trouver votre mari?_»

Quelle est la femme qui, devant cette insuffisance du curé, n'irait

pas, folle amnistiée, plonger sa tête dans les eaux tourbillonnantes

de l'adultère, et quel est celui de nous qui, dans un âge plus naïf et

dans des circonstances troublées, n'a pas fait forcément connaissance

avec le prêtre incompétent?

Dans cette terre lointaine il a d'ailleurs trouvé l'amour, qui, comme

une médecine énergique, remet chaque faculté à son rang, et pacifie

tous ses organes troublés. «Le péché d'orgueil a été racheté par

l'amour.»

Les femmes, une à qui sa douceur animale, sa nullité peut-être, donne

aux yeux de son amant ensorcelé un faux air de sphinx, une autre,

modiste prétentieuse, qui a fouaillé son imagination avec toutes les

orties de George Sand, se font des révérences d'un autre monde et se

traitent de _Madame!_ gros comme le bras.

...Car sainte Thérèse était brûlante d'un si grand amour de Dieu, que

la violence de ce feu lui faisait jeter des cris... Et cette douleur

n'était pas corporelle, mais spirituelle, quoique le corps ne laissât

pas d'y avoir beaucoup de part.

Vous est-il arrivé, comme à moi, de tomber dans de grandes mélancolies,

après avoir passé de longues heures à feuilleter des estampes

libertines? Vous êtes-vous demandé la raison du charme qu'on trouve

parfois à fouiller ces annales de la luxure, enfouies dans les

bibliothèques ou perdues dans les cartons des marchands, et parfois

aussi de la mauvaise humeur qu'elles vous donnent? Plaisir et douleur

mêlés, amertume dont la lèvre a toujours soif!--Le plaisir est de voir

représenté sous toutes ses formes le sentiment le plus important de

la nature,--et la colère, de le trouver souvent si mal imité ou si

sottement calomnié. Soit dans les interminables soirées d'hiver au

coin du feu, soit dans les lourds loisirs de la canicule, au coin des

boutiques de vitrier, la vue de ces dessins m'a mis sur des pentes de

rêverie immenses, à peu près comme un livre obscène nous précipite vers

les océans mystiques du bleu. Bien des fois je me suis pris à désirer,

devant ces innombrables échantillons du sentiment de chacun, que le

poète, le curieux, le philosophe, pussent se donner la jouissance

d'un musée de l'amour, où tout aurait sa place, depuis la tendresse

inappliquée de sainte Thérèse jusqu'aux débauches sérieuses des siècles

ennuyés. Sans doute la distance est immense qui sépare _Le Départ pour

l'île de Cythère_ des misérables coloriages suspendus dans les chambres

des filles, au-dessus d'un pot fêlé et d'une console branlante; mais

dans un sujet aussi important rien n'est à négliger. Et puis le génie

sanctifie toutes choses, et, si ces sujets étaient traités avec le

soin et le recueillement nécessaires, ils ne seraient point souillés

par cette obscénité révoltante, qui est plutôt une fanfaronnade qu'une

vérité.

Que le moraliste ne s'effraye pas trop; je saurai garder les justes

mesures, et mon rêve d'ailleurs se bornait à désirer ce poème immense

de l'amour crayonné par les mains les plus pures, par Ingres, par

Watteau, par Rubens, par Delacroix! Les folâtres et élégantes

princesses de Watteau, à côté des Vénus sérieuses et reposées de M.

Ingres; les splendides blancheurs de Rubens et de Jordaens, et les

mornes beautés de Delacroix, telles qu'on peut se les figurer: de

grandes femmes pâles, noyées dans le satin! (On m'a dit qu'il avait

fait autrefois pour son _Sardanapale_ une foule d'études merveilleuses

de femmes, dans les attitudes les plus voluptueuses).

