LE SERVICE POSTAL FRANÇAIS EN OCÉANIE

On reconnaît de tous les côtés qu’il importe au développement agricole

et commercial des Établissements français de l’Océanie orientale

d’assurer d’une façon normale et régulière leurs communications postales

avec la métropole. Le Département de la Marine et des Colonies n’a cessé

de se préoccuper de cette question dans la persuasion où l’on est que,

du jour où elle sera en relations relativement directes et rapides avec

la France, la situation économique si précaire de la colonie en sera

sensiblement modifiée.

_Les voies actuelles._

Actuellement on se rend à Tahiti par deux voies.

1º _En passant par l’Amérique._ (Quarante-cinq jours).

Cette ligne emploie:

(a) Les paquebots de la Cie Transatlantique du Havre

à New-York 9 jours.

(b) Le chemin de fer du Pacifique de New-York

à San-Francisco 6 jours.

(c) Une goëlette subventionnée de San-Francisco à Papeete en passant

par Taio-hae (Nuka-Hiva), en moyenne 30 jours.

_Remarque._ Cette goëlette est subventionnée au moyen des fonds mis à la

disposition du Service local par le Département (Chapitre XV. Service

commun des Colonies).

Par lettre en date du 12 mai 1882, le Ministre informe le Gouverneur

qu’une somme de 80.000 fr. est attribuée à la Colonie en vue de

subventionner un service maritime _à vapeur_. L’un des navires de la

station locale ayant été supprimé, cette subvention intervient comme une

compensation.

2º _En passant par l’Australie et la Nouvelle Calédonie._

(Soixante-trois jours.)

Cette ligne emploie:

(a) Les paquebots des Messageries maritimes de Marseille

à Nouméa 48 jours.

(b) L’aviso-transport de l’État, de Nouméa à Papeete,

environ 15 jours.

On ne peut parler que pour mémoire du service des transports de l’État,

exclusivement affectés aux troupes et dont les voyages intermittents ne

sont d’aucune utilité à la colonisation. La nécessité de recourir à un

bâtiment de la flotte nationale met une entrave réelle à l’introduction

des colons car ce n’est qu’à titre exceptionnel et dans des conditions

peu favorables que les immigrants peuvent être pris à bord d’un navire

de guerre.

_Le service subventionné._

On a vu sur quels fonds est prélevée la subvention allouée aux goëlettes

qui font le service entre San-Francisco et Papeete. Ce service se fait

dans les conditions suivantes:

Un départ par mois de San-Francisco, le 1er du mois, et de Papeete du 12

au 15 du mois.

La subvention annuelle est de 75.000 fr., payables en 12 termes

mensuels. L’adjudication faite en 1884 a eu pour résultat de confier ce

service pour trois ans à trois maisons étrangères:

La maison Turner and Chapman, propriétaire du _Tahiti_ (Américains).

La maison Crawford, propriétaire du _Tropic Bird_ (Américains).

La maison Darsie, propriétaire du _City of Papeete_ (Anglais).

Le contrat expirait le 30 juin 1887. Dans sa session de janvier, le

Conseil général a considéré que les raisons qui dans le principe avaient

motivé l’allocation d’une subvention à une ligne sur San-Francisco

avaient perdu de leur force. Les concessionnaires du service étant

contraints par les nécessités de leur commerce de faire ces voyages

mensuels, il paraissait possible d’obtenir qu’ils continuassent à se

charger du courrier, sinon gratuitement, du moins avec une subvention

beaucoup moindre. L’administration n’a pas plus adhéré à cette doctrine

qu’elle ne l’a combattue. Elle s’est bornée à faire des réserves en ce

qui regarde le trouble que son application pouvait apporter dans la

transmission de la correspondance officielle. Elle a été invitée à

s’entendre avec tout armateur qui soit à San-Francisco soit à Papeete,

consentirait à prendre la poste à raison de 2.500 francs par voyage,

aller et retour, si le navire était à voile, et de 3.000 francs s’il

était à vapeur. L’administration avait pour devoir de se conformer aux

vues de l’assemblée: elle a fait annoncer, en Europe, en Amérique et en

Océanie, une adjudication qui a donné lieu à un procès-verbal de

carence. Cependant on a obtenu, en négociant à Papeete, le transport de

deux courriers aux conditions nouvelles. Informé des préoccupations de

l’administration, le Département a, par dépêche, donné l’ordre de

«maintenir le service actuel». Sur la foi de cette dépêche,

ultérieurement confirmée, le Consul de France à San-Francisco et le

Gouverneur de la Colonie ont traité avec les anciens adjudicataires et

le service s’est continué aux mêmes conditions, avec cette différence

qu’il n’a pas été pris d’engagement à long terme.

Le Conseil général s’est fondé sur la légitime intervention du

Département pour éliminer du budget local et la recette de 80.000 francs

figurant au titre des subventions et la dépense du service postal

international inscrite pour 75.000 francs, laissant ainsi à

l’Administration l’entière responsabilité d’assurer les relations

postales de la Colonie avec la Métropole.

La question du transport du courrier dans les conditions les meilleures

et les moins onéreuses est donc toujours posée.

La nouvelle Cythère · 第 39 / 51 题