1° Deux juges.
2° Le lord chancelier, devant lequel on porte la bourse et la masse.
3° Un choeur de chanteurs.
4° Le maire de Londres, portant la masse. Ensuite le héraut Garter, vêtu
de sa cotte d'armes, et portant sur sa tête une couronne de cuivre doré.
5° Le marquis de Dorset, portant un sceptre d'or, et sur sa tête une
demi-couronne d'or. Avec lui marche le comte de Surrey, portant la
baguette d'argent avec la colombe, et couronné d'une couronne de comte,
avec les colliers de l'ordre des chevaliers.
6° Le duc de Suffolk, dans sa robe de cérémonie, sa couronne ducale sur
la tête, et une longue baguette blanche à la main, en qualité de grand
maître. Avec lui marche de front le duc de Norfolk, avec la baguette de
grand maréchal, et la couronne ducale sur la tête, et les colliers de
l'ordre des chevaliers.
7° Ensuite paraît un dais porté par quatre des barons des cinq ports.
Sous ce dais marche la reine, parée des ornements de la royauté, la
couronne sur la tête, et les cheveux ornés de perles précieuses. A ses
côtés, sont les évêques de Londres et de Winchester.
8° La vieille duchesse de Norfolk, avec une petite couronne d'or,
travaillée en fleurs, conduisant le cortège de la reine.
9° Différentes dames et comtesses, avec de simples petits cercles d'or
sans fleurs.
SECOND BOURGEOIS.--Un cortège vraiment royal, sur ma parole!--Je connais
ceux-ci.--Mais quel est celui qui porte le sceptre?
PREMIER BOURGEOIS.--Le marquis de Dorset; et l'autre, le comte de Surrey
avec la baguette d'argent.
SECOND BOURGEOIS.--Un brave et hardi gentilhomme.--Celui-là doit être le
duc de Suffolk?
PREMIER BOURGEOIS.--C'est lui-même: le grand maître.
SECOND BOURGEOIS.--Et celui-ci milord de Norfolk?
PREMIER BOURGEOIS.--Oui.
SECOND BOURGEOIS.--Que Dieu te comble de ses bénédictions! Tu as la plus
aimable figure que j'aie jamais vue.--Sur mon âme, c'est un ange. Notre
roi peut se vanter de posséder tous les trésors de l'Inde, et bien plus
encore quand il embrasse cette dame: je ne puis blâmer sa conscience.
PREMIER BOURGEOIS.--Ceux qui portent le dais d'honneur au-dessus d'elle
sont quatre barons des cinq ports.
SECOND BOURGEOIS.--Ils sont bien heureux, ainsi que tous ceux qui sont
près d'elle.--J'imagine que celle qui conduit le cortège est cette noble
dame, la vieille duchesse de Norfolk?
PREMIER BOURGEOIS.--C'est elle: et toutes les autres sont des comtesses.
SECOND BOURGEOIS.--Leurs petites couronnes l'annoncent.--Ce sont des
étoiles et quelquefois des étoiles tombantes.
PREMIER BOURGEOIS.--Laissons cela. _(La procession disparaît au son
d'une bruyante fanfare_.--_Entre un troisième bourgeois.)_ Dieu vous
garde, monsieur; où vous êtes-vous fourré?
TROISIÈME BOURGEOIS.--Parmi la foule, dans l'abbaye; on n'y aurait pas
glissé un doigt de plus: je suis suffoqué des épaisses exhalaisons de
leur joie.
SECOND BOURGEOIS.--Vous avez donc vu la cérémonie?
TROISIÈME BOURGEOIS.--Oui, je l'ai vue.
PREMIER BOURGEOIS.--Comment était-elle?
TROISIÈME BOURGEOIS.--Très-digne d'être vue.
SECOND BOURGEOIS.--Racontez-la nous, mon cher monsieur.