Ainsi pour rassurer complètement la chasteté effarouchée du lecteur, je

dirai que je rangerais dans les sujets amoureux, non seulement tous les

tableaux qui traitent spécialement de l'amour, mais encore tout tableau

qui respire l'amour, fût-ce un portrait. (Deux tableaux essentiellement

amoureux, et admirables du reste, composés dans ce temps-ci, sont _La

Grande Odalisque_ et _La Petite Odalisque_, de M. Ingres).

Dans cette immense exposition, je me figure la beauté et l'amour de

tous les climats exprimés par les premiers artistes; depuis les folles,

évaporées et merveilleuses créatures que nous a laissées Watteau fils

dans ses gravures de mode, jusqu'à ces Vénus de Rembrandt qui se font

faire les ongles, comme de simples mortelles, et peigner avec un gros

peigne de buis.

Les sujets de cette nature sont chose si importante, qu'il n'est point

d'artiste, petit ou grand, qui ne s'y soit appliqué, secrètement ou

publiquement, depuis Jules Romain jusqu'à Devéria et Gavarni.

Leur grand défaut, en général, est de manquer de naïveté et de

sincérité. Je me rappelle pourtant une lithographie qui exprime,--sans

trop de délicatesse malheureusement,--une des grandes vérités de

l'amour libertin. Un jeune homme déguisé en femme et sa maîtresse

habillée en homme sont assis à côté l'un de l'autre, sur un

_sopha_,--le sopha que vous savez, le sopha de l'hôtel garni et du

cabinet particulier. La jeune femme veut relever les jupes de son

amant. _Sedebant in fornicibus pueri puellæve sub titulis et lychnis,

illi femineo compti mundo sub stola, hæ parum comptæ sub puerorum

veste, ore ad puerilem formant composito. Alter venibat sexus sub

altero sexu. Corruperat omni caro viam suam.--Meursius._

Ainsi, devant le portrait bleu de M. Amaury-Duval et bien d'autres

portraits de femmes ingristes ou ingrisées, j'ai senti passer dans mon

esprit, amenées par je ne sais quelle association d'idées, ces sages

paroles du chien Berganza, qui fuyait les _bas-bleus_ aussi ardemment

que ces messieurs les recherchent: «_Corinne ne t'a-t-elle jamais paru

insupportable?_......................................

_À l'idée de la voir s'approcher de moi, animée d'une vie

véritable, je me sentais comme oppressé par une sensation pénible,

et incapable de conserver auprès d'elle ma sérénité et ma liberté

d'esprit_.......................

_Quelque beaux que pussent être son bras ou sa main, jamais je n'aurais

pu supporter ses caresses sans une certaine répugnance, un certain

frémissement intérieur qui m'ôte ordinairement l'appétit.--Je ne parle

ici qu'en ma qualité de chien!_»

J'ai éprouvé la même sensation que le spirituel Berganza devant presque

tous les portraits de femmes, anciens ou présents... Dulcinée de Toboso

elle-même, en passant par l'atelier, en sortirait diaphane et bégueule

comme une élégie, et amaigrie par le thé et le beurre esthétiques.

J'ai entendu dire à un poète ordinaire de la Comédie-Française qu'il ne

concevait pas que des amoureux vécussent d'autre chose que du parfum

des fleurs et des pleurs de l'aurore.

À propos des _Adieux de Roméo et Juliette_, j'ai une remarque à faire

que je crois fort importante. J'ai tant entendu plaisanter de la

laideur des femmes de Delacroix, sans pouvoir comprendre ce genre

de plaisanterie, que je saisis l'occasion pour protester contre

ce préjugé. M. Victor Hugo le partageait, à ce qu'on m'a dit. Il

déplorait,--c'était dans les beaux temps du Romantisme,--que celui à

qui l'opinion publique faisait une gloire parallèle à la sienne commît

de si monstrueuses erreurs à l'endroit de la beauté. Il lui est arrivé

d'appeler les femmes de Delacroix des grenouilles. Mais M. Victor Hugo

est un grand poète sculptural qui a l'œil fermé à la spiritualité.

