Plusieurs solutions sont en présence.
A
_Ligne de la Nouvelle-Calédonie._
Il y a un triple intérêt, moral, commercial et politique, à relier le
plus étroitement possible les colonies françaises de l’Océanie entre
elles. L’Administration locale et le Conseil général sont d’accord sur
ce point et des ouvertures catégoriques ont dû être faites à Nouméa. La
Calédonie pourrait approvisionner Tahiti de viande vivante ou conservée.
En outre, un courant d’émigration s’établirait le jour où le transport
des colons serait assuré par une voie à peu près directe. On a eu
l’occasion d’entretenir de cette question M. de J., inspecteur des
Messageries maritimes, et M. P., membre du Conseil privé, armateur et
commissionnaire à Nouméa. M. P. est déjà concessionnaire d’un service
subventionné en Nouvelle-Calédonie. Il est disposé à tenter de créer le
service entre Papeete et Nouméa si les deux colonies et la Mère-Patrie
veulent s’entendre pour contribuer à le subventionner. A titre de
document, il faut mentionner ici cette opinion, en faveur au Conseil
général de Tahiti, que la création du service dont il s’agit
dispenserait l’État de l’entretien onéreux d’un aviso-transport et que
l’économie réalisée de ce chef pourrait être en partie affectée au
relèvement de la subvention postale. On peut rappeler, à ce sujet, le
précédent de 1882.
Quant à M. de J., il ne croit pas que les Messageries maritimes puissent
jamais entreprendre ce service et ne paraît pas autrement préoccupé de
la perspective de voir une Compagnie rivale accaparer le trafic par
l’isthme de Panama dont le percement est encore une question d’avenir. A
plus forte raison écarte-t-il l’hypothèse chère à certains commerçants
de Tahiti d’un prolongement de la ligne des Messageries jusqu’à
San-Francisco avec escale à Tahiti.
B
_Ligne de la Nouvelle-Zélande._
Depuis deux ans, une maison d’Auckland (Donald et Edenborough)
entretient un vapeur, primitivement le _Janet Nicoll_, aujourd’hui le
_Richmond_, qui apporte à Papeete les légumes, les conserves, les bœufs,
les chevaux et divers objets manufacturés de provenance néo-zélandaise
ou anglaise. L’objectif de cette maison, autrefois subventionnée par le
gouvernement d’Auckland, est de supplanter les maisons américaines,
anglaises ou allemandes dans l’approvisionnement de Tahiti et de ses
dépendances. Elle a un comptoir à Papeete et un autre à Raiatea (Iles
sous le Vent).
Des pourparlers engagés il résulte que moyennant une subvention de 3.000
francs par voyage, aller et retour, le _Richmond_, toucherait non pas
tous les mois mais tous les 32 jours à Papeete. Ce délai serait
nécessité par les escales des Tonga et des Samoa, sans parler de
Rorotonga (Archipel Cook). D’Auckland on irait retrouver à Sidney le
paquebot des Messageries maritimes. D’autre part, la maison Donald et
Edenborough, ayant un comptoir à Sidney, accepte en principe de se
charger du transport des colis postaux à destination de Tahiti. Sur la
proposition de l’Administration, le Conseil général a exonéré de tous
droits de port et de quai le _Richmond_ qui, dans le cours de l’année
1886, a exporté de Tahiti pour plus de 100.000 francs de produits
naturels, oranges, coprah, etc.
C
_Ligne d’Honolulu–San-Francisco._
Il est vraisemblable qu’à moins d’une subvention élevée on ne pourra pas
de longtemps établir un service à vapeur de San-Francisco à Papeete.
Cette ligne, il est utile de le dire, a les préférences du commerce
d’importation à Tahiti qui se pourvoit en Amérique de denrées et de
marchandises de second ordre. Il serait moins difficile peut-être de
créer une ligne de Papeete à Honolulu (Archipel Sandwich). Cette idée a
été suggérée indirectement à M. Spreckels, l’armateur bien connu de
San-Francisco, qui est à la tête de la ligne de San-Francisco à Sidney
et de plusieurs autres. De Papeete à Honolulu, la durée du voyage est de
huit jours; il faut compter huit autres jours d’Honolulu à
San-Francisco. Or, présentement, la durée moyenne du voyage de Papeete à
San-Francisco est de trente jours. On gagnerait donc deux semaines avec
un service qui pourrait fonctionner sur des bases moins coûteuses que
celles d’un service direct sur San-Francisco. Ce port est en relation
hebdomadaire avec Honolulu.
D
_Ligne de Panama._
Le Gouverneur de la Colonie a vivement préconisé à plusieurs reprises la
ligne de Panama. Le service serait fait de Saint-Nazaire à Colon par les
paquebots de la Compagnie transatlantique. Provisoirement, jusqu’au
percement définitif de l’isthme, les passagers et les marchandises
seraient transbordés par le chemin de fer de Colon à Panama, et une
ligne subventionnée de Panama à Papeete assurerait dès à présent à la
Colonie le bénéfice de la nouvelle voie. Le Conseil général a émis en ce
sens un vœu un peu vague dans sa forme, vœu auquel il a donné pour
corollaire l’invitation adressée au Département de prémunir Tahiti
contre l’invasion de la fièvre jaune au moyen de l’établissement d’un
lazaret et des mesures sanitaires accessoires.