M. DÉMOUSSEAUX. «Non, mais vous avez cru convenable de
différer; au moins fallait-il nous prévenir.»
M. MANUEL. «Je requiers que la place destinée dans
l'enceinte de la salle à la garde nationale soit supprimée, qu'il
ne lui soit plus permis de s'y présenter en armes; mais, comme il
serait peut-être périlleux de réitérer mon réquisitoire au Conseil
général, je lègue l'honneur de la découverte à quelqu'un de mes
courageux collègues.»
UN MEMBRE. «Volontiers, je m'en charge; mais à
condition que, de votre côté, vous supprimerez les convocations
des sociétés fraternelles, jacobins, cordeliers, etc... Qu'ainsi
vous vous mettrez à la diète des applaudissements, et que vous
aurez le courage de voir triompher la raison et les principes.»
On s'attendait que la séance du lendemain serait orageuse, et
qu'il faudrait lutter, avec quelques gestes imposants, contre la
puissance tribunitienne; mais tout s'est passé tranquillement.
Nous rendrons compte de cette séance.
_Feuille du Jour_, 22 avril, p. 896—La séance du 19 n'a pas
relevé les municipaux jacobins dans l'opinion publique; elle a
duré jusqu'à minuit. Il en est résulté que les bustes de _MM.
Lafayette_ et _Bailly_ resteraient en place.
Malgré les protestations de _MM. Raffron_ et _Boucher_, les
fureurs du jeune et petit _Baudouin_, les clameurs d'un _M.
Hu_, l'indécente réquisition de M. Danton, qui s'est échappé
de l'Assemblée seul et conspué; malgré deux ou trois fausses
dénonciations et plusieurs tracasseries imaginées pour désordonner
le Conseil, la lecture des différentes pétitions adressées par
les sections, et les discours vigoureux et pleins de sens de
_MM. Borie_, _Leroux_, _Levacher_, _Duplessis_, et surtout de M.
Lefèvre, ont déterminé le Conseil à se déclarer incompétent sur
la question générale de savoir si dorénavant on décernerait des
bustes; observant que, par son arrêté du 24, il avait prétendu
juger et jugeait définitivement la question particulière des
bustes de l'ancien maire et de l'ancien commandant général.
Le maire actuel (le grand Pétion) a souri, quand il a su que
le Conseil n'avait pas le droit d'empêcher les sections de lui
rendre les honneurs du buste par la suite, et cette chatouilleuse
considération peut l'avoir emporté, dans son esprit, sur toute
autre; car, à peine a-t-elle été présentée, qu'il est devenu sourd
aux menaces de ses amis, les Jacobins, qui sont, en ce moment,
très mécontents de lui. Quand il réussirait à s'en faire mépriser,
nous aurions bien de la peine à l'en estimer davantage.
Voici maintenant le récit, favorable à l'enlèvement des bustes,
du _Courrier des 83 départements_, des 21 et 22 avril 1792:
_Le Courrier des 83 départements_, du 21 avril 1792, pp. 305 à
308. (_Paris. Assemblée générale de la Commune._)—Les 2 dernières
séances ont été très orageuses. Une question juste au fond, mais
dont la malveillance se sert pour aigrir les esprits et diviser
la garde nationale des citoyens, c'est-à-dire, la garde nationale
d'elle-même, est la cause de cette tempête qui serait alarmante si
le génie de la liberté ne veillait pas sur nous. Cette question
est de savoir si l'on conservera on non les bustes de MM. Bailly
et la Fayette, que _l'idolâtrie_, ou si l'on veut, le _délire_
a consacrés dans le sanctuaire des magistrats du peuple. Nous
ne croyons pas que le moment soit bien choisi pour agiter cette
question qui en présente une infiniment plus grande. _Doit-on
faire l'apothéose des hommes vivants?_ mais enfin cette question
est à l'ordre du jour, et en attendant que la prudence ait
prononcé, nous en allons dire un mot.