Je suis fâché que le _Sardanapale_ n'ait pas reparu cette année. On y

aurait vu de très belles femmes, claires, lumineuses, roses, autant

qu'il m'en souvient du moins. Sardanapale lui-même était beau comme une

femme. Généralement les femmes de Delacroix peuvent se diviser en deux

classes: les unes, faciles à comprendre, souvent mythologiques, sont

nécessairement belles (la Nymphe couchée et vue de dos, dans le plafond

de la galerie d'Apollon). Elles sont riches, très fortes, plantureuses,

abondantes, et jouissent d'une transparence de chair merveilleuse et de

chevelures admirables.

Quant aux autres, quelquefois des femmes historiques (la _Cléopâtre_

regardant l'aspic), plus souvent des femmes de caprice, de tableaux

de genre, tantôt des Marguerite, tantôt des Ophélia, des Desdémone,

des Sainte-Vierge même, des Madeleine, je les appellerais volontiers

des femmes d'intimité. On dirait qu'elles portent dans les yeux un

secret douloureux, impossible à enfouir dans les profondeurs de la

dissimulation. Leur pâleur est comme une révélation de batailles

intérieures. Qu'elles se distinguent par le charme du crime ou par

l'odeur de la sainteté, que leurs gestes soient alanguis ou violents,

ces femmes malades du cœur ou de l'esprit ont dans les yeux le plombé

de la fièvre ou la nitescence anormale et bizarre de leur mal, dans le

regard, l'intensité du surnaturalisme.

Mais toujours, et quand même, ce sont des femmes _distinguées_,

essentiellement distinguées; et enfin, pour tout dire en un seul mot,

M. Delacroix me paraît être l'artiste le mieux doué pour exprimer la

femme moderne, surtout la femme moderne dans sa manifestation héroïque,

dans le sens infernal ou divin. Ces femmes ont même la beauté physique

moderne, l'air de rêverie, mais la gorge abondante, avec une poitrine

un peu étroite, le bassin ample, et des bras et des jambes charmants.

L'Amour, l'inévitable Amour, l'immortel Cupidon des confiseurs, joue

dans l'école néogrecque, que je nommerai l'école des _pointus_, un

rôle dominateur et universel. Il est le président de cette république

galante et minaudière. C'est un poisson qui s'accommode à toutes les

sauces. Ne sommes-nous pas cependant bien las de voir la couleur et

le marbre prodigués en faveur de ce vieux polisson, ailé comme un

insecte, ou comme un canard, que Thomas Hood nous montre accroupi,

et, comme un impotent, écrasant de sa molle obésité le nuage qui lui

sert de coussin? De sa main gauche il tient en manière de sabre son

arc appuyé contre sa cuisse; de la droite il exécute avec sa flèche

le commandement: Portez armes! sa chevelure est frisée drue comme une

perruque de cocher; ses joues rebondissantes oppriment ses narines

et ses yeux; sa chair, ou plutôt sa viande, capitonnée, tubuleuse et

soufflée, comme les graisses suspendues aux crochets des bouchers, est

sans doute distendue par les soupirs de l'idylle universelle; à son

dos montagneux sont accrochées deux ailes de papillon. «Est-ce bien

là l'incube qui oppresse le sein des belles?... Ce personnage est-il

le partenaire disproportionné pour lequel soupire Pastorella, dans la

plus étroite des couchettes virginales? La platonique Amanda (qui est

tout âme) fait-elle donc, quand elle disserte sur l'Amour, allusion à

cet être trop palpable, qui est tout corps? Et Bélinda croit-elle, en

vérité, que ce Sagittaire ultra-substantiel puisse être embusqué dans

son dangereux œil bleu?

«La légende raconte qu'une fille de Provence s'amouracha de la statue

d'Apollon et en mourut. Mais demoiselle passionnée délira-t-elle

jamais et se dessécha-t-elle devant le piédestal de cette monstrueuse

figure? ou plutôt ne serait-ce pas un emblème indécent qui servirait

à expliquer la timidité et la résistance proverbiale des filles à

l'approche de l'Amour?

