La première impression qu'on éprouve en constatant la correspondance

des couches horizontales sur les deux côtés de ces vallées et de ces

grandes dépressions en amphithéâtre, c'est qu'elles ont été creusées

principalement, comme les autres vallées, par l'action érosive des

eaux; mais, quand on songe à la quantité énorme de roches qui, dans

cette théorie, devraient avoir été transportées au travers de simples

gorges, ou même de fentes, lors du creusement de la plupart des

vallées dont nous venons de parler, on est porté à se demander si ces

dépressions n'ont pas été formées par affaissement; pourtant, si nous

considérons la forme des vallées avec leurs ramifications irrégulières

et celle des promontoires étroits qui, partant des plateaux,

s'avancent dans les vallées, nous sommes obligés d'abandonner cette

manière de voir. Il serait absurde d'attribuer la formation de ces

dépressions à l'action alluviale, et les eaux qui ruissellent du

plateau ne descendent pas toujours dans la vallée au niveau le plus

élevé, mais sur un des côtés de ses flancs en forme de golfe, comme je

l'ai observé près de Weatherboard. Des habitants m'ont dit qu'ils ne

voient jamais une de ces falaises dont l'allure rappelle celle d'une

baie, avec leurs promontoires fuyant à droite et à gauche, sans être

frappés de leur ressemblance avec une côte marine élevée. Il en est

incontestablement ainsi; en outre, les beaux et nombreux ports de la

côte actuelle de la Nouvelle-Galles du Sud avec leurs bras largement

ramifiés, et qui sont ordinairement reliés à la mer par un étroit

goulet large de 1 mille à un quart de mille traversant des falaises de

grès, ressemblent aux grandes vallées de l'intérieur, en miniature il

est vrai. Mais alors se présente immédiatement une grave difficulté:

pourquoi la mer a-t-elle creusé ces dépressions si étendues quoique

circonscrites, dans un vaste plateau et a-t-elle laissé intactes de

simples gorges au travers desquelles l'énorme masse des matériaux

broyés doit avoir été transportée tout entière? La seule lumière que

je puisse apporter à la solution de cette énigme, c'est de faire

observer que dans certaines mers il s'édifie des bancs affectant les

formes les plus irrégulières, et que leurs bords sont si escarpés

(comme nous l'avons vu plus haut) qu'il suffirait d'une érosion

relativement faible pour les transformer en falaises. J'ai observé

en plusieurs points de l'Amérique méridionale que les vagues peuvent

former des falaises à pic, même dans les ports entourés de tous côtés

par les terres. Dans la mer Rouge des bancs d'un contour extrêmement

irrégulier, et formés de sédiments sont coupés par des criques aux

formes les plus singulières et à embouchure étroite; le même cas se

présente, mais sur une plus grande échelle, pour les bancs de Bahama.

J'ai été amené à croire[8] que ces bancs ont été formés par des

courants qui accumulaient des sédiments sur un fond de mer inégal.

Quand on a étudié les cartes marines des Antilles, on est forcé de

reconnaître que la mer accumule parfois des sédiments autour de

rochers sous-marins et de certaines îles, au lieu de les étendre en

une nappe uniforme. Appliquant ces théories aux plateaux de grès de la

Nouvelle-Galles du Sud, je suppose que les strates peuvent avoir été

accumulées sur un fond marin inégal par l'action de courants puissants

et des vagues d'une mer largement ouverte, et que les flancs escarpés

des espaces en forme de vallées demeurés vides peuvent avoir été

transformées en falaises par l'érosion produite durant le soulèvement

lent de la contrée; le grès enlevé par les flots a été emporté, soit

au moment où la mer a creusé les gorges étroites en se retirant, soit

plus tard par action alluviale.

Notes:

[1] J'ai lu dernièrement dans un travail de Smith (le père des

géologues anglais), publié dans le _Magazine of Natural History_, que

les grains de quartz du _mill-stone grit_ d'Angleterre sont souvent

cristallisés. Dans une notice présentée en 1840 à la _British

Association_, Sir David Brewster affirme que, dans le verre ancien

en voie de décomposition, la silice et les métaux se séparent et

se disposent en anneaux concentriques, et que la silice reprend la

structure cristalline, comme le prouvent ses propriétés optiques.