Nous n'avons point assisté à l'avant-dernière séance; nous
savons seulement par le cri public qu'un homme revêtu des
couleurs de la liberté, s'est permis de tirer son sabre, qu'il a
été applaudi par d'autres hommes parés des mêmes couleurs. Nous
savons encore que le résultat de cette scène a été défiguré de la
manière la plus odieuse par les _universels calomniateurs_. La
séance d'avant-hier annonçait de nouveaux orages, et nous, ainsi
que plusieurs citoyens, avons entendu ces propres expressions
sortir de la bouche d'un de ces hommes sur les épaules desquels
l'intrigue a cousu un double galon: qu'on se disposait à sabrer,
si ce coquin de maire n'allait pas au pas, et que, l'expédition
faite, on se porterait au théâtre Molière, où dînaient les soldats
de Château-Vieux....; ce sont ses propres expressions[A].
[A] On feignait d'être de son parti pour en savoir davantage.
En conséquence, plusieurs bons citoyens, amis de l'ordre, se
sont rendus à l'Hôtel-de-Ville où la prudence et la fermeté
de M. Pétion ont triomphé dans la longue lutte qu'une cabale
criminelle avait préparée. Des pétitions, pour et contre le projet
d'enlever les bustes, ont été lues tour à tour. Les injures,
dont quelques-unes étaient parsemées, indignaient les tribunes
et étaient applaudies par une cohorte dont les gestes furieux
annonçaient les intentions. Les esprits s'aigrissaient, et le
sanctuaire de la magistrature populaire aurait pu être transformé
en une arène de gladiateurs, si M. le Maire, conservant au
milieu de cette agitation universelle le calme qui convenait au
premier magistrat d'un peuple libre, n'eût fait taire toutes les
passions par la loi sévère qu'il imposa de ne donner aucun signe
d'approbation ni d'improbation.
Les députations des sections de l'Ile, du Théâtre-Français,
de la Grange-Batelière, et des Postes[B], filèrent (_sic_)
successivement et présentèrent leur pétition contre le projet
d'enlever les bustes.
[B] La pétition de celle-ci était la seule qui méritât
d'être distinguée et qui fût écrite avec un peu de logique.
Sans doute il leur était libre d'exprimer leur vœu; mais
devait-on s'attendre à voir les individus qui les composaient se
prosterner devant les idoles qu'ils venaient encenser, et, après
avoir épuisé l'arsenal de la flatterie, sur L'IMMORTEL
Bailly et le GRAND Lafayette, apostropher, par des
sorties indécentes, des hommes sur lesquels la loi du devoir leur
imposait d'appeler le respect et la confiance?
De toutes ces pétitions, aucune n'était plus inepte et plus
insolente que celle de quelques individus qui affectèrent de se
présenter en uniforme et avec leurs épaulettes. Si l'on n'avait
pas été révolté du fonds de cette diatribe, on aurait pu rire du
ton grotesque de celui qui la lisait. Les chutes des périodes de
l'épauletier rappelaient, malgré qu'on en eût, le _Petit Jean_
qu'on avait fait venir d'Amiens exprès pour être suisse..... M.
Pétion, qui s'était borné, pour tous les autres pétitionnaires, à
deux mots de réponse, gourmanda vertement ceux-ci, et les rappela,
non pas à des procédés plus honnêtes (il est des êtres pour
lesquels l'honnêteté n'est pas de ce monde), mais au respect de la
Constitution et à la lettre de ses décrets.
Plusieurs autres pétitionnaires, notamment une députation de
Saint-Roch, plaidèrent la cause de la liberté contre l'idolâtrie.
Il fut arrêté, sur le fond, que les quarante-huit sections
émettraient leur vœu. Nous ne devons pas oublier qu'au milieu
de cet ouragan, quelques citoyens, parmi lesquels était un
grenadier de la garde nationale, sont venus réclamer contre les
places exclusives qu'occupait l'ancienne garde. _Les décrets_,
disent-ils, _ont déclaré que tous les citoyens étaient tous
gardes nationaux; nous concluons donc que tous les citoyens
doivent partager également l'avantage précieux d'environner
leurs magistrats_.—Dans le cours de sa harangue, l'orateur
avait parlé des sabres dont étaient armés, dans le séjour de la
paix, les citoyens qui étaient à sa gauche..... Un membre de la
Commission observe que le grenadier qui était à côté de l'orateur
était lui-même armé. A l'instant ce grenadier dépose son sabre
et son collègue s'écria: _Oui, Messieurs, il est armé, parce
que, voulant entrer dans cette enceinte, il n'a pu d'abord y
pénétrer sans avoir son sabre, et on lui a observé que c'était la
consigne. Je le dis hautement, et j'atteste cette vérité de ma
signature[C]._—(Cette pétition a été convertie en motion, sur
l'avis de M. Polverel.)
