SCÈNE II

A Kimbolton.

_Entre_ CATHERINE _reine douairière, malade et soutenue par_ GRIFFITH ET

PATIENCE.

GRIFFITH.--Comment se trouve Sa Grâce?

CATHERINE.--O Griffith, malade à mort! Mes jambes, comme des branches

surchargées, ploient vers la terre, pressées de déposer leur fardeau.

Avancez un siége.--Comme cela. A présent, il me semble que je me sens un

peu plus à mon aise.--Ne m'as-tu pas dit, Griffith, en me conduisant,

que ce puissant fils de la fortune, le cardinal Wolsey, était mort?

GRIFFITH.--Oui, madame. Mais je crois que Votre Grâce souffre trop en ce

moment pour m'écouter.

CATHERINE.--Je t'en prie, bon Griffith, raconte-moi comment il est mort.

S'il a fait une bonne fin, il m'a heureusement précédée pour me servir

d'exemple.

GRIFFITH.--Le bruit public est qu'il a fait une bonne fin, madame.--Car

lorsque le grand comte de Northumberland l'eut arrêté à York, et voulut

l'amener pour être interrogé comme un homme violemment prévenu, il tomba

malade subitement, et son mal devint si violent qu'il ne pouvait rester

assis sur sa mule.

CATHERINE.--Hélas, le pauvre homme!

GRIFFITH.--Enfin, à petites journées il arriva à Leicester, et logea

dans l'abbaye, où le révérend père abbé avec tous ses religieux le reçut

honorablement. Le cardinal lui adressa ces paroles: _O père abbé, un

vieillard brisé par les orages de la cour vient déposer parmi vous ses

membres fatigués: accordez-lui par charité un peu de terre_. Il se mit

au lit, où sa maladie fit des progrès si violents que, la troisième nuit

après son arrivée, vers huit heures, qu'il avait prédit lui-même devoir

être sa dernière heure, plein de repentir, plongé dans de continuelles

méditations, au milieu des larmes et des soupirs, il rendit au monde ses

dignités, au ciel son âme bienheureuse, et s'endormit dans la paix.

CATHERINE.--Qu'il y repose doucement, et que ses fautes lui soient

légères!--Cependant permets-moi, Griffith, de dire ce que j'en pense, et

pourtant sans blesser la charité.--C'était un homme d'un orgueil sans

bornes, toujours voulant marcher l'égal des princes; un homme qui, par

son despotisme, a enchaîné tout le royaume. La simonie lui paraissait

légitime, sa propre opinion était sa loi, il vous niait en face la

vérité, et fut toujours double dans ses paroles comme dans ses desseins.

Jamais il ne montrait de pitié que lorsqu'il méditait votre ruine; ses

promesses étaient ce qu'il était alors, riches et puissantes; mais

l'exécution était ce qu'il est aujourd'hui, néant. Il usait mal de son

corps et donnait au clergé un mauvais exemple.

GRIFFITH.--Ma noble dame, le mal que font les hommes vit sur l'airain;

nous traçons leurs vertus sur l'onde. Votre Altesse me permettrait-elle

de dire à mon tour le bien qu'il y avait en lui?

CATHERINE.--Oui, cher Griffith. Autrement je serais méchante.

GRIFFITH.--Ce cardinal, quoique issu d'une humble tige, fut cependant

incontestablement formé pour parvenir aux grandes dignités. A peine

sorti du berceau, c'était déjà un savant mûr et judicieux. Il était

singulièrement éclairé, d'une éloquence persuasive. Hautain et dur pour

ceux qui ne l'aimaient pas, mais doux comme l'été à ceux qui le

recherchaient. Et s'il ne pouvait se rassasier d'acquérir des richesses

(ce qui fut un péché), en revanche, madame, il était, à les répandre,

d'une générosité de prince. Portez éternellement témoignage pour lui,

vous deux, fils jumeaux de la science, qu'il a élevée on vous, Ipswich

et Oxford, dont l'un est tombé avec lui ne voulant pas survivre au

bienfaiteur à qui il devait sa naissance, et l'autre, quoique imparfait

encore, est cependant déjà si célèbre, si excellent dans la science, et

si rapide dans ses progrès continuels, que la chrétienté ne cessera d'en

proclamer le mérite.--Sa ruine lui a amassé des trésors de bonheur, car

ce n'est qu'alors qu'il s'est senti et connu lui-même, et qu'il a

compris combien étaient heureux les petits; et pour couronner sa

vieillesse d'une gloire plus grande que celle que les hommes peuvent

donner, il est mort dans la crainte de Dieu.

CATHERINE.--Après ma mort, je ne veux pas d'autre héraut, d'autre

narrateur des actions de ma vie, pour garantir mon honneur de la

calomnie, qu'un historien aussi honnête que Griffith. Celui que j'avais

le plus haï vivant, tu as su, par ta religieuse candeur et par ta

modération, me le faire honorer dans sa cendre. Que la paix soit avec

lui!--Patience, tiens-toi près de moi.--Place-moi plus bas: je n'ai pas

encore longtemps à te fatiguer.--Bon Griffith, dis aux musiciens de me

jouer cet air mélancolique que j'ai nommé ma cloche funèbre, tandis

qu'assise ici, je méditerai sur l'harmonie des célestes concerts, où je

vais bientôt me rendre.

(On joue une musique lente et mélancolique.)

GRIFFITH.--Elle s'est endormie. Bonne fille, asseyons-nous et restons

tranquilles, de crainte de la réveiller.--Doucement, chère Patience.

Henri VIII · 第 29 / 40 题