[2] Cette assertion est basée sur l'autorité de Sir T. Mitchell, dans

ses _Voyages_, vol. II, p. 357.

[3] J'ai décrit ces bancs très curieux dans l'appendice (p. 196) à

mon ouvrage sur la structure des récifs coralliens. J'ai déterminé

l'inclinaison des parois des bancs d'après les renseignements que m'a

donnés le capitaine B. Allen, l'un des hydrographes, et en mesurant

soigneusement les distances horizontales comprises entre le dernier

sondage situé sur le banc et le premier qui se trouve en eau profonde.

Des bancs très étendus offrent la même forme générale de surface dans

tout l'archipel des Antilles.

[4] Voir Martin White, _Soundings in the British Channel_, pp. 4 et

166.

[5] M. Siau, _On the Action of Waves. Edin. New Phil. Journ_., vol.

XXXI, p. 245.

[6] _Travels in Australia_, vol. I, p. 154.--Je dois exprimer ma

reconnaissance envers sir T. Mitchell pour plusieurs communications

fort interessantes qu'il m'a faites personnellement au sujet de ces

vallées de la Nouvelle-Galles du Sud.

[7] _Travels in Australia_, vol. II, p. 358.

[8] Voir l'appendice au travail sur les récifs coralliens (pp. 192

et 196). L'accumulation de vase, par l'action des flots, autour d'un

noyau submergé est un fait digne d'attirer l'attention des géologues,

car il se forme ainsi des couches extérieures au noyau offrant la même

composition que les bancs qui constituent la côte, et si ces couches

viennent plus tard à être soulevées et que les flots les transforment

en falaises, on les considérera naturellement comme primitivement

réunies aux couches de la côte elle-même.

TERRE VAN DIEMEN

La partie méridionale de cette île est constituée principalement par

des montagnes de _greenstone_, qui prend un caractère syénitique et

contient beaucoup d'hypersthène. Ces montagnes sont généralement

enchâssées jusqu'à la moitié de leur hauteur dans des couches qui

renferment une grande quantité de petits coraux et quelques coquilles.

Ces coquilles ont été étudiées par M. G.-B. Sowerby et sont décrites

dans l'appendice; elles consistent en deux espèces de productus et six

de spirifères. Pour autant que l'état imparfait de leur conservation

permette de les comparer, deux de ces coquilles, notamment _P.

Rugata_ et _S. Rotundata_, ressemblent à des coquilles du _calcaire

carbonifère_ d'Angleterre. M. Lonsdale a bien voulu étudier les

coraux, ils consistent en six espèces non décrites appartenant à trois

genres. Des espèces se rapportant à ces genres se trouvent dans les

couches siluriennes, dévoniennes et carbonifères d'Europe. M. Lonsdale

fait observer que tous ces fossiles ont incontestablement un caractère

paléozoïque, et qu'ils correspondent, sous le rapport de l'âge, à une

division du système, supérieure aux formations siluriennes.

Les couches qui renferment ces fossiles sont intéressantes par

l'extrême variabilité de leur composition minéralogique. On y

rencontre toutes les variétés intermédiaires entre le schiste

siliceux, le schiste ardoisier passant à la grauwacke, le calcaire

pur, le grès et une roche porcellanique; et l'on ne saurait décrire

certains bancs qu'en disant qu'ils sont formés d'un schiste argileux

calcaréo-siliceux. Pour autant que j'aie pu en juger, la puissance

de cette formation est de 1.000 pieds au moins; la partie supérieure

consiste ordinairement, sur une épaisseur de quelques centaines de

pieds, en grès siliceux contenant des cailloux et sans fossiles.