[C] On le demande: dans quelle intention cette consigne
a-t-elle pu être donnée?
Cette séance s'est trop prolongée pour que nous en pussions
attendre la fin; mais il paraît qu'elle n'a pas cessé
d'être tumultueuse[D]. Le peuple s'était porté en force à
l'Hôtel-de-Ville, et il paraît qu'il a exercé une utile
surveillance sur ses magistrats. L'un d'eux nous en donne une
preuve bien touchante. Dans une lettre qu'il nous adresse, nous
trouvons ces propres expressions: «_Comme ce peuple est bon! Je
m'en allais seul, à minuit et demi, sans voiture; les fiacres
même étaient couchés, et il pleuvait à verse. On me conduisait de
l'œil: et je ne m'en aperçus qu'en rentrant chez moi._»
[D] Nous recevons à l'instant la suite des détails de cette
séance; ils nous arrivent trop tard pour en faire usage; nous
les donnerons demain.
_Le Courrier des 83 départements_, du 22 avril 1792, pp.
329-331.—_Assemblée générale de la Commune._ (_Suite de la séance
de jeudi dernier._)—Voici les détails qui nous sont adressés et
qui terminent le récit de la séance orageuse dont nous avons rendu
compte en partie.
Il était près de 10 heures, lorsque tous les pétitionnaires
_pour et contre les images_, eurent été entendus. L'agitation
qui régnait dans l'Assemblée, l'impossibilité où l'on était de
délibérer librement au milieu de 300 hommes à sabres, semblaient
imposer la loi, ou de lever la séance, ou de s'occuper d'objets
moins capables d'échauffer les diverses passions. C'était le
vœu des véritables patriotes, mais les membres du _côté
gauche_, qui se voyait soutenu par des sabreurs, signifièrent
qu'ils passeraient la nuit plutôt que de désemparer avant que la
question fût décidée. Beaucoup de temps se perd avant de savoir si
l'on entamerait la question. Enfin M. Osselin propose d'attendre
que tous les faiseurs de questions aient émis leur vœu.
Opposition du côté gauche, qui ne voulait pas risquer une victoire
qu'il voulait emporter à _main armée_. Le musicien Lefevre
fredonna longuement sur les honneurs dûs aux grands hommes,
notamment au grand la Fayette. On objectait contre la motion de M.
Osselin que les Assemblées de la Commune ne pouvaient délibérer
que sur les objets _d'intérêt communal_. Les motifs que firent
valoir les opposants ne furent point écoutés et ne prévalurent
pas; en vain demandèrent-ils la parole pour combattre la question
préalable réclamée sur la motion de M. Osselin. Efforts inutiles!
le côté gauche, fort de ses spadassins, commanda, bien plus qu'il
ne requit, que la discussion fût fermée. Inutilement M. Pétion
et plusieurs membres du Conseil, objectèrent qu'il n'était pas
possible de fermer une discussion avant qu'elle ne fût ouverte.
Leurs voix furent étouffées par les clameurs de la gauche, bien
plus que par les contorsions ridicules et menaçantes des gens _à
sabres_; enfin, après cinq heures des plus tumultueux débats et
des scènes les plus révoltantes, il fut décidé _qu'il n'y avait
pas lieu à délibérer_.
Nous ajouterons un mot à ce court extrait: nous n'examinerons
pas si c'est à tort ou à raison que la question des bustes s'est
élevée dans l'Assemblée générale de la Commune, nous croyons même
(tout en consacrant le principe _qu'il n'y a que des esclaves qui
puissent consacrer de pareils honneurs à des hommes vivants_),
nous croyons, dis-je, qu'il est urgent de prendre un parti,
afin d'éviter que les délibérations des magistrats ne soient
pas à l'avenir gênées par des hommes armés, _se disant_ gardes
nationaux, et qui ne sont sans doute que des émissaires _à tant_
le geste, _à tant_ la clameur, _à tant_ la menace, qui viennent
faire le métier de _bravaches_ pour insulter les véritables
citoyens qui se rendent aux Assemblées pour y voir discuter leurs
intérêts[E].