«Je crois facilement qu'il lui faut _tout un cœur_ pour lui tout seul;

car il doit le bourrer jusqu'à la réplétion. Je crois à sa confiance;

car il a l'air sédentaire et peu propre à la marche. Qu'il soit prompt

à _fondre_, cela tient à sa graisse, et, s'il brûle avec _flamme_, il

en est de même de tous les corps gras. Il a des _langueurs_ comme tous

les corps d'un pareil tonnage, et il est naturel qu'un si gros soufflet

_soupire._

«Je ne nie pas qu'il s'_agenouille_ aux pieds des dames, puisque c'est

la posture des éléphants; qu'il _jure_ que cet hommage sera _éternel_;

certes il serait malaisé de concevoir qu'il en fût autrement. Qu'il

_meure_, je n'en fais aucun doute, avec une pareille corpulence et un

cou si court! S'il est _aveugle_, c'est l'enflure de sa joue de cochon

qui lui bouche la vue. Mais qu'il loge dans l'œil bleu de Bélinda,

ah! je me sens hérétique, je ne le croirai jamais; car elle n'a jamais

eu une étable dans l'œil!»--Une étable contient _plusieurs_ cochons,

et, de plus, il y a calembour; on peut deviner quel est le sens du mot

_sty_ au figuré.

Cela est doux à lire, n'est-ce pas? et cela nous venge un peu de ce

gros poupard troué de fossettes qui représente l'idée populaire de

l'Amour. Pour moi, si j'étais invité à représenter l'Amour, il me

semble que je le peindrais sous la forme d'un cheval enragé qui dévore

son maître, ou bien d'un démon aux yeux cernés par la débauche et

l'insomnie, traînant, comme un spectre ou un galérien, des chaînes

bruyantes à ses chevilles, et secouant d'une main une fiole de poison,

de l'autre le poignard sanglant du crime.

...La gouge qui, je crois, n'est pas là, mais qui pouvait y être,

cette _fille peinte_ du moyen âge, qui suivait les soldats avec

l'autorisation du prince et de l'Église, comme la courtisane du Canada

accompagnait les guerriers au manteau de castor.

Quant aux figures grotesques que nous a laissées l'antiquité, les

masques, les figurines de bronze, les Hercules tout en muscles, les

petits Priapes à la langue recourbée en l'air, aux oreilles pointues,

tout en cervelet et en phallus,--quant à ces phallus prodigieux sur

lesquels les blanches filles de Romulus montent innocemment à cheval,

ces monstrueux appareils de la génération armée de sonnettes et

d'ailes, je crois que toutes ces choses sont pleines de sérieux. Vénus,

Pan, Hercule, n'étaient pas des personnages risibles. On en a ri après

la venue de Jésus, Platon et Sénèque aidant.

Gavarni a créé la Lorette. Elle existait bien un peu avant lui, mais

il l'a complétée. Je crois même que c'est lui qui a inventé le mot.

La Lorette, on l'a déjà dit, n'est pas la fille entretenue, cette

chose de l'Empire, condamnée à vivre en tête-à-tête funèbre avec le

cadavre métallique dont elle vivait, général ou banquier. La Lorette

est une personne libre. Elle va et elle vient. Elle tient maison

ouverte. Elle n'a pas de maître; elle fréquente les artistes et les

journalistes. Elle fait ce qu'elle peut pour avoir de l'esprit. J'ai

dit que Gavarni l'avait complétée; et, en effet, entraîné par son

imagination littéraire, il invente au moins autant qu'il voit, et, pour

cette raison, il a beaucoup agi sur les mœurs. Paul de Kock a créé la

Grisette, et Gavarni, la Lorette; et quelques-unes de ces filles se

sont perfectionnées en se l'assimilant, comme la jeunesse du quartier

latin avait subi l'influence de ses _étudiants_, comme beaucoup de gens

s'efforcent de ressembler aux gravures de mode.

L'amour, c'est le goût de la prostitution. Il n'est même pas de plaisir

noble qui ne puisse être ramené à la prostitution.

Dans un spectacle, dans un bal, chacun jouit de tous.

.......................................