Les couches inférieures sont les plus variables; elles sont formées

généralement d'un schiste siliceux de couleur pâle, et ce sont elles

qui renferment le plus grand nombre de fossiles. Près de Newtown on

exploite une couche d'une masse calcareuse blanche et tendre, qui se

trouve comprise entre deux bancs de calcaire cristallin dur, et qu'on

utilise pour badigeonner les maisons. Suivant les renseignements qui

m'ont été donnés par le _Surveyor General_, M. Frankland, on rencontre

cette formation paléozoïque en divers endroits dans l'île entière;

je puis ajouter suivant la même autorité qu'il existe des dépôts

primaires fort étendus sur la côte nord-est et dans le détroit de

Bass.

Les rivages de Storm Bay sont bordés, jusqu'à la hauteur de quelques

centaines de pieds, par des couches de grès contenant des galets

appartenant à la formation que je viens de décrire, avec ses fossiles

caractéristiques, et qui sont pour cette raison plus récentes que

cette formation. Ces couches de grès passent souvent au schiste

et alternent avec des couches de houille impure; elles ont été

énergiquement bouleversées en certains endroits. J'ai observé près

de Hobart-Town un dike large d'environ 100 yards, sur l'un des côtés

duquel les couches étaient redressées sous un angle de 60°, tandis

que de l'autre côté elles étaient verticales en certains endroits et

modifiées par l'action de la chaleur. Sur la côte ouest de Storm Bay

j'ai constaté que ces strates étaient surmontées par des coulées de

lave basaltique contenant de l'olivine; et tout près de là on voyait

une masse de scories bréchiformes renfermant des galets de lave, et

indiquant probablement la place d'un ancien cratère sous-marin. Deux

de ces coulées de basalte étaient séparées l'une de l'autre par une

couche de wacke argileuse, dont on pouvait suivre le passage à des

scories partiellement altérées. La wacke contenait un grand nombre de

grains arrondis d'un minéral tendre, vert d'herbe, à éclat cireux

et translucide sur les bords. Au chalumeau ce minéral devenait

immédiatement noir, et ses arêtes aiguës se fondaient en un émail

noir fortement magnétique; il ressemble par ces caractères aux masses

d'olivine décomposée que j'ai décrites à San Thiago dans l'archipel du

Cap Vert, et j'aurais cru qu'il avait la même origine, si je n'avais

pas trouvé dans les vacuoles du basalte une substance[1] semblable

en filaments cylindriques, état sous lequel l'olivine ne se présente

jamais; je crois que cette substance serait rangée avec le bol par les

minéralogistes.

_Travertin avec plantes fossiles_.--Il existe en arrière de

Hobart-Town une petite carrière où l'on exploite un travertin dur,

dont les bancs inférieurs offrent de nombreuses empreintes de feuilles

bien nettes. M. Robert Brown a bien voulu étudier les échantillons que

j'y ai recueillis; et il m'informe qu'il y a parmi eux quatre ou cinq

variétés dont il n'en reconnaît aucune comme appartenant à des espèces

actuelles. La feuille la plus remarquable est palmée comme celle d'un

palmier-éventail, et jusqu'à présent on n'a découvert sur la Terre Van

Diemen aucune plante dont les feuilles présentent cette structure.

Les autres feuilles ne ressemblent ni à la forme la plus ordinaire de

l'Eucalyptus (dont le genre compose, pour la plus grande partie, les

forêts qui existent dans l'île), ni aux espèces faisant exception à la

forme commune des feuilles de l'Eucalyptus et qui se rencontrent dans

cette île. Le travertin contenant ces restes d'une flore éteinte

est d'une couleur jaune pâle, dur, et même cristallin en certaines

parties; mais il n'est pas compact, et il est pénétré dans toutes ses

parties par des vacuoles étroites, cylindriques et tortueuses. Il

contient quelques rares cailloux de quartz, et accidentellement des

couches de nodules de calcédoine, comme les nodules de chert dans

notre _greensand_. On a recherché cette roche calcaire en d'autres

endroits, à cause de sa pureté, mais on ne l'a jamais trouvée. D'après

ce fait et d'après la nature du dépôt, il est probable qu'il a été

formé par une source calcareuse se répandant dans un petit étang ou

dans une crique étroite. Plus tard les couches ont été redressées

et fissurées, et la surface a été recouverte d'une masse de nature

singulière qui a comblé aussi une grande crevasse voisine, et qui est

formée de boules de trapp empâtées dans un mélange de wacke et d'une

substance alumino-calcaire blanche et terreuse. Ceci ferait supposer

que sur les bords de l'étang où se déposait la matière calcaire, il

s'est produit une éruption volcanique qui l'a bouleversé et drainé.