[E] Il est bon d'observer que certain d'Hermigny qui, dans les
premiers jours de l'Assemblée législative, insulta un patriote
député, fut accusé par un membre du Conseil d'avoir menacé du
geste et de la voix le substitut du procureur de la Commune et
plusieurs autres magistrats du peuple.
NOTA.—Nous trouvons dans la _Gazette Universelle_ des
injures anonymes qui nous honorent trop pour ne pas les rapporter.
Il y est dit: _que nous étions présents à cette séance et que
nous y avons vomi mille imprécations, ainsi que beaucoup d'autres
scélérats qui faisaient chorus avec les émissaires de Coblentz_.
(Nous offrons à l'auteur de ce paragraphe la récompense que
mérite sa charmante calomnie, et un écu pour l'épithète de
scélérat dont il nous gratifie.)
Voici enfin, franchement hostile à Bailly et à La Fayette, la
narration du _Thermomètre du jour_, des 21 et 22 avril.
_Thermomètre du jour_, du 21 avril 1792. (Variétés, p. 163.)—La
question de l'enlèvement des bustes de MM. Bailly et la Fayette
a été agitée à la séance du Conseil général de la Commune de
Paris, du jeudi 19 avril, au milieu des plus violents orages. Qui
aurait cru que, dans un état libre, dans un état régénéré, il
serait mis en doute, si des hommages rendus à des hommes, sur le
patriotisme desquels l'opinion est divisée, doivent être suspendus
au moins jusqu'à la fin de leur carrière? Mais que la philosophie
est faible contre l'esprit de parti et contre le penchant à la
servitude, dont une longue habitude de la corruption a imprégné
certaines âmes!
A l'ouverture de la séance, des gardes nationales armées, ayant
à leur tête des commandants de bataillons, des épauletiers de
tout grade, se sont emparés d'une partie de la salle, moyen très
efficace pour _assurer la liberté_ des délibérations. M. le Maire
a ouvert la séance en annonçant qu'il espérait que le désordre
dont on paraissait menacé n'aurait pas lieu, et que de part et
d'autre on saurait contenir toutes marques d'approbation et
d'improbation.
On a lu diverses pétitions relatives à l'objet de la discussion.
Des gardes nationales, présidés par leurs officiers, ont fait
l'éloge pompeux du héros des deux mondes, et ils ont osé dire que
si la Municipalité faisait ôter les bustes de MM. la Fayette et
Bailly elle déshonorerait _l'armée parisienne_.
M. Pétion leur a répondu que les termes dont ils s'étaient
servis tendaient à établir une opinion très dangereuse, savoir que
l'armée parisienne peut être distinguée des citoyens de Paris. Il
leur a rappelé que cette armée n'était autre chose que la réunion
des citoyens actifs armés et revêtus d'un uniforme; que leur
discours tendrait encore à isoler les gardes nationales de Paris,
des gardes nationales des départements qui ont aussi pris les
armes pour la défense de la liberté, distinctions qui sont sans
fondements et également ennemies de l'égalité et de la concorde.
Des citoyens de la section du Palais-Royal ont exprimé un vœu
ennemi des bustes. D'autres, de la section des Thermes-de-Julien,
ont défendu les images. La section des Postes s'est aussi
déclarée leur adoratrice. Des citoyens signataires d'une pétition
individuelle, ont demandé que les bustes fussent enlevés, et,
s'il vous faut des bustes, ont-ils ajouté, élevez ceux des hommes
vertueux: que J.-J. Rousseau, que Franklin viennent remplacer ici
ces hommes qui ne parurent grands que parce qu'ils étaient montés
sur les échasses de la politique et de la flatterie..... A ces
mots, toutes les épaulettes, tous les uniformes, se lèvent, et
osent imposer silence à l'orateur. Le peuple qui remplissait les
tribunes demande à grands cris que la phrase soit recommencée. Le
tumulte était au comble. Quelques citoyens se montrent disposés
à franchir les balustrades, pour punir les vils _iconomanes_: ce
mouvement en impose enfin aux esclaves, et plus de cent cinquante
gardes nationaux se retirent.
_Thermomètre du jour_, 22 avril 1792. (_Suite de la discussion
sur les Bustes de la Fayette et Bailly._)—Après avoir entendu
tour à tour le langage de la bassesse et de l'idolâtrie, et celui
de la raison et de la liberté, le Conseil passe à l'ordre du jour.