L'amour peut dériver d'un sentiment généreux: le goût de la

prostitution; mais il est bientôt corrompu par le goût de la propriété.

L'amour veut sortir de soi, se confondre avec sa victime, comme le

vainqueur avec le vaincu, et cependant conserver des privilèges de

conquérant.

Les voluptés de l'entreteneur tiennent à la fois de l'ange et du

propriétaire. Charité et férocité. Elles sont même indépendantes du

sexe, de la beauté et du genre animal.

.......................................

Anecdote du chasseur, relative à la liaison intime de la férocité et de

l'amour.

De la couleur violette (amour contenu, mystérieux, voilé, couleur de

chanoinesse).

Je crois que j'ai déjà dans mes notes écrit que l'amour ressemblait

fort à une torture ou à une opération chirurgicale. Mais cette idée

peut être développée de la manière la plus amère. Quand même les deux

amants seraient très épris et très pleins de désirs réciproques, l'un

des deux sera toujours plus calme, ou moins possédé que l'autre.

Celui-là ou celle-là, c'est l'opérateur ou le bourreau; l'autre,

c'est le sujet, la victime. Entendez-vous ces soupirs, préludes d'une

tragédie de déshonneur, ces gémissements, ces cris, ces râles? Qui

ne les a proférés, qui ne les a irrésistiblement extorqués? Et que

trouvez-vous de pire dans la question appliquée par de soigneux

tortionnaires? ces yeux de somnambule révulsés, ces membres dont les

muscles jaillissent et se roidissent comme sous l'action d'une pile

galvanique, l'ivresse, le délire, l'opium, dans leurs plus furieux

résultats, ne vous en donneront certes pas d'aussi affreux, d'aussi

curieux exemples. Et le visage humain, qu'Ovide croyait façonné pour

refléter les astres, le voilà qui ne parle plus qu'une expression de

férocité folle, ou qui se détend dans une espèce de mort. Car, certes,

je croirais faire un sacrilège en appliquant le mot: extase à cette

sorte de décomposition.

--Épouvantable jeu, où il faut que l'un des joueurs perde le

gouvernement de soi-même!

Une fois, il fut demandé, devant moi, en quoi consistait le plus grand

plaisir de l'amour. Quelqu'un répondit naturellement: à recevoir, et

un autre: à se donner.--Celui-ci dit: plaisir d'orgueil;--et celui-là:

volupté d'humilité. Tous ces orduriers parlaient comme L'_Imitation de

Jésus-Christ._ Enfin, il se trouva un impudent utopiste qui affirma que

le plus grand plaisir de l'amour était de former des citoyens pour la

Patrie.

Moi, je dis: la volupté unique et suprême de l'amour gît dans la

certitude de faire _le mal._ Et l'homme et la femme savent, de

naissance, que dans le mal se trouve toute volupté.

Nous aimons les femmes à proportion qu'elles nous sont plus étrangères.

Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. Ainsi la

bestialité exclut la pédérastie.

La maigreur est plus nue, plus indécente que la graisse.

...Le plaisir viendrait après, à bien plus juste titre qu'on ne dit:

l'amour vient après le mariage.

J'ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.

C'est quelque chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu

vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l'on veut,

appliquer mes idées à un objet sensible, à l'objet par exemple le

plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête

séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c'est une tête

qui fait rêver à la fois, mais d'une manière confuse, de volupté et de

tristesse; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de

satiété,--soit une idée contraire, c'est-à-dire une ardeur, un désir de

vivre, associés avec une amertume refluante, comme venant de privation

ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du

Beau.

Une belle tête d'homme n'a pas besoin de comporter, excepté peut-être

aux yeux d'une femme, cette idée de volupté, qui, dans un visage de

femme, est une provocation d'autant plus attirante que le visage est

généralement plus mélancolique.

DE L'AIR DANS LA FEMME.--Les airs charmants, et qui font la beauté,

sont: l'air blasé, l'air ennuyé, l'air évaporé, l'air impudent,

l'air froid, l'air de regarder en dedans, l'air de domination, l'air

de volonté, l'air méchant, l'air malade, l'air chat, enfantillage,

nonchalance et malice mêlés.

