On a vu dans le projet de fête civique proposé pour la réception
des soldats du régiment de Châteauvieux, que nous avons rapporté
hier, que les officiers municipaux de la ville de Paris doivent
assister à cette fête; voici à cet égard l'arrêté prit par le
Conseil général, ainsi que la pétition qui y a donné lieu:
_Extrait du registre des délibérations du Conseil général de la
Commune de Paris._
Le Conseil général, après avoir entendu le Procureur de la
Commune, arrête qu'il se rendra à l'invitation qui lui est faite
par plusieurs citoyens, d'assister à la fête que le patriotisme et
la reconnaissance préparent aux soldats de Châteauvieux; arrête
en outre que la pétition qui lui a été présentée à cet égard
dans la séance de ce jour, et dont la teneur suit, sera, ainsi
que le présent arrêté, imprimée et renvoyée aux quarante-huit
sections. (_Signé_): PÉTION, maire; ROYER, secrétaire-greffier
adjoint.
_Pétition présentée au Conseil général de la Commune de Paris._
Monsieur le maire, Messieurs, dans quelques jours nous
posséderons au milieu de nous nos frères les soldats de
Châteauvieux; leurs fers sont tombés à la voix de l'Assemblée
nationale; leurs persécuteurs sont échappés au glaive de la loi,
mais non pas à l'ignominie. Bientôt ces soldats généreux reverront
le Champ de Mars où leur résistance au despotisme a préparé ce
règne de la loi; bientôt ils embrasseront leurs frères d'armes,
ces braves gardes-françaises dont ils ont partagé la désobéissance
héroïque.
Une bienfaisance fraternelle et des honneurs éminents
acquitteront, envers les soldats de Châteauvieux, la dette que la
patrie a contractée. Ainsi les efforts du civisme seront à jamais
encouragés. Cette fête touchante sera partout l'effroi des tyrans,
l'espoir et la consolation des patriotes; ainsi nous prouverons
à l'Europe que le peuple n'est pas ingrat comme les despotes et
qu'une nation devenue libre sait récompenser les soutiens de la
liberté, comme elle sait frapper les conspirateurs jusque sur les
marches du trône.
De nombreux citoyens nous ont chargés, auprès de vous, d'une
mission que nous remplissons avec confiance et avec joie. Ils
vous invitent, par notre voix, à être témoins de cette fête que
le civisme et les beaux-arts vont rendre importante et mémorable.
Que les magistrats du peuple consacrent, par leur présence, le
triomphe des martyrs de la cause du peuple; ils ont conservé dans
les fers cette liberté intérieure et morale que tous les rois ne
peuvent ravir. La patrie a gravé sur leurs chaînes le serment _de
vivre libre ou de mourir_, comme elle l'a gravé sur les épées et
sur les piques nationales, comme elle l'a gravé dans vos cœurs,
dans les nôtres et dans ceux de tous les vrais Français.
(_Signé_): Marie-Joseph CHÉNIER, THÉROIGNE, DAVID, HION, etc...
Certifié conforme à la minute déposée au secrétariat de la
municipalité.
(_Signé_): ROYER, secrétaire-greffier adjoint.
Ces deux pièces furent imprimées à l'époque en un in-8º, de 4
pages, dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque de la Ville
de Paris, recueil factice 10073* (TOURNEUX, nº 6058).
[334] Plusieurs sections de Paris, d'après les _Annales
patriotiques_ du 16 mars, p. 339, avaient déjà, à l'exemple de la
section des Tuileries, initiatrice de ce mouvement, ouvert une
souscription au profit des Suisses de Châteauvieux.
[335] Le présent arrêté de la section des Postes pour l'ouverture
d'une collecte en l'honneur des soldats de Châteauvieux fut même
imprimé en un in-8º de 3 p. dont il existait un exemplaire à la
Bib. de la Ville de Paris, rec. fac. 10065* in-8º (TOURNEUX, nº
8742). Je ne puis malheureusement reproduire ici le texte de
cette pièce, que l'on n'a pu me communiquer.
[336] Deux semaines plus tard, le 15 avril 1792, la fête projetée
en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, avait lieu en grande
pompe, à la suite d'un nouvel arrêté du Corps municipal du 11
avril.—Parmi les plus zélés partisans du projet de fête civique
en l'honneur des Suisses de Châteauvieux se trouvait le sieur
Buirette-Verrières dont il sera question ci-après (voyez p.
111, n. 372), à l'occasion d'une autre affaire en cours à cette
époque, celle de la réintégration des ci-devant gardes-françaises
dans la garde nationale soldée. Buirette-Verrières, qui était
déjà l'avocat attitré des gardes-françaises, voulut être
aussi celui des Suisses de Châteauvieux. Voici à ce sujet une
information que je relève dans un journal royaliste: _Assemblée
nationale, corps administratifs et nouvelles politiques et
littéraires de l'Europe_, nº 200, du 18 avril 1792, p. 141:
Il était naturel que ceux qui n'ont vu dans la délivrance
des soldats de Châteauvieux qu'un motif de calomnier M. de La
Fayette et d'ériger en triomphe l'insurrection et la révolte,
se déclarassent les apologistes des soldats réfractaires, jugés
légalement par le Conseil de guerre. Le sieur Verrières, ce membre
connu du Club des Cordeliers, intime ami des Fréron, des Marat
et des Legendre, vient de faire afficher, à la guérite de tous
les corps de garde, un placard par lequel il invite tous ces
soldats condamnés par leurs pairs, à revenir, déclarant qu'il
est prêt à être leur défenseur officieux, et qu'il a conservé
pour eux quelques feuillets dans le martyrologe des défenseurs
de la liberté; que le sieur Verrières, profitant des avantages
de l'amnistie, s'applaudisse tant qu'il voudra d'avoir échappé à
l'inflexible rigueur de la loi; mais qu'il ose ériger des autels
à la révolte la plus caractérisée, qu'il appelle la bienveillance
publique sur des têtes jugées coupables, c'est, nous osons le
dire, insulter aux droits de la justice, fomenter l'esprit de
l'insubordination et blasphémer la liberté que des factieux
cherchent à faire haïr par le comble du délire et de l'audace. On
assure avoir vu relever une sentinelle à l'abbaye Saint-Germain,
qui a reçu la consigne de faire respecter cette affiche. Il n'est
pas croyable qu'un ordre aussi contraire à l'ordre public et à
la loi soit émané du commandant général dont l'attachement aux
principes de la Constitution est connu. Il est à présumer qu'il
n'en a aucune connaissance.
La fête des Suisses de Châteauvieux, célébrée le 15 avril 1792,
donna lieu, le jour même, à une protestation de la part des
citoyens de la section de l'Isle: _Adresse aux Français_, imp.
in-4º de 4 p., Arch. nat., collection Rondonneau, ADXVI 69, p. 36.