_Soulèvement de la contrée_.--Aux environs de Hobart-Town les rives

orientale et occidentale de la baie sont recouvertes toutes deux,

en grande partie, de coquilles brisées mélangées de cailloux qui

s'élèvent jusqu'à la hauteur de 30 pieds au-dessus de la laisse de

haute mer. Les colons croient que ces coquilles ont été apportées

là par les aborigènes pour s'en nourrir; il est incontestable que

plusieurs grands monticules ont été formés de cette manière, comme

M. Frankland me l'a fait remarquer; mais, d'après le nombre des

coquilles, d'après l'abondance des espèces de petite taille, d'après

la manière dont elles sont clairsemées, et d'après certains traits de

la forme du pays, je crois que nous devons attribuer la présence du

plus grand nombre de ces monticules à un léger soulèvement de la

contrée. Sur le rivage de Ralph Bay (qui débouche dans Storm Bay) j'ai

observé un banc continu, s'étendant à 15 pieds environ au-dessus de

la laisse de haute mer, et qui était recouvert de végétation; en y

fouillant, je trouvai des cailloux incrustés de serpules; j'ai trouvé

aussi le long des bords de la rivière Derwent un lit de coquilles

brisées au-dessus du niveau de la rivière, et à un endroit où l'eau

est aujourd'hui beaucoup trop peu salée pour que des mollusques marins

puissent y vivre; mais dans ces deux cas il est possible qu'avant la

formation de certaines pointes de sable et de certains bancs de vase

qui existent actuellement dans Storm Bay, les marées se soient élevées

à la hauteur où nous trouvons les coquilles aujourd'hui[2].

On a découvert des preuves plus ou moins nettes d'un changement

respectif de niveau entre les continents et la mer dans presque tous

les pays situés dans cet hémisphère. Le capitaine Gray et d'autres

voyageurs ont trouvé dans l'Australie méridionale des amas de

coquilles soulevés appartenant à une époque géologique récente, ou

à une des dernières périodes de l'ère tertiaire. Les naturalistes

français de l'expédition de Baudin ont observé le même fait sur la

côte sud-ouest de l'Australie. Le Rév. W.B. Clarke[3] trouve au cap de

Bonne-Espérance des preuves du soulèvement de la région à une

hauteur de 400 pieds. Dans les environs de Bay of Islands à la

Nouvelle-Zélande[4] j'ai observé que, comme à la Terre Van Diemen, les

rivages étaient parsemés, jusqu'à une certaine hauteur, de coquilles

marines dont les colons attribuent la présence aux indigènes. Quelle

que puisse être l'origine de ces coquilles, je ne puis douter, après

avoir vu une coupe de la vallée de la Thames (37° S) dessinée par le

Rév. W. Williams, que la contrée ait été soulevée en cet endroit.

Trois terrasses disposées en gradins et formées d'une accumulation

énorme de cailloux arrondis, se correspondent exactement sur les

versants opposés de cette grande vallée; chaque terrasse a environ 50

pieds de hauteur. Quand on a étudié les terrasses que présentent les

vallées des côtes occidentales de l'Amérique du Sud, parsemées de

coquilles marines et formées pendant les intervalles de repos qu'a

présentés le soulèvement lent de la contrée, on ne saurait douter que

les terrasses de la Nouvelle-Zélande aient été formées de la même

manière. J'ajoute que le Dr Diffenbach rapporte dans sa description

des îles Chatham[5] (au sud-ouest de la Nouvelle-Zélande) qu'il

est manifeste «que la mer a laissé à découvert bien des contrées,

autrefois submergées».

