LA COLÈRE

La colère commence doucement, petit à petit comme un léger filet

d’eau; mais bientôt elle devient un torrent, une rivière débordée.

Ne vous mettez pas en colère! Souvenez-vous de la fleur que nous avons

déchirée ensemble! Ne vous fâchez pas à en devenir presque fou! De

quoi s’agit-il? On a voulu tuer un homme. Est-ce que c’est vous?

Pourquoi suscitez-vous toujours des querelles?

N’arrêtez pas votre haleine en vous mettant constamment en colère!

Voici la nuit qui vient et vous êtes toujours en colère.

C’est un homme dont la langue est terrible. Il aime à faire du mal, à

médire des absents. Il aime à crier, à faire du bruit afin d’empêcher

ses voisins de dormir. Personne ne peut plus le supporter. Il aime à

provoquer, à répandre des injures et des calomnies contre tout le

monde. Il ne songe pas qu’il a une tumeur dans le dos dont il ne se

guérira jamais peut-être. Il aime à divulguer les fautes des autres et

à les aggraver, en faire un amas, à les couvrir avec les feuilles qui

servent à faire le four tahitien.

Ami, vous êtes un homme qui provoque la colère. Vous entendiez des

discours et vous les colportiez partout. Essayez de vous instruire

d’abord et lorsque vous serez parfait, vous pourrez vous sauver le

jour où votre pirogue sera échouée sur le récif.

La langue de cet homme me cause un véritable chagrin. Il a la langue

d’un oiseau et les dents d’un porc sauvage. On peut fermer le groin

d’un sanglier, mais qui peut arrêter la langue de celui qui aime à

médire des absents et cause du scandale partout?

Votre colère vous rend malheureux, misérable. Elle vous perce comme la

plume d’un coq. La colère est le plus douloureux des aiguillons.

La nouvelle Cythère · 第 17 / 51 题