Le mari était Moanarai, Profondeur de l’Océan, et la femme Aitofa,
Désir du Guerrier.
Viens de Toa, ô Aitofa!
Ma très belle mais fuyante femme!
Comme la marée qui monte et comme le déluge dans la vallée ainsi est
l’excès de l’affection que j’ai pour toi.
O Aitofa, prends en pitié ton mari qui va mourir!
La mer immobile est comme la fille qu’on attend!
Ton époux s’évanouira d’émotion et d’anxiété quand il reverra le
visage de son épouse bien-aimée venant vers lui avec amour!
Tes yeux sont les plus beaux de tous!
Quand ses regards rencontrent les tiens ton époux conserve l’image de
son épouse; comme la lueur qui brille sur le récif ainsi est ton
époux; il est comme la profondeur de l’espace.
Son chagrin est comme un grand nuage sombre.
Mon chagrin doit être comparé au ciel quand il est noir.
Hélas! pitié, pitié pour moi!
O ma petite femme, ma douce et bien-aimée femme, reviens de tes
voyages au loin!
Ma belle femme, mon amie et ma consolatrice dans le chagrin, mon amie
dans les mauvais jours et mon soutien!
Je te ferai une couronne de fleurs de pandanus, ô Aitofa!
Maintenant tes artifices me troublent.
Tu fuis comme l’eau limpide du bain et comme la fleur qui s’évanouit.
Pitié pour toi, ô Aitofa!
Tu es comme une pirogue qui se perd!
O l’agonie de mon cœur, la peine de mon esprit!
Je ne vaux plus rien et je songe à la mort!
Une frénésie soudaine s’empare de moi!
Malheur à nous deux! L’esprit de ton époux se perd dans sa compassion
pour sa femme!
Aie pitié, ma bien-aimée! Que ton aimable visage se tourne vers moi!
Ma case est détruite: je suis une épine brisée!
Quelle offense t’ai-je faite, ô ma petite femme? Pourquoi as-tu fui?
Pourquoi m’as-tu brisé aussi violemment! Pourquoi es-tu partie?...
Tu es une femme impitoyable!
Mon dépit est devenu un ouragan qui passe en moi!
Il n’y a plus de force en moi et cependant mon amour soupire après
toi!
Je suis sans chaleur à cause de l’ardeur de mon amour pour toi!
O Aitofa, reviens! Ici sont tes rouges étoffes! Ici sont tes vêtements
écarlates! Ici sont tes colliers de perles.
Tout ici est à toi comme moi-même, Moanarai, Profondeur de l’Océan.