Pendant que tous les Français, sans distinction de classe ou de parti,
s'apprêtent crânement, presque gaiement même, à faire leur devoir, les
Françaises, d'une façon plus discrète peut-être parce que toutes ont le
coeur attristé par le départ d'un être aimé, demandent à servir la
patrie menacée.
A peine conscientes de la grandeur de leur mission, les femmes de France
veulent porter jusque sur les horribles champs de bataille le réconfort
de leur présence, la douceur de leur parole, le charme de leur sourire,
l'inépuisable générosité de leur coeur. Jeunes et vieilles,
aristocrates, bourgeoises, filles du peuple, composent la même foule,
assiègent avec le même élan admirable et grave les trois grandes
sociétés d'assistance aux blessés qui constituent la Croix-Rouge
française.
La Société française de secours aux blessés militaires, fondée en 1864,
a déjà eu en 1870 l'occasion de se signaler; admirablement préparée
aujourd'hui, sous la haute direction du marquis de Vogüé, elle envoie
chaque jour des équipes aux postes frontières. Au deuxième jour de la
mobilisation, dix équipes étaient à leur poste, comprenant une
cinquantaine d'infirmières diplômées qui dirigeront les novices.
D'autres les rejoindront bientôt. La Société dispose actuellement de
17.000 lits.
L'Association des Dames françaises, mise à l'étude après la guerre, en
1876, a régulièrement fonctionné à partir de 1879. Elle a pour
présidente Mme Ernest Carnot.
Le matériel de guerre de l'Association est au complet; une partie se
trouve déjà à la frontière avec les ambulancières. Dès les premières
heures de la mobilisation, on a mis au service des Dames françaises 600
lits au Tennis-Club, 400 au collège Stanislas, etc..., les offres
affluent de tous côtés.
L'Union des Femmes de France, née en 1881, de l'Association des Dames
françaises, a à sa tête Mme Pérouse. Elle a envoyé des équipes à
Saint-Dié, Verdun, Vittel, Remiremont, Epinal, Toulon, Besançon,
Châteauroux, Sainte-Menehould, Angers: 12.000 lits sont prêts, répartis
en divers points de la France. Ajoutons que les Femmes de France
disposent de 60 équipes volantes comprenant une infirmière-majore et
cinq infirmières, équipes susceptibles, par privilège spécial et à titre
exceptionnel de s'avancer jusqu'à la première ligne et de se joindre au
service de santé militaire. Les «Femmes de France» sont fières de cette
prérogative, récompense de leur admirable dévouement dans nos campagnes
du Maroc.