[359] On se rappelle (voyez ci-dessus, p. 92, n. 346) que le
Conseil général avait fixé au mercredi 18 avril la discussion
de l'affaire des bustes de Bailly et de La Fayette. En voyant
l'opposition soulevée par son projet dans un certain nombre de
sections [arrêtés de la section de l'Isle, du 15 avril; des
sections des Thermes-de-Julien et des Postes, du 17 avril; du
Théâtre-Français et de la Grange-Batelière (date inconnue)] et en
apprenant l'émotion suscitée dans ces sections par la fête du 15
avril en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, le maire Pétion
jugea préférable d'attendre à plus tard _et le Conseil général
ne fut pas convoqué_ pour discuter cette question le 18 avril,
ainsi que cela avait été décidé (_Feuille du jour_, du 21 avril,
p. 888). Mais, comme la séance du 18 avril avait été annoncée
publiquement en même temps que l'objet qu'on devait y discuter,
certains membres du Conseil ne s'en présentèrent pas moins,
ainsi que les habitués des tribunes et les gardes nationaux en
armes: les premiers pour soutenir la proposition d'enlèvement des
bustes, les seconds, pour la combattre. De là les incidents très
violents qui marquèrent cette séance et qui se reproduisirent
à celle du lendemain jeudi 19 avril. J'ai trouvé de ces deux
séances particulièrement mouvementées, plusieurs récits détaillés
dans des journaux d'opinions diverses; je les reproduis ici à la
suite les uns des autres, sans commentaire.
Voici d'abord les récits, hostiles aux Jacobins partisans de
l'enlèvement des bustes, du journal La _Feuille du Jour_, des 21
et 22 avril.
_Feuille du jour_, 21 avril, pp. 888-889.—La question des
bustes était remise à mercredi dernier, 18 de ce mois.
M. Pétion, qui, quoi qu'on en dise, a sa tactique, ne jugea
pas le moment favorable. Quelques coups d'essais maladroits, le
factieux triomphe du dimanche, avaient ébranlé les bases du crédit
de la secte, même parmi ses zélateurs. Enfin, ce n'était pas le
moment d'entrer en lice avec MM. Lafayette et Bailly. Le Conseil
général ne fut pas convoqué.
Cependant l'ajournement était public, il avait été provoqué
par ceux-là même qui le rendaient illusoire. Au jour indiqué,
les habitués des tribunes étaient en place; et quelques gardes
nationales, chez qui la mémoire de leur ancien chef n'est pas
encore ternie parce que, lorsque les jacobins fuyaient le danger,
elles le partageaient avec lui, s'étaient rendues pour assister à
la discussion.
Quelques membres du Conseil général qui ne pensaient pas
non plus que la volonté du maire dût l'emporter sur celle de
l'Assemblée, ni qu'il eût le droit de révoquer l'ajournement fixé
par elle, étaient à leur poste.
La discussion s'engage; le doyen d'âge préside l'Assemblée. Il
est prouvé que tous les membres du Conseil général ne sont ni fous
ni jacobins; et que conséquemment tous n'admirent pas la conduite
de M. Pétion.
Les tribunes prennent parti dans les débats; Pétion est leur
dieu, on a tort de délibérer, de s'assembler sans lui; les
tribunes menacent de lever la séance, et d'emporter les bustes.
La garde nationale résiste, invite les tribunes à la paix; mais
bientôt leur obstination lasse sa patience, et l'un des mutins est
enlevé du milieu des siens, et conduit en sequestre.
Le courage, l'énergie de M. Manuel font place au sentiment de sa
conservation. Il quitte son siège, disparaît dans la foule, sans
même avoir requis..... Il est brave, M. Manuel.
Le tumulte s'accroît, l'indignation de la garde nationale se
manifeste; mais elle cède, et la paix se rétablit à la voix du
magistrat, qui réclame le respect dû à la loi.
La séance est levée.
Enfin, M. Pétion arrive; les débris du Conseil général se
réunissent en Comité secret, et là, chacun se dit ses vérités.