Les défenseurs des bustes obtiennent que l'on agite sur le champ
la question de leur enlèvement. Une foule de motions incidentes
s'élèvent au milieu du tumulte. Après une heure de désordre, M.
Danton requiert que la séance soit levée, attendu l'impossibilité
de délibérer. Il se lève pour sortir. Quelques huées, parties du
côté des épauletiers, le forcent, ainsi que M. Manuel, à reprendre
sa place. M. Patris dénonce M. d'Hermigny, comme ayant insulté
le substitut de la Commune (_sic_) et demande qu'il soit informé
sur-le-champ devant le commissaire de police de la section. Une
foule de voix s'élèvent pour offrir leur témoignage. Alors M.
d'Hermigny, l'insolent d'Hermigny, ce même homme qui, dans le
sanctuaire même des lois, osa insulter et menacer les plus zélés
des défenseurs du peuple, prend la parole. Il nie que ce soit lui
qui ait hué M. Danton; et, quand je l'aurais fait, ajoute-t-il,
cela mériterait-il la lanterne? L'indignation du peuple se
manifeste par les cris les plus violents. M. Pétion parvient
enfin à rétablir le calme. M. Polverel en profite pour annoncer
qu'ayant eu affaire au secrétariat, l'entrée lui en fut refusée
par plusieurs gardes, qui lui ont dit que leur consigne était
de ne laisser entrer que des hommes en uniforme et en armes, et
que cette consigne venait de M. Guyard ou Riard, commandant de
bataillon. M. le Maire a promis de vérifier ce fait aussitôt que
la séance serait levée.
La discussion est reprise. M. Sergent fait la motion de s'en
référer à l'arrêté du 24 mars, qui porte qu'il n'y a pas lieu à
délibérer sur l'enlèvement des bustes, et telle est la décision
qui a été prise, après une heure consommée tour à tour par des
amendements et la question préalable.
Les zélateurs des images ont senti que cet arrêté laissait
encore dans son intégrité la question de savoir si l'on doit
élever des monuments aux hommes avant leur mort, et que la
décision de cette question vengerait bientôt la liberté outragée
par leurs viles flagorneries; aussi se sont-ils retirés consternés
de n'avoir pu obtenir qu'un triomphe éphémère, et peut-être
honteux de s'être montrés, avec si peu de profit, esclaves et
idolâtres. Les bons citoyens ont accompagné leur digne maire
jusqu'à sa voiture. C'était, disaient-ils, autant pour veiller à
sa sûreté que pour applaudir à la conduite sage et ferme qu'il
avait tenue dans une circonstance si difficile.
La Fayette, Bailly, hommes aveuglés par la vanité, quelles que
puissent être désormais vos vertus, vos exploits, vos bienfaits
envers la patrie, votre réputation ne passera à la postérité
qu'avec la tache que viennent de lui imprimer vos stupides
adulateurs.
[360] Il s'agit de la loi du 19-22 juillet 1791 relative à
l'organisation d'une police municipale et correctionnelle (Cf.
DUVERGIER, t. III, pp. 114-126).
[361] P. imp., in-4º de 18 p., Bib. nat., Lf{137} 15 (TOURNEUX,
nº 14203). La pièce est signée: «Pour ses collègues,
DUFOUR.» Dufour était commissaire de police de la section du
Marché-des-Innocents, d'après la liste des commissaires de police
qui figure au supplément de la _Chronique de Paris_ du 22 avril
1792. Cette liste ne comprend que les commissaires de police
de 47 sections. Il y manque le nom du commissaire de police de
la section des Quinze-Vingts qui n'a pas signé la lettre au
bas de laquelle figurent les noms de ses 47 collègues. Cette
lettre est une réponse, en date du 21 avril 1792, écrite sur un
ton assez ironique, à une lettre du 5 avril aux commissaires
de police de la Ville de Paris, du procureur de la Commune,
Manuel, conseillant à ceux-ci d'enlever les boues des rues, les
pierres qui sont devant les portes, de régler la circulation
des carrosses, etc... Les signataires répliquent en indiquant à
Manuel ce que lui-même devrait faire.
[362] P. imp., in-4º de 7 p., Arch. nat., collection Rondonneau,
ADXVI 69, p. 35 (TOURNEUX, nº 8741).
Voici le texte de cette pièce.