TROISIÈME BOURGEOIS.--Je le ferai de mon mieux. Ces flots brillants de
seigneurs et de dames ayant conduit la reine au siége qui lui était
préparé se sont ensuite écartés à quelque distance d'elle; la reine est
demeurée assise pour se reposer une demi-heure environ, sur un riche et
magnifique trône, offrant toutes les grâces de sa personne aux libres
regards du peuple. Oh! croyez-moi, c'est la plus belle femme qui soit
jamais entrée dans le lit d'un homme! Lorsqu'elle a paru ainsi en plein
aux regards du public, il s'est élevé un bruit tel que celui des
cordages à la mer par une violente tempête, tout aussi fort, et composé
d'autant de tons divers: les chapeaux, les manteaux, et, je crois, les
habits aussi ont volé en l'air; et si leurs visages n'avaient pas tenu,
ils les auraient aussi perdus aujourd'hui. Jamais je n'ai vu tant
d'allégresse. Des femmes grosses, et qui n'en ont pas pour la moitié
d'une semaine, comme les béliers dont les anciens se servaient à la
guerre, frappaient la foule de leur ventre et faisaient tout chanceler
devant elles; pas un homme n'eût pu dire: celle-ci est ma femme; tant on
était étrangement agencé les uns avec les autres comme un seul morceau.
SECOND BOURGEOIS.--Mais, je vous prie, que s'est-il passé ensuite?
TROISIÈME BOURGEOIS.--À la fin, Sa Grâce s'est levée, et d'un pas
modeste elle s'est avancée vers l'autel; là elle s'est mise à genoux,
et, comme une sainte, elle a levé ses beaux yeux vers le ciel, et a prié
dévotement. Ensuite elle s'est relevée et a fait une inclination au
peuple. C'est alors qu'elle a reçu de l'archevêque de Cantorbéry tous
les signes qui consacrent une reine, comme l'huile sainte, la couronne
d'Édouard le Confesseur, la baguette et l'oiseau de paix, et tous les
autres attributs noblement déposés sur elle: les cérémonies achevées, le
choeur, composé des plus célèbres musiciens du royaume, a chanté le _Te
Deum_. Alors elle est sortie de l'église, et elle est revenue dans la
même pompe à York-place, où se donne la fête.
PREMIER BOURGEOIS.--Vous ne devez plus nommer ce palais York-place,
depuis la chute du cardinal il a perdu ce nom; il appartient au roi, et
s'appelle désormais White-Hall.
TROISIÈME BOURGEOIS.--Je le sais: mais le changement est si nouveau que
l'ancien nom est encore tout frais dans ma mémoire.
SECOND BOURGEOIS.--Quels étaient les deux vénérables évêques qui
marchaient à côté de la reine?
TROISIÈME BOURGEOIS.--Stokesly et Gardiner: celui-ci évêque de
Winchester (siége où il a été tout récemment élevé, de secrétaire du roi
qu'il était): l'autre évêque de Londres.
SECOND BOURGEOIS.--Celui de Winchester ne passe pas pour être trop ami
de l'archevêque, du vertueux Cranmer.
TROISIÈME BOURGEOIS.--Tout le monde sait cela: cependant la brouillerie
n'est pas considérable: et si elle s'envenimait, Cranmer trouverait un
ami qui ne l'abandonnerait pas au besoin.
SECOND BOURGEOIS.--Qui, s'il vous plaît?
TROISIÈME BOURGEOIS.--Thomas Cromwell. Un homme singulièrement estimé du
roi, et vraiment un digne et fidèle ami. Le roi l'a fait grand maître
des joyaux de la couronne, et il est déjà membre du conseil privé.
SECOND BOURGEOIS.--Son mérite le mènera plus loin encore.
TROISIÈME BOURGEOIS.--Oh! sûrement; cela n'est pas douteux.--Allons,
messieurs, venez avec moi; je vais au palais, et vous y serez mes hôtes.
J'y ai quelque crédit; et, chemin faisant, je vous raconterai d'autres
détails.
PREMIER ET SECOND BOURGEOIS _ensemble_.--Nous sommes à vos ordres,
monsieur.
(Ils sortent.)