Du culte de soi-même dans l'amour, au point de vue de la santé, de

l'hygiène, de la toilette, de la noblesse spirituelle et de l'éloquence.

Il y a dans l'acte de l'amour une grande ressemblance avec la torture

ou avec une opération chirurgicale.

Tantôt il lui demandait la permission de lui baiser la jambe, et il

profitait de la circonstance pour baiser cette belle jambe dans telle

position qu'elle dessinât nettement son contour sur le soleil couchant.

«Minette, minoutte, minouille, mon chat, mon loup, mon petit singe,

grand singe, grand serpent, mon petit singe mélancolique». De pareils

caprices de langue trop répétés, de trop fréquentes appellations

bestiales témoignent d'un côté satanique dans l'amour. Les satans

n'ont-ils pas des formes de bêtes? Le chameau de Cazotte, chameau,

diable et femme.

Un homme va au tir au pistolet, accompagné de sa femme. Il ajuste

une poupée, et dit à sa femme: Je me figure que c'est toi.--Il ferme

les yeux et abat la poupée.--Puis il dit, en baisant les mains de sa

compagne: Cher ange, que je te remercie de mon adresse.

Il n'y a que deux endroits où l'on paye pour avoir le droit de

dépenser: les latrines publiques et les femmes.

Par un concubinage ardent, on peut deviner les jouissances d'un jeune

ménage.

Le goût précoce des femmes. Je confondais l'odeur de la fourrure avec

l'odeur de la femme. Je me souviens... Enfin, j'aimais ma mère pour son

élégance. J'étais donc un dandy précoce.

.......................................

Les pays protestants manquent de deux éléments indispensables au

bonheur d'un homme bien élevé, la galanterie et la dévotion.

.......................................

L'Espagne met dans la religion la férocité naturelle de l'amour.

Le ton fille entretenue (_ma toute-belle! sexe volage!_)... La

prima-donna et le garçon boucher.

Ému au contact de ces voluptés qui ressemblaient à des souvenirs,

attendri par la pensée d'un passé mal rempli, de tant de fautes, de

tant de querelles, de tant de choses à se cacher réciproquement, il se

mit à pleurer; et ses larmes chaudes coulèrent, dans les ténèbres, sur

l'épaule nue de sa chère et toujours attirante maîtresse.

Elle tressaillit, elle se sentit, elle aussi, attendrie, et remuée.

Les ténèbres rassuraient sa vanité et son dandysme de femme froide. Ces

deux êtres déchus, mais souffrant encore de leur reste de noblesse,

s'enlacèrent spontanément, confondant, dans la pluie de leurs larmes et

de leurs baisers, les tristesses de leur passé avec leurs espérances

bien incertaines d'avenir. Il est présumable que jamais, pour eux,

la volupté ne fut si douce que dans cette nuit de mélancolie et de

charité;--volupté saturée de douleur et de remords.

À travers la noirceur de la nuit, il avait regardé derrière lui dans

les années profondes, puis il s'était jeté dans les bras de sa coupable

amie, pour y retrouver le pardon qu'il lui accordait.

Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants

et qu'on appelle parfois des anges, en raison et en remerciement de

l'étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique

comme le mal,--alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu'impitoyable

sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l'argent, tout, _même les

erreurs des sens!_ Alors, ce qui ressemblera à la vertu, que dis-je,

tout ce qui ne sera pas l'ardeur vers Plutus sera réputé un immense

ridicule. La justice, si, à cette époque fortunée, il peut encore

exister une justice, fera interdire les citoyens qui ne sauront pas

faire fortune. Ton épouse, ô Bourgeois! ta chaste moitié, dont la

légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la

légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse

de ton coffre-fort, ne sera plus que l'idéal parfait de la femme

entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera, dans son

berceau, qu'elle se vend un million.