Notes:

[1] La chlorophaeïte décrite par le Dr Mac Culloch (_Western Islands_,

vol. 1, p. 504) comme se présentant dans une roche basaltique

amygdaloïde, se distingue de cette substance parce qu'elle est

inaltérable au chalumeau, et parce qu'elle noircit par l'exposition

à l'air. Pouvons-nous supposer que l'olivine passe par différentes

phases en subissant la transformation remarquable que nous avons

décrite à San Thiago?

[2] Il semble que certains changements s'opèrent actuellement à Ralph

Bay, car un fermier des environs, homme fort intelligent, m'a affirmé

que les huîtres y abondaient autrefois, mais qu'elles ont disparu

vers l'année 1884 sans cause apparente. Dans les _Transactions of the

Maryland Academic_ (vol. I, 1re part., p. 28) se trouve une note de M.

Ducatel sur la destruction de vastes bancs d'huîtres et de cames par

le comblement graduel des lagunes à faible profondeur et des canaux

sur les côtes des États-Unis méridionaux. A Chiloe, dans l'Amérique du

Sud, j'ai entendu parler d'une perte semblable subie par les habitants

par la disparition d'une espèce comestible d'ascidie sur une partie de

la côte.

[3] _Proceedings of the Geological Society_, vol. III, p. 420.

[4] Voici la liste des roches que j'ai rencontrées dans la Bay

of Islands à la Nouvelle-Zélande: 1. Une grande quantité de

lave basaltique et de roches scoriacées, formant des cratères

distincts;--2. une colline crénelée formée de couches horizontales

de calcaire couleur de chair, offrant dans la cassure des facettes

cristallines nettes; la pluie a exercé une action remarquable sur

cette roche, et a raviné sa surface de manière à la transformer en un

modèle réduit d'une région alpestre. J'ai observé en cet endroit des

bancs de chert et de limonite argileuse, et dans le lit d'un ruisseau

des galets de phyllade argileux;--3. les rivages de Bay of Islands

sont formés d'une roche feldspathique gris bleuâtre, souvent fort

altérée, à cassure anguleuse, et sillonnée de nombreuses veines

ferrugineuses, mais sans stratification ou clivage distincts.

Certaines variétés sont très cristallines et pourraient être

rapportées sans hésitation au trapp; d'autres variétés ressemblent

d'une manière frappante à un schiste ardoisier faiblement modifié par

la chaleur, je n'ai pu m'arrêter à une opinion définitive sur cette

formation.

[5] _Geographical Journal_, vol. XI, pp. 202, 205.

KING GEORGE'S SOUND

Cet établissement colonial est situé à l'angle sud-ouest du continent

australien: la contrée entière est granitique et les minéraux

constitutifs de la roche sont parfois irrégulièrement disposés en

zones droites ou courbes. De Humboldt aurait donné le nom de granite

gneissique à la roche présentant cette particularité. Il est

intéressant de constater que les collines dénudées et coniques, qui

paraissent être formées par des couches à grands plis, ressemblent en

petit d'une manière frappante aux collines de granite gneissique de

Rio-de-Janeiro, et à celles du Venezuela qui ont été décrites par de

Humboldt. Ces roches plutoniques sont coupées, en un grand nombre

d'endroits, par des dikes de trapp, j'ai trouvé en un même point dix

dikes parallèles s'étendant de l'est à l'ouest, et non loin de là un

système de huit dikes, formés d'une autre variété de trapp et disposés

dans une direction perpendiculaire à celle des premiers. J'ai observé

en plusieurs régions formées de roches primaires des systèmes de dikes

parallèles et rapprochés les uns des autres.