La femme est le contraire du dandy. Donc elle doit faire horreur. La

femme a faim, et elle veut manger; soif, et elle veut boire. Elle est

en rut, et elle veut être f***.

Le beau mérite!

La femme est _naturelle_, c'est à dire abominable.

Aussi est-elle toujours vulgaire, c'est là dire le contraire du dandy.

Dans _Les Oreilles du Comte de Chesterfield_, Voltaire plaisante

sur cette âme immortelle qui a résidé, pendant neuf mois, entre des

excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait

le mystère.

Ne pouvant pas supprimer l'amour, l'Église a voulu au moins le

désinfecter, et elle a fait le mariage.

[_En marge_]. Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une

malice ou une satire de la Providence contre l'amour, et, dans le mode

de la génération, un signe du péché originel. De fait, nous ne pouvons

faire l'amour qu'avec des organes excrémentiels.

Pourquoi l'homme d'esprit aime les filles plus que les femmes du monde,

malgré qu'elles soient également bêtes? À trouver.

Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion

d'honneur. On n'en veut plus parce qu'elles se sont salies à de

certains hommes. C'est par la même raison que je ne chausserais pas les

culottes d'un galeux.

Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est un crime où l'on

ne peut pas se passer d'un complice.

Le goût du plaisir nous attache au présent. Le soin de notre salut nous

suspend à l'avenir.

Celui qui s'attache au plaisir, c'est a dire au présent, me fait

l'effet d'un homme roulant sur une pente, et qui, voulant se raccrocher

aux arbustes, les arracherait et les emporterait dans sa chute.

Avant tout, être un _grand homme_ et un saint pour soi-même.

Qu'est-ce que l'amour? Le besoin de sortir de soi.

L'homme est un animal adorateur. Adorer, c'est se sacrifier et se

prostituer.

Aussi tout amour est-il prostitution.

L'être le plus prostitué, c'est l'être par excellence, c'est Dieu,

puisqu'il est l'ami suprême pour chaque individu, puisqu'il est le

réservoir commun, inépuisable, de l'amour.

J'ai toujours été étonné qu'on laissât les femmes entrer dans les

églises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu?

L'éternelle Vénus (caprice, hystérie, fantaisie) est une des formes

séduisantes du diable.

La femme ne sait pas séparer l'âme du corps. Elle est simpliste, comme

les animaux.--Un satirique dirait que c'est parce qu'elle n'a que le

corps.

Un chapitre sur la toilette.--Moralité de la toilette, les bonheurs de

la toilette.

Musique. De l'esclavage.--Des femmes du monde.--Des filles.

Dans l'amour, comme dans presque toutes les affaires humaines,

l'entente cordiale est le résultat d'un malentendu. Ce malentendu,

c'est le plaisir. L'homme crie: O mon ange! La femme roucoule:

Maman! maman! Et ces deux imbéciles sont persuadés qu'ils pensent de

concert.--Le gouffre infranchissable, qui fait l'incommunicabilité,

reste infranchi.

La jeune fille des éditeurs. La jeune fille des rédacteurs en chef. La

jeune fille épouvantail, monstre, assassin de l'art.

La jeune fille, ce qu'elle est en réalité. Une petite sotte et une

petite salope; la plus grande imbécillité unie à la plus grande

dépravation.

Il y a dans la jeune fille toute l'abjection du voyou et du collégien.

Goût inamovible de la prostitution dans le cœur de l'homme, d'où naît

son horreur de la solitude.--Il veut être _deux._ L'homme de génie

veut être _un_, donc solitaire. La gloire, c'est rester _un_, et se

prostituer d'une manière particulière.

C'est cette horreur de la solitude, le besoin d'oublier son _moi_ dans

la chair extérieure, que l'homme appelle noblement _besoin d'aimer._

Deux belles religions, immortelles sur les murs, éternelles obsessions

du peuple: le phallus antique, et «Vive Barbés!» ou «À bas Philippe!»

ou «Vive la République»!

De la nécessité de battre les femmes.

On peut châtier ce que l'on aime. Ainsi, les enfants. Mais cela

implique la douleur de mépriser ce que l'on aime.

Du cocuage et des cocus. La douleur du cocu. Elle naît de son orgueil,

d'un raisonnement faux sur l'honneur et sur le bonheur, et d'un amour

niaisement détourné de Dieu pour être attribué aux créatures. C'est

toujours l'animal adorateur se trompant d'idole.

Plus l'homme cultive les arts, moins il b***.

Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l'esprit et la

brute.

La brute seule b*** bien et la fouterie est le lyrisme du peuple.

F***, c'est aspirer à entrer dans un autre, et l'artiste ne sort jamais

de lui-même.

J'ai oublié le nom de cette salope... Ah! bah! je le retrouverai au

jugement dernier.

Tous les imbéciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les

mots: immoral, immoralité, moralité dans l'art et autres bêtises

me font penser à Louise Villedieu, putain à cinq francs, qui,

m'accompagnant une fois au Louvre, où elle n'était jamais allée, se mit

à rougir, à se couvrir le visage, et, me tirant à chaque instant par

la manche, me demandait devant les statues et les tableaux immortels

comment on pouvait étaler publiquement de pareilles indécences.

Chronique locale. J'ai appris par des ouvriers, qui travaillaient au

jardin, qu'on avait surpris, il y a déjà longtemps, la femme du ***, se

faisant f*** dans un confessionnal. Cela m'a été révélé, parce que je

demandais pourquoi l'église Sainte-Catherine était fermée aux heures où

il n'y a pas d'offices. Il paraît que le curé a pris depuis lors ses

précautions contre le sacrilège. C'est une femme insupportable, qui

me disait dernièrement qu'elle avait connu le peintre qui a peint le

fronton du Panthéon, mais qui doit avoir un c*** superbe (elle). Cette

histoire de f*** provinciale, dans un lieu sacré, n'a-t-elle pas tout

le sel classique des vieilles saletés françaises? Gardez-vous bien de

raconter cette histoire à des gens qui pourraient dire à Honfleur que

vous la tenez de moi, alors il me faudrait fuir mon lieu de repos.

C'est depuis ce temps que est obligé d'effacer des cornes que l'on

dessine sur sa porte.

Pour le curé, que tout le monde appelle ici un brave homme, c'est

presque un homme remarquable, et même érudit.

Nerciat (utilité de ses livres).

Au moment où la Révolution française éclata, la noblesse française

était une race physiquement diminuée (de Maistre).

Les livres libertins commentent donc et expliquent la Révolution.

La fouterie et la gloire de la fouterie étaient-elles plus immorales

que cette manière moderne d'_adorer_ et de mêler le saint au profane?

On se donnait alors beaucoup de mal pour ce qu'on avouait être une

bagatelle, et on ne se damnait pas plus qu'aujourd'hui.

Mais on se damnait moins bêtement, on ne se pipait pas.

Comment on faisait l'amour sous l'ancien régime.

Plus gaiement, il est vrai.

Ce n'était pas l'extase, comme aujourd'hui, c'était le délire.

C'était toujours le mensonge, mais on n'adorait pas son semblable. _On

le trompait_, mais on _se trompait soi-même._

Ici, comme dans la vie, la palme de la perversité reste à la femme.

Laufeia. Fæmina simplex dans sa petite maison.

Manœuvres de l'Amour.

Belleroche. Machines à plaisir.

Cécile, dans _Les Liaisons dangereuses_, type parfait de la détestable

jeune fille, niaise et sensuelle.

Son portrait, par la Merteuil, qui excelle aux portraits.

_La jeune fille._ La niaise, stupide et sensuelle. Tout près de

l'ordure originelle.

_La Merteuil_: Tartuffe femelle, tartuffe de mœurs, tartuffe du

XVIIIe siècle.

J'ai bien besoin d'avoir cette femme pour me sauver du ridicule d'en

être amoureux... J'ai, dans ce moment, un sentiment de reconnaissance

pour les femmes faciles, qui me ramène naturellement à vos pieds.

De l'amour · 第 15 / 37 题