_Bancs ferrugineux superficiels_.--Les parties basses de la contrée

sont uniformément recouvertes d'un banc de grès qui suit les

inégalités de la surface, à structure cloisonnée comme un rayon de

miel, et où abondent les oxydes de fer. Je crois que des bancs d'une

composition à peu près semblable se rencontrent communément le long

de toute la côte ouest de l'Australie et dans plusieurs des îles des

Indes Orientales. Au cap de Bonne-Espérance, à la base des montagnes

de granite surmontées de grès, le sol est recouvert partout soit d'une

masse ocreuse formée de petits fragments à grain fin comme celle de

King George's Sound, soit d'un grès plus grossier avec fragments de

quartz, qu'une forte proportion d'hydrate de fer rend dur et lourd, et

dont la cassure fraîche présente un éclat métallique. Dans ces deux

variétés la roche possède une texture fort irrégulière et renferme des

cavités arrondies ou anguleuses remplies de sable, de sorte que la

surface est toujours cloisonnée. L'oxyde de fer est surtout abondant

sur les parois des cavités, et c'est là seulement qu'il offre une

cassure métallique. Il est évident que dans cette formation, comme

dans un grand nombre de dépôts sédimentaires véritables le fer tend à

se concrétionner, soit en affectant une structure géodique, soit en

prenant une disposition rétiforme. Bien qu'elle soit fort obscure,

l'origine de ces bancs superficiels paraît due à une action alluviale

s'exerçant sur des détritus riches en fer.

_Dépôt calcareux superficiel_.--Un dépôt calcaire qui se trouve au

sommet de Bald-Head et qui contient des corps ramifiés considérés

par certains auteurs comme des coraux, est devenu célèbre par les

descriptions de plusieurs explorateurs distingués[1]. Ce dépôt entoure

et recouvre de petites éminences irrégulières de granite, à l'altitude

de 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. Son épaisseur est fort

variable; là où il est stratifié, les bancs sont souvent fortement

inclinés, et leur angle atteint parfois 30°; ils plongent dans toutes

les directions. Ces bancs sont coupés quelquefois par des feuillets

obliques à faces planes. Le dépôt consiste soit en une poudre

calcareuse blanche et fine où l'on ne discerne aucune trace de

structure, soit en grains arrondis excessivement petits, de couleur

brune, jaunâtre ou pourprée; les deux variétés sont généralement,

sinon toujours, mêlées de petites particules de quartz, et cimentées

de manière à constituer une pierre plus ou moins compacte. Les grains

calcareux arrondis perdent instantanément leurs couleurs quand on les

chauffe légèrement; sous ce rapport comme sous tous les autres ils

ressemblent beaucoup aux petits fragments réguliers de coquilles et

de coraux qui ont été transportés sur les flancs des montagnes à

Sainte-Hélène, et ont été ainsi débarrassés par vannage de tout

fragment plus grossier. Je ne doute pas que les particules calcaires

colorées aient eu ici une origine semblable. La poussière impalpable

provient probablement de la destruction des particules arrondies, et

cette interprétation est plausible, car sur la côte du Pérou j'ai

suivi le passage graduel de _grandes_ coquilles _non brisées_ à une

substance aussi fine que de la craie réduite en poudre. Les deux

variétés de grès calcareux mentionnées plus haut alternent fréquemment

avec des couches minces d'une roche substalagmitique[2] et se fondent

avec elle; cette substance est entièrement dépourvue de quartz, même

lorsque la roche qui se trouve en contact avec chacune de ses faces

contient des particules de ce minéral; nous devons en conclure que

ces couches, comme certaines masses en forme de veines, sont dues à

l'action de la pluie qui a dissous la matière calcaire et l'a déposée

ensuite, ainsi que cela s'est produit à Sainte-Hélène. Chaque couche

marque probablement une surface fraîchement mise à nu à l'époque où

les particules aujourd'hui solidement cimentées étaient à l'état de

sable incohérent. La roche de ces couches est parfois bréchiforme avec

fragments recimentés, comme si elle avait été brisée par suite de la

disparition du sable à un moment où elle était encore tendre. Je n'ai

pas trouvé un seul fragment de coquille marine, mais les coquilles

blanchies d'_Hélix mélo_, espèce terrestre vivante, abondent dans

toutes les couches, et j'ai trouvé aussi un autre Hélix et un Oniscus.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 15 / 18 段